L’algorithme linkedin ne fonctionne pas comme tu crois. Pas comme moi non plus, d’ailleurs – et j’aurais dû le savoir plus tôt. Caroline Mignaux, marketeuse et fondatrice de Rich Maker, l’explique dans un épisode de Marketing Square qui date de 2021 mais qui reste d’une clarté redoutable : l’engagement sur LinkedIn, ce n’est pas les likes. C’est un ensemble de signaux que la plateforme capte en silence, sans jamais t’en informer, et qui décident si ton post mérite d’être vu par 200 personnes ou par 20 000.
Le truc c’est que tout le monde optimise ce qui est visible – les commentaires, les partages, le nombre de réactions. Et pendant ce temps, l’algorithme linkedin pèse des métriques que tu ne peux même pas mesurer dans ton tableau de bord. C’est un peu comme conduire en regardant uniquement le compteur de vitesse en ignorant la jauge d’essence.
Cet épisode m’a forcé à revoir quelques certitudes. Pas toutes – j’y reviendrai – mais quelques-unes, oui.
Ce que l’algorithme linkedin compte vraiment comme engagement
Redéfinir l’engagement, c’est la première chose que fait Mignaux dans cet épisode. Et elle a raison de commencer par là. Parce que quand on dit « engagement », la tête des gens va directement vers les likes et les commentaires. C’est normal. Ce sont les chiffres qui s’affichent. Ce sont ceux qu’on montre en réunion.
Mais l’algorithme linkedin prend en compte d’autres signaux. La sauvegarde, d’abord. Quand quelqu’un enregistre ton post pour le relire plus tard, LinkedIn interprète ça comme un signal fort d’intérêt. Pas un intérêt poli du genre « je mets un pouce pour ne pas vexer » – un intérêt réel, intentionnel. Quelqu’un a jugé ton contenu assez utile pour le mettre de côté.
Ensuite, le bouton « Voir plus ». Celui qu’on clique pour déplier un post un peu long. Caroline Mignaux est directe là-dessus :
« Le bouton ‘Voir plus’ quand il est actionné, donc quand il y a quelqu’un qui clique sur ce bouton, bah en fait ça vaut plus qu’un like en terme d’engagement. Donc l’algorithme ça lui envoie un message super fort. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et pourtant, combien de créateurs de contenu pensent à rédiger leurs posts pour que ce bouton soit cliqué ? Pas beaucoup.
Et les clics sur tes liens, images, vidéos ou présentations – aussi comptabilisés. Clairement, l’algorithme linkedin mesure l’intention d’interaction au sens large, pas juste la validation sociale d’un like.
Le dwell time : la métrique que personne ne surveille
Voilà le truc qui m’a le plus interpelé dans cet épisode. Le dwell time – le temps qu’un utilisateur passe à lire ton post, à défiler dedans, à lire les commentaires – pèse énormément dans les décisions de l’algorithme linkedin. Mignaux l’explique clairement :
« LinkedIn veut être une vraie plateforme premium de création de contenu. Donc eux ils valorisent, ils pondèrent énormément le duell time dans leur choix algorithmique. Donc ça pèse très lourd en fait le temps que quelqu’un passe sur votre poste à le lire, à engager dans les commentaires. »
C’est cohérent avec la stratégie de LinkedIn depuis quelques années. La plateforme ne veut plus être un simple carnet d’adresses professionnel. Elle veut être un média. Un endroit où les gens lisent, réfléchissent, échangent. Pas un endroit où ils scrollent en diagonale en mettant des pouces bleus machinalement.
Le problème – enfin, le vrai problème – c’est que tu ne peux pas mesurer ton dwell time. Pas directement. LinkedIn ne te dit pas « les gens ont passé en moyenne 47 secondes sur ce post ». Tu dois l’inférer indirectement, par la qualité et la profondeur des commentaires, par le taux de clics sur tes liens. (Ce qui est frustrant pour quelqu’un comme moi qui aime les données propres.)
Mais ça change quand même la façon dont tu dois penser tes posts. Un post qui crée de la lecture active vaut plus qu’un post qui crée des réactions rapides. Ce n’est pas la même chose. Du tout.
Pour aller plus loin sur la question du format et de ce qui retient vraiment l’attention, l’épisode sur les formats LinkedIn qui maximisent les vues donne des éléments complémentaires utiles.
Les deux premières heures : la fenêtre où tout se joue
60 minutes après publication. Puis 120. C’est là que l’algorithme linkedin prend ses décisions les plus importantes. Mignaux cite des études de septembre 2021 – et la mécanique qu’elle décrit est restée globalement stable depuis.
Voilà comment ça marche concrètement. À la publication, LinkedIn diffuse ton post à un sous-ensemble de tes connexions directes – ton cercle 1. Ce premier groupe sert de test. Si l’engagement dans ces deux premières heures est fort, la plateforme décide d’élargir la diffusion au-delà de tes connexions. Si l’engagement est faible, le post reste cantonné à ce cercle restreint.
« Tout ce qui va se passer de 2h à 24h après la publication de votre poste, tous les – donc toutes les actions d’engagement ont deux fois moins d’impact. Donc voilà, ça c’est des études qui sont sorties là qui date de septembre. Donc deux fois moins d’impact sur les interactions entre 2h et 24h. Et alors carrément après 24h, l’engagement n’a plus d’impact mesurable sur les vues. »
Deux fois moins d’impact entre 2h et 24h. Zéro impact mesurable après 24h sur les vues. Ces deux chiffres devraient changer ta façon de planifier tes publications – et surtout l’heure à laquelle tu publies.
Ce qui m’agace un peu dans cette logique, c’est qu’elle crée une pression artificielle sur le timing. Si tu publies un lundi à 7h et que ton audience est occupée en réunion, tu es pénalisé indépendamment de la qualité de ton contenu. L’algorithme linkedin récompense la synchronisation avec le calendrier de tes lecteurs autant que la qualité du post lui-même. C’est une variable sur laquelle on a du contrôle – mais c’est une contrainte réelle.
La question de la fréquence de publication et de son impact sur la durée de vie des posts est aussi traitée dans cet article sur la fréquence idéale de publication sur les réseaux – les deux sujets sont liés.
Pourquoi l’engagement est aussi un ciment, pas juste un levier de reach
Au-delà de la mécanique algorithmique, Mignaux soulève quelque chose que la plupart des créateurs de contenu oublient dans leur course aux vues. L’engagement, c’est aussi – et d’abord – le signal que tu construis une relation réelle avec ton audience.
Elle l’appelle « le témoin silencieux ou pas d’ailleurs du ciment que vous réussissez à créer entre votre marque ou votre marque personnelle et les personnes qui l’entourent ». L’image est bonne. Un post qui génère 50 commentaires profonds vaut infiniment plus qu’un post qui génère 500 likes passifs. Pour la plateforme, oui. Mais aussi pour toi, pour ta marque, pour la confiance que tu construis dans la durée.
Et là on touche à quelque chose que les obsédés du reach ratent souvent : l’algorithme linkedin mesure la qualité de l’attention, pas juste le volume. C’est pour ça que le dwell time pèse autant. C’est pour ça que la sauvegarde signale quelque chose de plus fort qu’un like. LinkedIn cherche à identifier les créateurs qui retiennent vraiment leur audience – pas ceux qui génèrent des réflexes de clic.
Si tu travailles ta marque personnelle sur la plateforme, cet aspect est central. L’épisode sur le personal branding sur LinkedIn aborde justement cette dimension de construction dans la durée.
Ce que tu ne peux pas mesurer, mais que tu peux quand même piloter
Voilà la vraie contrainte pratique de tout ce que décrit Mignaux dans cet épisode. Les métriques les plus importantes pour l’algorithme linkedin – les sauvegardes, le bouton Voir plus, le dwell time – sont invisibles dans tes analytics natifs. Tu ne les vois pas. Tu ne peux pas les tracker directement.
Alors comment tu pilotes ce que tu ne mesures pas ?
Par l’intention de conception. Si tu sais que le bouton Voir plus vaut plus qu’un like, tu vas écrire tes accroches différemment. Tu vas couper tes posts au bon moment, pas n’importe où. Tu vas soigner ta première ligne comme si c’était la seule chose que les gens liront – parce que c’est souvent le cas. (Et là on rejoint un sujet de copywriting pur, pas juste de stratégie LinkedIn.)
Si tu sais que la sauvegarde signale de la valeur perçue haute, tu vas créer des posts que les gens ont envie de garder. Des listes de ressources. Des frameworks réutilisables. Des synthèses qu’on relit. Pas des opinions chaudes qui suscitent de la réaction dans l’instant mais qu’on oublie deux heures après.
Et si tu sais que le dwell time pèse lourd, tu vas créer des posts qui donnent envie de lire jusqu’au bout. Pas des posts interminables – des posts qui ont un rythme, une progression, un point d’arrivée qui justifie l’investissement en temps.
Ce dernier point rejoint d’ailleurs les principes du travail sur l’engagement et la vente sur LinkedIn développés par Thibault Louis dans un autre épisode de Marketing Square – les deux approches se complètent bien.
Une limite que Mignaux n’évoque pas – et que je soulève quand même
Concession nécessaire ici. L’algorithme linkedin change. Régulièrement. Les données citées dans cet épisode datent de septembre 2021 – Mignaux le précise elle-même. La fenêtre des deux premières heures, le coefficient multiplicateur des sauvegardes par rapport aux likes, le poids exact du dwell time : ces paramètres bougent.
LinkedIn ne publie pas sa documentation algorithmique. Ce qu’on sait, on le sait par des tests, des études de créateurs, des fuites internes. C’est du savoir empirique, pas une vérité gravée dans le marbre.
Ce qui veut dire que les principes généraux tiennent – créer de la valeur réelle, soigner l’accroche, publier au bon moment, inciter à des interactions de qualité – mais que les chiffres précis sont à prendre avec recul. L’ordre de grandeur est juste. La précision absolue, moins sûrement.
Bref, l’épisode donne un cadre solide. Pas un manuel immuable. Et c’est là que certains créateurs se plantent : ils appliquent des règles lues il y a deux ans comme si elles étaient encore valides à l’identique. L’algorithme linkedin est un système vivant. Il faut le traiter comme tel.
Ce qui m’amène à une question que cet épisode ne tranche pas vraiment : entre optimiser pour l’algorithme et créer du contenu qui te ressemble, où est le bon équilibre ? Est-ce qu’inciter à « sauvegarder le post » en fin de publication – comme le suggère Mignaux – crée de la valeur réelle, ou est-ce une manipulation transparente que l’audience finit par sentir ? Les deux, probablement, selon comment tu le fais. Mais c’est une tension qui mérite qu’on en parle.
Pour aller plus loin, la question de poster son lien en commentaire plutôt qu’en post est aussi directement liée à la logique algorithmique décrite ici – c’est un autre cas où ce qu’on voit et ce que l’algorithme voit divergent.











