Le plaisir dans le business – c’est peut-être la variable la moins regardée dans tous les tableaux de bord d’entrepreneurs. Aurélie Gauthey, coach business qui revendique 4 millions générés sans closer ni technique de vente agressive, en a fait le centre de son message. Et franchement, quand on écoute sa transcription enregistrée depuis Palma de Majorque, entre deux observations d’oiseaux qui construisent des nids, le truc fait son effet.
Elle parle à des femmes entrepreneurs qui font déjà du chiffre – 5k, 8k, parfois 10k par mois. Pas des débutantes. Des gens qui ont des clientes, qui avancent. Mais qui, quelque part, ont arrêté de ressentir ce qu’elles font. Et là, ça devient intéressant.
Parce que le discours habituel sur la croissance, c’est : plus de stratégie, meilleur tunnel, meilleur copywriting. Ce que dit Gauthey, c’est presque l’inverse. La contraction – sa façon de nommer la peur, le doute, l’action mécanique – produit exactement les résultats que tu crains : des petites ventes, des petits mouvements, un business qui tourne mais qui t’use.
La marche dans les rochers de Majorque et ce qu’elle a vraiment compris
Ce qui m’a scotché au début de l’épisode, c’est l’image. Aurélie Gauthey décrit une randonnée sur des rochers glissants – des gens en claquettes, elle qui se tient à chaque pierre, la peur de tomber, la peur de perdre la vie à cet endroit. Et sa conclusion n’est pas ‘j’aurais dû rester à l’hôtel’. C’est l’inverse.
C’est là où je me sentais vivante. C’est quand j’osais, j’osais des choses indécentes, des choses qui font peur, bien entendu, en faisant attention de pas non plus prendre d’énormes risques. Mais quand j’ose, quand je me dépasse, quand je me challenge, quand je vais dans des endroits où peu de personnes vont.
Voilà. C’est banal dit comme ça – et pourtant c’est exactement ce qu’on évite de faire dans son business.
Le parallèle qu’elle tire ensuite est moins anodin qu’il n’y paraît. Elle reçoit des entrepreneurs en audit. Des gens qui lui disent vouloir des résultats incroyables. Mais dont les actions ne challengent rien. Pas de décision difficile. Pas d’investissement qui fait peur. Un parcours qui reste dans le périmètre de ce que le cerveau connaît déjà – parce que c’est confortable, parce que c’est ce qu’il fait pour se protéger.
Le problème, c’est que la protection et la croissance ne cohabitent pas longtemps. À un moment, l’une étouffe l’autre.
40 000 euros investis sans les avoir : quand l’inconfort devient une stratégie
Ici, Gauthey arrête de parler de mindset au sens vague du terme. Elle donne un chiffre précis. Et un contexte concret.
La première fois que j’ai investi 40000 € dans un mastermind, je ne les avais pas. Et je savais que je devais me trouver dans la salle où il y avait des entrepreneurs où je serais pour une fois la plus petite de la salle, où je ne comprendrais peut-être pas des conversations. Mais j’ai osé.
C’est exactement le problème que la plupart des entrepreneurs évitent d’adresser.
Elle pose une question aux gens qu’elle accompagne : si tu veux stabiliser 10k par mois, serais-tu prête à investir 10k une seule fois pour y arriver ? Sur le papier, la réponse est oui. Dans les faits, non. Et ce ‘non’ – ce ‘pas encore’, ce ‘pas tout de suite’, ce ‘j’attends le bon moment’ – c’est exactement ce qui maintient le plafond en place.
Ce qui est intéressant ici, c’est qu’elle ne parle pas d’investissement comme d’un acte financier. Elle en parle comme d’un signal envoyé à soi-même. Celui qui dit : ‘je me traite comme quelqu’un qui mérite d’être challengé, pas protégé.’
Et ça, c’est une distinction que beaucoup de entrepreneurs qui plafonnent ne font jamais clairement.
Le plaisir dans le business comme levier de vente – pas comme récompense
C’est là que le discours d’Aurélie Gauthey prend une direction que je n’attendais pas. Le plaisir dans le business n’t pas la destination. C’est le carburant. Et si tu ne l’as pas pendant le parcours, tu ne l’auras pas davantage à l’arrivée.
Elle dit quelque chose de frappant à ce sujet :
Vous savez le nombre de fois vous avez pas pris de plaisir en créant une page de vente, pas pris de plaisir en créant un tunnel, pas pris de plaisir en créant votre contenu. Mais vous voulez ne pas prendre du plaisir pendant 10 ans pour obtenir peut-être enfin vos 20000 € dans 10 ans ? Mais est-ce vraiment la vie que vous espérez ?
Dit comme ça, c’est presque choquant – et c’est voulu.
Ce qu’elle décrit, c’est une logique de différé que beaucoup d’entrepreneurs adoptent sans s’en rendre compte. ‘Je souffre maintenant, je profite après.’ Sauf que le ‘après’ recule à mesure qu’on avance. Et en attendant, le business devient une usine à contraction – le mot qu’elle revient chercher régulièrement dans sa transcription.
Pour celles qui font du sport, on peut pas être contracté et sauter en expansion – elle le dit textuellement. Et c’est une image simple, presque trop simple, mais qui colle. La tension musculaire et l’explosion ne font pas bon ménage. Même chose dans les ventes.
La question que ça pose – et qu’elle ne résout pas forcément dans cet épisode – c’est : comment on désapprend la contraction quand ça fait des années qu’on a construit son business dessus ?
Le business empilé : quand les couches de formations deviennent un problème
Là, elle touche à quelque chose de très concret. Et c’est peut-être la partie la moins ‘spirituelle’ de l’épisode – et donc la plus utile à regarder en face.
Elle décrit un profil qu’elle voit souvent : l’entrepreneur qui a accumulé des formations, des méthodes, des stratégies aperçues ici et là, chez tel coach, dans telle masterclass. Qui a fini par bricoler quelque chose qui marche à peu près. Mais qui ne sait pas exactement pourquoi ça marche. Et qui a donc peur d’enlever une brique – par crainte que tout s’effondre.
J’ai empilé des couches avec les années, des couches que j’ai appris dans des formations, dans du quasi accompagnement, dans des coachings que j’ai vu chez elle, que j’ai vu chez l’autre parce que je me compare. Alors en empilant toutes ces couches, j’ai fini par réussir à construire quelque chose qui m’amène déjà 5000, 8000, 10000. Mais je suis obligé de tenir ce gros bateau, cette complexité.
C’est exactement le problème. Et c’est souvent là que ça coince.
Un business qui tient grâce à une accumulation de couches mal intégrées, c’est un business qui dépend entièrement de la présence et de l’énergie de son créateur. Un mois ça marche, le suivant non – et personne ne sait vraiment pourquoi. Ce n’est pas de la liberté. C’est une prison légèrement mieux décorée que le salariat.
Gauthey positionne la simplification – pas la multiplication – comme la vraie rupture. Ce qui rejoint d’ailleurs ce qu’elle a déjà exploré dans des épisodes précédents sur la liberté entrepreneuriale quand ton business dépend encore de toi. Même diagnostic, approche différente.
La concession que je ferais ici : tout le monde ne peut pas se payer un accompagnement haute couture à 40k. Et Gauthey le sait – elle parle à des entrepreneurs qui font déjà du chiffre, pas à ceux qui démarrent. Mais pour ceux qui restent dans des formations à 500 euros en espérant que ça change quelque chose au bout de la dixième tentative – le message est clair.
Incarner sa liberté : ce que ça change vraiment dans les ventes
Trois valeurs. Elle les nomme clairement : liberté, transmission et impact, amour et joie. Ce n’est pas du storytelling de façade – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt, c’est que les valeurs d’un business se voient dans ses offres, ses prix et ses clients. Pas juste dans sa bio Instagram.
Gauthey dit avoir généré 4 millions sans closer, sans équipe de vente agressive, sans CTA forcé. Son argument : c’est la fréquence, la posture, l’incarnation au quotidien qui font que les ventes arrivent. Ses clientes reçoivent des audios pendant qu’elle est en vacances. Elles voient comment elle vit. Et ça vend.
C’est un modèle qui ne marche que si tu l’incarnes vraiment – et c’est là sa limite réelle. Si le gap entre ce que tu montres et ce que tu vis est trop grand, les clients le sentent. Toujours. Pas forcément consciemment, mais dans leur décision finale.
Elle parle aussi de son parcours personnel – la rue à 17 ans, les violences conjugales, l’abandon – non pas comme une carte de visite émotionnelle, mais comme une explication de pourquoi l’insécurité ne lui fait plus peur de la même façon. C’est souvent dans les moments d’insécurité profonde qu’on construit le plus solide. Pas malgré eux. Grâce à eux.
Ce qui m’agace un peu dans certains discours de ce type, c’est quand l’insécurité passée devient un argument de vente un peu trop propre. Mais là, le propos reste ancré. Elle parle de clientes concrètes – celle qui a pu payer le premier voyage à sa famille, celle qui a pris 3 semaines de repos et vu les ventes tourner quand même. Ces témoignages-là ont plus de poids que n’importe quel chiffre.
Et c’est ça aussi, finalement, le plaisir dans le business qu’elle défend : quand une cliente dit ‘c’est la première fois que je me repose vraiment’, c’est plus satisfaisant que le 30k mensuel. C’est discutable – mais au moins c’est une position claire.
Pour aller plus loin sur ce que ça implique concrètement de structurer une offre de coaching alignée avec son identité, l’épisode #144 avec Stefany est un bon complément. Et si tu te demandes pourquoi certains accompagnements business finissent en déception, l’épisode #137 pose des questions utiles avant d’investir.
Le plaisir dans le business – et si c’était la seule métrique qui compte vraiment ?
Résumer cet épisode en ‘prends du plaisir et les ventes viendront’, ce serait passer à côté. Ce n’est pas un message de loi d’attraction déguisé. C’est une observation sur la mécanique réelle de la performance.
Quelqu’un qui agit contracté fait des petites actions. Des actions qui ne coûtent rien – en temps, en argent, en exposition. Donc qui ne rapportent rien non plus. La contraction produit l’invisible. Et l’invisible ne vend pas.
Le plaisir dans le business, dans la logique de Gauthey, c’est la condition pour agir en expansion. Pour poster le contenu un peu trop honnête. Pour fixer le prix qui fait peur. Pour rejoindre le mastermind où tu seras la moins avancée de la salle – et en tirer quelque chose que tu n’aurais jamais appris ailleurs.
Bref, c’est une forme de courage déguisée en bien-être. Et ça, c’est plus utile que la plupart des frameworks en 5 étapes qu’on trouve dans les newsletters marketing.
La vraie question – celle qu’elle pose et qu’elle ne résout pas pour toi – reste : est-ce que tu prends du plaisir dans le business aujourd’hui ? Pas dans 6 mois. Pas quand tu auras atteint le prochain palier. Maintenant. Dans la page de vente que tu construis ce soir. Dans le contenu que tu hésites à publier. Dans l’offre que tu n’oses pas encore afficher à ce prix.
Et si la réponse est non – pas un peu non, mais vraiment non – alors la stratégie n’est peut-être pas le problème.
Ce qui peut aussi valoir la peine de regarder en parallèle : pourquoi la plupart des entrepreneurs ne seront jamais vraiment libres – et ne le savent même pas. Et pour ceux qui doutent du mythe de la réussite en général, ce papier pose les bonnes questions sans y répondre trop vite.











