Un compte instagram professionnel qui stagne pendant des mois, malgré du bon contenu posté régulièrement – c’est l’histoire que Manon VDE entend en boucle. Coach business spécialisée sur Instagram, elle a accepté de tout déballer dans un épisode de Marketing Square animé par Caroline Mignaux : les mythes à déconstruire, les vrais leviers, et les outils qu’on utilise sans trop en parler. Et franchement, certaines réponses m’ont surpris – pas parce qu’elles sont révolutionnaires, mais parce qu’elles contredisent exactement ce que les ‘gourous’ Instagram répètent depuis des années.
La concurrence sur Instagram : le faux problème qui bloque tout
Manon VDE le voit partout. Des entrepreneurs qui hésitent à se lancer parce que ‘la place est déjà prise’. Des coachs qui regardent les dizaines de milliers de coachs déjà présents et se disent que ça ne sert à rien.
C’est une erreur de raisonnement. Pas une petite erreur – une erreur fondamentale sur ce que fait Instagram.
« Instagram a un public tellement large que déjà il convient à tout type d’activité. Il y a plein de coach, mais il y a pas plein de coach qui fonctionnent comme je fonctionne ou qui ont la même personnalité que moi. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et pourtant la plupart des gens passent quand même des mois à se convaincre que ‘leur niche est saturée’.
Ce que Manon explique – et c’est le socle de toute sa méthode – c’est que la personnalité est le vrai différenciateur sur Instagram. Pas le secteur. Pas l’expertise technique. La personnalité. Du coup, se cacher derrière un contenu 100% professionnel, ultra-lisse, sans aucune aspérité humaine, c’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire pour un compte instagram professionnel qui accroche.
Caroline Mignaux en a fait l’expérience directement. Son compte Instagram perso, truffé de blagues et de posts sans rapport avec le marketing, lui a valu ce retour de ses abonnés : ‘on pensait pas que tu étais marrante’. (Ce qui fait un peu mal, elle l’admet – moi aussi ça me ferait mal.) Mais le fond du message est là : les gens viennent sur Instagram pour trouver une personne, pas un logo animé.
La question qui reste entière : jusqu’où va-t-on dans le ‘authentique’ avant que ça devienne du personal branding calculé ? On en parle ailleurs, mais c’est une vraie tension à garder en tête – le piège de l’authenticité en marketing est plus courant qu’on ne le croit.
Fréquence de publication : ce que disent les gourous, ce que dit l’algo
Deux fois par jour. C’est ce que recommande notamment Pauline Léo, citée dans l’épisode, et quelques autres figures du coaching Instagram. Manon VDE n’est pas d’accord. Pas un peu – complètement pas d’accord.
« Moi je suis pas du tout d’accord avec le fait de publier plusieurs fois par jour sur Instagram. Je pense que c’est contreproductif pour notre contenu parce que quand on publie un post le matin à 10h puis qu’on va en publier un à 16h, ben celui de 16h va évincer celui de 10h. »
C’est exactement le problème. Le deuxième post cannibale le premier dans le fil d’actualité.
Sa règle : maximum une publication par jour. Et encore – le plus important, c’est pas la fréquence absolue, c’est la régularité. Tous les deux jours pendant six mois vaut mieux qu’un post par jour pendant trois semaines suivi de deux semaines de silence.
Sur l’heure idéale de publication, même logique : personne ne peut donner une réponse universelle. Ça dépend de l’audience. Certaines communautés sont actives à 8h du matin, d’autres le soir. La seule façon de savoir, c’est de tester – une semaine le matin, une semaine le soir, puis comparer les stats. Ce genre de démarche empirique, c’est exactement ce qu’on retrouve dans les approches qui font vraiment bouger les métriques, que ce soit sur Instagram ou ailleurs. D’ailleurs, les mécanismes de l’algorithme LinkedIn suivent une logique assez similaire sur ce point.
Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise clairement plus tôt – c’est que l’algorithme ne punit pas les gens qui publient peu. Il punit ceux qui publient irrégulièrement.
L’algorithme instagram : ami ou ennemi d’un compte instagram professionnel ?
Manon VDE pose quelque chose d’important d’entrée : l’algorithme n’est pas contre vous. C’est une posture mentale, mais elle change tout.
L’algorithme observe ce que les gens likent, commentent, regardent – et leur montre plus de contenu similaire. Pour un compte instagram professionnel, ça veut dire que si votre contenu touche vraiment votre cible, l’algo travaille pour vous. Si votre contenu est trop générique ou mal ciblé, il ne peut pas faire grand chose.
« Le plus important, c’est pas de se dire est-ce que j’ai compris comment fonctionnait l’algorithme ou pas, mais c’est est-ce que j’ai compris la problématique de ma clientèle ? Parce que c’est ça qui va faire en sorte que l’algorithme va être en notre faveur ou pas. »
Voilà. C’est brutal, mais c’est juste.
La métrique qu’elle surveille en priorité pour calibrer sa stratégie de contenu : les enregistrements. Pas les likes, pas les commentaires. Les enregistrements. Quand quelqu’un sauvegarde votre publication, c’est qu’il veut y revenir – c’est un signal fort que le contenu répond à un vrai besoin. Une publication qu’on juge géniale mais qui accumule zéro enregistrement, c’est un contenu qui ne résout pas de problème concret pour l’audience. Dur à entendre, mais utile.
Et pour le taux d’engagement global – qui n’apparaît pas nativement dans les stats Instagram – Manon recommande Not Just Analytics, un site dont la version gratuite suffit largement. On y voit la courbe d’abonnés depuis le début, les statistiques post par post, et surtout les pics : à quels moments a-t-on gagné (ou perdu) des abonnés, et qu’est-ce qu’on publiait à ce moment-là.
Formats : la vidéo s’impose, mais les carrousels résistent
Instagram ne s’en cache plus. La plateforme veut être une appli vidéo – son fondateur l’a dit clairement, les Reels ont leur algorithme propre qui les pousse fort.
Mais Manon est pragmatique là-dessus. Si vous n’êtes pas à l’aise avec la vidéo, ne vous forcez pas tout de suite. Deux raisons à ça. D’abord, un contenu tourné dans la contrainte se voit. Ensuite, d’autres formats marchent très bien – notamment les carrousels.
Un carrousel de 10 slides, c’est 10 occasions pour l’algorithme de mesurer combien de temps quelqu’un reste sur votre publication. Et plus le temps passé est long, plus la plateforme considère que votre contenu est pertinent. C’est mécanique. (Et c’est aussi pourquoi les carrousels ont longtemps été le format roi avant l’explosion des Reels.)
Sur la question du matériel, les deux s’accordent : la ring light à 30€ est l’investissement le plus rentable pour quelqu’un qui veut se lancer en vidéo. Pas un reflex. Pas un micro professionnel. La lumière. Une bonne lumière transforme une vidéo filmée avec un smartphone en quelque chose de propre et regardable. Caroline Mignaux a eu droit aux moqueries de ses amis en achetant la sienne – ‘tu fais des tutos make-up maintenant ?’ – mais elle la recommande sans hésiter. Manon aussi. Et pour les coachings en visio, les lives Instagram, c’est polyvalent. Rapport qualité-prix imbattable.
La vidéo court-format – les Reels de 15 à 60 secondes – reste le format le plus poussé par la plateforme en ce moment. Ça changera probablement. Ça a déjà changé plusieurs fois. Mais si vous devez choisir un format où concentrer votre énergie pour un compte instagram professionnel en 2024, c’est là.
Hashtags : le mythe de la stratégie parfaite
Des millions de publications sous un hashtag générique comme #marketing ou #entrepreneur. Votre post disparaît en 40 secondes. Personne ne le voit. Fin de l’histoire.
Manon VDE est directe : les hashtags ont perdu une grande partie de leur puissance comparé aux débuts d’Instagram. Sur les carrousels notamment, les stats montrent que les hashtags génèrent quasi zéro reach supplémentaire. Sur une simple photo, ils gardent encore un peu de leur effet.
Sa recommandation sur le nombre : mettre les 30 autorisés. Elle a testé – les posts avec le plus de hashtags sont systématiquement ceux qui ont le mieux performé chez elle. D’autres experts disent entre 5 et 10. Clairement il n’y a pas de consensus absolu, mais pour elle l’expérience parle.
Par contre – et c’est là que la stratégie compte vraiment – la précision du ciblage est non négociable. Un hashtag avec 50 000 publications vaut mieux qu’un hashtag avec 50 millions. Dans le premier cas, votre contenu peut être vu. Dans le second, il disparaît instantanément. Et les hashtags doivent coller à trois choses : qui vous êtes, ce que vous faites, et de quoi parle le post en question.
Où les mettre ? Dans la légende, pas en commentaire. (Contrairement à LinkedIn où les règles sur les hashtags sont différentes et méritent leur propre approche.)
Manon anticipe même leur disparition progressive. ‘C’est mes pronostics personnels’, précise-t-elle – mais vu la trajectoire de la plateforme vers la vidéo et la recommandation algorithmique, ce n’est pas une prédiction absurde.
Faire grandir un compte instagram professionnel : le truc que tout le monde oublie
Des comptes qui stagnent depuis des mois. Du bon contenu, une audience qui dit adorer, une régularité irréprochable. Et pourtant rien ne bouge.
Manon a la réponse, et elle est simple jusqu’à en être gênante : est-ce que vous sortez de votre compte ? Est-ce que vous allez à la rencontre de gens qui ne vous connaissent pas encore ?
« Il ne suffit pas de poster du bon contenu et d’attendre parce que là on peut attendre longtemps. Mais il faut poster du bon contenu, certes, mais en plus nous-mêmes aller à la rencontre des gens, nous-mêmes aller nous engager sur les comptes de nos clients idéaux. »
C’est bêtement ça. Aller liker, commenter, susciter la curiosité. Les gens arrivent sur votre compte, voient que vous traitez exactement leur problème, s’abonnent. La visibilité ne vient pas à soi – il faut aller la chercher.
Les lives en collaboration permettent aussi de toucher d’autres audiences de manière organique et naturelle. Deux comptes qui font un live ensemble exposent chacun leur communauté à l’autre. C’est du reach croisé, sans payer. Et pour un compte instagram professionnel qui démarre ou qui stagne, c’est souvent le déclencheur qui manque.
Sur les outils, Manon recommande deux choses en dehors d’Instagram natif : Mojo pour créer des stories animées avec un vrai effet ‘waouh’ lors des lancements ou promotions, et Canva pour tout le reste – publications, templates, workbooks, et maintenant montage vidéo. (Elle admet qu’il n’y a pas un jour où elle n’ouvre pas Canva. C’est rare dans le secteur de voir quelqu’un aussi affirmatif sur un seul outil.)
Construire une vraie communauté autour d’un compte instagram professionnel, ça prend du temps et ça demande une cohérence que beaucoup abandonnent trop tôt. La mécanique est simple – être régulier, cibler précis, aller vers les gens – mais l’exécution sur la durée, c’est là que ça coince. Et si vous voulez aller plus loin sur ce que ça veut dire de créer et monétiser une communauté au-delà d’Instagram, le sujet mérite son propre détour.
Dernier point – et c’est une limite assumée de tout ce qui précède : les règles changent. Ce qui fonctionnait sur les hashtags il y a 3 ans ne fonctionne plus. Ce qui fonctionne aujourd’hui sur les Reels sera probablement différent dans 18 mois. La seule constante, c’est de comprendre sa cible mieux que tout le monde. Le reste, c’est de l’adaptation. Pour aller plus loin sur comment articuler Instagram avec d’autres réseaux sociaux dans une stratégie d’acquisition cohérente, ça vaut le détour. Et si la question du contenu qui engage mais qui ne convertit pas vous parle, ce problème très courant a ses propres mécanismes à comprendre.











