Le creative strategist meta ads est en train de devenir le rôle le plus convoité – et le moins bien défini – du secteur. Antoine Gagné le dit sans détour : personne n’a encore réussi à vraiment poser une définition absolue de ce que doit faire cette personne. Et c’est précisément là que tout se joue.
Antoine Gagné, c’est le fondateur de J7 Media, une agence qui tourne depuis 2012 – donc qui a survécu à plusieurs cycles de disruption, ce qui est rare dans ce secteur. Il était l’invité de Danilo Mura Duchesnes sur Le Rendez-vous Marketing, et leur conversation a dérivé vers quelque chose que j’attendais depuis un moment : une vraie prise de position sur ce que va devenir le métier de média buyer, et pourquoi la créa est en train de tout absorber.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est pas la partie sur l’IA – on en entend partout. C’est le glissement de responsabilité. Le moment où Gagné dit que le créatif va devoir répondre de ses résultats comme un média buyer répond des siens. Ça, ça change tout le modèle des agences.
Mais avant d’aller là, il faut comprendre d’où on vient.
2019-2025 : comment l’algorithme a progressivement pris le volant
Remonter à 2019, c’est utile. Pas pour faire de la nostalgie, mais parce que la trajectoire est linéaire et qu’elle dit exactement où on va atterrir.
À l’époque, le Power 5 de Meta fait un séisme dans les équipes. Le message est clair : arrêtez de segmenter à l’infini, passez au CBO, simplifiez vos comptes. Beaucoup de média buyers ont résisté. Certains ont perdu des clients en s’obstinant. Ceux qui ont suivi ont souvent amélioré leurs résultats sans comprendre pourquoi – ce qui est à la fois rassurant et légèrement angoissant.
Ensuite, le Dynamic Creative. Meta dit : donnez-nous vos textes et vos visuels, on assemble. L’A/B test manuel devient progressivement une perte de temps. Et puis il y a deux ans, l’Advantage Plus débarque. Une seule audience. Tu mets tes pubs. L’algorithme fait le reste.
« On arrive tranquillement à un moment dans l’existence des campagnes en ligne où il va y avoir plus que jamais une symbiose qui va se mettre en place entre le direct response marketer et le créateur de contenu. »
Dit comme ça, ça semble presque paisible. En réalité, c’est une révolution silencieuse – et pas tout le monde n’a capté que le train était déjà parti.
La logique est implacable : si l’algorithme gère l’audience, les enchères, la diffusion et le test des formats, que reste-t-il au média buyer ? La réponse d’Antoine Gagné est inconfortable à entendre mais difficile à contester : il reste la vision créative, la dynamique financière, et le conseil stratégique. Tout le reste est en cours d’automatisation.
Pour aller plus loin sur la simplification des comptes et ce que ça implique concrètement, ces 3 stratégies pour scaler un compte Meta Ads donnent une base solide.
Le creative strategist meta ads : un rôle qui naît sous nos yeux
Voilà le coeur du problème. Le creative strategist meta ads existe déjà comme titre sur LinkedIn. Mais comme compétence réellement maîtrisée ? Beaucoup moins.
Gagné le dit sans mâcher ses mots :
« Si vous pensez que des creative strategists vont postuler chez vous demain matin et qu’ils ont déjà tout compris de cet environnement là puis qu’ils sont les meilleurs au monde, un soyez pas trop naïfs. C’est un métier qui est en train de naître. »
C’est exactement le problème. On recrute des gens sur un titre qui n’a pas encore de référentiel métier.
Ce que Gagné cherche quand il évalue un creative strategist meta ads, c’est pas un portfolio de jolies pubs. C’est une façon de raisonner. Il distingue deux profils : ceux qui pensent en termes de beau (bon design, bon motion, belle pub) et ceux qui pensent en termes de fonctionnel. Et il est clair sur lequel il veut dans son équipe.
Mais il y a un twist – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on creuse davantage dans cet épisode – c’est que fonctionnel et beau ne s’excluent pas toujours. Une pub qui convertit peut aussi être bien foutue. La tension n’est pas toujours là où on croit. Ce qui est vrai par contre : quelqu’un capable d’expliquer pourquoi une pub devrait fonctionner est infiniment plus précieux qu’une personne dont la pub fonctionne mais qui ne sait pas pourquoi.
« Si tu me fais un argument béton qui s’explique et que la publicité finalement ne fonctionne pas, bien c’est la vie. Mais si d’un autre côté ta publicité fonctionne puis tu peux pas m’expliquer pourquoi elle fonctionne, là tu as mal fait ton travail. »
Voilà. C’est peut-être la citation la plus utile de l’épisode pour quiconque forme des équipes créa.
La logique de volume créatif va exactement dans ce sens. Si tu dois produire des dizaines de variantes par semaine – ce que le marché US pousse depuis deux ans – tu ne peux pas le faire sans une capacité à modéliser ce qui fonctionne. L’intuition ne scale pas. Le cadre d’analyse, si. Pour comprendre comment construire ce cadre de A à Z, la méthode créa de 900.care est un cas concret très bien documenté.
La responsabilité créative : le grand chantier de 2025
Trois mois après avoir entendu ce passage, je pense encore à cette idée. Le creative strategist meta ads va devoir être évalué sur ses winning ads comme un média buyer est évalué sur son ROAS. Pas sur son CTR. Pas sur son hook rate. Sur la conversion finale.
Gagné et Danilo Mura Duchesnes en débattent dans l’épisode, et c’est là que la conversation devient vraiment intéressante. Danilo pose la question du CTR et du hook rate comme métriques d’évaluation créative. Gagné distingue deux niveaux :
- Les métriques fondamentales : coût par conversion, ROAS. Ce sont elles qui disent si le travail est bon.
Les métriques de proxy – CTR, hook rate, CPM par placement – expliquent pourquoi une pub performe ou non. Elles sont utiles pour comprendre. Pas pour juger.
La nuance est importante. Un creative strategist meta ads qui fait des pubs avec un CTR de 4% mais qui ne convertissent pas n’a pas bien travaillé. Un créatif dont les pubs ont un CTR moyen mais un CPA excellent – là, on parle.
Ce qui m’agace dans beaucoup de discussions autour de la créa, c’est qu’on confond l’engagement et l’efficacité. Une pub qui fait arrêter le scroll peut très bien ne pas vendre. Et c’est souvent là que ca coince quand on essaie d’objectiver le travail créatif.
J7 Media n’est pas encore arrivé à un système de mesure formalisé des winning ads par créatif (Gagné l’admet lui-même). Mais c’est leur grand projet de 2025, Q1 et Q2. Et franchement, la plupart des agences n’ont même pas commencé à se poser la question. Pour voir comment les métriques créatives s’articulent avec la performance globale du compte, ce guide sur les données pour piloter l’acquisition donne un bon cadre.
Publicité traditionnelle vs Meta Ads : le cycle qui se referme
Il y a une analogie dans l’épisode que j’ai trouvée vraiment bien vue. Gagné compare l’évolution de Meta Ads avec le fonctionnement de la pub traditionnelle – télé, presse, affichage.
Dans la pub classique, le planificateur média choisissait les emplacements et achetait l’espace. Mais le nerf de la guerre ? C’était le créatif. L’angle du message. Le concept. Le média buy en lui-même était presque mécanique – tu appellais les régies, tu réservais les spots.
Avec Meta Ads en 2025, on y revient. L’algorithme fait le « media buy » à ta place. Il choisit qui voir ta pub, quand, à quel prix. Ce qui reste humain et décisif, c’est quoi tu lui donnes à diffuser. Bref : la créa reprend le dessus. Mais avec un avantage que la pub traditionnelle n’avait pas – tu peux tester tes messages à une vitesse et un coût sans commune mesure avec ce qui existait avant.
Comme dit Danilo dans l’échange : il y a 50 ans, tu ne pouvais pas tester tes messages. Aujourd’hui, si. C’est ça le changement structurel. Et c’est ça qui rend le rôle de creative strategist meta ads à la fois plus scientifique et plus créatif qu’il ne l’a jamais été. Pour voir comment cette approche se traduit concrètement sur des comptes à volume, les 10 points communs des gros comptes Meta donnent des repères utiles.
Ce que les agences vendent encore – et ce qu’elles ne peuvent plus vendre
La partie de l’échange sur la valeur ajoutée des agences est celle qui va faire grincer des dents.
J7 Media a une quinzaine d’années d’histoire. Quand l’agence a démarré, ses clients n’avaient pas d’équipe créa interne. C’était un avantage différenciant fort. Aujourd’hui ? La majorité de leurs clients ont des petites équipes créa qui ressemblent à ce que J7 faisait en interne il y a cinq ans. Le template Canva est vendu sur Instagram par des freelancers. Les clients peuvent reproduire eux-mêmes les concepts basiques.
Alors qu’est-ce que l’agence peut offrir que le client n’a pas ? Gagné pose la question franchement. Et la réponse n’est pas évidente – ce qui est rare pour quelqu’un dans sa position. Ça aurait été facile de sortir un discours corporate sur « l’expertise stratégique et la vision 360 ». Il ne fait pas ça.
Sa réponse, en substance : l’innovation. Pas le mot valise – l’innovation concrète sur la façon dont on intègre les outils IA dans la production créative, dont on mesure l’efficacité des créatifs, dont on redéfinit les responsabilités au sein des équipes. Et ça, ça ne s’achète pas sur un template Instagram.
Ce qui change aussi concrètement pour les agences : le volume créatif. La course aux winning ads impose de produire plus. Beaucoup plus. Et produire plus sans augmenter les coûts proportionnellement, ça passe par l’IA (idéation, itération, production automatisée) ou par des structures d’équipe complètement repensées. Les deux ne s’excluent pas, mais les deux demandent un vrai changement de paradigme. Sur le sujet de la production créa à grande échelle, cet épisode sur les créateurs UGC et les hooks performants complète bien la réflexion.
Qui va diriger le compte : le média buyer ou le creative strategist meta ads ?
C’est la question que pose Gagné à la fin – et il n’y répond pas. Ce qui est honnête.
Au moment de l’enregistrement, chez J7, la structure reste séparée : le média buyer gère la croissance, les finances, la planification. Le créatif produit et itère. Mais Gagné pense que cette séparation va évoluer. Dans quel sens ? Il ne sait pas exactement.
Ce qu’il pressent – et là je pense qu’il a raison – c’est qu’un des deux rôles va progressivement absorber des compétences de l’autre. Soit le média buyer devient un vrai directeur créatif data-driven. Soit le creative strategist meta ads monte en puissance sur la gestion du compte et la vision business. Dans les deux cas, le rôle pur « je paramètre des campagnes et j’optimise les enchères » disparaît.
Ce qu’on voit déjà se dessiner chez certaines agences US : un poste de creative strategist dédié, qui ne gère pas de compte, ne fait pas de prod complexe, mais passe ses journées à analyser les performances créatives, identifier les patterns, proposer des itérations et briefer les producteurs. Danilo se pose la question à voix haute pendant l’épisode. Est-ce que ça fait sens d’avoir ce rôle là en standalone ?
Ma réponse personnelle : oui, sur des comptes au-dessus de 30-50k€/mois. En dessous, c’est un luxe que peu de clients peuvent payer. Mais bon – c’est une opinion, pas une donnée.
Ce qui est certain : le creative strategist meta ads n’est plus un titre fantaisiste sur LinkedIn. C’est le poste que tout le monde va vouloir recruter en 2025, sans vraiment savoir comment l’évaluer. Et comme souvent dans ce secteur, ceux qui auront défini le référentiel avant les autres auront un avantage considérable sur le marché des talents. Pour voir comment la stratégie créa se structure concrètement sur Meta, cette méthode en 3 étapes pour la stratégie créative donne un point de départ concret.











