organiser une conférence

Monter une conférence – avec Ling-en Hsia

Épisode diffusé le 16 mars 2016 par Marketing Mania

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organiser une conférence à partir de rien – une liste email microscopique, zéro sponsor, zéro budget – c’est le genre de projet dont les gens parlent comme d’une bonne idée sans jamais vraiment sauter le pas. Ling-en Hsia, lui, l’a fait. Trois fois. Et il est le premier à dire que la première édition ne lui a pas rapporté un centime. Ce qui est, quelque part, la partie la plus intéressante de l’histoire.

Blogueur et podcasteur sur solopreneur.fr (l’un des rares podcasts français à avoir franchi la barre des 100 épisodes à l’époque), Ling-en incarne ce que beaucoup d’entrepreneurs indépendants cherchent sans vraiment savoir comment nommer : vivre de ce qui les passionne, sans pour autant construire une machine à 50 salariés. Dans un épisode de Marketing Mania avec Stan Leloup, il a ouvert les livres de compte de sa conférence, parlé de ses échecs, de ses sites de niche, et de cette nuit du 31 décembre où tout a démarré sur un coin d’iPad.

Ce qui me frappe dans cette conversation – et je l’ai écoutée deux fois pour être sûr – c’est que Ling-en ne raconte pas une success story. Il raconte une formation. La nuance compte.

La nuit du réveillon où Ling-en a décidé d’organiser une conférence

31 décembre, incapable de dormir. Un iPad. Un mind map griffonné dans l’obscurité. C’est comme ça que la Conférence Solopreneur a commencé.

Ling-en avait assisté quelques mois plus tôt à deux événements qui l’avaient marqué : le Web de Connect, un rassemblement pour entrepreneurs individuels, et un WordCamp – la conférence WordPress – où il avait vu ce que ça faisait de regrouper une communauté de passionnés dans une même salle. Le déclic, c’était simple : il n’existait pas d’événement dédié aux blogueurs francophones. Donc il allait en créer un.

« L’enthousiasme qui était en moi était bien plus fort que tout autre projet que j’avais et il fallait que je le fasse. Quand tu es passionné par quelque chose et que tu peux apporter de la valeur, tu peux gagner de l’argent avec. »

Ce que je retiens de ça, c’est pas la passion – tout le monde parle de passion. C’est le timing : il a décidé de lancer un événement en partant d’une intuition de marché, pas d’un tableur Excel.

Résultat de la première édition en 2014 : environ 50 personnes, speakers et bénévoles compris. Aucun bénéfice. Des tickets vendus à 250-300 euros mais avec des remises de -50% partout, des places bradées à 50 euros en dernière minute, des speakers payés, et une addition finale qui ne s’est pas soldée dans le vert. Ling-en avait trois objectifs : remplir la salle, apporter du contenu de qualité, et gagner de l’argent. Deux sur trois. Et le troisième, c’était pas le moins important.

La deuxième édition, en 2015, change de modèle. Moins de monde, moins de promo, mais des tickets en moyenne plus chers réellement encaissés – parce qu’il n’y avait plus de braderie de dernière minute. Et surtout : des sponsors, et des speakers non rémunérés. Du coup, pour la première fois, la conférence a été positive.

Ce que personne ne dit sur le fait d’organiser une conférence

Les conférences, c’est sexy sur LinkedIn. En coulisses, c’est une autre histoire.

Ling-en ne prétend pas que organiser une conférence est un bon moyen de s’enrichir vite. Il dit même l’inverse. Mais il identifie quelque chose que beaucoup ratent : une conférence n’est pas un produit. C’est un tremplin.

« La conférence va me servir de tremplin pour les mois à venir. Je vais lancer mon événement en présentiel et puis je vais lancer des produits à la suite. »

C’est exactement le problème avec la façon dont la plupart des gens évaluent un événement : ils regardent les marges le soir du bilan, pas ce que ça génère dans les six mois suivants en termes de liste email, de crédibilité, de deals et d’opportunités.

Trouver des sponsors, c’est l’autre leçon concrète. Entre la première et la deuxième édition, c’est là que le modèle économique a vraiment basculé. Pas de recette miracle là-dessus dans la transcription – mais le principe est simple : tu arrives avec une audience existante (son podcast, son blog), tu montres à des partenaires qu’il y a une communauté engagée, et tu proposes une visibilité ciblée. C’est nettement plus facile à négocier quand tu as déjà 100 épisodes de podcast derrière toi que quand tu débarques les mains vides.

Pour ceux qui veulent comprendre comment structurer un lancement – que ce soit une formation ou un événement – la logique de Ling-en est la même : valider l’audience avant de tout miser sur le produit.

Le solopreneur, cette définition que tout le monde utilise mal

Quarante à cinquante pour cent des Américains travaillent sans être salariés – Ling-en cite ce chiffre pour donner une mesure du phénomène. En France, on commence à rattraper le retard. Mais la définition qu’il donne du mot « solopreneur » est plus fine que le simple « travailleur indépendant ».

« C’est un entrepreneur individuel qui bâtit pas simplement son business dans le but de croître professionnellement mais dans le but de croître dans l’ensemble de sa vie. C’est mon style de vie qui va déterminer mon travail, pas l’inverse. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. En pratique, c’est une inversion complète de logique pour quelqu’un qui vient du salariat.

Stan Leloup lui pose la question un peu provocatrice : est-ce que se définir comme solopreneur, c’est pas se limiter d’avance ? Refuser de recruter, de déléguer, de scaler ? La réponse de Ling-en est honnête : Michael Hyatt, figure connue du personal branding américain, se dit solopreneur tout en ayant une vingtaine de prestataires autour de lui. « Si ton projet ne requiert personne pour t’accompagner, tu ne rêves pas assez grand. » Le solopreneuriat n’interdit pas la sous-traitance – il interdit l’empire à 70 heures par semaine.

Ling-en cite Smartlia (assistants virtuels au Madagascar) et Sber (rédaction externalisée) comme outils concrets. Ce qui m’agace un peu, c’est que cette partie reste en surface – mais au moins, il nomme des choses réelles plutôt que de rester dans le vague inspirationnel.

Ce positionnement entre liberté et structure, c’est aussi ce qu’explore cet épisode sur ce qui empêche vraiment d’être libre en business. Spoiler : c’est rarement l’argent.

La dispersion, ou comment Ling-en a installé 40 WordPress sans jamais compter ses heures

Parisenfamille.com. Espritvif.com. Applegeek.fr. Un blog de développement personnel pour hommes. Un site vendu avant ça sur le même thème. Et en parallèle, vivedesonblog.com, rebaptisé solopreneur.fr.

Ling-en a lancé – au bas mot – une dizaine de projets en quelques années. Stan lui pose la question directement : est-ce que c’était rentable ? Est-ce que cette dispersion t’a coûté plus que rapporté ?

La réponse est tranchante :

« Le retour sur investissement de tous ces projets il est très faible. J’ai jamais eu un état d’esprit d’entrepreneur. J’ai jamais calculé mon temps, j’ai jamais réfléchi à ça. Mais ça faisait partie de ma formation. »

Voilà. Ça, c’est une honnêteté qu’on entend pas assez. La plupart des entrepreneurs qui racontent leur parcours à la retouche transforment leurs erreurs en « étapes nécessaires de leur croissance ». Ling-en dit juste que c’était pas rentable. Et que ça lui a quand même appris à installer 30 à 40 WordPress, à écrire des centaines d’articles que personne n’a lus, et à comprendre ce qui marche – pas dans les livres, dans les faits.

Il y a deux exceptions dans ce tableau. Des sites de niche calculés, pas passionnels. Autoecole-paris.org : 10 heures investies, valeur estimée à 500 000 euros (oui, c’est le chiffre qu’il donne – la puissance des bons mots-clés sur le long terme). Un autre site construit autour d’une pub TV de One and One, l’hébergeur : il avait parié que les gens retiendrait mal le nom du service à la télé, créé un sous-domaine pour rester dans les clous légaux, et encaissé entre 500 et 1 000 euros pour 10 heures de boulot. C’était, selon ses propres mots, « moyennement éthique » – au moins il le dit.

Sur la question de la dispersion, je rejoins complètement Stan : l’effet boule de neige ne se déclenche que si tu restes en place assez longtemps. Alex Bortolotti l’a vécu de son côté avec WPMarmite, un blog ultra-focalisé qui a mis des années avant de décoller – mais qui a fini par décoller vraiment. La leçon est la même : l’éparpillement est un luxe qu’on paie cash.

Le blog comme outil de personal branding – et pas juste pour vendre des formations

Pourquoi blogger plutôt que faire du dropshipping, du Amazon FBA ou du e-commerce ? Stan pose cette question comme s’il voulait provoquer une réponse embarrassée. Ling-en ne s’embarrasse pas.

Le blogging, pour lui, c’est pas une technique parmi d’autres. C’est le seul format – avec le podcast et la vidéo – qui construit ce qu’il appelle le « know, like and trust » : te faire connaître, te faire apprécier, te faire confiance. Et sans ces trois étapes, selon lui, ton business n’est pas durable.

Ce qui est intéressant dans cette partie, c’est l’exemple concret qu’il donne : sa carte de visite. Avec sa photo, des couleurs vives, le mot « blogueur ». Pas une carte de community manager. Quand il prospecte des clients freelance, le personal branding fait une partie du travail avant même qu’il ouvre la bouche.

Il y a une nuance réelle ici, que Ling-en assume : le blogging n’est pas fait pour tout le monde. C’est long. Ça demande de la régularité. Et le retour financier n’arrive pas vite – parfois jamais, si tu rates les fondamentaux. Pour ceux qui veulent creuser comment construire un blog rentable sur une niche précise, la conversation avec André Dubois éclaire pas mal les angles que Ling-en survole ici.

Mais là où le blog devient imbattable, c’est sur la profondeur de relation. Un auditeur qui te suit depuis 3 ans de podcast a l’impression de te connaître personnellement. C’est impossible à reproduire avec une pub Facebook, aussi bien ciblée soit-elle. Et c’est ce capital-là que Ling-en a converti en billets de conférence.

La question que je me pose – et qu’on ne résout pas vraiment dans cet épisode – c’est combien de temps ce type de capital tient sans qu’on l’alimente. Ling-en a des projets de sites de niche qui attendent sur des noms de domaine achetés (apprendre.tennis, apprendre.photos). Le risque, c’est de diluer ce qu’on a mis des années à construire.

organiser une conférence quand on est seul : ce que les chiffres disent vraiment

Récapitulons les données brutes, parce qu’elles méritent d’être posées clairement.

Première édition 2014 : environ 50 personnes (speakers et bénévoles inclus), tickets initialement à 250-300 euros, remises massives jusqu’à 50 euros, speakers rémunérés, aucun sponsor. Résultat : négatif.

Deuxième édition 2015 : moins d’inscrits, mais prix moyen réel plus élevé. Speakers non rémunérés. Sponsors présents. Résultat : positif – sans qu’il précise le montant exact, ce qui est honnête aussi, parce que ça restait probablement modeste.

Troisième édition en cours au moment de l’enregistrement. L’objectif affiché n’est plus juste de couvrir les frais : la conférence devient le premier acte d’une séquence qui débouche sur des produits en ligne.

organiser une conférence en partant de zéro, c’est donc rarement rentable à la première édition. Ce que Ling-en vend pas – et c’est peut-être le point le plus utile de tout l’épisode – c’est le fait que la vraie valeur d’un événement, c’est ce qui se passe après. La liste email qui grossit. Les relations avec les speakers qui deviennent des partenaires. La crédibilité qui te permet de vendre autre chose plus cher. Et, accessoirement, le fait d’apprendre à gérer un budget d’événement sans faire exploser les coûts.

Pour ceux qui réfléchissent à ce type de projet – conférence, masterclass en présentiel, atelier – le parallèle avec la création de contenu payant est frappant. La question de ce qu’on donne gratuitement versus ce qu’on monétise se pose exactement de la même façon quand tu programmes le contenu de ta journée de conférence. Jusqu’où tu vas dans la valeur offerte sur place ? Et qu’est-ce que tu réserves pour l’offre qui suit ?

Ling-en n’a pas toutes les réponses. Mais il a les cicatrices pour poser les bonnes questions.

Questions fréquentes

Combien coûte organiser une conférence quand on est solopreneur ? +
Ling-en Hsia n'a pas communiqué de chiffre précis, mais la première édition de la Conférence Solopreneur en 2014 s'est soldée en négatif malgré des tickets à 250-300 euros. Les coûts principaux : la salle, la rémunération des speakers (qu'il a supprimée à partir de la deuxième édition) et la logistique. À partir de la deuxième édition, en ajoutant des sponsors et en arrêtant les remises massives de dernière minute, il a réussi à être positif. Le premier événement sera presque toujours déficitaire.
Comment trouver des sponsors pour organiser une conférence ? +
Ling-en a introduit des sponsors dès sa deuxième édition. La clé : arriver avec une audience existante et documentée - son podcast solopreneur avec plus de 100 épisodes lui a donné une crédibilité directe. Les partenaires paient pour accéder à une communauté ciblée, pas à une salle vide. Sans audience préalable, le démarche est nettement plus difficile.
Est-ce qu'organiser une conférence est un bon moyen de gagner de l'argent ? +
Pas directement, non. Ling-en est clair là-dessus : la conférence n'est pas un produit à marge élevée, c'est un tremplin. La vraie valeur se construit après l'événement - liste email, relations avec les speakers, crédibilité pour lancer d'autres produits. Quelqu'un qui veut faire du cash rapide trouvera d'autres leviers plus efficaces.
Qu'est-ce qu'un solopreneur exactement ? +
Ling-en Hsia, qui a construit toute sa marque autour du terme, le définit comme un entrepreneur individuel qui construit son business en fonction de son style de vie - et pas l'inverse. Ce n'est pas synonyme de travailler seul à tout faire : Michael Hyatt, qu'il cite, se dit solopreneur tout en s'entourant d'une vingtaine de prestataires. C'est une question de priorités, pas de taille.
Combien de temps avant qu'un blog ou un podcast commence à rapporter ? +
Ling-en reconnaît que ses premières années étaient « financièrement pas top, loin de là ». Il a lancé une dizaine de projets avant de trouver ce qui fonctionnait. L'effet boule de neige qu'évoque Stan Leloup dans l'épisode - plus d'audience = plus d'audience - met des mois, parfois des années, à s'enclencher. La régularité est le seul facteur non négociable.
Faut-il se concentrer sur un seul projet ou tester plusieurs blogs en parallèle ? +
Ling-en défend les deux phases : l'expérimentation au départ (qu'il appelle sa formation), puis la concentration absolue une fois qu'on sait ce qui marche. Aujourd'hui il est 100% focalisé sur solopreneur.fr. Il achète encore des noms de domaine opportunistes, mais de façon assumée et calculée, sans y mettre le même énergie que ses projets principaux.

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