Le syndrome de l’imposteur entrepreneur, Aline de TheBBoost l’a rencontré à 7h20 un matin – au moment précis de sa première vente. Son premier réflexe ? Rembourser la cliente. Pas parce que la formation était mauvaise. Juste parce que quelque chose dans sa tête hurlait ‘elle sait pas dans quoi elle a mis les pieds, la pauvre’. C’est ce genre d’aveu brut, sans filtre, qu’on entend dans cette quatrième partie de FAQ du podcast Je peux pas, j’ai business – enregistré en mars 2020, en plein confinement, quand Aline venait d’apprendre qu’elle avait le Covid.
Ce qui frappe dans cet épisode, c’est pas la liste de conseils. C’est la cohérence entre ce qu’elle dit et comment elle le dit. Elle parle de persévérance avec ses propres coupes de motivation. Elle parle de légitimité en admettant qu’elle la perd encore régulièrement. Et elle parle de ses premières ventes avec ce mélange de fierté et de panique que la plupart des coachs business s’empressent de lisser dans leur communication.
Alors qu’est-ce qu’on garde vraiment de cet épisode ? Pas les questions sur les logiciels. Ni les plans de voyage annulés. Ce qu’on garde, c’est cette idée que la légitimité se construit en avançant – jamais en attendant de se sentir prêt.
Première vente à 7h20 : quand le syndrome de l’imposteur entrepreneur frappe le plus fort
Ça arrive à tout le monde. Le moment où ce qu’on a construit pendant des mois devient réel – et soudain, c’est trop réel. Aline raconte avoir mis en ligne sa formation Pinterest, envoyé le mail à 7h du matin, et fait sa première vente vingt minutes plus tard.
« Mon premier réflexe c’était mon Dieu, je vais rembourser cette personne. Le réflexe c’était vraiment de me dire je vais la rembourser, elle sait pas dans quoi elle a mis les pieds la pauvre, elle va être trop déçue autant que je la rembourse tout de suite. »
Ce qui m’a arrêté là-dedans, c’est la précision du souvenir. 7h20. Vingt minutes après le lancement. Le syndrome de l’imposteur entrepreneur ne prend pas rendez-vous – il choisit exactement le moment où tu es le plus vulnérable.
Mais voilà le truc. Elle ne l’a pas remboursée. Elle a supprimé la pensée, continué, et quand les ventes suivantes se sont enchaînées, la fierté a pris le dessus. Ce n’est pas une leçon sur la confiance en soi. C’est une leçon sur l’action malgré l’absence de confiance.
Et c’est précisément ce qu’elle développe à la question suivante, sur la légitimité. Pour se sentir légitime, dit-elle, il faut d’abord arrêter d’attendre de se sentir légitime. C’est circulaire, presque paradoxal, mais c’est aussi l’une des rares choses concrètes qu’on peut dire sur le sujet.
La légitimité ne précède pas l’action – elle en est le résultat
Plusieurs fois par jour. C’est la fréquence à laquelle Aline dit ressentir encore aujourd’hui un manque de légitimité. Pas plusieurs fois par an. Plusieurs fois par jour.
« Maintenant ça dure une fraction de seconde et je fais même plus gaffe parce que justement je l’ai tellement vécu et j’ai déjà tellement de fois renvoyé le truc au tapis que qu’aujourd’hui ça devient plus facile. »
Dit comme ça, ça ressemble presque à de la musculation mentale. Et peut-être que c’est exactement ça.
Le syndrome de l’imposteur entrepreneur ne disparaît pas. Il s’apprivoise – ou plutôt, on apprend à continuer à avancer pendant qu’il est là. C’est une nuance importante que beaucoup de contenus business ratent complètement (en te promettant de ‘vaincre’ l’imposteur en 5 étapes, par exemple).
Aline utilise une image que je trouve particulièrement juste : la vague dans l’océan. Si tu te prends le rouleau de plein fouet, tu as vraiment mal. Si tu te laisses emporter par le mouvement, tu tourbillonnes, mais tu t’en sors. Le syndrome de l’imposteur entrepreneur fonctionne pareil – s’y opposer frontalement, ça coûte plus cher que de l’accompagner.
Ce qu’elle ne dit pas – et c’est la limite réelle de ce conseil – c’est que ‘continuer à avancer malgré tout’ est beaucoup plus facile quand on a déjà un historique de ventes, une communauté, des retours positifs. Pour quelqu’un qui lance son premier produit dans un silence complet, c’est une autre histoire. Le conseil reste valide, mais le contexte change tout.
Si tu veux creuser la question de la vision à long terme qui aide à tenir dans ces moments-là, l’épisode sur la vision d’entrepreneur avec Thomas Burbidge va plus loin sur ce terrain.
Rester constant sur Instagram sans syndrome de l’imposteur entrepreneur en arrière-plan
Trois posts par semaine. Pas dix. Pas tous les jours. Trois.
C’est le chiffre qu’Aline donne quand on lui demande comment rester constant sur Instagram. Et c’est délibérément modeste – parce que la régularité batte l’intensité, toujours.
« Si tu toi-même tu n’es pas constante sur Instagram, tu ne peux pas créer du lien avec des gens qui te voient arriver partir, revenir repartir. Les gens ils vont vont pas te suivre. »
Voilà. C’est aussi simple et aussi brutal que ça.
Mais derrière la régularité, il y a quelque chose de plus profond. Elle parle de plaisir. Est-ce que tu as du plaisir à être sur Instagram ? Si la réponse est non, la régularité ne tient pas – pas sur le long terme. Et ça, c’est un aveu qui tranche avec le discours classique du ‘poste même quand t’as pas envie, c’est ça la discipline’.
La discipline, pour elle, c’est de se dire que c’est non-négociable. Pas de se forcer contre ses envies, mais de décider que c’est une priorité – et que les priorités, on les honore. Depuis la création de BBoost, sauf pendant les vacances de Noël où elle l’avait prévu, elle dit n’avoir pas raté une seule semaine de newsletter un lundi.
Et pour créer du lien avec ses abonnés une fois qu’on est régulier ? Parler d’eux, pas de soi. Répondre à tous les commentaires – et quand on sait pas quoi dire, ‘merci pour ton commentaire’ suffit. Aller laisser des petits mots sur leurs comptes. En gros : traiter ses abonnés comme des gens réels, pas comme des statistiques.
Sur la question du contenu newsletter vs réseaux sociaux, elle fonctionne ‘au feeling’ (ce qui est rare dans le secteur où tout le monde veut des règles gravées dans le marbre). Sa distinction personnelle : la newsletter pour les histoires, Instagram pour le pratique et le concret. Mais elle dit elle-même que c’est personnel – et conseille surtout de recycler sans hésiter. Un post Instagram peut devenir une newsletter et vice versa. Ce n’est pas de la paresse, c’est de l’efficacité.
La persévérance selon syndrome de l’imposteur entrepreneur : ce que les routines font vraiment
Playlist de la honte le matin sous la douche. Checker les commentaires Instagram pendant les coups de mou. Préparer ses journées la veille.
Aline est très concrète sur ses routines. Et ce qui m’intéresse là-dedans, c’est pas la liste – c’est la logique derrière. Elle dit que la motivation est ‘par définition un état temporaire’. Pas quelque chose qu’on peut avoir H24. Pas une formule miracle.
Du coup, l’objectif n’est pas d’être motivée en permanence. L’objectif, c’est de construire des routines qui réduisent le coût d’entrée dans le travail – pour que, même les jours sans, les actions se fassent quand même.
« Quand je traverse, mais j’en traverse régulièrement, des périodes où je suis moins motivée, moins performante, moins productive, je l’accepte, je réduis mon rythme de travail, je réduis tout ce que je peux faire dans la journée, je me reconcentre sur l’essentiel, le minimum et j’attends tranquillement en paix avec mon corps que la motivation, la prochaine vague de motivation revienne dans mon business. »
C’est exactement le problème avec le discours dominant sur la productivité. On te vend la performance continue – elle te parle d’accepter les creux.
Ce qu’elle ajoute sur le vision board et la reconnexion aux ‘pourquoi’ est plus classique, mais le contexte change la tonalité. Ce n’est pas de la pensée positive. C’est un outil de remise en perspective pour distinguer la vraie fatigue (qui demande du repos) du caprice passager (qui demande un coup de pied).
Pour aller plus loin sur les mécanismes de procrastination qui sabotent souvent cette persévérance, il y a un épisode entier sur comment arrêter de procrastiner qui complète bien cette partie.
De caissière à retoucheuse pro : les 4 mois qui ont tout changé
2 000 euros. C’est le capital de départ d’Aline pour lancer son activité de retouche photo freelance. Pas plus.
Elle rentre de New York où elle a bossé pour un magazine de mode – embauchée via Craigslist parce qu’elle avait des compétences Photoshop de ses séances photo de ‘princesses dans les bois’. Elle veut être indépendante. Mais elle n’a pas de sous. Alors elle va travailler comme caissière chez Monoprix pendant six ou huit mois (elle ne se souvient plus exactement), met de côté, et quand elle a ses 2 000 euros, elle se donne quatre mois.
Quatre mois pour vivre de son activité. Pas ‘essayer’. Vivre.
Sa méthode : décortiquer le problème en chiffres. Combien de clients il faut. Quel taux horaire. Si sur 10 prospects contactés un seul répond, il faut en contacter 100 pour en avoir 10. Bref – de la prospection mathématique, sans romantisme. Au bout de quatre mois, elle se tire ‘à peu près un salaire’. Et depuis, ça n’a fait que croître.
Ce parcours – caissière, puis freelance, puis créatrice de formations – illustre quelque chose qu’on n’entend pas assez dans le monde des coachs business : le passage par une case ‘ingrate’ comme condition du lancement. Pas comme échec. Comme stratégie délibérée.
Si la mécanique derrière construire un business qui rapporte vraiment t’intéresse, il y a un épisode dédié qui reprend ces fondations.
Affiliation hors thématique : le conseil contre-intuitif qui protège ta communauté
On termine sur un sujet plus technique – mais la réponse d’Aline est plus tranchée qu’on ne l’attendrait.
La question : peut-on faire de l’affiliation pour des produits qui n’ont rien à voir avec sa thématique ? Sa réponse : oui, mais pas dans le cadre de ton business principal.
Elle connaît la personne qui pose la question – une entrepreneuse dans la mode. Et elle explique très clairement ce qui se passe si tu pousses une formation LinkedIn à une audience qui te suit pour tes conseils style :
Dans le meilleur des cas, ils se disent ‘elle sait pas trop ce qu’elle fait’. Dans le pire, ils se désabonnent. La confusion dans ton positionnement coûte des abonnés – pas autant que de ne pas publier, mais presque.
La solution qu’elle propose est pragmatique : faire cette affiliation ‘en off’, en DM à des gens qui ont manifesté un intérêt. Ou créer un micro-compte séparé pour ça. Ce n’est pas une interdiction – c’est une question de cohérence de message.
Et cette cohérence, c’est aussi ce qui fait tenir une communauté sur le long terme. Le syndrome de l’imposteur entrepreneur peut d’ailleurs s’aggraver quand on envoie des messages contradictoires à son audience – parce qu’au fond, on sait qu’on est en train de perdre le fil.
D’ailleurs, sur la question de choisir les bons partenariats et collaborations pour son business sans diluer son positionnement, l’article sur les types de partenariats et leurs objectifs donne un cadre utile pour trancher.
Ce qui traverse tout cet épisode – de la première vente paniquée aux routines de motivation en passant par les quatre mois de caissière – c’est une idée simple : personne ne se sent prêt. Ni au moment de lancer, ni au moment de grandir. La différence entre ceux qui avancent et les autres, c’est pas l’absence du doute. C’est la décision de ne pas lui laisser la télécommande.
Est-ce que c’est suffisant comme réponse au syndrome de l’imposteur entrepreneur ? Probablement pas pour tout le monde. Mais c’est honnête. Et dans un secteur où l’honnêteté est parfois la ressource la plus rare, c’est déjà pas mal.











