Le bilan annuel et planification de l’année suivante, tout le monde en parle en décembre – et presque personne ne le fait vraiment. Aline, business coach et créatrice du podcast The B Boost (rebaptisé depuis Je peux pas, j’ai business), a construit un épisode entier là-dessus. Pas un truc théorique. Une mini session d’auto coaching, avec les outils qu’elle utilise avec ses clients payants. Et franchement, ce qu’elle dit sur les objectifs qu’on ne tient pas mérite qu’on s’arrête dessus.
Pourquoi le bilan annuel et planification ne servent à rien si tu commences par les objectifs
La plupart des gens font l’exercice à l’envers. Ils ouvrent un carnet en janvier, écrivent cinq objectifs ambitieux, et oublient de regarder ce qui s’est passé l’année d’avant. Aline défend le contraire – et elle a raison.
Avant de fixer quoi que ce soit pour l’année qui vient, il faut reprendre la liste de ce qu’on s’était dit en janvier. Objective par objectif. Coché ou pas coché. Sans se raconter d’histoires.
Ce qui m’a frappé dans son approche, c’est qu’elle ne transforme pas cet exercice en tribunal. Elle dit qu’elle-même n’a pas atteint la moitié de ses objectifs 2019. Aucun drame là-dedans – juste une matière première pour comprendre pourquoi.
Les deux vraies raisons pour lesquelles on rate ses objectifs
Là où ça devient intéressant, c’est quand Aline décortique les causes réelles d’un objectif non atteint. Elle en identifie deux. Deux seulement. Et les deux sont très différentes.
La première : l’objectif était trop ambitieux. Dans ce cas, pas de problème. Au contraire.
«N’ayez pas peur de viser la lune, au pire vous atterrirez dans les étoiles.»
Dit comme ça, ça a l’air d’un poster de motivation de salle de réunion. Mais Aline le rend concret : elle s’était fixé 100 000 euros de chiffre d’affaires pour 2019. Objectif non atteint. Mais elle précise qu’elle était «pas très loin» – et surtout, que si elle s’était fixé 70 000 et les avait atteints, elle se serait probablement arrêtée là. L’objectif ambitieux l’a poussée plus loin que ce qu’un objectif confortable aurait produit. C’est contre-intuitif, mais ça se tient.
La deuxième raison – et c’est celle-là qui est vraiment inconfortable – c’est que l’objectif n’était pas le sien.
«Souvent on fixe des objectifs et on les fixe parce que ça fait plaisir à papa, maman, les frères, les sœurs, les amis, le cochon d’Inde et pas pour soi.»
C’est exactement le problème. Et c’est aussi ce qu’on préfère ne pas voir, parce que ça oblige à remettre en question des trucs qui semblaient évidents. Aline donne son propre exemple : elle s’était fixé de perdre 20 kilos en 2019. Résultat : zéro gramme perdu. Et en se posant vraiment la question du pourquoi, elle a compris que cet objectif n’était pas le sien – c’était la réponse à une pression extérieure, une conformité attendue. Le jour où elle a travaillé sur la perception d’elle-même plutôt que sur son poids, elle dit que «tout a changé en 10 jours». (Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – enfin, ce genre de chose – c’est que la résistance à un objectif est souvent un signal, pas un défaut de volonté.)
Pour aller plus loin sur ce que ça veut dire de développer un état d’esprit positif en entrepreneuriat, Aline a consacré un épisode entier à la question.
Se reconnecter à ce qu’on veut vraiment – l’exercice de visualisation
Une fois le bilan posé, Aline passe à la fixation des objectifs. Et elle commence par un exercice que beaucoup de gens vont sauter parce qu’il leur semble un peu flou : la visualisation à 5 ans.
Fermez les yeux. Posez la main sur le cœur – elle insiste sur ce geste, «c’est un engagement vis-à-vis de soi-même». Où est-ce que vous vous voyez dans 5 ans ? Quel métier ? Quelles journées ? Quel niveau de revenu ? Seul ou avec une équipe ? Et – détail qui change tout – comment vous vous sentez à ce moment-là ?
Ce n’est pas un exercice de wishful thinking. C’est un moyen de remonter jusqu’à l’objectif réel avant de descendre vers les objectifs annuels. Parce que si vous ne savez pas où les objectifs 2020 sont censés vous emmener, vous risquez de vous fixer des jalons qui vont dans la mauvaise direction.
Aline le dit clairement pour elle : son vrai rêve, celui qui «la prend aux tripes», c’est de parler sur scène, animer des workshops, être reconnue pour ça. Pas juste créer des formations en ligne dans son bureau. Et cette clarté-là, elle dit qu’elle a mis du temps à se l’avouer – parce que ce n’est pas forcément ce que «les autres de l’industrie business» lui disaient de faire.
Ce qu’on oublie dans le bilan annuel et planification, c’est cette étape de reconnexion. On saute directement aux tableaux Excel et aux OKR. Et on finit avec des objectifs parfaitement formulés qui ne correspondent à personne.
Les caractéristiques d’un bon objectif – et pourquoi il doit vous faire peur
Deux caractéristiques, selon Aline. Un bon objectif doit faire peur. Et il doit exciter en même temps.
Pas l’un ou l’autre. Les deux. Si un objectif vous fait juste peur, c’est peut-être qu’il n’est pas aligné. S’il ne vous fait pas du tout peur, c’est qu’il n’est pas assez ambitieux – et donc qu’il ne vous fera pas grandir. Le bon curseur, c’est la coexistence des deux sensations.
Sur le nombre d’objectifs, elle avoue sa propre méthode : entre 3 et 5 par an. Ni trop (pour ne pas s’éparpiller) ni un seul (sauf si vous voulez vraiment tout concentrer sur un unique axe). Et sur ce point, les questions à se poser avant d’ajouter quelque chose dans son business peuvent aider à trier.
Ensuite vient la méthode SMART. Spécifique, Mesurable, Ambitieux, Réaliste, Temporel. Aline l’applique – avec une nuance sur le T.
«Moi je dois vous avouer que je suis pas la plus grande fan du temporel. Parce que pour moi c’est pas parce qu’un objectif n’est pas atteint en temps et en heure que forcément il faut l’abandonner ou s’auto flageller.»
Voilà. C’est une vraie prise de position, pas un sous-entendu poli. Elle ne dit pas que les deadlines ne servent à rien – elle dit que si elles génèrent de la culpabilité paralysante plutôt que de la motivation, alors elles font plus de mal que de bien. À chacun de tester ce qui le fait avancer.
Du bilan annuel et planification au calendrier : transformer les objectifs en dates
Une fois les objectifs SMART posés, il faut les mettre dans un calendrier. Et là, Aline dit quelque chose que j’aurais aimé entendre bien avant :
«Tant qu’un objectif n’est pas dans votre calendrier, c’est pas un objectif, c’est un rêve.»
C’est brutal. Et c’est vrai. On connaît tous la liste d’intentions qui dort dans un carnet depuis mars. La différence entre l’intention et le projet, c’est une date dans l’agenda – et les étapes en amont de cette date.
Elle prend l’exemple d’une formation en ligne avec un lancement en juin. Si la sortie est en juin, la promo démarre en mai, la création en avril. Ça ne demande pas une boule de cristal – juste de raisonner à rebours depuis la date cible. Grosso modo. Pas au jour près. L’idée, c’est d’avoir une vision des grandes périodes, pour ne pas se retrouver à créer sa formation la semaine où elle est censée sortir.
Elle ajoute une couche souvent oubliée : le calendrier éditorial marketing. Fête des mères, Noël, rentrée, vacances scolaires – si votre business est lié à ces cycles, autant les poser maintenant plutôt que de les subir. Et pour les périodes denses ou creuses connues à l’avance, elle suggère d’échelonner les efforts plutôt que de fonctionner «en dents de scie».
Sur l’aspect stratégie à moyen terme, la méthode des 90 premiers jours de Thomas Routier offre une vision complémentaire sur comment cadencer une phase de lancement.
La résolution qu’on ne prend jamais – et qu’on devrait
La dernière partie de l’épisode est courte. Et c’est peut-être la plus importante.
Aline demande de prendre une résolution pour 2020 – une seule – qui soit uniquement pour soi. Pas pour le business. Pas pour la famille. Pour soi. Une heure de bain le dimanche, 20 minutes de lecture le soir. Quelque chose de petit, de non négociable, et de complètement centré sur le bien-être personnel.
Ce qu’elle observe autour d’elle : trop d’entrepreneurs, «et particulièrement de femmes entrepreneurs», qui font passer tout le reste avant eux-mêmes. Et qui finissent par s’oublier dans le processus. C’est pas une observation originale – mais le fait qu’elle la pose en dernière étape du bilan annuel et planification change un peu les choses. Ça en fait une partie de la méthode, pas une parenthèse feel-good en fin d’épisode.
Bilan annuel et planification, zone de confort, objectifs qui font peur, visualisation à 5 ans. Le cadre est cohérent. Mais ce qui distingue cet épisode d’un article de blog sur les objectifs SMART, c’est cette honnêteté-là – les 100K non atteints, les 20 kilos non perdus, les objectifs fixés pour les autres. Sans ce genre de matière réelle, c’est juste un template.
Et si la question des objectifs liés à votre identité professionnelle vous interpelle, la question de la passion vs les compétences vaut le détour – elle touche exactement à ce que veut dire fixer des objectifs «pour soi».
Une limite à tout ça : cette méthode fonctionne si vous avez déjà une vision, même floue, de ce que vous voulez. Si vous êtes en phase de doute total sur votre direction, l’exercice de visualisation peut tourner à vide. Dans ce cas, les piliers de base de l’entrepreneuriat sont peut-être l’étape d’avant. Mais bon – c’est le cas de beaucoup d’outils. Ça ne les rend pas inutiles.











