peur de se vendre

30. La peur de se vendre (et comment s’en sortir)

Épisode diffusé le 27 septembre 2019 par TheBBoost

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La peur de se vendre – c’est probablement le frein le plus répandu chez les entrepreneurs, et aussi le moins avoué. On parle beaucoup de trouver des clients, de stratégie de contenu, de tunnels de conversion. Mais le moment où tu te retrouves face à quelqu’un qui pourrait acheter ce que tu fais et que quelque chose se bloque dans ta gorge ? Ça, personne n’en parle vraiment. Aline, business coach chez The Bibi Boost, a consacré un épisode entier à ce sujet dans son podcast – le 30e, ce qui n’est pas anodin – et ce qu’elle dit mérite qu’on s’y arrête sérieusement.

Pas parce que c’est un énième épisode sur la confiance en soi. Mais parce qu’elle retourne le problème d’une manière que j’ai trouvée franchement utile.

Ce que tu crois qui bloque – et ce qui bloque vraiment

Au départ, quand on se lance, le problème évident c’est de trouver des clients. Où les chercher, comment les attirer, quels canaux utiliser. Et puis on réalise que c’est pas vraiment là que ça coince.

Le vrai blocage arrive après. Une fois qu’il y a quelqu’un en face de toi, intéressé, qui pose des questions – et que tu ne sais plus quoi faire de tes mains. Aline appelle ça le moment où « une autre question beaucoup plus oppressante, beaucoup plus terrifiante nous tord le ventre ».

Ce moment-là, la plupart des entrepreneurs le connaissent. Mais très peu font le lien entre ce blocage et ce qu’il révèle vraiment sur leur rapport à eux-mêmes. Et c’est là que le diagnostic d’Aline devient intéressant – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je démarrais en freelance.

Elle parle de dominos. Si ton premier domino – ton état d’esprit par rapport à la vente – est mal aligné par rapport aux autres, peu importe la force avec laquelle tu le pousses, il ne déclenchera rien. Le reste de ta stratégie peut être parfait, tes offres bien construites, ta présence en ligne soignée. Sans ce réalignement de fond, les ventes qui stagnent restent inexpliquées.

L’idée reçue qui fait le plus de dégâts

Voilà ce que pensent la plupart des entrepreneurs qui ont la peur de se vendre : ils croient qu’ils doivent convaincre tout le monde. Qu’une vente ratée, c’est un échec personnel. Qu’un non, c’est un rejet.

Aline est assez directe là-dessus.

« C’est une vraie erreur de penser que vous devez vous vendre à tout prix, que vous devez vous présenter sous votre meilleur jour, faire plaisir à tout le monde, répondre positivement à tout le monde et jouer un rôle qui n’est pas vous. »

Exactement. Et pourtant c’est la posture par défaut de presque tous ceux qui démarrent.

Elle prend l’exemple du papier toilettes – si même Lotus n’essaie pas de plaire aux acheteurs de premier prix, toi tu n’as aucune raison de vouloir convaincre des gens à qui ton offre ne correspond pas. C’est pas du cynisme, c’est de la clarté. Ton offre de coaching business orientée passage à l’action ne conviendra pas à quelqu’un qui cherche un accompagnement doux et introspectif. Et c’est très bien comme ça.

C’est d’ailleurs lié à un travail plus fondamental sur définir son client idéal – sans ça, tu passes ton temps à essayer de convaincre les mauvaises personnes, ce qui renforce mécaniquement la peur.

Ce que la peur de se vendre cache vraiment

C’est le coeur de l’épisode. Et c’est là qu’Aline tape juste.

Si tu es capable de recommander une robe à ta meilleure amie en lui détaillant pourquoi elle lui va parfaitement, tu es capable de vendre. Si tu as déjà conseillé un livre à un proche avec conviction, tu as vendu. Tu le fais naturellement, sans y réfléchir. Pourquoi ? Parce que tu n’as rien à y gagner. Pas de commission. Aucun intérêt personnel apparent.

« Vous savez qu’on peut pas vous accuser d’être intéressé par votre geste de vente parce que vous le faites juste dans une vraie intention d’aider, de manière très ingénue. »

Et voilà le noeud du problème. La peur de se vendre, c’est la peur d’être jugé comme quelqu’un qui veut « voler la veuve et l’orphelin ». Pas la peur de la vente en elle-même.

Ce que tu projettes sur tes prospects – le jugement, le rejet, le « mais qui es-tu pour oser faire payer ça » – c’est ta propre peur intérieure que tu attribues aux autres. Tes clients n’ont pas dit ça. Ton entourage peut-être, parfois. Mais même eux, selon Aline, ne font que projeter leurs propres angoisses à travers le prisme de leur réalité. Pas la tienne.

Elle raconte l’épisode avec sa mère, cet été. Elle travaille sur le lancement de The Bibi Boost depuis son bureau chez ses parents. Elle entend sa mère dire à des amis qu’elle a peur que ce soit « un nouveau feu de paille ».

« Sur le moment, ça m’a fait un petit quelque chose. Mais est-ce qu’à un moment, je me suis dit oh putain, elle a trop raison, je vais tout arrêter ? Non. »

Ce que j’aime dans cet exemple, c’est qu’il vient de la vie réelle et pas d’un framework théorique. Sa mère n’a pas tort – vue de l’extérieur, cinq entreprises montées et fermées successivement, ça ressemble à de l’instabilité. Mais c’est une lecture externe d’un parcours interne. La différence entre les deux, c’est exactement là que se joue la peur de se vendre.

80 % d’écoute – le chiffre que personne ne retient

Aline cite un principe simple, tiré notamment du livre Comment se faire des amis de Dale Carnegie (qu’elle a jugé sévèrement avant de le lire, elle le dit elle-même avec une franchise assez rafraîchissante).

La vente, c’est 80 % d’écoute.

Pas 80 % de pitch. Pas 80 % d’argumentaire. D’écoute. Ce qui change tout à la manière d’aborder un prospect.

« Si vous écoutez votre client, vous parlez de ses besoins, de ses problèmes, et que vous constatez que votre produit correspond à ce problème – et que juste vous vous contentez de glisser votre offre sous son nez tout doucement pendant qu’il vous parle – vous avez tout gagné. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et en fait, c’est le cas. Le problème, c’est qu’on fait tout l’inverse. On prépare son pitch. On liste ses arguments. On anticipe les objections. Et on arrive en mode performance alors que l’autre personne voulait juste être entendue.

Le livre de Carnegie – contrairement à ce que son titre laisse penser – ne parle pas de manipulation sociale. Il dit une chose : plus tu fais parler les autres d’eux-mêmes, plus ils t’apprécient. Et cette logique s’applique directement à la vente. Ton rôle n’est pas de convaincre. C’est d’écouter assez pour comprendre si ton offre est pertinente – et si oui, de la poser doucement dans le champ de vision de l’autre. C’est tout.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles retrouver du plaisir dans le business passe souvent par là – quand tu arrêtes de vendre en mode survie et que tu commences à écouter vraiment.

4 clés concrètes pour dépasser la peur de se vendre

Aline ne s’arrête pas au diagnostic. Elle donne des outils. Quatre, précisément – et ils sont plus liés au positionnement mental qu’à la technique de vente.

1. Avoir confiance en ton offre – même si tu n’as pas confiance en toi. C’est une distinction que beaucoup ratent. Tu n’as pas besoin d’être quelqu’un de charismatique pour vendre. Tu as juste besoin de savoir que tu peux aider quelqu’un qui a un problème précis. Ce n’est pas la même chose.

2. Détacher le refus client de ta valeur personnelle. Quand quelqu’un dit non à ton offre, il ne dit pas que tu es nul. Il dit que ton offre – qui n’est pas toi – ne lui convient pas pour le moment. Ces trois mots font toute la différence : pour le moment. Et pas toi. Ton offre.

C’est d’ailleurs un point qu’on retrouve dans les réflexions sur structurer son offre de coaching – quand l’offre est bien alignée, les refus font moins mal parce qu’ils sont logiques.

3. Se considérer comme l’égal de son client. Pas son subalterne. Pas quelqu’un qui doit mériter sa confiance avant d’oser parler. Un égal. Lui a un besoin. Toi tu as une solution. La transaction est symétrique. Ton client n’est pas ton jury.

4. Sortir de l’énergie de besoin. C’est probablement la plus difficile à appliquer quand les fins de mois sont tendues (et Aline l’admet implicitement). Mais arriver face à un prospect en transpirant le « j’ai absolument besoin que vous achetiez », ça se sent. La PNL, la communication non verbale – tout ça filtre à travers ta posture, ton débit, tes mains. Être détaché du résultat, c’est pas de l’indifférence. C’est de la solidité.

Et ces quatre clés sont liées. Tu ne peux pas vraiment appliquer la quatrième si tu n’as pas travaillé la deuxième. Elles forment un système, pas une liste à cocher.

L’exercice quotidien qui change l’approche

Concrètement, Aline propose une bascule mentale simple à appliquer dans chaque situation de vente potentielle – un networking, un appel découverte, une conversation spontanée.

Remplace « je dois trouver des clients » par « je suis là pour rencontrer de nouvelles personnes, les écouter et parler de mon travail ».

C’est tout. Mais ce changement de frame modifie tout ce qui suit. Ton attitude. Ton écoute. La pression que tu mets sur chaque échange. Et au final, ton taux de conversion – parce qu’on achète plus facilement à quelqu’un qui ne semble pas avoir besoin qu’on lui achète quelque chose.

C’est une logique qu’on retrouve aussi dans la manière dont certains entrepreneurs gèrent le syndrome de l’objet brillant – cette dispersion qui vient souvent du même endroit, une relation anxieuse au business et à ses résultats.

Une vraie limite de cette approche, il faut l’admettre : elle suppose que tu aies déjà une offre claire et un client idéal bien défini. Si tu vends flou à tout le monde, écouter mieux ne changera pas grand-chose. L’exercice d’Aline fonctionne en aval d’un travail de fond sur ton positionnement. Pas à la place.

Mais une fois ce travail fait – et la peur de se vendre reste bien ancrée – c’est probablement le bon endroit pour regarder. Pas dans ta technique. Dans ta tête.

Questions fréquentes

Pourquoi j'ai peur de me vendre même si je suis compétent ? +
La peur de se vendre n'est pas liée à tes compétences. Elle vient de la peur du jugement et du rejet - deux peurs très ancrées qui n'ont rien à voir avec la valeur réelle de ton offre. Tu projettes sur tes clients une pensée négative qu'ils n'ont probablement pas. Travailler ce point de mindset change plus de choses qu'apprendre de nouvelles techniques de vente.
Comment vendre sans avoir l'impression de forcer ou de manipuler ? +
La vente authentique repose à 80 % sur l'écoute. Ton rôle n'est pas de convaincre, mais de comprendre si ton offre correspond au problème de ton interlocuteur - et si oui, de la poser dans son champ de vision. Personne ne te demande de faire un spectacle. Juste d'être là, d'écouter, et de répondre aux questions.
Est-ce que la peur de se vendre disparaît avec l'expérience ? +
Pas automatiquement. Elle peut s'atténuer, mais si le mindset de fond n'est pas travaillé, l'expérience seule ne suffit pas. Des entrepreneurs qui vendent depuis des années gardent ce blocage parce qu'ils n'ont jamais fait la distinction entre le refus de leur offre et un rejet personnel.
Comment surmonter la peur de se vendre en networking ? +
Remplace l'objectif 'trouver des clients' par 'rencontrer des personnes et parler de mon travail'. Ce changement de frame réduit la pression sur chaque interaction et te rend naturellement plus à l'écoute. Les gens sentent quand tu as besoin d'eux - et fuient. Ils sentent aussi quand tu es simplement là pour échanger.
Qu'est-ce que la vente éthique pour un entrepreneur ? +
C'est vendre en restant soi-même, en respectant le libre arbitre du client, et en proposant uniquement ce qui correspond vraiment à son besoin. Ça suppose d'avoir bien défini son client idéal au préalable. Une vente éthique, c'est aussi accepter sans problème qu'un prospect dise non - parce que tu sais que ton offre ne convient pas à tout le monde.
La peur de se vendre est-elle liée à l'estime de soi ? +
Directement. Quand quelqu'un refuse ton offre, la tentation est de le vivre comme un rejet personnel - 'je ne mérite pas de faire ce métier'. Cette confusion entre l'offre et la personne est le coeur du problème. L'offre n'est pas toi. Le non de ton client parle de son besoin du moment, pas de ta valeur.

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