stratégie communauté virale

#57 – Rendre un projet viral grâce à la communauté

Épisode diffusé le 6 septembre 2022 par Noémie Kempf

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51 000 actionnaires en deux ans, zéro budget publicitaire, une stratégie communauté virale construite quasiment à la main – c’est le bilan brut de Time for the Planet, la structure cofondée par Arthur Auboeuf et cinq autres entrepreneurs en mars 2020. Pas une ONG. Pas une startup classique. Un objet hybride, difficile à catégoriser, qui a réussi quelque chose que la plupart des équipes marketing rêvent d’accomplir : transformer des inconnus en ambassadeurs actifs, sans les payer, sans les forcer, et sans algorithme complaisant pour amplifier le signal.

Arthur Auboeuf n’est pas un marketeur de formation. Il a fait une fac de sport (détail qui me plaît, franchement). Pendant ses vacances – copieuses, de son propre aveu – il lance des communautés en ligne, crée des apps, monétise du trafic. Il revend sa première boîte à un groupe de dating. Ensuite Triller, le réseau social, deux ans d’aventure. Ce mec a surtout passé dix ans à comprendre comment les gens s’agrègent en ligne, pourquoi ils restent, pourquoi ils partent. Et là il applique tout ça à un projet climatique.

Ce qui m’intéresse dans cet épisode du podcast The Storyline, animé par Noémie Kempf, c’est pas le projet en lui-même – l’angle écologie-entrepreneuriat, tu le connais. Ce qui m’intéresse, c’est la mécanique. Comment on passe de 0 à 1 000 associés en six mois, puis de 1 000 à 51 000 en dix-huit mois. Ce que ca dit sur les nouvelles règles de la viralité organique. Et pourquoi l’onboarding frictionné peut être plus efficace qu’un tunnel fluide.

Le reach est mort, vive la stratégie communauté virale horizontale

Il faut remonter un peu dans le temps pour comprendre le raisonnement d’Arthur. Avant Time for the Planet, avant LinkedIn même – il dit n’avoir jamais mis un pied sur LinkedIn avant 2020, ce qui est assez dingue vu ce qu’il en a fait – il avait vécu la grande époque du display. Une app à 50 000 connexions par jour pouvait générer entre 5 000 et 15 000 euros par mois rien qu’avec des bannières. Les régies prenaient 40 % de marge, Coca-Cola achetait des milliards d’impressions, tout le monde était content.

Et puis ça s’est effondré. Pas brutalement. Progressivement, à partir de 2015-2016, avec une baisse de reach d’environ 10 % par an sur Facebook. Les réseaux se sont monétisés, donc ils ont vendu les vues qu’ils offraient avant gratuitement. Résultat : aujourd’hui, un post organique touche 1 % de ta propre communauté. Un sur cent. C’est le contexte dans lequel Time for the Planet a démarré.

Du coup, Arthur a complètement repensé la structure de sa stratégie communauté virale. Plus de modèle vertical – toi qui crées du contenu, ta communauté qui consomme et partage. Ca ne fonctionne plus, ou alors avec des moyens publicitaires que Time for the Planet n’avait pas. À la place : un modèle horizontal.

« Il faut plus raisonner en communauté horizontale. C’est-à-dire vraiment créer des communautés de communauté. Donc des ambassadeurs actifs à qui tu donnes les cartes et les clés pour être capable de même porter une communauté. »

Ce glissement – de vertical à horizontal – c’est exactement le problème que la plupart des marques n’arrivent pas à résoudre. Elles continuent de publier, espèrent la viralité, investissent en ads quand ça ne prend pas. Arthur lui a posé la question autrement : et si c’était les 51 000 qui publiaient à ma place ?

C’est aussi ce que les 3 piliers de la communication engagée explorent – comment construire une prise de parole qui tient dans le temps quand l’algorithme ne te favorise plus.

La croyance avant le produit – ce que personne ne dit assez fort

Mars 2020. Pandémie. Time for the Planet vient de structurer sa forme juridique. Le mois précédent, ils levaient 50 000 à 60 000 euros par mois en se détruisant à six, en remplissant des salles de 250 personnes à coups d’événements Facebook. Le mois du confinement : 4 000 euros. Une gifle.

Ce moment de bascule a forcé Arthur à articuler ce qui faisait vraiment tenir le projet. Et sa réponse, c’est pas le produit, c’est pas le pitch, c’est la croyance. Une seule phrase : l’écologie doit se marier avec l’économie maintenant tout de suite.

« Quand tu crées une communauté, une vraie communauté engagée, c’est qu’il faut vraiment que tu sois capable de rassembler et de fédérer autour d’une croyance très forte et que cette croyance soit partagée et que les gens viennent se battre pour cette vision, pour cette croyance indépendamment de toi l’humain qui est derrière. »

Dit comme ca, ca a l’air simple. Mais combien de marques te disent leur croyance en une phrase ? Pas leur valeurs. Pas leur mission. Leur croyance – la chose qu’elles défendent même si ca leur coûte quelque chose.

Ce travail de fond sur le « why » – pour reprendre un mot qu’Arthur n’utilise pas mais que Simon Sinek a rendu célèbre – c’est ce qui a conditionné toute la mécanique communautaire ensuite. Les gens ne deviennent pas ambassadeurs d’un produit. Ils deviennent ambassadeurs d’une idée. Et une idée, ça se partage sans permission.

C’est un angle qu’on retrouve aussi dans la maîtrise du storytelling de marque – la différence entre raconter ce qu’on fait et raconter pourquoi on le fait, et comment ce décalage change tout à l’engagement.

Six mois pour 1 000 associés, puis l’effet boule de neige

La première année de Time for the Planet : 5 000 associés. La deuxième : 45 000 de plus. Ce n’est pas une progression linéaire. C’est une courbe exponentielle déclenchée par un seuil précis – les 1 000 premiers.

Avant ça, le boulot c’était du gros artisanat. Conférences en présentiel, puis Zoom. Contenu quotidien sur les réseaux – « tous les jours je publiais, tous les jours j’arrivais à lancer un petit quelque chose, il commençait à avoir quelques centaines de likes », dit Arthur. Un travail de fourmi à base de groupes Facebook, d’événements, de partages manuels. Six personnes au front.

Et puis, une fois les 1 000 associés atteints, bascule. Arthur crée un kit complet – tutos, contenus prêts à l’emploi, textes à copier-coller – et commence à solliciter ses associés directement. Pas implicitement. Explicitement.

« On a vraiment besoin que chacun s’empare de cet objet. Au-delà de son argent, aider ce projet avec son réseau, son temps, ses compétences, mais surtout son bouche à oreille. »

Ce passage – 1 000 associés actifs sollicités explicitement – c’est le vrai déclencheur de la stratégie communauté virale. Pas un algorithme. Pas un budget. Un millier de gens à qui on dit : on a besoin de vous, voilà exactement comment nous aider, ca prend 30 secondes.

Ce principe de mobilisation explicite des membres d’une communauté se retrouve aussi dans des logiques d’User Generated Content – où la marque ne produit plus seule, mais crée les conditions pour que ses utilisateurs produisent à sa place.

L’onboarding frictionné – le paradoxe qui marche

Voilà un truc contre-intuitif. La sagesse commune en UX design, c’est de réduire la friction au maximum. Moins d’étapes, moins de champs à remplir, moins de clics. Taux de conversion au maximum.

Arthur fait l’inverse. Et il l’assume.

Devenir actionnaire de Time for the Planet, c’est pas cliquer sur un bouton et payer. C’est remplir un Typeform juridique, signer un bon de souscription d’action électroniquement (via DocuSign), effectuer un virement validé, transmettre des informations légales. Derrière, une machine Zapier orchestre tout – traitement des données, génération de documents, envoi par mail. L’utilisateur ne voit pas tout ca. Mais il sent le sérieux.

Et directement après avoir terminé ce processus, nouvelle demande. Pas de repos. Un deuxième Typeform qui propose trois actions concrètes pour faire grandir le mouvement. Dont : poster sur LinkedIn avec le texte tout rédigé, l’image téléchargeable, et un tuto vidéo qui explique comment publier si tu n’as jamais fait ca.

(Ce tuto vidéo pour expliquer comment faire un post LinkedIn – ca pourrait sembler condescendant. En réalité, c’est du bon sens. Des millions de gens ont un compte LinkedIn et n’ont jamais publié quoi que ce soit. Leur mâcher le travail n’est pas infantilisant, c’est pragmatique.)

Arthur cite le cas Meetup pour justifier sa logique. La plateforme de création de groupes autour d’activités avait 1 million d’utilisateurs et brûlait du cash sans rentabilité. Le fondateur a décidé de faire payer les organisateurs – c’est-à-dire les membres les plus engagés. Tout le monde a prédit la catastrophe. En réalité, la moitié des organisateurs sont partis, mais l’autre moitié est devenue ultra-loyale et ultra-active. Moins d’utilisateurs, mais une communauté dix fois plus solide.

La logique : plus tu demandes d’effort à quelqu’un pour rejoindre quelque chose, plus il valorise ce quelque chose une fois dedans. C’est de la psychologie comportementale basique – l’engagement et la cohérence de Cialdini – mais très peu de marques osent l’appliquer à leur funnel d’acquisition.

Ce que la stratégie communauté virale dit sur LinkedIn en 2022

Arthur dit n’avoir jamais utilisé LinkedIn avant Time for the Planet. Il pensait que c’était pour partager son CV. Et maintenant il est partout dessus, avec des milliers de likes sur ses posts. Il y a une ironie là-dedans.

Mais il y a surtout une observation intéressante. LinkedIn, contrairement à Facebook et Instagram, ne s’est pas encore monétisé sur le reach organique de la même manière. Il se monétise autrement – via LinkedIn Premium, via les job listings, via la publicité B2B. Résultat : le reach organique y reste beaucoup plus accessible. Un bon post peut encore toucher 10 000, 50 000, 100 000 personnes sans un centime de budget publicitaire.

Ca ne durera pas éternellement – c’est la trajectoire de tous les réseaux. Mais pour l’instant, c’est une fenêtre. Et Time for the Planet l’a exploitée à fond, en mobilisant des milliers d’associés pour publier simultanément des messages similaires, créant cette impression de vague que Noémie Kempf décrit très bien dans l’épisode : « j’ai vu sur LinkedIn plein de gens qui postaient le même message et je me suis dit mais d’où est-ce que ça sort. »

Ce que ça produit côté perception, c’est exactement ça : une marée. Pas une pub. Une marée.

Pour aller plus loin sur les mécaniques LinkedIn spécifiques, le débat anciens vs nouveaux sur LinkedIn pose des questions pertinentes sur ce qui fonctionne encore – et ce qui est en train de se fermer.

Le funnel n’est jamais fini – c’est pas rassurant, mais c’est vrai

Un truc qu’Arthur dit en passant et qui mérite qu’on s’y arrête : « encore hier, j’ai amélioré le funnel. » C’est dit comme une évidence. Deux ans après le lancement, 51 000 actionnaires plus tard, il retouche encore l’onboarding.

Ca dit quelque chose d’important sur la réalité d’une stratégie communauté virale – c’est pas un projet qu’on livre et qu’on oublie. C’est un organisme vivant. Les outils changent, les réseaux changent, les comportements des utilisateurs changent. Ce qui convertissait à 8 % il y a six mois convertit peut-être à 4 % aujourd’hui pour une raison obscure.

La stack technique de Time for the Planet – Typeform, Zapier, DocuSign, les outils de signature électronique – c’est pas glamour. C’est du plomberie. Mais c’est cette plomberie qui a rendu possible l’expérience fluide côté utilisateur tout en gérant des obligations légales complexes côté back-office. (Et l’aspect légal est vraiment non trivial : devenir actionnaire d’une entreprise, ca implique des documents signés, des virements traçables, des registres. Faire tenir tout ca dans un Typeform en deux minutes, c’est un vrai exploit d’ingénierie de processus.)

La limite du modèle, je vais la dire clairement : ce type de stratégie fonctionne parce que le projet porte une cause forte, clivante dans le bon sens – l’écologie-économie, ca touche des gens profondément. Essaie de répliquer ca pour vendre un SaaS B2B ou une marque de cosmétiques, et tu vas te retrouver avec des ambassadeurs tièdes qui partagent mollement. L’engagement radical des associés Time for the Planet vient d’abord de la croyance, pas du funnel. Le funnel amplifie. Il ne crée pas.

Ce qu’Arthur a compris avant beaucoup d’autres – et ça rejoint ce que Asphalte a fait dans la mode engagée avec sa co-création – c’est que les gens ont envie d’aider. Vraiment. Ils ont juste pas le temps de deviner comment. Alors tu leur dis. Explicitement. Avec un tuto vidéo si nécessaire. Et tu comptes sur le fait que 30 secondes d’effort de leur part vaut mieux que 3 000 euros de sponsored content.

La question qui reste ouverte : est-ce que ce modèle tient quand LinkedIn ferme le robinet du reach organique à son tour ? Arthur dit qu’il faut anticiper. Qu’il faut déjà penser à la prochaine fenêtre. Mais il n’a pas encore la réponse. Personne ne l’a.

Questions fréquentes

Comment créer une stratégie communauté virale sans budget publicitaire ? +
Time for the Planet l'a fait en partant d'une croyance forte et partagée, en mobilisant explicitement ses premiers membres pour qu'ils deviennent ambassadeurs, et en leur fournissant tous les outils nécessaires - textes rédigés, images, tutos vidéo - pour partager en 30 secondes. La clé : ne pas attendre que les gens devinent comment aider. Leur dire exactement quoi faire, quand le faire, et leur montrer que ça a un impact mesurable (en moyenne 3 nouveaux associés par post partagé).
Combien d'associés Time for the Planet a-t-il réunis et en combien de temps ? +
51 000 actionnaires en un peu moins de deux ans, depuis la création de la structure juridique en mars 2020. La première année : 5 000 associés. La deuxième : 45 000 supplémentaires. Une croissance clairement exponentielle, déclenchée autour du seuil des 1 000 premiers membres passés en mode ambassadeurs actifs.
Pourquoi un onboarding frictionné peut augmenter l'engagement d'une communauté ? +
Contra-intuitivement, demander plus d'effort à quelqu'un pour rejoindre quelque chose augmente la valeur perçue de ce quelque chose. Arthur Auboeuf cite le cas Meetup : en faisant payer ses organisateurs, la plateforme a perdu la moitié d'entre eux mais transformé l'autre moitié en membres ultra-loyaux. Time for the Planet applique la même logique : le processus d'actionnariat est volontairement complet et sérieux, ce qui génère une fierté d'appartenance plus forte qu'un simple don.
Quelle est la différence entre une communauté verticale et une stratégie communauté virale horizontale ? +
Une communauté verticale, c'est un créateur qui publie du contenu et une audience qui consomme. Ce modèle était efficace quand le reach organique était gratuit sur les réseaux. Aujourd'hui, avec un reach réduit à 1 % de l'audience sur Facebook ou Instagram, ce modèle ne fonctionne plus sans budget publicitaire. La stratégie communauté virale horizontale repose sur des milliers d'ambassadeurs qui publient simultanément - chacun sur son réseau personnel - créant un effet de masse impossible à atteindre depuis un seul compte.
Quels outils utilise Time for the Planet pour son onboarding d'actionnaires ? +
La stack combine Typeform pour l'expérience front-end (formulaire ergonomique), DocuSign pour la signature électronique légale du bon de souscription d'action, et Zapier pour connecter l'ensemble et automatiser le traitement des données, la génération de documents et l'envoi par mail. L'objectif : rendre fluide côté utilisateur un processus légalement complexe.
Comment LinkedIn a contribué à la stratégie communauté virale de Time for the Planet ? +
LinkedIn conserve un reach organique bien supérieur à Facebook ou Instagram car son modèle de monétisation repose moins sur la vente de vues. Arthur Auboeuf a mobilisé ses associés pour publier massivement sur LinkedIn avec des contenus préparés à l'avance, créant l'impression d'une vague coordonnée qui a touché des centaines de milliers de personnes sans aucun budget publicitaire.

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