Créer un podcast, tout le monde en parle. Et pourtant, la majorité des gens qui se lancent s’arrêtent avant l’épisode 10 – Safia Gourari le dit sans détour, et le constat est brutal. Safia, c’est celle qu’on appelle quand on veut comprendre comment le format audio peut réellement faire grandir un business. Deux ans de podcast, des dizaines de milliers d’écoutes par mois sur ses différents shows, une formation qui tourne depuis que Caroline Mignaux l’a découverte dans un bundle – et là, dans cet épisode de Marketing Square, elle lâche tout ce qu’elle garde habituellement pour ses élèves.
Créer un podcast avec presque rien : le vrai starter pack
On a tous la même image mentale. Le studio pro, le micro à condensateur à 400 euros, le traitement acoustique en mousse sur les murs. Et si c’était exactement ce qui empêche les gens de créer un podcast ?
Safia est catégorique là-dessus : le dictaphone du smartphone fonctionne. Vraiment. Pas comme solution de secours. Comme vrai point de départ.
« Avoir un micro, c’est absolument génial, mais c’est pas un prérequis. Le dictaphone du smartphone, il fonctionne très bien au début. Donc moi je conseille toujours aux gens qui sont pas sûrs de pas se lancer dans l’achat d’un micro de grande qualité, de dépenser des sous, surtout s’ils savent pas si finalement ça va perdurer. »
Dit comme ça, ça paraît évident. Et pourtant combien de projets ont calé sur ce frein imaginaire ?
Pour le montage, deux options. Audacity sur Windows – gratuit, puissant, et franchement illisible pour un débutant (Caroline elle-même dit avoir perdu des mois dessus). GarageBand sur Mac – intuitif, immédiat, recommandé à 100% si vous êtes dans l’écosystème Apple. Pour la diffusion, Ausha tourne à environ 10 euros par mois et regroupe hébergement, diffusion sur toutes les plateformes, et même un aspect communauté pour connecter les podcasteurs entre eux – ce qui n’existait pas dans le monde du podcast.
Un détail technique que Safia glisse et qui change vraiment la qualité du rendu : pour une interview avec un invité qui n’a pas de micro, demandez-lui de poser son smartphone à plat sur une surface, de brancher des écouteurs à son ordinateur. Le dictaphone enregistre uniquement sa voix. Ensuite, deux pistes séparées au montage. Résultat propre, sans bruit de fond, et si tu veux boire un café pendant qu’il parle, ça ne s’entend pas.
Ce qui m’agace dans 90% des guides « comment créer un podcast », c’est qu’ils commencent par le matériel. Safia commence par l’objectif. Ce n’est pas la même chose.
La monétisation directe : le mythe qui coûte cher
Voilà ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu que quelqu’un me dise clairement – quand j’ai couvert le boom podcast en France : la monétisation directe par publicité, c’est un mirage pour l’immense majorité des créateurs.
Les chiffres sont là. Les publicités automatisées type Audion tournent entre 8 et 12 euros pour mille téléchargements (CPM). Les sponsorings négociés en direct montent entre 25 et 150 euros pour mille. La différence est massive. Mais dans les deux cas, il faut du volume.
Ausha déclenche l’accès aux publicités automatisées à partir de 100 000 écoutes par mois. Safia l’a vécu sur son podcast crime, « Il était un crime » – 60 à 80 000 téléchargements mensuels, et ça lui faisait un SMIC. C’est bien. C’est aussi des mois de travail pour y arriver.
« Je recommande pas de lancer un podcast pour gagner de l’argent avec en direct. C’est pas ce qu’il y a de plus rentable. Les marques elles sont pas forcément encore éduquées sur la puissance de ce format là et ne sont pas dans ce genre de collaboration de partenariat. »
Ce qui est frappant, c’est que Safia a ensuite arrêté la monétisation publicitaire sur Build Yourself. Trop peu rentable pour ce podcast spécifique. Elle a préféré utiliser les créneaux pour promouvoir ses propres offres.
Et c’est là que ça devient intéressant. Une petite audience très qualifiée surpasse une grande audience généraliste pour la conversion. Pas dans tous les cas – mais pour la plupart des solopreneurs et créateurs qui veulent créer un podcast autour de leur expertise, c’est souvent vrai. Le KPI qui compte n’est pas le nombre de téléchargements, c’est ce que ces téléchargements génèrent comme actions concrètes. Ventes, inscriptions à une liste, demandes de devis.
Ça rejoint ce qu’on observe sur la question de vivre de son contenu – la monétisation directe est rarement le modèle le plus solide au départ.
Découvrabilité ou fidélisation : ce que l’algo podcast ne fait pas
Caroline avait cette conviction au départ : créer un podcast et le laisser là, indexé, travaillant tout seul dans les moteurs de recherche des plateformes. Quelqu’un tape « marketing partenariat », tombe sur son show.
Safia s’est mise à rire. Gentiment, mais clairement.
La réalité du référencement sur Spotify et Apple Podcast, c’est qu’il existe – mais il est limité et surtout réservé aux podcasts qui ont déjà une base. Les algorithmes de ces plateformes fonctionnent en partie sur la popularité et l’engagement existant. Du coup, si tu démarres de zéro, tu ne ramasses presque rien sans activation active sur d’autres canaux.
« Oui, c’est de la découvrabilité mais c’est aussi une grosse partie de fidélisation effectivement. Moi sur mon podcast, chaque mois j’ai 30 % de nouvelles personnes qui arrivent environ en moyenne. Donc il y a quand même des gens qui me découvrent de manière très régulière. »
30% de nouveaux auditeurs chaque mois, pour un podcast de plus de deux ans. C’est réel. Mais Safia reconnaît elle-même qu’elle est une « très mauvaise élève » sur la communication autour de ses épisodes – elle peut publier le mercredi et en parler le jeudi soir. Ce luxe, elle se le permet parce qu’elle a construit un rendez-vous sur deux ans. Le public sait que le mercredi matin, il y a un épisode.
Pour quelqu’un qui démarre ? L’activation est non négociable. Et d’ailleurs, ce n’est pas juste une story le jour J. Safia insiste là-dessus : republier l’épisode plusieurs fois, sous des angles différents, parce qu’une grande partie de l’audience rate toujours la première diffusion.
Le podcast joue un rôle fort dans le personal branding – les gens qui te lisent sur LinkedIn découvrent ta vraie voix, ton énergie, ta façon de penser à l’oral. C’est un filtre naturel : ceux qui accrochent deviennent des fans. Ceux qui n’accrochent pas, tant mieux, tu ne veux pas leur vendre non plus.
La fréquence : le truc que personne ne veut entendre
Caroline publie un épisode par jour. Elle le dit elle-même : c’est pour construire un socle d’une centaine d’épisodes, rester dans les tops classements, créer un effet de masse.
Safia l’appelle « guerrière ». Et dit clairement qu’elle ne pourrait pas.
Ce qui est intéressant ici, c’est le constat de Safia sur sa propre expérience. Pendant le premier confinement, elle est passée à deux épisodes par semaine – lundi et mercredi. Croissance en hausse. Statistiques en hausse. Et puis elle a reculé, parce que la qualité ne suivait pas.
Un épisode par semaine, pendant six mois minimum. C’est le consensus. Pas parce que c’est la formule magique, mais parce que ça crée l’habitude – chez les auditeurs et chez le créateur lui-même. Et si tu rates cette régularité au départ, tu démarres à zéro à chaque épisode.
Les podcasts abandonnés pullulent sur Apple Podcast. 10 épisodes et puis plus rien. Safia en fait une règle simple : planifier à l’avance, enregistrer en batch (plusieurs épisodes en une session), et ne jamais publier un épisode sans en avoir au moins deux ou trois en stock derrière. Le batching, c’est son système – et franchement, ça a l’air austère comme méthode, mais c’est probablement ce qui explique pourquoi son podcast est encore debout deux ans après.
Pour des idées sur comment anticiper et structurer sa production de contenu, la méthode décrite dans générer 6 mois d’idées en 1 heure peut directement s’appliquer à un format podcast.
Ce que personne ne dit vraiment sur les premières fois
Les premiers épisodes sont mauvais. Pas un peu. Vraiment mauvais.
Safia dit une chose qui m’a paru importante : si tu n’as pas honte de tes premiers épisodes, c’est que tu as mis trop de temps à te lancer. La honte rétroactive est le signe que tu as progressé. Son propre premier épisode de Build Yourself – elle lit, elle articule bien, elle fait attention à chaque mot. Les récents, c’est du freestyle, elle écorge des mots, elle repart sur une idée, elle s’interrompt. Et c’est infiniment plus agréable à écouter.
« Au début, je pensais très sincèrement qu’on entendait pas que j’étais en train de lire. Si tu réécoutes le tout premier, ça s’entend. J’articule tout bien, je lis et cetera. Et quand tu réécoutes un épisode très récent, tu vois que c’est freestyle. »
Voilà. La progression est là, dans la transcription brute.
Un conseil pratique qu’elle donne et que je n’avais jamais entendu formulé aussi clairement : rester sur la même prise. Pas de retake. Si tu rates une phrase, tu continues, tu la refais juste après, et au montage tu gardes la bonne version. Recommencer depuis le début à chaque erreur, c’est la spirale de découragement garantie – et Safia dit qu’elle peut faire jusqu’à 15 tentatives sur un passage difficile, mais toujours en restant sur le même fichier.
Et les interviews ? La première ne sera pas la meilleure. C’est mécanique. Tu sortiras de là avec cinq questions que tu aurais dû poser. C’est normal et c’est le prix à payer. Les suivantes seront meilleures. Et les interviews sont aussi l’un des leviers de croissance les plus sous-exploités : quand tu invites quelqu’un, il parle de toi à son audience. Deux communautés s’exposent mutuellement. C’est ce qui fait que créer un podcast avec des invités s’impose souvent comme stratégie de lancement.
Ça rejoint d’ailleurs la logique de se faire connaître par l’écriture ou par n’importe quel format long : les premiers sont honteux, les suivants sont passables, et à un moment tu prends du plaisir. Il n’y a pas de raccourci.
Le podcast comme outil de personal branding – et ses vraies limites
Créer un podcast ne suffit pas à construire une communauté. C’est un outil parmi d’autres, et Safia est la première à le rappeler en se décrivant comme un poulpe – plusieurs pattes, plusieurs canaux, plusieurs formats.
Ce que le podcast fait mieux que les autres formats, c’est la proximité temporelle. Tu es dans les oreilles de quelqu’un pendant son trajet, sa course à pied, sa cuisine du soir. Ce niveau d’accès – physiquement dans les oreilles, littéralement – ne se reproduit nulle part ailleurs. Un post LinkedIn, on le lit en 30 secondes. Un épisode de 20 minutes, c’est 20 minutes de ta voix, de ta façon de penser, de tes silences.
Et c’est exactement là que la conversion change de nature. Quelqu’un qui t’a écouté 10 heures au total n’a pas besoin d’un tunnel de vente sophistiqué pour acheter ta formation. Il te connaît déjà. Du moins, il a l’impression de te connaître – et dans le contexte commercial, c’est souvent suffisant.
Mais il y a une limite réelle à dire : le podcast est presque aveugle en termes de données. Pas de likes. Pas de commentaires. Juste des téléchargements – qui ne disent pas si l’épisode a été apprécié, si les gens ont écouté jusqu’au bout, s’ils ont été convaincus. Caroline le dit bien : tu publies, et il se passe rien. C’est tétanisant. Et puis une semaine après, tu reçois une vague de messages privés.
Ce décalage entre l’acte de publier et le retour du public, c’est ce qui tue la motivation de la plupart des podcasteurs débutants. Tu ne sais pas si ça marche. Tu continues quand même. Ou tu n’es pas fait pour ça.
Pour ceux qui veulent construire quelque chose de plus structuré autour de leur audience audio, la question de créer et monétiser une communauté complète naturellement la réflexion. Et si la question du contenu sur d’autres canaux se pose, les actions qui font remonter dans le fil LinkedIn restent complémentaires pour distribuer ses épisodes.
Créer un podcast en 2021 – ou maintenant – c’est parier sur un format qui se développe encore, sur des plateformes qui investissent encore, avec des audiences qui ne sont pas encore saturées comme l’est LinkedIn. Le bon moment est probablement derrière nous. Mais le mauvais moment n’est pas encore là.











