réussite en business

25. Le mythe de la réussite en business

Épisode diffusé le 16 août 2019 par TheBBoost

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La réussite en business, tout le monde en parle. Et pourtant, si tu demandes à dix entrepreneurs ce que ça signifie concrètement, tu obtiens onze réponses différentes – dont plusieurs qui ne tiennent pas la route deux minutes. Aline, la fondatrice du blog et podcast TheBBoost, a décidé de s’attaquer frontalement à ce sujet dans un épisode volontairement inconfortable. Pas pour décourager. Pour démystifier.

Ce qui m’a accroché dans cet épisode, c’est le ton. Pas de condescendance, pas de guru qui distribue ses vérités depuis un rooftop à Bali. Juste quelqu’un qui a fait les erreurs, acheté les formations, cru aux promesses – et qui raconte comment ça s’est vraiment passé. (C’est assez rare pour être signalé.)

Alors on va décortiquer ça ensemble : pourquoi on court après ce mythe, pourquoi il est construit sur du vent, et ce qui ressemble vraiment à de la réussite quand on gratte le vernis.

Le compte Instagram millionnaire qui demandait comment créer son statut auto-entrepreneur

Ce qui frappe d’emblée dans la démonstration d’Aline, c’est l’anecdote. Concrète, vérifiable, gênante.

Un compte Instagram dédié aux entrepreneurs – citations motivantes, communauté de 100 000 abonnés, image soignée de quelqu’un qui a visiblement «réussi». Ce compte lui envoie un message privé pour lui demander comment créer un statut d’auto-entrepreneur. Parce que cette personne n’était pas encore entrepreneur du tout et songeait à commencer à monétiser.

«Cette personne se comportait comme si elle gagnait sa vie sur Instagram, comme si c’était son business, comme si elle était presque millionnaire et derrière, elle n’était même pas entrepreneur et elle vient demander des conseils.»

Voilà. L’image et la réalité, deux choses séparées par un écran de téléphone.

Deuxième exemple encore plus parlant : un entrepreneur qui évoque son passage dans le marketing de réseau en disant que «ça cartonnait». Aline insiste – elle aime les chiffres, elle le dit explicitement – et le pousse à préciser. Un million d’euros de ventes. Impressionnant. Et en bénéfice net annuel ? Moins de 30 000 euros. À peine un SMIC.

Chiffre d’affaires et revenu réel, ce ne sont pas les mêmes mots. Pourtant sur les réseaux, on ne précise jamais lequel on utilise.

Pourquoi on court tous après cette chimère – et c’est pas une faiblesse

Derrière la course à la réussite en business, il y a un mécanisme psychologique assez simple une fois qu’on le voit en face. Aline l’articule autour de trois ressorts.

Premier ressort : le besoin de reconnaissance. Fondamental, universel, et totalement indépendant du fait d’être entrepreneur ou non. L’être humain veut être aimé, reconnu, se sentir unique. Réussir dans son activité devient alors un proxy inconscient pour obtenir cet amour de l’autre. Ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est de la biologie.

Deuxième ressort : le mimétisme. Quand on ne sait pas comment faire quelque chose, on imite ceux qui semblent y être arrivés. On l’a fait enfant avec nos parents, on continue à l’âge adulte avec les figures d’autorité qu’on s’est choisies. Le problème, c’est qu’on imite une façade. Pas un processus.

Troisième ressort : la poursuite du bonheur. Et là, Aline tape sur quelque chose de plus profond.

«On croit à tort que le bonheur se situe dans la réussite, donc plus d’argent, la maison parfaite, la voiture parfaite, la famille parfaite, les voyages parfaits. On croit que cet état de bonheur, c’est un état de grâce qui vient nous toucher le sommet du crâne quand on a suffisamment trimé toute notre vie.»

C’est exactement le problème. Pas parce que c’est faux de vouloir le bonheur – c’est humain – mais parce que la réussite en business ne le produit pas mécaniquement. Ce n’est pas un distributeur automatique.

Sur ce point précis, d’autres voix dans l’entrepreneuriat francophone vont dans le même sens. la liberté entrepreneuriale est souvent une prison dorée qu’on ne voit pas venir – et courir après la réussite sans définir ce qu’elle signifie pour soi, c’est courir dans un couloir sans savoir s’il y a une sortie.

Peut-on acheter la réussite en business ? La réponse courte : non

La partie qui va déranger le plus de monde, c’est celle sur les formations. Aline l’assume complètement – elle parle depuis son propre vécu, pas depuis une posture morale.

Elle a acheté une trentaine de formations en un an et demi. Suivi 90 % d’entre elles. Mis en application… très peu. Elle reconnaît le mécanisme qu’elle décrit : acheter une formation, c’est souvent une façon de déléguer sa réussite à quelqu’un d’autre. On paie, on consomme le contenu, et quelque part dans sa tête on croit que ça va faire le travail.

«On a l’impression qu’on se défausse de notre réussite, que notre réussite ne dépend plus de nous-même, mais que quelqu’un va s’en charger pour nous. Et là on n’est plus du tout dans une démarche de ‘C’est moi qui vais former ma propre réussite’.»

Dit comme ça, ça a l’air évident. Et pourtant l’industrie des formations en ligne tourne en grande partie sur ce ressort-là.

Ce qu’elle dit ensuite est plus nuancé – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise à l’époque où je couvrait les lancements de formations pour la presse : une seule formation appliquée à fond vaut infiniment plus que dix formations survolées. Sa référence personnelle, c’est la B School de Marie Forleo. Elle l’a faite dans les moindres détails. Les résultats ont été là. Pas parce que la formation était magique, mais parce qu’elle a fait le travail.

C’est le même raisonnement que pour la limite entre contenu gratuit et formation payante : la valeur n’est pas dans l’accès au contenu, elle est dans ce qu’on en fait.

Et sur les arnaques qui gravitent autour de cette promesse de réussite rapide, les pièges du webmarketing sont bien documentés – et ils ciblent précisément les gens qui cherchent un raccourci vers la réussite en business.

Ce que les gens qui «réussissent» ont de différent – et la réponse va décevoir

Pas d’intelligence supérieure. Pas de réseau secret. Pas de technique réservée aux mastermind à 20 000 euros l’année. Aline est directe sur ce point, et honnêtement c’est la partie la plus utile de l’épisode.

La différence entre quelqu’un qui «réussit» et quelqu’un qui stagne, c’est la persévérance face à l’échec. C’est tout. Trivial dit comme ça. Mais elle va plus loin dans le raisonnement.

L’échec n’est pas un accident de parcours. C’est un indicateur. Quelqu’un qui n’a jamais échoué n’a jamais poussé ses limites – il vit dans une zone de confort à 10 % de ses capacités. Ce sont ses mots, pas les miens, et je les trouve assez percutants.

  • Edison et ses 570 tentatives avant l’ampoule – il parlait de 570 façons de ne pas fabriquer d’ampoule, pas d’échecs

Le fondateur de Starbucks a essuyé plus de 200 refus de financement bancaire avant d’obtenir son crédit. Coca-Cola a vendu 30 bouteilles lors de sa première année d’existence. Ces exemples sont connus, presque éculés – et pourtant ils ne rentrent pas. Parce qu’on les entend comme des histoires de chance, pas comme des descriptions d’un processus long et douloureux.

La réussite en business – la vraie, pas celle d’Instagram – ressemble beaucoup plus à une série d’essais ratés qu’à une ascension linéaire. Et la peur de l’échec, Aline insiste là-dessus, est toujours plus terrible que l’échec lui-même. La peur qu’on s’en fait est plus paralysante que la sensation réelle d’avoir foiré quelque chose.

C’est d’ailleurs ce que pointent aussi des analyses sur les raisons pour lesquelles un coaching ou un mastermind peut décevoir : l’outil n’est jamais le problème. C’est l’absence de mise en action qui casse tout.

Ta réussite en business n’existe pas encore – et c’est une bonne nouvelle

Voilà la phrase qui m’a le plus retenu dans cet épisode. Aline la formule avec une logique simple : il y a autant de définitions de la réussite qu’il y a d’êtres humains. Ta voie de réussite à toi est par définition unique – et par définition, elle n’a pas encore été tracée.

Ce qui veut dire qu’on ne peut pas l’acheter dans une formation. Qu’on ne peut pas l’imiter sur un compte Instagram. Qu’on ne peut pas la déléguer à un système.

Elle pose une question concrète, et franchement c’est la seule question qui vaille :

«À quoi vous saurez que vous avez réussi ? Est-ce que vous vous êtes déjà posé cette question ? Quels sont les indicateurs précis, concret, numérique, tout ce que vous voulez, mais précisément, à quoi ressemble la réussite pour vous ?»

C’est brutal dans sa simplicité. Parce que la plupart des gens qui courent après la réussite en business n’ont pas répondu à cette question. Ils courent vers une image, pas vers un objectif défini.

Est-ce un chiffre d’affaires ? Un style de vie ? La validation d’un parent qui n’a pas assez encouragé ? (Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête sérieusement, parce qu’un business construit sur le besoin de validation extérieure a une faille structurelle dès le départ.) La liberté de temps ? Ne plus dépendre d’un employeur ?

Ce que dit Aline sur le bonheur est la partie la plus délicate à entendre. On ne sera pas plus heureux une fois les objectifs accomplis qu’on ne l’est aujourd’hui. Si on n’est pas bien dans sa tête maintenant, l’argent et la reconnaissance ne changent pas les paramètres fondamentaux. Le travail sur soi précède – et conditionne – tout le reste.

Nuance que j’apporterais personnellement : ça ne veut pas dire qu’il faut être parfaitement épanoui avant de se lancer. Ça veut dire que l’idée «je serai heureux quand j’aurai réussi» est une équation fausse. On peut travailler les deux en parallèle. Mais on ne peut pas mettre l’un en attente de l’autre.

Pour ceux qui se demandent si leur business est structuré de façon à les libérer plutôt qu’à les enchaîner davantage, ce que ça coûte quand ton business dépend encore entièrement de toi est une lecture qui prolonge naturellement ce sujet – et qui va dans le même sens qu’Aline sans se répéter.

Et si le plafond que tu ressens dans ton activité n’est pas une question de méthode mais de positionnement ou de structure, les raisons pour lesquelles un business plafonne valent aussi le détour – les vérités listées là-dedans font mal mais elles sont utiles.

La réussite en business, au fond, c’est peut-être juste ça : savoir ce qu’on cherche, s’y tenir même quand ça casse, et ne pas confondre la vitrine de quelqu’un d’autre avec une boussole.

Mais bon – encore faut-il se poser la question avant de commencer à courir.

Questions fréquentes

C'est quoi vraiment la réussite en business ? +
Il n'y a pas de définition universelle. La réussite en business dépend de chaque entrepreneur : pour certains c'est un chiffre d'affaires précis, pour d'autres c'est la liberté de temps, l'indépendance financière ou simplement ne plus subir une situation professionnelle. Le problème, c'est qu'on cherche souvent à imiter une image extérieure - Instagram, les millionnaires en ligne - sans avoir défini ce que ça signifie personnellement. Poser la question 'à quoi je saurai que j'ai réussi ?' est le premier vrai travail à faire.
Pourquoi la réussite en business sur Instagram est-elle souvent fausse ? +
Sur les réseaux sociaux, on ne montre qu'une facette de la réalité. Un compte avec 100 000 abonnés et une image de succès peut très bien ne pas encore être légalement déclaré comme entrepreneur. Un chiffre d'affaires d'un million d'euros peut correspondre à moins de 30 000 euros de bénéfice net annuel. Les indicateurs affichés sont rarement les indicateurs réels.
Peut-on acheter la réussite en business avec des formations ? +
Non. Une formation est un outil, pas une garantie. Le vrai problème, c'est qu'acheter une formation crée l'illusion de déléguer sa réussite à quelqu'un d'autre. La réussite en business vient de la mise en application, pas de la consommation de contenu. Mieux vaut une seule formation intégralement appliquée que dix formations survolées sans action concrète derrière.
Faut-il avoir peur de l'échec quand on cherche à réussir en business ? +
Non - et c'est même l'inverse. Quelqu'un qui n'a jamais échoué n'a jamais poussé ses limites. L'échec est un indicateur de limite, pas une fin. La peur de l'échec est systématiquement plus paralysante que l'échec réel. Les entrepreneurs qui réussissent durablement sont ceux qui ont persévéré malgré les échecs, pas ceux qui les ont évités.
La réussite rend-elle heureux ? +
Pas automatiquement. C'est peut-être le mythe le plus tenace : l'idée que le bonheur arrive quand on a réussi. Si on n'est pas bien dans sa tête avant d'atteindre ses objectifs, les atteindre ne change pas les paramètres fondamentaux. Le bonheur ne dépend pas de la réussite en business - il précède le travail sur soi, et c'est ce travail sur soi qui rend le chemin supportable et durable.
Quel est le vrai secret des entrepreneurs qui réussissent ? +
Pas d'intelligence supérieure, pas de réseau secret, pas de technique réservée aux initiés. La différence principale, c'est la persévérance face à l'échec. Les entrepreneurs qui réussissent se sont lancés, ont échoué, se sont relevés, et ont continué. C'est moins glamour que ce qu'on voit sur Instagram - mais c'est documenté, de Edison à Starbucks en passant par Coca-Cola.

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