Savoir arrêter de procrastiner – vraiment, pas juste lire un article de plus sur le sujet – c’est probablement le truc qui sépare les entrepreneurs qui avancent de ceux qui refont leur to-do list pour la quatrième fois cette semaine. Aline, coach business chez TheBBoost et animatrice du podcast « Je peux pas, j’ai business », a consacré un épisode entier à ça. Pas un épisode vague. Un épisode où elle balance ses méthodes personnelles, ses ratés, et une analyse qui m’a fait tiquer – parce qu’elle commence par remettre en cause la question elle-même avant même de donner des astuces.
Le point de départ, c’est cette distinction qu’elle fait entre deux types de procrastination. Et franchement, j’y avais jamais pensé comme ça.
Procrastiner par ennui ou par peur : la question qu’on ne se pose jamais
La plupart des conseils sur la procrastination partent du principe que le problème est toujours le même. Aline, elle, dit non. Selon elle, on procrastine pour deux raisons distinctes qui n’appellent pas du tout les mêmes solutions.
Première raison : l’ennui. Ou plutôt – c’est sa formulation et elle est précise – un manque de connexion à sa vision. La tâche ne te fait pas chier parce qu’elle est difficile. Elle te fait chier parce que tu as perdu le fil entre ce que tu dois faire et pourquoi tu le fais.
« On procrastine par ennui parce qu’on n’est pas connecté à notre vision, on n’est pas connecté aux conséquences positives que cette action va entraîner. »
Dit comme ça, c’est presque évident. Mais dans la pratique, c’est la que ça coince pour 90% des gens.
Deuxième raison : la peur. Peur du jugement, peur du rejet, peur de la réussite parfois. Elle cite la prospection comme exemple classique – on procrastine énormément dessus parce qu’envoyer un devis ou appeler un prospect, ça expose. Et s’exposer, ça fait peur.
Sa question pour démêler les deux : quelle est la pire chose qui puisse m’arriver si je le fais maintenant ? Simple. Brutal. Efficace. Ce qui m’agace un peu, c’est qu’on nous ressort souvent cette question comme une révélation alors qu’elle date de Sénèque. Mais bon, si ça marche, ça marche.
Ce cadrage change tout pour la suite. Parce que arrêter de procrastiner ne se fait pas avec une seule méthode universelle – ça dépend de ce qui bloque vraiment.
Préparer sa journée la veille : l’astuce la plus banale qui change tout
Trois phrases pour résumer la première astuce : prépare ta journée avant de la vivre. La veille au soir, ou au pire le matin avant d’allumer l’ordinateur. Et c’est tout.
Sauf que dans les détails, Aline glisse quelque chose d’utile. Elle parle de regroupement de tâches – cette évidence qu’on ignore systématiquement. Si tu dois aller à la pharmacie et à la poste, tu fais ça en une seule sortie. Pas deux. Le truc c’est que sans préparation, tu exécutes ta to-do list dans l’ordre où les tâches ont été notées, pas dans l’ordre où elles ont du sens.
« Si je dois aller à la fois à la poste et à la pharmacie et faire les courses, je vais tout regrouper dans une seule sortie. Ça peut paraître très bête ce que je dis, mais c’est vrai que quand on n’y pense pas forcément… on fait ‘ah bah merde j’étais sortie il y a deux secondes j’aurais pu y aller aussi’. »
C’est exactement le problème. L’ennui avec les conseils évidents, c’est qu’on les lit en hochant la tête et on ne les applique pas.
Deuxième astuce dans la foulée : les trois actions prioritaires. Pas dix. Pas cinq. Trois. Elle avoue elle-même avoir des to-do lists à 46 items (arroser les plantes y compris). Mais chaque matin, elle identifie les trois résultats qu’elle doit avoir atteints avant le soir, quoi qu’il arrive. Visuellement distingués des autres tâches – soulignés, encadrés, peu importe.
Sur la question de commencer par les tâches lourdes ou légères, elle ne tranche pas. Elle teste le fameux « eat the frog » (faire la tâche la plus difficile en premier), mais reconnaît que ça ne marche pas pour elle. Elle préfère éliminer les petits items d’abord pour libérer sa concentration – pour ne pas avoir, dit-elle, « la plante du coin de l’œil » dans la tête pendant qu’elle écrit un article. C’est une vraie question d’organisation personnelle, et il n’y a pas de réponse universelle là-dedans. Si tu veux explorer d’autres façons de construire un business qui rapporte vraiment, Aline a d’ailleurs consacré un épisode entier aux fondations nécessaires.
Ton réservoir d’énergie est limité – et tout le monde te le vole
C’est la partie la plus dense de l’épisode, et aussi la plus utile pour arrêter de procrastiner sur le long terme. Aline pose une idée simple : chaque jour, tu as un réservoir d’énergie fixe. Il n’est pas illimité. Il n’est pas identique d’un jour à l’autre. Et presque tout ce qui vient de l’extérieur – notifications, mauvaises nouvelles, Instagram, imprévus – vient le ponctionner.
Ce qui m’a scotché, c’est la liste de ce qu’elle considère comme des « drains » d’énergie. Le multitasking en premier (qu’elle redéfinit comme le fait de sauter très rapidement d’une tâche à l’autre – pas vraiment faire deux choses en même temps, mais presque). Les mauvaises nouvelles. Les sollicitations extérieures. Et les réseaux sociaux, évidemment.
« L’énergie que vous avez, vous avez une énergie fixe par jour on l’a vu c’est pas une énergie illimitée. Est ce que vous avez envie, cette énergie de la donner aux autres ou vous voulez la garder pour vous même ? »
Voilà. Posé comme un choix, pas comme une contrainte.
Ses quatre leviers pour gérer cette énergie : des pauses courtes et fréquentes (quatre par jour en dehors du déjeuner, trois à cinq minutes chacune), boire deux litres d’eau (elle le dit avec une conviction qui vient visiblement d’une vraie galère personnelle – elle buvait un ou deux verres d’eau tous les trois jours quand elle était enfant), des exercices de respiration entre les sessions de travail, et réduire les distractions.
Sur le téléphone, elle a une anecdote qui vaut le détour. Elle appliquait la méthode Pomodoro – 25 minutes de travail, 5 minutes de téléphone – et pendant ces 25 minutes, elle voyait sa main se diriger physiquement vers son téléphone par réflexe. Pas consciemment. Par réflexe. C’est là qu’elle a compris que l’accroc était réel. (Ce qui est rare comme niveau de lucidité sur soi-même, et c’est souvent là que ça coince – on sait qu’on est distrait, mais on ne mesure pas à quel point c’est automatique.)
Comment arrêter de procrastiner quand c’est le perfectionnisme qui bloque
« Mieux vaut fait que parfait. » Elle la cite comme sa citation fétiche. Oui, on la connaît. Oui, on ne l’applique pas.
Ce qu’Aline développe ici est plus intéressant que la citation elle-même. Elle dit que le perfectionnisme crée une double peine : d’abord tu sais que ce sera jamais parfait, donc tu ne commences pas. Ensuite tu as peur que ce soit imparfait, donc tu ne le fais toujours pas. Résultat : zéro action, deux freins.
Sa méthode pour sortir de là : lâcher prise sur 1% d’abord. Pas tout d’un coup. Pas « je m’en fous de la qualité ». Juste 1%. Puis 2%. Puis 3%. Et observer que personne ne remarque ces pourcentages manquants – sauf toi, parce que tu es dans ta tête.
Elle pousse le diagnostic un cran plus loin, et là c’est intéressant : dans 99,9% des cas, le perfectionnisme n’est pas pour soi. C’est pour les autres. Elle donne un exemple : si tu cuisines pour toi seul, tu mets pas les petits plats dans les grands. C’est quand quelqu’un regarde que le perfectionnisme s’emballe. Donc ce qu’on appelle « être perfectionniste », c’est en réalité de la peur du jugement déguisée en rigueur. Nuance qui change pas mal de choses. Et si le syndrome de l’expert te parle aussi, c’est souvent les deux faces d’un même problème.
Déléguer et bien s’entourer : les deux leviers qu’on sous-estime
Cinquième astuce. Courte dans l’épisode, mais dense.
Premier point : si tu procrastines sur une tâche parce qu’elle t’ennuie profondément, et que même te reconnecter à ton pourquoi ne change rien – peut-être que c’est une tâche à déléguer. Pas à « gérer différemment ». À donner à quelqu’un d’autre. Elle dit ça simplement : nettoyer ta salle de bain, si ça te fait chier, tu peux payer quelqu’un. C’est une décision économique autant que psychologique.
Deuxième point : ton entourage influence directement ta tendance à procrastiner. Elle cite la formule des « cinq personnes avec qui on passe le plus de temps » – et elle l’élargit aux podcasts qu’on écoute, aux newsletters qu’on lit. Ce qu’on consomme régulièrement finit par faire partie de notre environnement mental. (Et ça marche dans les deux sens – s’entourer de gens qui avancent, ça tire vers le haut. L’inverse aussi.)
C’est lié à ce que Stan Leloup développait dans un échange avec Aline sur le fait de scaler un business en ligne – l’environnement et les décisions de délégation sont souvent ce qui fait la différence entre stagner et passer un cap.
La règle des 5 secondes et la projection dans les résultats
Deux astuces pour finir. Différentes dans leur logique, complémentaires dans la pratique.
La sixième : penser les résultats avant d’agir. Pas visualiser vaguement. Se demander précisément : comment je me sens là, maintenant, avant de faire cette tâche ? Et comment je me sentirai une fois qu’elle sera faite ? Aline utilise une échelle de 1 à 10 – pas pour faire sérieux, mais parce que donner un chiffre force à être honnête avec soi. « Cette tâche me fait chier à 9 sur 10. Une fois faite, je serai à 0 de niveau d’emmerdement et à 10 de satisfaction. » Dit comme ça, l’arbitrage est presque automatique.
Elle ajoute une observation qui sonne juste : les tâches sur lesquelles on procrastine le plus sont souvent celles qui, une fois faites, prennent bien moins de temps qu’on ne l’imaginait. On s’est monté la tête. On a transformé 20 minutes de travail réel en 3 jours d’angoisse. C’est classique, et pourtant on tombe dedans à chaque fois.
La septième astuce – et Aline dit clairement qu’elle l’utilise au quotidien – c’est la règle des 5 secondes de Mel Robbins. 5-4-3-2-1 et tu fais. Pas plus compliqué. Le cerveau est conditionné depuis l’enfance à associer les comptes à rebours à une action. Décollage, saut, démarrage – le compte à rebours précède toujours quelque chose. Mel Robbins a juste retourné ce mécanisme pour déclencher l’action à la place de la subir. Ça peut paraître vraiment trop simple – et franchement c’est souvent les trucs trop simples qui fonctionnent le mieux pour arrêter de procrastiner au quotidien.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode en entier, c’est que les sept astuces ne sont jamais présentées comme des solutions magiques. Aline teste sur elle-même, certaines ne marchent pas pour elle (le « eat the frog », par exemple), et elle le dit. C’est cette honnêteté-là qui rend les conseils crédibles. Et si tu veux aller plus loin sur la façon de se différencier et de gagner en clarté sur son positionnement, ça aide aussi à ne plus procrastiner sur les décisions stratégiques – parce qu’on sait mieux où on va. La limite réelle de tout ça, c’est que ces méthodes demandent d’être appliquées régulièrement avant de devenir des réflexes. La première semaine, tu vas compter jusqu’à 5 et tu vas quand même pas le faire. C’est normal. Mais bon…
La vraie question, au fond, c’est pas « comment arrêter de procrastiner« . C’est pourquoi tu procrastines sur cette tâche précise. Ennui ou peur. La réponse change tout ce qui suit. Et si tu veux explorer comment d’autres entrepreneurs structurent leur environnement pour avancer – notamment sur le plan des leviers de croissance concrets – cet épisode sur les leviers de croissance pose des bases utiles. Parce que la procrastination, souvent, c’est juste le symptôme d’un manque de clarté sur ce qu’on est vraiment censé construire.











