créer une communauté en ligne

#36 – Créer et monétiser sa communauté

Épisode diffusé le 7 septembre 2021 par Noémie Kempf

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Créer une communauté en ligne payante et convaincre 100 personnes de la rejoindre dès le premier jour – sur 2 500 abonnés à la newsletter – c’est un taux de conversion que beaucoup de SaaS rêveraient d’afficher. Kylian Tallin l’a fait en octobre 2020 avec le Cercle des créateurs, la communauté privée adossée à son podcast Inspiration Créative. Et quand on lui demande comment, il ne sort pas un framework en 7 étapes. Il raconte.

Ce qui est intéressant dans l’épisode 36 de The Storyline – le podcast de Noémie Kempf sur le storytelling de marque – c’est que Kylian n’est pas présenté comme un gourou de la communauté. C’est quelqu’un qui a appris sur le tas, en regardant ce qui se faisait aux États-Unis (CMX, Rosie Shery sur Twitter), en appliquant ça chez Live Mentor où il est passé de community manager à community builder en 3 ans, et qui a ensuite transposé tout ça dans son propre projet. Le parcours est désorganisé, honnête, et c’est pour ça qu’il est utile.

Parce que franchement, la plupart des articles sur créer une communauté en ligne te parlent d' »engagement » et de « valeur ajoutée » comme si c’était des ingrédients qu’on sort d’un placard. Ce qui manque, c’est la séquence réelle. Ce que Kylian a fait, dans quel ordre, et pourquoi ça a marché là où beaucoup plantent avant même le lancement.

Audience ou communauté : la distinction que tout le monde rate

Posons le truc directement. Kylian Tallin passe plusieurs minutes dans l’épisode à expliquer une différence que la plupart des gens dans le marketing digital esquivent parce qu’elle les force à admettre que ce qu’ils appellent « communauté » n’en est pas une.

« Une communauté, c’est quand tu passes d’une relation qui est bilatérale, donc de toi à eux, à une relation qui est multilatérale où là les gens de ta communauté commencent à interagir entre eux et de manière régulière. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la conséquence est radicale : tes 12 000 abonnés LinkedIn, c’est une audience. Tes 300 commentaires sous ton dernier post, c’est encore une audience. Une communauté, c’est quand Marie répond à Thomas sans que tu sois dans la conversation – et que ça arrive souvent.

Ce qui m’agace dans le débat habituel sur ce sujet, c’est qu’on confond l’outil et la dynamique. « J’ai un groupe Facebook » ne signifie pas plus qu’on a une communauté que « j’ai un blog » ne signifie qu’on a une audience. L’outil n’est rien sans la culture. Et la culture, ça se construit – ça ne s’installe pas.

Kylian a choisi Circle comme plateforme, pas par hasard : il lui fallait un espace de conversation dédié, séparé des réseaux sociaux où les échanges « s’écoulent » et disparaissent. Les commentaires LinkedIn, il le dit lui-même, restent « maigrichons ». Sur Circle, une discussion de novembre 2020 est encore lisible et référençable en juin 2021. C’est une différence de structure qui change tout au sentiment d’appartenance.

Le moment où Kylian a failli ne jamais lancer

Deux mois. Deux mois à chercher des invités pour Inspiration Créative sans en trouver un seul. Ni Kylian ni Valentin Decker n’avaient de réseau dans le milieu créatif francophone, et les demandes classiques par email ne généraient rien.

La solution – enfin, la tentative – c’est une vidéo personnalisée envoyée à chaque invité potentiel. Pas un email de pitch formaté. Une vidéo où Kylian montrait « tout ce qu’il avait dans le cœur ».

« Je me suis dosé et j’ai utilisé une méthode que je faisais et que je trouve vraiment cool où j’enregistrais des petites vidéos aux invités pour leur montrer un peu tout ce que j’avais dans le cœur et tu vois le peps l’envie tu vois d’y aller et de leur dire les gars, on a la dalle. »

Ce qui a déclenché la suite, c’est le oui de Julien Jouslin, dit JulesFou sur YouTube – un créateur que Kylian cite avec une gratitude qui sonne très authentique plusieurs mois plus tard. Un premier oui, et l’effet boule de neige a fait le reste. (C’est souvent comme ça que ça marche : pas un système, un acte de confiance d’un seul individu.)

Ce que je retiens ici, c’est pas la technique vidéo en elle-même. C’est que Kylian avait fixé un deadline personnel – un mois, et si ça ne marchait pas il baissait ses exigences. Cette contrainte arbitraire a probablement créé l’intensité qui manquait. Sans deadline, on optimise indéfiniment. Avec, on envoie.

Sur vivre de son contenu de façon durable, Antoine BM décrit quelque chose d’analogue : le passage à l’action se fait souvent sous contrainte externe ou auto-imposée, rarement dans le confort.

Créer une communauté en ligne : les 3 décisions structurantes avant le lancement

Un mois et demi avant l’ouverture du Cercle, Kylian s’est posé trois questions que la plupart des gens ne posent qu’après avoir lancé – et c’est là que ça coince généralement.

Première décision : les portes se ferment. Le Cercle ouvre par sessions. Pas de recrutement continu, pas de « rejoins quand tu veux ». Cette contrainte crée une cohésion de promotion – un groupe qui démarre ensemble, apprend ensemble, développe une histoire commune. C’est emprunté aux codes des formations en ligne, mais appliqué à une communauté. Et ça change radicalement la dynamique d’intégration.

Deuxième décision : définir les learning outcomes avant de construire les formats. Kylian l’articule en anglais, ce qui est révélateur : il a clairement pioché cette approche dans les ressources anglo-saxonnes sur le community building.

« Qu’est-ce qu’une personne qui rentre dans le cercle va obtenir et va ressortir avec. Et ça m’a permis de mettre en place plusieurs formats comme tu le dis, il y a certains trucs qui sont académiques type des cours. »

En pratique, ça donne quatre formats : des cours, des masterclasses avec invités externes, des « séances de déblocage » (intelligence collective autour d’une problématique), et un meet-up mensuel. Quatre formats distincts, quatre types d’engagement différents. Pas trois bullets identiques dans un planning editorial.

Troisième décision : le cadre. C’est là que Kylian surprend le plus, parce qu’il convoque Kant – l’impératif catégorique – pour expliquer comment il a posé les règles de sa communauté. En gros : « Si tout le monde faisait comme ça, est-ce que ça se passerait bien ? » Si tout le monde fait de l’autopromo, est-ce que le groupe s’en sort ? Non. Donc pas d’autopromo. Simple, universel, applicable sans arbitraire.

Pour aller plus loin sur la question de construire sa communauté avant son offre, l’épisode sur Chilowé dans The Storyline montre une logique similaire : le contenu au service d’une appartenance, pas l’inverse.

Ce que personne ne dit sur la monétisation d’une communauté

100 membres payants sur 2 500 abonnés newsletter. 4%. C’est le chiffre que Kylian donne, et il le pose comme une validation rapide du concept – pas comme un score de croissance.

Ce qui est intéressant, c’est le timing. Un an d’Inspiration Créative. Un an à construire une audience (pas encore une communauté), à tester des formats, à comprendre ce que les gens cherchaient vraiment. Et seulement ensuite, la communauté payante. La séquence compte autant que le projet lui-même.

Kylian ne théorise pas vraiment la monétisation dans l’épisode – il la décrit comme une conséquence naturelle d’une promesse claire. La promesse du Cercle, c’est pas « accède à du contenu exclusif ». C’est : tu vas avancer plus vite sur ton projet de créateur parce que tu seras bien entouré. La transformation, pas l’accès.

Cette distinction – vendre de la transformation plutôt que de l’accès – c’est peut-être ce qui explique le taux de conversion. Une newsletter payante qui promet « du contenu de qualité » vend de l’accès. Le Cercle vendait de l’entourage. Les gens paient pour l’entourage depuis que les clubs existent. C’est pas nouveau. Mais l’appliquer à une communauté en ligne de créateurs en 2020, avec la culture COVID qui poussait l’isolement, c’était un timing parfois instinctif, parfois calculé – probablement les deux.

Pour comprendre comment une stratégie de contenu construit la légitimité avant de monétiser, l’épisode #35 de The Storyline apporte un éclairage complémentaire sur cette logique de séquençage.

Le cadre culturel : la seule chose qu’on ne peut pas rattraper après

Dans la session de démarrage obligatoire qu’il organise à chaque ouverture du Cercle, Kylian partage un contrat tacite. Pas un règlement intérieur de 12 pages. Quelques principes.

Donner avant de recevoir. Bienveillance – oui, le mot est galvaudé, mais il l’assume. Droit à l’erreur pour tout le monde, lui compris. Et surtout : ce n’est pas une course.

« On n’est pas là pour déjà il y a pas de ligne d’arrivée et en plus on n’est pas là pour il y a pas de podium à la fin, il y aura pas de médaille. On n’est pas là pour aller plus vite ou moins vite. On est là pour tous s’améliorer et avancer du mieux qu’on peut. »

Ce principe – pas de course – m’a frappé parce que c’est exactement l’inverse de ce que produisent la plupart des communautés de créateurs ou d’entrepreneurs en ligne. Le classement implicite par visibilité, les « j’ai fait X en Y mois », l’autopromo déguisée en partage d’expérience. Kylian a explicitement construit une contre-culture à ça. Et il le dit clairement : c’est parce que ça lui ressemble, et que du coup il attire des gens qui lui ressemblent.

C’est là la limite à assumer : cette approche ne scale pas de la même façon qu’une communauté plus compétitive. 200 membres en moins d’un an, c’est solide pour une communauté payante avec un créateur solo. Mais si l’ambition est d’aller vers 5 000 membres, le cadre bienveillant devient plus difficile à maintenir sans une modération structurée et des community managers dédiés. Kylian ne parle pas de ça dans l’épisode. C’est la question qu’on poserait au prochain round.

Et la co-création, dans tout ça ? Kylian insiste sur le fait qu’il est arrivé avec « une première ébauche » et a laissé les membres faire évoluer la communauté. Les ateliers organisés par les membres eux-mêmes en sont la preuve. C’est une posture rare – beaucoup de fondateurs de communauté contrôlent le contenu jusqu’à l’asphyxie. Kylian a lâché assez tôt pour que quelque chose de vivant se crée.

Pour aller plus loin sur les dynamiques de contenu engageant au service d’une communauté, l’épisode #30 de The Storyline explore comment des créateurs utilisent leurs contenus pour fédérer autour d’une cause – une logique proche de celle du Cercle.

Ce que l’histoire d’Inspiration Créative dit vraiment sur créer une communauté en ligne

Kylian Tallin n’a pas suivi un playbook. Il a fait du Wagon pour apprendre à coder. Il a lancé un Patreon pour les producteurs du terroir qui n’a pas marché. Il a été community builder chez Live Mentor quand le titre n’existait pratiquement pas en France. Et c’est l’accumulation désordonnée de tout ça qui a produit le Cercle.

Ce que son parcours illustre – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je couvrais les premières communautés de marque au début des années 2010 – c’est que créer une communauté en ligne efficace ne commence pas par la plateforme. Ça commence par une conviction sur la transformation que tu veux produire chez les gens. Tout le reste – les formats, les outils, les règles – découle de là.

L’autre chose, c’est la patience du séquençage. Un an de podcast. Une newsletter à 2 500 abonnés. Et seulement ensuite, la communauté payante. Beaucoup essaient de créer une communauté en ligne avant d’avoir une audience engagée sur quoi que ce soit – et se retrouvent à animer un groupe de 8 personnes qui se connaissent déjà. Ce n’est pas une communauté, c’est un club de copains.

Kylian cite un chiffre que je trouve plus révélateur que le taux de conversion : chez Live Mentor, il est arrivé à 10 salariés et reparti à 80. Trois ans pour voir ce que ça fait de construire une culture d’équipe de zéro, dans une scale-up en accélération. C’est ce terrain-là, autant que les ressources CMX ou Rosie Shery sur Twitter, qui a produit sa vision du community building. L’expérience pratique, dense, parfois chaotique, reste la meilleure école pour créer une communauté en ligne qui tient dans le temps.

Et la question qui reste ouverte après l’épisode, c’est celle du passage à l’échelle. 200 membres, c’est une belle réussite pour une communauté gérée en solo. Mais qu’est-ce qui change quand on passe à 500, 1 000 ? Quand le fondateur ne peut plus être présent dans chaque échange ? Kylian n’y répond pas – l’épisode date de 2021, et le Cercle continuait à grandir. La réponse, probablement, est quelque part dans les sessions suivantes.

Pour ceux qui travaillent sur leur présence en ligne avant de lancer leur communauté, comprendre comment calculer son score de personal branding peut aider à mesurer où on en est avant de franchir le pas.

Questions fréquentes

Comment créer une communauté en ligne payante quand on part de zéro ? +
La séquence compte autant que le projet. Kylian Tallin a attendu un an de podcast et 2 500 abonnés newsletter avant de lancer le Cercle des créateurs. La clé : avoir d'abord une audience engagée sur un sujet précis, puis proposer la communauté comme une étape de transformation - pas juste un accès à du contenu supplémentaire. Les 100 premiers membres sur 2 500 abonnés (4%) viennent valider que la promesse est juste avant de scaler.
Quelle est la différence entre une audience et une communauté en ligne ? +
Une audience, c'est une relation bilatérale : les gens vous écoutent, vous répondent parfois. Une communauté existe quand les membres commencent à interagir entre eux, de manière régulière, sans que le fondateur soit dans la conversation. Les commentaires LinkedIn restent de l'audience. Une communauté nécessite un espace dédié - forum, plateforme comme Circle - où les échanges persistent et s'accumulent.
Comment créer une communauté en ligne et maintenir une bonne ambiance sur la durée ? +
Fixer le cadre dès la session de démarrage, pas après les premiers dérapages. Kylian Tallin utilise le principe kantien : 'Si tout le monde faisait comme ça, est-ce que ça se passerait bien ?' Ce filtre permet de décider les règles sans avoir l'air arbitraire. Pas d'autopromo, droit à l'erreur pour tous, pas de compétition implicite. Et surtout : arriver avec une ébauche, pas un produit fini, pour laisser les membres co-créer la culture.
Quelle plateforme choisir pour créer une communauté en ligne privée ? +
Kylian Tallin a choisi Circle pour le Cercle des créateurs. L'avantage principal sur les groupes Facebook ou les commentaires LinkedIn : les discussions persistent, restent accessibles et consultables longtemps après leur création. Ce n'est pas qu'une question de fonctionnalités - c'est une question de mémoire collective. Une communauté qui perd ses conversations perd son histoire.
Comment convaincre les premiers membres de rejoindre une communauté payante ? +
Kylian a envoyé des vidéos personnalisées à ses premiers invités de podcast pour montrer son enthousiasme - pas un email de pitch formaté. Pour le Cercle, la pré-inscription par email a permis de tester l'intérêt avant l'ouverture. Le principe : vendre une transformation claire ('avancer plus vite sur ton projet créateur grâce à l'entourage') plutôt qu'un accès à du contenu.
Faut-il ouvrir sa communauté en permanence ou par sessions ? +
Le choix de Kylian - sessions fermées avec des dates d'ouverture et de fermeture - crée une cohésion de promotion. Les membres qui rentrent ensemble développent une histoire commune et un sentiment d'appartenance plus fort. C'est aussi un levier de rareté qui donne de la valeur à chaque ouverture. L'inconvénient : la gestion est plus lourde, et les personnes intéressées entre deux sessions peuvent décrocher.

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