Choisir ses réseaux sociaux quand on est entrepreneur solo, coach, ou freelance – c’est souvent la première décision qui flingue tout le reste. Pas parce qu’on prend le mauvais réseau. Parce qu’on en prend cinq en même temps. Aline, coach business chez TheBBoost, a répondu à cette question dans son podcast Je peux pas, j’ai business, et sa réponse tient en un dessin : une pyramide à l’envers.
Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode – une FAQ enregistrée pendant le confinement de mars 2020, donc avec tout ce que ça implique comme contexte un peu chaotique – c’est que derrière la question ‘sur quel réseau je vais’, il y a une vraie architecture à poser. Pas une tendance. Pas un conseil de guru. Une structure.
Et cette structure, elle explique pourquoi certains créateurs de contenu cartonnent en 6 mois quand d’autres publient pendant 2 ans sans résultat.
La pyramide inversée : l’architecture que personne ne t’explique vraiment
Trois niveaux. C’est tout. Le sommet – le plus large – ce sont tes réseaux sociaux : Instagram, Facebook, Pinterest, LinkedIn, X (ex-Twitter), peu importe. Le milieu, c’est ton contenu hebdomadaire ou bimensuel : articles de blog, podcast, vidéos YouTube. Et la pointe tout en bas, c’est ton site web – où la vente se conclut.
L’idée, c’est un entonnoir. Quelqu’un tombe sur toi via un post Instagram. Il commence à écouter ton podcast. Un mois plus tard, il arrive sur ton site et il book ton accompagnement.
« L’idée là-dessus, c’est de faire cet entonnoir dans lequel votre client idéal va rentrer, d’abord il tombe sur vos réseaux sociaux, ensuite il commence à consommer votre contenu hebdomadaire slash bimensuel et au final, il tombe sur votre site et là il book votre offre. »
Dit comme ça, ça a l’air évident. Mais la plupart des gens que je vois faire du contenu s’occupent exclusivement du premier niveau – les réseaux – sans jamais construire les deux autres. Du coup ils ont des abonnés. Pas des clients.
Ce que cette pyramide change concrètement : ça t’oblige à penser les plateformes par fonction, pas par hype. Instagram n’est pas là pour vendre. Il est là pour capter l’attention. Ton blog ou ton podcast est là pour créer de la confiance. Ton site est là pour convertir. Si tu mélanges tout, tu rates les trois.
Choisir ses réseaux sociaux : les 2 critères qui font toute la différence
Deux conditions. Pas dix. Pas un tableau Excel avec 47 colonnes.
Première condition : tu aimes le format. Aline est directe là-dessus. Si tu détestes faire des vidéos, ne lance pas une chaîne YouTube. Si tu ne supportes pas l’écrit, oublie le blog. Ce n’est pas une question de courage ou de discipline – c’est une question de soutenabilité dans le temps. Un créateur qui publie avec plaisir deux fois par semaine bat systématiquement le créateur qui publie à contrecœur cinq fois par semaine pendant trois mois avant de craquer.
Deuxième condition : ta cible est présente ET réceptive. La nuance est importante (et c’est souvent là que ça coince). Ton audience peut être sur Instagram en privé, juste pour voir les photos de sa famille. Si tu commences à lui parler de ton offre de consulting B2B dans ce contexte, elle ne te verra pas. Ou elle te verra, mais dans le mauvais état d’esprit.
« Il y a des gens qui sont sur Instagram, mais si tu leur parles d’un truc qu’ils ont pas envie de voir sur Instagram, ça va pas les toucher. »
Exactement. Le contexte de consommation d’un réseau, c’est aussi important que la présence de ta cible dessus. Les gens qui cherchent un prestataire B2B sérieux vont sur LinkedIn avec une intention pro. Sur Instagram, ils scrollent entre deux réunions. Ce n’est pas le même moment mental.
Pour creuser cette logique de présence et de conversion sur une plateforme spécifique, l’épisode sur trouver des clients sur LinkedIn avec Isabelle Cougnaud pousse le raisonnement sur le terrain B2B.
Un seul réseau – et pourquoi c’est le conseil le plus contre-intuitif qui existe
Voilà le conseil qu’Aline martèle et que tout le monde entend, mais que personne ne suit vraiment.
Un seul réseau social pour commencer. Pas deux. Pas ‘Instagram et un peu de LinkedIn’. Un.
La raison : les algorithmes. Chaque plateforme récompense la régularité et l’engagement. Si tu publies tous les jours sur Instagram, l’algorithme te pousse. Si tu publies deux fois par semaine en te dispersant sur quatre plateformes, tu es nowhere sur chacune d’elles.
« Entre publier tous les jours sur Instagram ou publier deux fois par semaine sur Instagram, Facebook, Twitter et Pinterest, tu auras jamais de résultats en éparpillant tes efforts de partout. »
Ce qui m’agace un peu dans le débat autour de ce conseil, c’est qu’on l’entend souvent formulé comme une règle morale – ‘il faut être focus’. Mais Aline l’ancre dans quelque chose de très concret : les mécanismes des plateformes. C’est pas une question de caractère. C’est de la mécanique pure.
La logique de construction de communauté sur une seule plateforme avant d’élargir rejoint d’ailleurs ce que développe Arthur Auboeuf sur les 3 étapes pour créer une communauté en partant de zéro – la concentration initiale est un passage obligé.
Pinterest, le réseau dont personne ne parle – et qui a tout changé pour TheBBoost
Là, franchement, j’ai levé les yeux de mes notes.
Quand Aline explique comment son contenu « est sorti du lot très vite », la réponse n’est pas Instagram. Pas LinkedIn. Pas un post viral. C’est Pinterest.
« Mon contenu est tout de suite sorti très vite à cause de Pinterest. C’est vraiment ça qui m’a permis de faire connaître mon blog dans les premiers temps et ensuite d’envoyer ce trafic vers Instagram. »
Le mécanisme : Pinterest envoyait du trafic vers son blog, le blog montait, et elle glissait dans ses articles une mention de son Instagram. Les lecteurs Pinterest devenaient des abonnés Instagram. Un entonnoir dans l’entonnoir – et personne ne le réplique parce que tout le monde fixe TikTok ou Reels en 2024.
Ce qui est intéressant ici, c’est que Pinterest est un moteur de recherche visuel, pas vraiment un réseau social au sens classique. Le contenu y a une durée de vie infiniment plus longue qu’un post Instagram. Un pin peut ramener du trafic pendant 2 ans. Un Reel, c’est 48 heures de fenêtre, si t’as de la chance.
Ce parallèle entre contenu éphémère et contenu durable se retrouve aussi dans la question de choisir ses réseaux sociaux au sens large – et dans la façon dont des marques engagées pensent leur présence sur le long terme, comme expliqué dans cet épisode sur Asphalte et la co-création.
4 100 personnes en mailing list, 5 000 à 10 000 € par mois – et la vraie leçon derrière les chiffres
Dans la FAQ, Aline donne ses chiffres. Franchement, sans fard.
Septembre 2019 : premier mois complet en tant que coach business. 5 000 euros de chiffre d’affaires. Elle maintient ce niveau jusqu’en janvier 2020, où elle passe à 10 000 euros. Février 2020 : 9 000 euros. Mars : ça plonge, mais parce qu’elle a refusé des clientes – pas parce que la demande manquait. Depuis : elle oscille entre 5 000 et 10 000 euros par mois.
Sa mailing list ? 4 100 personnes. Construite depuis l’été 2018, depuis le début de TheBBoost – pas reprise d’une activité précédente. (Ce qui est rare dans le secteur : beaucoup d’entrepreneurs importent une liste existante quand ils pivotent.)
Et sa stratégie pour ne jamais galérer à trouver des clients ? Elle la résume avec une insistance presque comique :
« Marketing de contenu, création de contenu, création de contenu, création de contenu, création de contenu, interaction avec l’audience tout le temps, tout le temps, tout le temps, réponse à tout le monde, réponse à tous les messages, réponse à tous les commentaires et beaucoup beaucoup de générosité là-dedans. »
Cinq fois ‘création de contenu’. Trois fois ‘tout le temps’. C’est presque de l’hypnose – mais c’est aussi la méthode la plus solide qui existe pour choisir ses réseaux sociaux et en faire quelque chose de concret sur la durée.
Une nuance quand même, et elle la dit elle-même : plus d’abonnés ne veut pas automatiquement dire plus de clients. Si ta communauté n’est pas constituée de personnes qui ont le profil et les moyens pour ton offre, les chiffres ressemblent à de la vanité. 50 000 abonnés qui ne sont pas ta cible, c’est moins utile que 2 000 abonnés qui te suivent pour exactement ce que tu fais.
Vendre sans vendre – ou comment parler de ses offres sans devenir un panneau publicitaire
C’est peut-être la partie la plus utile de tout l’épisode – et la moins spectaculaire en apparence.
Aline n’a jamais de CTA agressif dans ses podcasts. Elle ne dit pas ‘bookez mon coaching maintenant, lien en bio’. Ce qu’elle fait : elle mentionne ses coachées dans ses anecdotes. Naturellement. Systématiquement.
« L’autre jour dans une séance de coaching… » « Une question que mes coachées me posent beaucoup… » « J’ai une coachée qui me disait… »
Elle dit que ça rentre dans la tête de l’auditeur que ‘Aline égale coach’. Et le jour où cette personne cherche un accompagnement, son nom revient. Pas parce qu’elle a fait une bonne pub. Parce qu’elle s’est rappelée à la mémoire, doucement, pendant des mois.
Il faut sept expositions à une information pour qu’elle soit retenue – elle le cite. Et encore : c’est juste pour la retenir, pas pour passer à l’acte. La conversion, c’est encore autre chose.
Ce principe de mémorisation par répétition douce rejoint la réflexion sur le storytelling de marque – comment une marque crée de la présence mentale sans forcer la vente. Et quand on parle d’authenticité dans ce contexte, l’UGC comme vecteur d’authenticité pousse la même logique encore plus loin.
La vraie question que ça pose – et que l’épisode ne tranche pas vraiment – c’est jusqu’à quel point cette approche ‘douce’ est suffisante quand on démarre de zéro, sans audience préexistante. Aline avait Pinterest pour décoller. Qu’est-ce qui joue ce rôle aujourd’hui, dans un contexte où chaque plateforme est 100 fois plus saturée qu’en 2018 ?











