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Travailler sa plateforme de marque et la rendre actionnable pour faire baisser vos CAC ! Avec Florian Deveaux

Épisode diffusé le 17 mars 2025 par Danilo Mura Duchesnes

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Une plateforme de marque, c’est pas un PDF de 40 slides qui dort sur Google Drive. C’est ce qui décide si tes pubs Meta convertissent à 15€ ou à 150€ le client. Florian Deveaux l’a compris de l’intérieur – d’abord chez Bonne Gueule (le blog mode masculine devenu vraie marque de fringues), puis comme CMO chez Wepilo, avant de lancer Facette, son agence de branding, et une académie pour les marques qui peuvent pas se payer un accompagnement sur mesure. Ce qu’il raconte dans ce podcast avec Danilo Duchesnes, c’est pas du tout de la théorie.

La question de départ était directe : pourquoi divertir du budget vers le branding alors que t’as des campagnes d’acquisition à gérer, des ROAS à défendre, une équipe qui attend des résultats ? La réponse de Florian a pas pris trente secondes. Il cite un fondateur qu’il a croisé deux semaines avant l’enregistrement, quelqu’un qui faisait 5,5 millions d’euros de chiffre. Dès qu’il essayait de scaler ses ads, ses coûts explosaient. Pas un problème d’audience. Pas un problème de ciblage. Un problème de marque – pas assez désirable pour aller chercher des clients froids.

Et c’est là que ça devient intéressant. Parce que ce type de blocage, on l’appelle un palier de croissance comme si c’était une fatalité. En vrai, c’est souvent un signal : ta marque parle encore aux mêmes gens qu’au lancement, et les nouveaux prospects regardent tes pubs sans rien ressentir.

Le palier de croissance que personne ne voit venir

Florian Deveaux a une expression qui revient : « marque d’opportunité ». C’est une marque que les gens achètent parce qu’ils ont le problème au bon moment. Ils cherchent un oreiller cervical, ils tombent sur toi, ils achètent. Problème résolu. Mais ces mêmes personnes vont pas te recommander, vont pas revenir parce qu’ils t’aiment, vont pas te suivre sur Instagram pour le plaisir.

« Tu deviens une marque d’opportunité et donc tu es continuellement obligé d’aller chercher des nouveaux clients. Et du coup bah tu vois là aujourd’hui on parle beaucoup de rentabilité ce qui est logique, bah après c’est très dur, tu es dépendant de Meta, de Google Ads ou d’autres canaux. »

Voilà. Le diagnostic, posé en deux phrases.

Ce que j’observe depuis des années – enfin, ce que les fondateurs refusent d’entendre jusqu’à ce que leurs CPM triplent – c’est que la dépendance aux canaux payants est souvent le symptôme, pas la maladie. La maladie, c’est une marque qui existe uniquement comme réponse à un besoin fonctionnel. Bobby, Sézane, Oktober : Florian les cite comme exemples de marques qui peuvent couper la pub demain et continuer à vendre. Pas parce qu’elles ont un produit magique. Parce qu’elles ont construit quelque chose qui « shine », avec son expression un peu anglophone mais juste – un halo de marque qui attire naturellement.

La nuance qu’il apporte, et que j’aurais aimé qu’on creuse davantage dans l’épisode : ce halo, il se construit pas en six semaines. Et pour une marque qui fait 800k€ de CA avec des équipes de 3 personnes, le timing de ce travail reste une vraie question. Le sujet du pourquoi de marque n’est pas nouveau – mais l’activer concrètement sur ses canaux, c’est une autre affaire.

Ce que contient vraiment une plateforme de marque – la méthode Facette

Chez Facette, le process commence par une phase d’immersion. Longue. Détaillée. Florian parle de « terrain fertile » – si tu fais pas ce travail en profondeur, t’arrives à une plateforme de marque générique qui copie les tendances branding du moment au lieu d’exprimer quelque chose d’unique.

La première étape : comprendre la raison d’être, les valeurs, l’ambition, l’offre. Pas en mode atelier post-its d’une demi-journée. En mode vraie extraction de ce qui anime les fondateurs. C’est là que se construit le positionnement – pas l’inverse.

« Si tu fais pas ce travail là en profondeur après tu restes trop en surface et infine tu vas copier des tendances de branding ou tu vas pas être assez différenciant et pas assez toi-même en fait par rapport aux autres marques. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais dans la pratique, la plupart des fondateurs arrivent à cet exercice avec des biais cognitifs formés sur des années. Ils voient leur marque de l’intérieur, depuis trop longtemps. C’est exactement pour ça qu’il faut quelqu’un d’externe – quelqu’un qui peut dire « votre site parle pas à des gens de 30 ans » sans se faire virer.

Après le positionnement, la plateforme de marque chez Facette intègre un travail poussé sur les personas. Et c’est là que la méthode devient concrète – pas « nos clients sont des femmes CSP+ de 25-45 ans sensibles à l’environnement ». Non. Du vrai travail de data.

Comment construire ses personas avec la data – et pas avec ses intuitions

Florian demande aux marques leurs données CRM, ventilées par tranche d’âge. Il reconstruit ensuite les personas autour de masse de CA, pas autour de profils sociologiques inventés. Le persona 1 représente généralement 60 à 70% du chiffre d’affaires. Le persona 2, 20 à 30%. Le persona 3, le reste – souvent 5 à 6%, parfois des achats cadeaux de clients hors cible.

Ce qui est intéressant dans cette approche – et que j’ai rarement vu formalisé aussi clairement – c’est la dimension temporelle. Le persona 3 d’aujourd’hui, c’est peut-être le persona 1 dans dix ans. Si ta cible principale vieillit et que tu as pas anticipé la suivante, tu te retrouves avec un plateau de croissance sans avoir rien fait de mal à court terme.

« Ta cible 1 elle vieillit et peut-être qu’elle va peut-être sortir justement du positionnement de ta marque. J’ai vécu aussi ça de l’intérieur quand tu as un charme trop important sur tes cibles prioritaires et que tu as pas anticipé la suite, bah c’est compliqué après tu vois, c’est là où les marques se trouvent avec un plateau de croissance. »

C’est exactement le problème. Et il existe depuis 1990 pour certaines marques – Florian le dit pas mais Danilo évoque dans la conversation une marque fondée cette année-là, dont la cible a littéralement vieilli avec elle pendant 30 ans. Résultat : elles veulent attirer des clients de 30 ans avec un site qui parle à leurs parents.

La cartographie de chaque persona va loin. Vraiment loin. Quel restaurant le midi. Quel influenceur le soir. Quel mode de transport. Quelles marques connexes dans son dressing ou sa salle de bain. (C’est précis au point d’être presque intrusif – mais c’est justement ce niveau de détail qui fait la différence entre un message qui résonne et un message qui se noie.) Cette approche rejoint ce que pratiquent certaines marques qui ont bâti leur identité dès le départ sur une connaissance fine de leur communauté.

Et non, Florian utilise pas les archétypes de Jung. Il le dit clairement : mettre ses personas dans des cases prédéfinies, c’est s’assurer d’obtenir les mêmes résultats que tout le monde. Difficile de lui donner tort.

La plateforme de marque ne suffit pas – il faut l’activer sur chaque canal

Construire une plateforme de marque solide, c’est une chose. La déployer, c’est là que la plupart ratent. Florian parle d’alignement – entre le site, les emails, les réseaux, et si applicable le retail physique. Un désalignement entre ces canaux, le client le ressent immédiatement. Pas consciemment. Intuitivement.

Il cite son expérience chez Bonne Gueule en omnicanal : quand le retail et le digital racontent des histoires légèrement différentes, ça crée des points de friction. Pas des points de friction qui font quitter le site. Des points de friction qui érodent la confiance. Lentement. Et la confiance, c’est exactement ce qu’il faut aller construire quand tu montes en gamme – parce que plus le prix est élevé, plus le nombre de points de contact avant achat est important. Certaines marques ont trouvé des stratégies organiques efficaces pour multiplier ces points de contact sans dépendre uniquement des canaux payants.

Autre élément de la méthode Facette : la « cible de communication ». Distincte des personas d’acheteurs. C’est la cible qui influence les autres – les leaders d’opinion, les profils qui font que ta marque devient désirable aux yeux de ceux qui achèteront ensuite. Quand tu conscientises ça, tu sais exactement pourquoi tu fais de l’influence et combien tu y mets. Pas par instinct. Par logique.

Florian le dit bien : « quand tu le conscientises et que tu te dis je fais ça, je sais pourquoi je le fais ». C’est la différence entre un budget influence qu’on défend en réunion et un budget influence qu’on comprend vraiment. Et ça, pour avoir bossé avec des équipes marketing qui couraient après les métriques de vanité sur Instagram, c’est pas anodin.

Budget, timing et la règle des 70-20-10

Question pratique posée dans le podcast : comment tu gères la transition vers une nouvelle cible quand elle représente encore 5% du CA ?

Florian répond avec une règle budgétaire que j’ai trouvée honnêtement utile. 70% du budget marketing sur ce qui fonctionne déjà et ramène du business. 20% sur des tests de l’année passée qui avaient montré des signaux positifs – un nouveau canal, une nouvelle mécanique créative. Et 10% pour tester ce qu’on a jamais testé, précisément pour aller chercher cette nouvelle cible.

« Il y a pas de magie là-dedans, c’est que de la méthodologie. » Et c’est vrai. Ce qui est rare, c’est pas la formule. C’est la discipline pour l’appliquer quand le fondateur veut tout mettre sur Meta parce que c’est ce qu’il comprend.

Sur la question du bon moment pour lancer ce travail – une plateforme de marque vaut-elle quelque chose en dessous de 500k€ de CA ? – Florian a changé d’avis. Il l’admet. Il y a dix ans, il aurait dit non. Aujourd’hui, avec l’intensité concurrentielle du e-commerce et des coûts d’acquisition qui grimpent chaque trimestre, se lancer sans fondations claires c’est « aller droit dans le mur ». Surtout dans l’univers lifestyle et prêt-à-porter, où tu réponds pas à un besoin fonctionnel mais à une envie d’appartenir à une histoire. Créer une marque forte autour d’un produit de niche demande exactement ce type de fondations narratives dès le départ.

Une limite réelle à pointer, quand même : tout ça suppose d’avoir accès à des données CRM exploitables. Pour une marque qui démarre avec 200 clients, la méthode devient projection plus que data. Florian le reconnaît – on travaille alors l’ICP idéal et on le confronte ensuite au marché. Moins précis. Mais le travail de formalisation reste utile, ne serait-ce que pour aligner les équipes sur qui on cible vraiment.

Ce que ça change concrètement sur le site et les leviers marketing

Danilo pousse Florian sur le déploiement concret. Parce que le risque d’une plateforme de marque, c’est de rester dans un dossier stratégique qu’on sort quand le conseil d’administration pose des questions et qu’on range le reste du temps.

La réponse de Florian : le positionnement détermine la mission, et la mission détermine les produits. Pas l’inverse. Quand tu inverses – quand tu pars du produit pour aller vers une identité de marque construite autour – tu obtiens un site qui magnifie le produit mais qui raconte rien. Et « les gens ce qu’ils achètent au sein de ces marques là, c’est aussi une histoire ».

Chez Bonne Gueule, la transformation est visible. La marque est partie d’un discours problème-solution très direct (« t’habilles mal, voilà comment faire mieux ») vers quelque chose de plus aspirationnel, plus émotionnel – parce que sa cible a évolué et que les nouveaux clients froids répondent pas au même registre que les early adopters du blog. Ce qu’ils font aujourd’hui avec leur contenu et leur organique, c’est une combinaison d’organique et de paid qui présuppose une clarté totale sur l’identité de la marque.

Et les emails dans tout ça ? Florian lâche une phrase en passant qui vaut qu’on s’y arrête : « si tu as un super site et que tes emails sont pas travaillés, ton client se dit pourquoi ». C’est la cohérence cross-canal. Pas le niveau de polish de chaque canal individuellement. La cohérence entre tous. C’est ça qui construit ou détruit la confiance sur la durée.

Ce qui reste ouvert après cet épisode – et que Florian n’a pas le temps de creuser vraiment – c’est la mesure. Comment tu sais que ta plateforme de marque fonctionne ? Sur quels indicateurs ? Les CAC qui baissent, c’est un résultat en bout de chaîne. Mais entre le travail de fond sur l’identité et la baisse des coûts d’acquisition, il y a combien de mois, combien de campagnes, combien de tâtonnements ?

Questions fréquentes

C'est quoi une plateforme de marque concrètement ? +
Une plateforme de marque, c'est le document fondateur qui articule le positionnement, la mission, les valeurs, les personas cibles et les messages clés d'une marque. Elle sert de boussole pour tous les canaux marketing - site, ads, emails, réseaux sociaux. Ce n'est pas un exercice esthétique sur l'identité visuelle, c'est une décision stratégique sur qui on est, pour qui et pourquoi.
À partir de quel chiffre d'affaires faut-il travailler sa plateforme de marque ? +
Florian Deveaux, fondateur de Facette, a changé d'avis sur ce point. Il aurait dit autrefois qu'en dessous de 500 000€ ça ne sert à rien. Aujourd'hui, avec l'intensité concurrentielle du e-commerce et la hausse des coûts d'acquisition, il recommande d'y réfléchir dès le lancement - même si le travail de data sera remplacé par de la projection sur le client idéal. La formalisation aligne les équipes, même petites.
Comment identifier ses personas pour sa plateforme de marque ? +
Selon la méthode Facette, on part des données CRM par tranche d'âge, croisées avec la répartition du chiffre d'affaires. Le persona 1 représente généralement 60 à 70% du CA, le persona 2 autour de 20 à 30%. On construit ensuite une cartographie complète : style de vie, contenus consommés, marques connexes, moments de la journée, influenceurs suivis. L'objectif est de rentrer dans le cerveau du client, pas de remplir un tableau sociologique de surface.
Pourquoi une plateforme de marque aide à faire baisser les coûts d'acquisition ? +
Sans positionnement clair, les messages publicitaires s'adressent à tout le monde - donc à personne. Une marque bien positionnée crée un halo d'attractivité qui génère de la demande organique et améliore la qualité du trafic payant. Résultat : les prospects arrivent déjà avec une affinité pour la marque, ce qui raccourcit le cycle de conversion et réduit mécaniquement le CAC.
Faut-il faire un rebranding complet pour travailler sa plateforme de marque ? +
Non. C'est le point que Florian insiste à clarifier. Travailler sa plateforme de marque ne signifie pas tout refaire graphiquement. Parfois, c'est affiner le positionnement, reformuler les messages, identifier de nouveaux personas à adresser progressivement. Un rebranding complet n'est nécessaire que dans des cas spécifiques de repositionnement radical.
Comment répartir son budget marketing entre l'acquisition et le branding ? +
Florian propose une règle simple : 70% sur ce qui fonctionne et génère du CA aujourd'hui, 20% sur des tests de l'année passée qui ont montré des signaux positifs, 10% pour tester de nouvelles approches visant de futurs personas. Cette répartition permet de construire la marque sur le long terme sans sacrifier la performance court terme.

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