devenir maker nocode

#60 – Devenir un maker et cumuler les side projects : le cas Unmake

Épisode diffusé le 18 octobre 2022 par Noémie Kempf

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Devenir maker nocode, c’est le genre de formule qui sonne presque trop bien pour être vraie. Pas de code, pas d’associés, pas de levée de fonds, et des produits qui génèrent des revenus pendant que tu dors. Antoine Milkov, 25 ans au moment de l’épisode, fondateur de unmake.io, a pourtant fait exactement ça – quatre micro start-up lancées depuis 2020, depuis n’importe quel co-working dans n’importe quelle ville du monde.

Ce qui frappe dans sa trajectoire, c’est pas l’exploit technique. C’est la lucidité. Antoine sait ce qu’il est : pas développeur, très flemmard par intermittence, facilement enflammé puis facilement désintéressé. Et c’est précisément cette connaissance de ses propres limites qui structure tous ses choix de produits. Pas une vision grandiose. Une contrainte transformée en système.

Noémie Kempf l’a interviewé dans The Storyline, son podcast sur le storytelling et le marketing des marques. L’épisode dure 44 minutes. Il y a dedans plus de matière concrète sur le making que dans la plupart des articles de blog qui te promettent l’indépendance financière en 90 jours.

Ce que j’ai voulu faire ici, c’est pas un résumé. C’est tirer les fils qui tiennent vraiment, les décisions qui se répètent, les erreurs qui structurent la méthode.

Ce que personne ne dit sur le premier traumatisme entrepreneurial

Avant unmake.io, avant le nocode, avant les micro start-up, il y a eu une SARL. Antoine a 18 ans, il rentre en école de commerce, et il fait comme beaucoup : une marque de vêtements. Logique. Simple. Et surtout – ça donne l’air entrepreneur quand tu sors le soir avec ton propre logo sur le dos.

Sauf que ses parents sont juristes. Et ils lui ont mis la pression pour faire les choses dans les règles.

«J’ai commencé par faire une SARL, ouvrir un compte en banque, enfin voilà, toute la lourdeur administrative que j’aurais pu éviter. J’ai passé les six premiers mois voir la première année à me dédier presque uniquement à la création de la SARL. Les allers-retours à la CCI tous les weekends… vraiment l’enfer administratif.»

Voilà. L’ordre des choses avant la chose elle-même.

Deux ans plus tard, l’entreprise ferme. Embrouilles avec les associés, logistique de la vente physique sous-estimée, énergie épuisée sur l’administratif. Antoine range ses aspirations entrepreneuriales et part salarié chez Numa, l’accélérateur de start-up parisien, où il restera trois ans dans des rôles marketing et produit.

Ce traumatisme de la SARL, il est pas anecdotique. Il explique directement pourquoi la méthode maker qu’Antoine développera ensuite est obsédée par la légèreté. Pas de structure juridique lourde au départ. Pas d’associés. Pas de stock physique. Des produits qui existent sur internet et qui se vendent tout seuls.

C’est souvent comme ça que naissent les bonnes contraintes de travail – d’une cicatrice qu’on a décidé de ne plus rouvrir.

SAS Frame, ou comment devenir maker nocode en 3 semaines de confinement

Mars 2020. Premier confinement. Antoine est encore chez Numa, mais il a du temps. Beaucoup de temps. Il décide d’utiliser ce temps pour transformer ce qu’il fait déjà le soir et le weekend – des side projects – en quelque chose de plus sérieux.

Le projet s’appelle SAS Frame. Concept : une base de données d’inspiration pour les marketeurs et les designers qui travaillent dans le SaaS (Software as a Service – Zoom, Notion, Slack, tout ce qu’on utilise dans le cloud). Des milliers de screenshots catégorisés : landing pages, pages pricing, pages about, emails marketing, interfaces produit.

2 000 à 3 000 screenshots. Classés. Filtrés. Présentés dans une interface qui ressemble à un dashboard.

Et le tout construit sur Webflow – un outil qu’Antoine a appris pendant ce même confinement, après des années à souffrir sur Wix (il a l’air de faire une légère grimace quand il en parle). Webflow, c’est du visual programming : tu construis ton site en manipulant des blocs visuels, mais la logique sous-jacente suit exactement les mêmes règles que du HTML/CSS classique. Résultat : des sites marketing au niveau professionnel, sans écrire une ligne de code.

«La plupart des sites marketing aujourd’hui, ils sont faits sur Webflow. Parce que ça n’a plus aucun sens de confier ce travail à des développeurs qui vont te coûter plus cher et qui vont mettre plus de temps.»

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais il y a trois ans, cette affirmation aurait sonné comme une provocation dans la plupart des agences digitales.

Le lancement de SAS Frame se fait sur Product Hunt – une communauté anglophone où les entrepreneurs publient leurs projets chaque jour, avec un système de votes qui génère un classement quotidien. SAS Frame se classe dans le top 3 ou top 4. Des milliers de visiteurs. Les premiers abonnés payants. Le modèle freemium : accès gratuit à une partie des inspirations, abonnement pour accéder à l’ensemble.

Trois semaines de travail intense pour un produit qui tourne en autonomie. C’est exactement la mécanique qu’Antoine va chercher à répliquer sur tous ses projets suivants. Et c’est là que la méthode devient intéressante – pas le produit en lui-même, mais le pattern.

La curation comme premier pied dans le making – et ses vraies limites

Noémie Kempf pose une observation que je trouve juste : on est passé d’une économie de la création à une économie de la curation. Trop de contenu, trop de sources, trop de gens à suivre. Les gens qui réussissent à monétiser aujourd’hui ne sont plus forcément ceux qui créent le plus – ce sont ceux qui sélectionnent le mieux.

Antoine confirme, mais il ajoute un angle que la plupart des articles sur la curation oublient.

«La curation, c’est un moyen facile de créer des produits. Quand tu peux pas faire de software par exemple, il te reste pas grand-chose. Faire des bases de données, c’est un truc qui est assez facile à faire sans trop de compétences. Et si tu es un peu malin, tu peux le vendre un peu comme un logiciel.»

C’est exactement le problème – et la solution en même temps.

La curation comme premier produit, c’est pas un plan B pour les gens qui ne savent pas coder. C’est une entrée légitime dans le marché, à condition de la packager correctement. SAS Frame ne se présente pas comme «une liste de screenshots». Il se présente comme un outil de recherche d’inspiration avec filtres, catégories, interface clean. La forme compte autant que le fond.

Mais la limite est réelle : une base de données n’a pas la même valeur à long terme qu’un vrai logiciel. Elle se périme. Elle se copie. Elle demande des mises à jour. Antoine en est conscient – et c’est pourquoi sa méthode évolue vers des produits de plus en plus automatisés, de plus en plus proches de la logique SaaS.

Pour aller plus loin sur la monétisation de contenus curatés, monétiser sa newsletter suit une logique similaire – construire une audience avant de chercher les revenus.

L’arsenal nocode pour devenir maker nocode : ce qui marche vraiment

On arrive aux outils. Antoine distingue deux grandes familles dans le nocode, et cette distinction est plus utile que n’importe quel comparatif de features.

Première famille : les sites. Pour ça, Webflow s’impose selon lui comme la référence actuelle. Interface marketing, landing page, blog, petits outils de curation – Webflow gère tout ça avec une liberté créative quasi illimitée. La courbe d’apprentissage est réelle (plus raide que Wix ou Squarespace), mais une fois maîtrisé, tu ne reviens pas en arrière.

Deuxième famille : les applications dynamiques. Là, la combinaison gagnante selon Antoine, c’est Airtable + Zapier.

  • Airtable : une base de données sur stéroïdes. Pense spreadsheet, mais avec des intégrations natives vers des centaines d’outils.

Zapier, lui, est le chef d’orchestre. Il fait parler les outils entre eux sans que tu touches une ligne de code. Chez Numa, ils l’ont utilisé pour automatiser entièrement le process de formation : de l’inscription à la session live, tout se déclenchait automatiquement. Zéro intervention humaine dans la tuyauterie.

Il y a aussi Bubble pour les web apps plus complexes – Antoine cite Airbnb comme exemple du type de produit qu’on peut recréer avec cet outil. Et Glide, suggéré par Noémie, qui transforme un spreadsheet en application mobile. Une de ses amies a construit une app fitness avec Glide, a décroché un article dans L’Express, et tourne avec une base d’utilisateurs solide.

Ce qui est utile dans cette liste, c’est pas les noms d’outils. C’est la logique : commencer par le plus simple (Glide, Softr), progresser vers le plus puissant (Webflow, Bubble), et utiliser Zapier comme colle universelle entre tout ça. La plupart des gens qui veulent se lancer en indépendant cherchent l’outil parfait avant d’avoir une idée. C’est exactement l’inverse de ce qu’Antoine fait.

Le profil maker : ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce qu’Antoine dit mieux que la plupart

Curieux et créatif. C’est la réponse d’Antoine quand Noémie lui demande le profil idéal d’un maker. Ça a l’air bateau. C’est pas bateau.

La curiosité, dans sa version maker, c’est pas de l’intérêt général pour les nouvelles technologies. C’est passer du temps sur Product Hunt tous les jours, regarder ce qui se vote, identifier les patterns qui se répètent entre les projets qui marchent.

«En général mes idées, c’est le mélange de trois-quatre autres projets que j’ai vus. Je me dis : on pourrait prendre ça de cet outil, cette façon d’adresser le marché de celui-là, cette niche de cet autre projet. C’est le meilleur moyen de trouver des idées.»

Ça, c’est une méthode concrète. Pas «sois curieux». Passe une heure par jour sur Product Hunt et fais des connexions.

Et la créativité, dans ce contexte, c’est pas l’originalité pour l’originalité. C’est apporter sa patte sur quelque chose qui existe déjà – trouver la niche que personne n’a adressée, ou l’angle que personne n’a pris. Si c’était évident, ça existerait déjà.

Mais le truc le plus honnête qu’Antoine dit dans tout l’épisode, c’est ça : il se connaît. Il sait qu’il est flemmard. Il sait qu’il s’enflamme vite et se désengage vite. Il sait qu’il ne sait pas coder. Et donc à chaque idée de produit, il la fait passer par un filtre mental brutal : est-ce que ce projet peut survivre sans que je le maintienne activement pendant trois mois ?

Si la réponse est non, il passe. C’est une forme de discipline créative qu’on ne voit pas souvent décrite aussi clairement. Pour les entrepreneurs qui se posent les mêmes questions sur leur vision d’entrepreneur, cette honnêteté sur ses propres contraintes est probablement le vrai point de départ.

Solopreneur, pas ermite : comment devenir maker nocode sans péter un câble

Digital nomade depuis un an et demi au moment de l’interview. Pas d’appartement fixe. Des projets qui tournent en autonomie. De l’extérieur, ça ressemble à la vie parfaite des slides LinkedIn.

De l’intérieur, c’est une gestion de l’énergie qui demande de la rigueur.

Antoine est très intense quand il est sur un projet – il bosse matin, midi et soir pendant des semaines. Et ensuite, il peut passer trois mois à ne rien faire. Ce rythme en dents de scie, la plupart des conseils de productivité te diraient de le corriger. Antoine a décidé de le normaliser, parce que ses produits génèrent des revenus même pendant ses traversées du désert. La décorrélation entre temps de travail et revenus, c’est exactement ce qui rend ce cycle tenable.

Mais travailler seul physiquement, il déteste ça. Alors il va dans des co-workings, il retrouve d’autres makers dans des cafés, il reconstitue l’équivalent d’une équipe de collègues informelle même quand il n’a pas de collègues officiels. Ce point est souvent négligé dans les récits de solopreneurs – on parle de liberté, rarement de la discipline sociale qu’il faut maintenir pour ne pas finir à parler à son écran.

(C’est souvent là que ça coince, d’ailleurs – pas sur les outils, pas sur les idées, mais sur l’isolement qui s’installe progressivement et qui érode la motivation bien avant qu’on s’en rende compte.)

Et cette question de la motivation solo rejoint les sujets explorés dans d’autres parcours d’indépendants – comme passer de blogueur à consultant à 15k€/mois, où la solitude du travail indépendant est une variable centrale qu’on sous-estime systématiquement au départ.

Ce qui distingue le modèle maker du modèle créateur de contenu classique – celui de Noémie Kempf avec The Storyline, ou de Tribu Indé – c’est l’absence de prestation derrière le produit. La plupart des créateurs construisent une audience pour vendre du coaching, du conseil, des formations. Antoine, lui, veut que le produit se vende tout seul, sans interaction. Aucun des deux modèles n’est supérieur à l’autre. Mais ils demandent des compétences radicalement différentes – et surtout des tempéraments différents. La légitimité à se lancer se construit différemment selon qu’on vend sa personne ou son outil.

Reste une question que l’épisode effleure sans vraiment la trancher : est-ce que le modèle maker, tel qu’Antoine le pratique, est scalable au-delà d’un certain niveau de revenus ? Quatre projets en deux ans, c’est un rythme. Mais à un moment, la maintenance des produits existants finit par peser sur la capacité à en lancer de nouveaux. Antoine a 25 ans. La réponse, on l’aura dans cinq ans.

Questions fréquentes

C'est quoi exactement un maker nocode ? +
Un maker nocode, c'est un entrepreneur solo - parfois en duo - qui crée des micro start-up sans écrire de code, en s'appuyant sur des outils visuels comme Webflow, Airtable ou Bubble. L'objectif n'est pas de lever des fonds ou de recruter une équipe, mais de construire des produits bootstrapés qui génèrent des revenus de façon autonome. Le terme 'bootstrapé' signifie que la croissance est financée par les revenus du produit lui-même, sans financement externe.
Comment devenir maker nocode quand on ne sait pas coder ? +
Antoine Milkov conseille de commencer par la curation de contenu - créer des bases de données sur un sujet précis, les packager comme un outil SaaS avec des filtres et une interface soignée. Pour l'apprentissage, il recommande d'apprendre en faisant : avoir un projet concret avant de chercher la formation. Les outils d'entrée les plus accessibles sont Glide et Softr, avant de progresser vers Webflow pour les sites et Airtable + Zapier pour les applications dynamiques.
Quels outils nocode utiliser pour lancer sa première micro start-up ? +
La combinaison recommandée par Antoine Milkov : Webflow pour les sites marketing et les produits de curation, Airtable comme base de données centrale, et Zapier pour connecter tous les outils entre eux sans code. Pour des applications plus complexes avec logique d'interaction, Bubble est la référence. Glide permet de créer des applications mobiles directement à partir d'un spreadsheet - idéal pour tester une idée rapidement.
Est-ce qu'on peut vraiment vivre de ses side projects en tant que maker ? +
Antoine Milkov le fait depuis 2020 - quatre projets lancés, financement de sa vie de digital nomade. Mais la condition sine qua non, c'est de construire des produits qui se vendent sans intervention humaine permanente. Le modèle freemium - accès gratuit partiel, abonnement pour le reste - est le plus adapté à cette logique d'autonomie. Sans cette décorrélation entre temps de travail et revenus, le modèle maker ne tient pas à long terme.
C'est quoi Product Hunt et pourquoi c'est important pour lancer un projet nocode ? +
Product Hunt est une communauté anglophone où les créateurs publient leurs projets quotidiennement. Un système de votes génère un classement chaque jour - si tu te retrouves dans le top 5, tu reçois un pic de trafic massif. SAS Frame de Antoine Milkov a atteint le top 3-4 lors de son lancement, générant des milliers de visiteurs et ses premiers abonnés payants en quelques heures. C'est aussi une mine d'or pour trouver des idées de produits : voir ce qui vote bien sur une niche, et adapter la même approche à une autre niche.
Devenir maker nocode demande quelles qualités personnelles ? +
La curiosité active - passer du temps sur des plateformes comme Product Hunt pour identifier les patterns qui fonctionnent - et la créativité pour trouver des angles inexplorés. Mais la vraie compétence distinctive selon Antoine, c'est la connaissance de soi. Savoir ce qu'on ne sait pas faire, identifier ses contraintes de temps et d'énergie, et ne lancer que des projets qui peuvent survivre à ses propres lacunes.

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