devenir freelance

Just do it – avec Harry JMG

Épisode diffusé le 27 novembre 2018 par Marketing Mania

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Devenir freelance à partir de zéro – sans réseau, sans LinkedIn nickel, sans agence qui vous porte – c’est possible. Harry JMG l’a fait deux fois, dans deux vies différentes. D’abord ado au lycée, en tapant à la porte de sites moches sur des annuaires pour proposer ses services web à 300 € par mois. Ensuite adulte, développeur front-end, enchaînant les missions de 20 jours dans des boîtes parisiennes. Entre les deux : une chaîne YouTube sur les coursiers à vélo, un logiciel qu’il a codé seul, et l’école 42 en première promotion. Stan Leloup l’a reçu dans le podcast Marketing Mania, et l’épisode dure 1h33. Ce que j’en retiens, c’est pas vraiment un tuto. C’est plutôt une démonstration – parfois inconfortable – que les chemins les plus bizarres sont souvent les plus efficaces.

L’annuaire comme arme secrète pour devenir freelance

Au lycée. Pas d’agence, pas de Malt, pas de réseau professionnel. Harry JMG voulait juste gagner un peu d’argent avec ce qu’il savait faire – coder des sites web – sans vraiment réaliser que c’était monnayable.

Sa méthode pour trouver ses premiers clients ? Il allait sur des annuaires de référencement. Ceux où les débutants déposaient leur lien pour exister sur Google. Il triait par date d’arrivée. Il cherchait les sites les plus laids.

« Je classais par date d’arrivée et puis je regardais les sites les plus nuls. Vraiment les plus moches et ces mecs là, je les contactais, enfin en tout cas quand ils avaient un but lucratif, parce que sinon je savais qu’ils allaient pas avoir d’argent. »

Voilà. Dit comme ça, ça a l’air évident. Et c’est exactement le problème – ça l’est, mais personne ne le fait.

La logique est imparable : un site moche avec une intention commerciale, c’est un prospect qui a besoin d’aide et qui a (probablement) un budget. Pas besoin de cold emailing sophistiqué, pas besoin de funnel. Un message direct. Une proposition concrète. 300 € par mois au lycée, c’est pas rien. (Et c’est souvent là que ça coince – les gens cherchent la technique parfaite plutôt que la méthode qui marche maintenant.)

Ce qui m’agace dans la plupart des conseils pour devenir freelance, c’est qu’ils supposent que tu as déjà quelque chose – une réputation, un portfolio, un réseau. Harry avait rien de tout ça. Il avait juste une logique de premiers principes : qui a besoin de ce que je sais faire, et où est-ce que je les trouve en ce moment ? Pour aller plus loin sur cette question de tarification et positionnement en tant que consultant indépendant, l’épisode avec Roman Paillet est assez brutal lui aussi.

Bon. 300 € par mois au lycée, c’est cool. Est-ce que ça scale ? Non. Est-ce que c’est une vraie stratégie pour devenir freelance à long terme ? Probablement pas tout seul.

Le coursier qui ne savait pas qu’il avait une compétence à vendre

Quelques années plus tard, Harry est étudiant. Il a fait un bac S – « parce que ça ouvre le maximum de portes », comme lui ont dit les conseillers d’orientation (ce conseil a dû faire des ravages depuis 1995). Il commence une licence d’informatique. Et pour gagner sa vie, il devient coursier à vélo pour Stuart.

Pas parce que la programmation ne l’intéressait plus. Parce qu’il n’avait pas réalisé que c’était une compétence qu’il pouvait vendre.

« La programmation, j’en fais depuis longtemps et puis ça a jamais été, je l’ai jamais vu comme un métier ou comme un gagne-pain quoi. Pour moi, c’était plus un hobby qui me permettait de faire des trucs pour m’amuser quoi. »

C’est exactement le problème. Et ça touche beaucoup plus de monde qu’on le croit.

Il y a un truc qui m’a frappé dans cette partie de la conversation : Harry avait déjà trouvé des clients au lycée avec ses compétences web. Il avait déjà été payé. Et pourtant, à l’université, il est retourné faire des petits jobs non qualifiés. La compétence était là. La preuve que c’était monnayable aussi. Mais le fait de se voir comme quelqu’un qui peut devenir freelance – ça, c’est venu plus tard.

Stuart, à l’époque, fonctionnait différemment d’Uber Eats. Les coursiers étaient payés à la disponibilité – 9 € de l’heure de 8h à 23h – pas à la course. Résultat : Harry était chez lui 90 % du temps, connecté, disponible, payé. C’est dans cet espace vide qu’il a commencé à coder Shift Heroes, son premier logiciel.

L’école 42, ou comment apprendre à devenir freelance sans jamais qu’on te l’enseigne

Entre le lycée et les missions de dev, il y a 42. Première promotion. Xavier Niel venait de lancer l’école, les travaux n’étaient pas finis, le cursus n’existait pas encore vraiment. Un MVP pédagogique, en quelque sorte.

Le modèle : pas de profs. Pas de cours. Des projets volontairement impossibles à première vue. Et les élèves se débrouillent.

« Tu arrives le matin, déjà il faut que tu arrives le matin parce qu’il faut se motiver à y aller quand il y a pas de prof, pas de cours justement. Ce qui se passe en fait c’est que tu as des projets à faire. Des projets qui ont l’air archi compliqués, c’est fait en sorte que quand on te donne le sujet, tu dises « Wauh, je sais pas si je pourrais faire ce truc un jour. » »

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on dise à mes clients qui hésitent à se lancer en indépendant – c’est que la vraie compétence acquise à 42, c’est pas React ou le C. C’est la capacité à se dire que tu peux tout trouver par toi-même si tu cherches assez longtemps.

Harry le dit clairement : la méta-compétence d’apprendre seul est plus importante que le langage spécifique appris. Dans un secteur tech qui change tous les 3-4 ans, c’est pas anodin. Un développeur qui a appris Angular en 2015 dans un cours magistral – il fait quoi en 2024 ?

Mais 42, dans sa première version, c’était aussi la survie du plus fort. Ceux qui avaient besoin d’être accompagnés, encadrés, guidés – ils partaient vite. Pas parce qu’ils étaient moins intelligents. Parce que le modèle ne leur correspondait pas. C’est une vraie limite du système. Et Harry l’admet sans détour. (Ce qui est rare dans les témoignages d’alumni qui ont réussi – d’habitude, c’est que des éloges.)

La question que ça pose pour devenir freelance, c’est celle-là : est-ce qu’on peut enseigner l’autonomie ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui s’active sous pression, et pas avant ? Stan Leloup pose la question. Harry n’a pas vraiment de réponse. Moi non plus, honnêtement.

YouTube, les coursiers à vélo, et l’expert qu’on devient sans le vouloir

La chaîne YouTube de Harry n’était pas un plan. C’était une curiosité. Il regardait des vidéos animées sur l’histoire, il voulait faire pareil – apprendre des trucs aux gens avec des dessins animés. Il a découvert qu’After Effects était trop complexe. Du coup, il s’est filmé en face caméra.

Ses premières vidéos sur les coursiers à vélo ont cartonné pour une raison simple : Stuart venait d’arriver à Paris, personne n’avait encore expliqué comment ça marchait de l’intérieur. Harry était au bon endroit, avec une caméra, avant tout le monde. C’est ça devenir l’expert français d’un sujet – pas forcément être le plus compétent, mais être le premier à documenter.

« C’était un job qui venait d’arriver un peu sur Paris en France, quoi. Et euh et ça changeait vachement de tous les autres petits jobs qu’on pouvait faire à l’époque. »

Le truc c’est que cette visibilité – construite sur un sujet hyperlocal et hyperspécifique – a ensuite ouvert des opportunités qu’il n’avait pas anticipées. Des consultations. Des articles. Une crédibilité de fait sur un marché de niche. C’est le mécanisme classique du positionnement sur un marché de niche – mais vécu de l’intérieur, sans stratégie préalable.

Et quand il a arrêté d’être coursier, il a perdu son sujet. La chaîne a ralenti. Il n’avait plus de matière quotidienne à filmer. Ce qu’il dit là-dessus est honnête : il cherche encore comment reprendre le rythme maintenant qu’il est dev freelance en mission chez des clients. Moins de liberté apparente. Moins de contenu évident.

Mais bon – et c’est là que je trouve la situation intéressante – il continue quand même. Le podcast se fait depuis une salle de réunion dans une boîte cliente. « Le freelance, c’est ça qui est bien, c’est qu’on est un peu libre quoi. Tu arrives comme étant le mec qui sait faire. » On est loin du portrait du créateur de contenu full-time. C’est plus proche de la réalité de la plupart des gens qui veulent devenir freelance.

Pré-vendre une formation à 10 000 € avant de l’avoir créée

10 000 €. En pré-vente. Sur une formation pas encore faite. C’est le chiffre qui ressort de l’épisode – et Stan Leloup évoque aussi la douleur qui vient juste après.

L’idée de pré-vendre avant de créer, c’est une des rares techniques de lancement d’un business rentable qui permet de valider sans risquer. Tu annonces, tu encaisses, tu crées. Ça a l’air propre sur le papier. Dans les faits, une fois que tu as l’argent des clients sur ton compte et que la formation n’existe pas encore – la pression est réelle.

Harry parle de « douleur » pour créer cette première formation. Stan aussi insiste dessus. Ce n’est pas un détail. La pré-vente résout le problème de validation mais elle crée un problème de livraison. Et le délai entre les deux – c’est là que la plupart abandonnent ou livrent quelque chose de bâclé.

L’autre face du truc, c’est que cette formation tourne maintenant en automatique. Harry est moins actif sur YouTube. Les ventes continuent. C’est le rêve classique de la formation en ligne – mais ce qu’on entend rarement, c’est que ça a coûté quelque chose de précis pour en arriver là. Pas juste du temps. Une vraie friction. Pour comprendre comment d’autres ont traversé ce moment de légitimité et premières ventes, l’épisode correspondant est éclairant.

Et il y a une question que l’épisode ne résout pas vraiment : quelle est la bonne ambition pour une première formation ? Harry et Stan en parlent, mais sans donner de réponse tranchée. Ce flou-là, c’est probablement voulu. Ou alors personne ne sait vraiment. Les deux sont possibles.

Ce que Jordan Peterson a à voir avec tout ça

En fin d’épisode, Harry mentionne Jordan Peterson – le prof de psychologie canadien devenu star YouTube. Un nom qui divise, clairement. Mais l’angle de Harry est précis : c’est quelqu’un qui a changé sa façon de voir les choses, qui publiait des vidéos « totalement improbables » sur YouTube et qui a construit une audience massive à partir de là.

Ce que ça illustre pour devenir freelance – ou pour construire n’importe quoi en ligne – c’est que la légitimité d’un sujet ne prédit pas son audience. Peterson donnait des cours sur les mythes et la psychologie jungienne. Harry filmait ses trajets à vélo pour Stuart. Aucun des deux ne semblait avoir le profil pour « percer » sur YouTube selon les critères habituels.

Et pourtant. C’est aussi ce qui m’agace dans les conseils de personal branding standardisés – ils supposent qu’il faut d’abord une niche rentable, puis une audience, puis une offre. Alors que dans les exemples qui fonctionnent vraiment, l’ordre est souvent inversé. D’abord tu fais un truc que tu connais, tu le documentes, et l’audience arrive après – si tu tiens. La question c’est : tu tiens combien de temps avant que ça marche ? C’est ça le vrai filtre. Pour comprendre comment d’autres créateurs ont construit leur média brique par brique, le parallèle est frappant.

Harry a arrêté le tatouage amateur après « just do it » sur le poignet. Mais le principe est resté. Devenir freelance, créer un logiciel, lancer une chaîne YouTube, pré-vendre une formation – rien de tout ça ne s’est fait dans l’ordre logique. Et pourtant, sur le long terme, la question du temps versus l’argent finit toujours par se poser différemment qu’au départ.

Questions fréquentes

Comment trouver ses premiers clients quand on veut devenir freelance sans réseau ? +
Harry JMG a utilisé une méthode simple au lycée : chercher sur des annuaires de référencement les sites récents avec un objectif commercial, identifier les plus moches - donc les moins bien faits - et les contacter directement. Pas de cold email sophistiqué. Une proposition concrète à des gens qui ont clairement besoin d'aide. Ça rapportait 300 € par mois à l'époque. Pas de quoi vivre, mais une vraie démonstration que la logique de premiers principes bat souvent les tactiques compliquées.
L'école 42 de Xavier Niel prépare-t-elle vraiment à devenir freelance ? +
Indirectement, oui. Le modèle sans profs et sans cours force les élèves à apprendre par eux-mêmes - ce qui est exactement la compétence centrale du freelance. Harry JMG, première promotion, dit avoir surtout retenu une chose : la capacité à se dire qu'on peut tout trouver si on cherche assez longtemps. Ça ne convient pas à tout le monde. Ceux qui ont besoin d'être guidés quittent vite.
Comment devenir freelance développeur sans expérience professionnelle officielle ? +
Harry JMG n'a pas suivi le chemin classique. Il a appris à coder seul depuis l'enfance, vu ça comme un hobby pendant des années, puis réalisé tard que c'était une compétence monnayable. Sa transition s'est faite progressivement - d'abord des petits projets web au lycée, puis 42, puis des missions courtes de 20 jours en développement front-end. Le premier verrou à lever n'est pas technique : c'est de se voir soi-même comme quelqu'un qui peut vendre une expertise.
Est-ce qu'on peut devenir freelance tout en créant du contenu YouTube ? +
C'est ce que fait Harry JMG, même si les deux ne s'articulent pas toujours facilement. Quand il était coursier, le contenu était évident - il filmait son quotidien. Maintenant qu'il est en mission chez des clients, il enregistre depuis une salle de réunion. Le freelance donne de la flexibilité, pas forcément du temps. Mais cette flexibilité reste supérieure à un CDI pour quelqu'un qui veut maintenir une présence en ligne.
Comment pré-vendre une formation en ligne avant de l'avoir créée ? +
Harry JMG a pré-vendu une formation pour 10 000 € en s'appuyant sur son audience YouTube constituée autour des coursiers à vélo. Le principe : annoncer la formation, encaisser les ventes, puis créer le contenu. Ça valide la demande sans risque financier. En revanche, la pression de livrer après avoir encaissé est réelle - Harry parle de vraie douleur dans le processus de création. La formation tourne maintenant en automatique, mais ce résultat a un coût initial qu'on minimise souvent.
Quel est le bon moment pour devenir freelance plutôt que rester en poste ? +
La transcription de l'épisode ne donne pas de réponse tranchée - et c'est honnête. Ce qui ressort du parcours de Harry, c'est que la transition s'est faite par nécessité et curiosité plutôt que par calcul. Il avait des compétences, une petite audience, et un moment où les missions freelance devenaient plus intéressantes que la stabilité d'un poste classique. Le filet de sécurité, c'est d'avoir déjà une ou deux compétences prouvées - pas d'attendre d'être prêt.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat