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59. La différence entre Marketing, Growth Marketing et Growth Hacking

Épisode diffusé le 24 novembre 2021 par Caroline Mignaux

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Le growth marketing, tout le monde en parle. Mais demande autour de toi ce que c’est vraiment – pas la définition Wikipedia, la vraie – et tu vas vite constater que la plupart des gens confondent trois choses complètement différentes. Marketing traditionnel, growth hacking, growth marketing : trois approches, trois philosophies, trois façons de perdre de l’argent si tu les mixes sans comprendre ce que tu fais. Caroline Mignaux, fondatrice de Marketing Square et de la plateforme Rich Maker, a consacré un épisode entier à démêler ce nœud. Dix minutes. Dense. Et franchement, ça remet quelques pendules à l’heure.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode, c’est que la confusion n’est pas juste sémantique. Elle est opérationnelle. Une boîte qui croit faire du growth marketing alors qu’elle fait du growth hacking va droit dans le mur – pas tout de suite, mais dans six mois, quand la campagne qui a tout cartonné va se retourner contre elle.

Marketing traditionnel contre growth marketing : la fracture du client idéal

Le marketing classique, c’est centré sur l’entreprise. L’entreprise parle. Les clients écoutent (ou pas). On construit un calendrier éditorial en janvier, on coche les cases – Noël, rentrée, Saint-Valentin – et on avance. C’est ce qu’on appelle le marronnier : les campagnes prédéfinies qui suivent les saisonnalités.

Le growth marketing, lui, part de l’autre côté de la table.

« En growth marketing, on construit toujours quelque chose de customer centrique, c’est-à-dire qu’on lâche pas son client idéal et c’est vraiment le client qui va nous aider à construire à la fois le marketing, la com et le produit. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais ce glissement – de l’entreprise vers le client – change absolument tout dans la façon de travailler au quotidien.

En marketing traditionnel, tu planifies. En growth marketing, tu resettes. Constamment. Tu es, selon la formule de Caroline, « à la baguette de sourcier », en train d’identifier ce qui marche, ce qui ne marche pas, pour itérer. Pas de planning annuel gravé dans le marbre. Une agilité permanente qui, franchement, est épuisante si tu n’as pas les bons process – mais qui est aussi la seule façon de vraiment coller au terrain.

L’autre fracture majeure ? Le scope. Le marketing traditionnel se concentre sur l’acquisition : trouver des nouveaux clients, les faire venir, les convertir. Le growth marketing travaille sur tout le cycle de vie du client. Acquisition, bien sûr – ça se mesure via le coût d’acquisition. Mais aussi rétention, mesurée par la LTV (la valeur du client sur toute sa durée de vie). Et upsell, suivi via le panier moyen.

La logique derrière ça est implacable : fidéliser un client existant coûte beaucoup moins cher qu’aller en chercher un nouveau depuis zéro. Donc si tu dépenses tout ton budget en acquisition sans bosser la rétention, tu remplis un panier percé. (Et c’est souvent là que ça coince, même dans des boîtes qui se croient pourtant très sophistiquées.)

Pour définir son client idéal avec précision, le growth marketing exige une rigueur que le marketing traditionnel ne demande pas forcément.

La métaphore du médecin généraliste qui change tout

Trois mots ont suffi à Caroline pour que je comprenne enfin comment expliquer le growth marketing à quelqu’un qui n’y connaît rien : médecin généraliste.

« Le growth marketeur, c’est comme un médecin généraliste. On regarde nous toute la colonne vertébrale et en fait, on va dire OK, à cet endroit-là, c’est là que le bat blesse. Tu as mal au pied mais peut-être que ça vient de la tête. »

C’est exactement le problème.

Le marketing traditionnel fonctionne en spécialités : les RP font les RP, le community manager gère les réseaux, le chef produit s’occupe du produit. Chacun dans son silo. Résultat ? Personne ne voit la colonne vertébrale. Chacun soigne son bout de corps sans voir que la douleur vient d’ailleurs.

Le growth marketeur, lui, a une vision transversale. Il identifie où la boîte perd de l’argent – pas où elle pense perdre de l’argent, où elle le perd vraiment. Et parfois, la réponse est contre-intuitive : non, tu n’as pas besoin de plus de trafic, tu as besoin de mieux convertir ce que tu as déjà. Non, tu n’as pas besoin d’un nouveau canal d’acquisition, tu as besoin que tes clients existants restent plus longtemps.

Cette approche transversale du growth marketing est aussi ce qui la rend difficile à vendre en interne. Un PDG comprend facilement le rôle d’un community manager. Expliquer ce que fait un growth marketeur qui passe sa semaine à regarder des cohortes de rétention et à retravailler des séquences d’emails… c’est une autre histoire.

Growth hacking : l’art du sprint sans regarder le finish

Voilà le mot qui crée le plus de confusion. Le growth hacking, c’est souvent présenté comme la version sexy du growth marketing – les hacks viraux, les croissances exponentielles, les success stories de startups qui ont 10x leurs users en trois mois.

La réalité est un peu plus nuancée.

« Le growth hacking est vraiment centré sur la croissance ultra rapide. Il va chercher une courbe exponentielle et finalement, peu importe combien ça dure, on va juste chercher le petit hack, c’est-à-dire l’effet détourner le moment où paf, on a craqué un truc et les résultats sont exponentiels très vite, mais finalement, on n’a pas une vision long terme. »

Court termiste. Orienté acquisition. Centré sur le business, pas sur le client. C’est la définition du growth hacking selon Caroline – et c’est une définition qui, à mon sens, a le mérite d’être honnête là où beaucoup d’autres l’édulcorent.

Est-ce que le growth hacking est inutile pour autant ? Non. Caroline donne un exemple très concret : tu as une soirée de Noël dans trois semaines, tu veux remplir la salle au maximum, le plus vite possible. Là, le growth hacking est exactement ce qu’il te faut. Trouver le hack, l’activer, faire monter les inscriptions. Peu importe si ces participants ne reviendront jamais après.

Le growth marketing, lui, c’est quand tu veux maximiser tes ventes toute l’année et construire quelque chose qui tient sur la durée. Deux outils différents. Deux temporalités différentes. Les confondre, c’est utiliser un scalpel pour couper du pain.

La campagne bijouterie : ce que les hacks ne te montrent pas

60 000 euros de frais de service client en un mois. Voilà ce que Caroline n’a pas mentionné d’emblée – mais c’est le chiffre qui donne tout son sens à l’épisode.

Elle raconte une campagne e-commerce qu’elle a lancée dans la bijouterie. Le concept : « votre premier bijou est offert, vous ne payez que les frais de livraison. » Les frais de livraison avaient été gonflés pour atteindre le seuil de rentabilité. La campagne a explosé les compteurs. Des centaines de nouveaux clients. Les métriques d’acquisition au beau fixe. MRR triplé sur le papier.

« Ce que vous voyez pas derrière cette campagne, c’est qu’elle a été très difficile à rentabiliser derrière. On a eu des clients qui étaient malhonnêtes qui ont dit qu’ils avaient pas reçu le produit. Donc on a dû le renvoyer une deuxième fois et du coup, on était recrac sur les marges. »

C’est exactement le problème.

Des produits cassés à remplacer. Des litiges à gérer. Un service client submergé. Et cette mécanique bien connue : quand une offre est trop belle, elle attire aussi une frange de clients qui vont en abuser systématiquement. Ce n’est pas un jugement moral, c’est une donnée comportementale à intégrer dans ses calculs.

La campagne est restée bénéficiaire – Caroline le précise. Mais elle aurait pu faire moins bien si les marges de la bijouterie n’avaient pas été aussi élevées. Dans un secteur avec des marges plus faibles, cette même opération aurait pu être catastrophique.

Ce que ce cas illustre, c’est que le growth hacking te montre la partie émergée de l’iceberg. Les chiffres d’acquisition brillent. Ce qui se passe derrière – la rétention, le service client, les remboursements, la charge opérationnelle – ça, c’est la partie immergée. Et c’est là que le growth marketing entre en jeu : anticiper la suite de l’expérience avant que l’opération ne démarre.

Pour comprendre comment d’autres entrepreneurs ont traversé ce type de dilemme entre quick wins et construction long terme, l’épisode sur comment passer de blogueur en galère à consultant rentable donne un éclairage intéressant sur la logique de valorisation dans le temps.

Le syndrome du succès inattendu

Paradoxal. Mais c’est l’un des points de l’épisode que j’ai trouvé les plus utiles – et les plus rarement abordés.

On parle beaucoup du syndrome de l’imposteur chez les entrepreneurs : la peur que ça ne marche pas, l’hésitation à lancer, la procrastination. Mais Caroline pointe quelque chose d’inverse et tout aussi destructeur : ne pas avoir prévu que ça marche trop bien.

« On a tendance à avoir le syndrome de l’imposteur à se dire que nos opérations vont pas marcher. Et au final, quand nos opérations fonctionnent, bah on se trouve pris de cours parce qu’on n’a pas pensé la suite de l’expérience. »

Voilà. Le conseil en découle directement : avant de lancer une opération de croissance rapide, cartographie la suite. Pas juste les métriques d’acquisition – l’expérience complète. Si tu as 500 nouvelles commandes en 48h, est-ce que tu peux les expédier ? Si tu as 300 nouveaux abonnés à onboarder, est-ce que ton équipe peut les appeler ? Si ta campagne génère 1000 tickets de SAV, est-ce que tu as le staff pour répondre ?

Ce mapping préalable, c’est exactement la différence entre une approche growth marketing sérieuse et un growth hacking qui part en vrille dès que ça marche mieux que prévu. Et cette erreur – ne pas avoir pensé à l’absorption opérationnelle – est tellement commune que ça mérite qu’on s’y attarde plus que les 30 secondes habituelles.

Pour aller plus loin sur les types de partenariats qui peuvent amplifier ta croissance sans exploser tes coûts d’acquisition, le catalogue d’épisodes de Marketing Square a quelques ressources solides.

Trois curseurs, trois questions à se poser avant de choisir

Récapitulons – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je couvrais mes premiers sujets growth pour le Journal du Net. Pas une liste de définitions. Trois questions pratiques.

Première question : quel est ton horizon temporel ? Si tu réponds « les trois prochaines semaines », le growth hacking est fait pour toi. Si tu réponds « les deux prochaines années », le growth marketing est ton terrain de jeu.

Deuxième question : qu’est-ce que tu optimises vraiment ? Le growth hacking optimise le volume d’acquisition. Le growth marketing optimise les viviers de croissance – et parfois, le meilleur vivier n’est pas de nouveaux clients mais de clients existants qui dépensent plus. C’est contre-intuitif. C’est pourtant souvent vrai.

Troisième question : as-tu cartographié la suite ? Pas juste le tunnel de conversion, la vraie suite – opérationnelle, humaine, financière. Si ta campagne marche à 300%, est-ce que ton organisation peut absorber ça ? (Ce qui est rare dans les petites structures, et c’est souvent là que les belles histoires de growth hacking deviennent des cauchemars logistiques.)

Le growth marketing n’est pas une version améliorée du marketing traditionnel. C’est une philosophie différente. Elle demande plus de rigueur, plus de transversalité, et une obsession du client qui va bien au-delà du persona marketing collé sur un mur de Post-it. Mais elle est aussi – et c’est ce que l’épisode de Caroline illustre très bien – la seule approche qui construit quelque chose qui tient dans le temps.

Le growth hacking, lui, reste un outil valide. Juste pas un mode de vie. Et confondre les deux, c’est comme confondre un sprint et un marathon – ça peut marcher sur 100 mètres, mais essaie de courir 42 kilomètres à cette allure.

Sur la question de comment arbitrer entre temps et argent dans sa croissance, il y a d’autres angles à explorer – notamment quand vient le moment de déléguer pour passer à l’échelle sans tout casser.

Et si le syndrome de l’imposteur te bloque avant même de lancer ta première opération de growth marketing, cet épisode sur la légitimité et les premières ventes mérite une écoute avant de te lancer.

Questions fréquentes

C'est quoi la différence entre growth marketing et growth hacking ? +
Le growth hacking cherche une croissance ultra-rapide sur le court terme, souvent centrée sur l'acquisition de nouveaux clients à tout prix. Le growth marketing travaille sur l'ensemble du cycle de vie du client - acquisition, rétention, upsell - avec une vision long terme. En résumé : le growth hacking, c'est un sprint. Le growth marketing, c'est un marathon.
Le growth marketing est-il réservé aux grandes entreprises ? +
Non. La logique du growth marketing - identifier les viviers de croissance, travailler la rétention autant que l'acquisition, mesurer la LTV - s'applique à toute structure qui veut construire quelque chose qui dure. Une TPE ou un solopreneur peut tout à fait adopter cette approche, à son échelle.
Comment savoir si je dois faire du growth marketing ou du growth hacking ? +
La question de l'horizon temporel est déterminante. Si tu as un objectif court terme et précis - remplir un événement, générer des ventes sur une promo flash - le growth hacking est adapté. Si tu veux construire une croissance durable sur l'année, le growth marketing est plus pertinent. Les deux ne sont pas incompatibles, mais il faut savoir lequel tu actives à quel moment.
Qu'est-ce que la LTV et pourquoi c'est central en growth marketing ? +
La LTV (Lifetime Value) mesure la valeur totale qu'un client génère sur toute sa durée de vie avec ton entreprise. C'est l'indicateur clé de la rétention. En growth marketing, fidéliser un client existant coûte beaucoup moins cher qu'en recruter un nouveau - donc travailler la LTV est souvent plus rentable que d'augmenter son budget d'acquisition.
Le growth marketing prend-il en compte le produit ou seulement la communication ? +
Les deux. C'est même une des caractéristiques fondamentales du growth marketing : le client aide à construire à la fois le marketing, la communication ET le produit. On est sur une approche transversale, pas silotée. Le growth marketeur agit comme un médecin généraliste qui examine toute la colonne vertébrale, pas un spécialiste qui ne voit qu'un organe.
Quels sont les risques d'une campagne de growth hacking mal préparée ? +
Le risque principal est d'être débordé opérationnellement si ça marche mieux que prévu - et de ne pas avoir anticipé la suite de l'expérience client. Une campagne d'acquisition qui génère beaucoup de commandes peut plomber tes marges si le service client explose, si tu as des produits à remplacer, ou si tu attires des clients opportunistes. Caroline Mignaux raconte précisément ce scénario avec une campagne bijouterie qui a failli lui coûter plus qu'elle n'a rapporté.

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