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#121 – La landing page en e-commerce : Comment l’utiliser pour augmenter de 30 à 100% votre taux de conversion en ads avec Sébastien Tortu, CEO @Boost Conversion

Épisode diffusé le 8 avril 2024 par Danilo Duchesnes

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Une landing page e-commerce, ça n’a rien de révolutionnaire sur le papier. Et pourtant, quand Sébastien Tortu, fondateur de l’agence Boost Conversion, annonce que rediriger du trafic Meta vers une page dédiée plutôt qu’une fiche produit peut faire grimper le taux de conversion de 30 à 100 %, on se demande pourquoi la quasi-totalité des marques françaises s’entêtent à envoyer leurs clics pub sur des pages catalogues. La réponse est inconfortable : personne ne leur a vraiment expliqué ce qu’ils ratent.

Ce que voit vraiment l’utilisateur quand il clique sur une pub

Voilà le scénario classique. Quelqu’un scrolle Instagram ou Facebook, voit une pub qui l’interpelle – un siège ballon, une lessive en capsules, un matcha japonais. Il clique. Et là, il atterrit sur une fiche produit avec trois photos, un nom de produit, et en gros caractères : 189 €.

Sébastien Tortu résume ça mieux que je pourrais le faire :

« Le mec il était juste en train de scroller, en train de chercher des photos de sa famille, de ses potes ou de ses influenceurs préférés, tu vois. Il était pas en train de se dire je vais acheter le produit que le mec est en train de me présenter. Donc déjà il y a une sorte de dissonance d’intention et d’attention. »

Exactement. Et c’est cette dissonance que la landing page e-commerce est censée absorber.

Le problème de la fiche produit, c’est pas son design. C’est qu’elle dévoile tout immédiatement – le prix en tête. Peu importe si ce prix est justifié, peu importe si le produit est exceptionnel. Le client n’a pas encore compris pourquoi il en a besoin. Du coup, la barrière psychologique est posée dès les deux premières secondes, avant même que tu aies pu lui raconter quoi que ce soit.

La comparaison de Sébastien est brutale mais juste :

« C’est un peu comme si en premier date, tu avais quelqu’un qui te disait bah vas-y, je veux me marier avec toi maintenant. Bah non en fait, raconte-moi, montre-moi que tu m’as compris, montre-moi que tu parles le même langage que moi. »

Dit comme ça, ça paraît évident. Et pourtant.

Les niveaux de conscience : pourquoi 97 % de ton audience te lit mal

Derrière la landing page e-commerce, il y a une mécanique plus fondamentale que le simple storytelling. C’est la question du niveau de conscience – un concept que les infopreneurs et les vendeurs de SaaS utilisent depuis longtemps, mais que les e-commerçants ignorent presque systématiquement (et c’est souvent là que ça coince).

En gros, il y a cinq paliers :

  • Les ignorants du problème – ils ne savent même pas qu’ils ont un souci
  • Ceux qui ont conscience du problème mais ne cherchent pas encore de solution
  • Ceux qui connaissent les solutions qui existent en général
  • Ceux qui connaissent ton produit spécifiquement
  • Ceux qui sont prêts à acheter

La fiche produit s’adresse au dernier palier. Ce palier représente environ 3 % du marché. Et ces 3 % – Sébastien l’a dit sans détour – tu les partages avec tous tes concurrents, toutes les solutions alternatives, tout ce qui peut capter l’attention de quelqu’un qui cherche activement.

Par contre, les gens qui ont conscience du problème sans avoir encore trouvé de solution représentent environ 47 % du marché. Quarante-sept pourcent. Envoie-les sur une fiche produit : quasiment zéro conversion. Envoie-les sur une landing page e-commerce bien construite qui part du problème pour arriver à l’offre : là tu as un levier réel.

C’est d’ailleurs ce que confirment les meilleures pratiques CRO en e-commerce : la contextualisation de l’offre avant sa présentation change radicalement le comportement des visiteurs.

Spring, Mini Monde, Bloom Paris : landing page e-commerce et chiffres réels

Trois chiffres dans la transcription méritent qu’on s’y arrête vraiment.

Mini Monde d’abord : +91 % de performance entre une fiche produit et une landing page. Sur le CPA, pas sur le taux de rebond ou une métrique au doigt mouillé. Le coût par acquisition divisé presque par deux.

Spring ensuite. La marque de lessive concentrée – qu’on a d’ailleurs eu le temps de bien connaître sur ce podcast – avait déjà des landing pages depuis trois ans quand Boost Conversion est arrivé. Sébastien raconte :

« Quand il est venu nous voir et qu’il nous a dit voilà bah ça fait quasiment 4 ans que je fais des landing page, j’aimerais bien voir si vous êtes capable de faire mieux. Évidemment, je lui ai dit Ouais, on peut tester. J’étais pas sûr de moi, mais à la fin on a réussi. »

Résultat : +23 % de taux de conversion et +34 % de revenus par utilisateur. Sur une base qui était déjà optimisée depuis quatre ans. C’est pas anodin.

Le cas Spring est intéressant parce que le produit lui-même demande un vrai travail d’éducation. La lessive en capsules concentrées, ça ne se vend pas comme une paire de chaussures – les gens n’ont pas forcément conscience que 90 % d’un bidon classique c’est de l’eau, ni que les formules pétro-chimiques qu’ils mettent dans leurs machines finissent sur leurs vêtements toute la journée. La landing page qui cartonne pour eux s’appelle « Pourquoi 60 000 foyers ont décidé de jeter leur bidon en plastique. » Et là, tu tisses un récit. (Pour ceux qui veulent aller plus loin sur Spring, il y a d’ailleurs un épisode entier sur leur modèle D2C qui vaut le détour.)

Bloom Paris, c’est l’exemple live discuté dans le podcast. Des sièges ballons pour le télétravail, entre 150 et 200 €. Danilo Duchesnes – qui accompagne la marque depuis quatre ans chez DHS Digital – a regardé en direct ce qu’un utilisateur voit en cliquant sur une pub Google Ads : une page catégorie avec une fille vaguement assise sur un ballon, des mentions de « tissu chiné », et zéro explication sur ce que le produit fait vraiment. Le prix 189 € avant même d’avoir compris si c’est une chaise, un accessoire de yoga ou un gadget de bureau.

La proposition de valeur que Sébastien esquisse à voix haute pour Bloom : « Découvre comment 5 000 télétravailleurs ont renforcé leur dos sans aller à la salle de sport. » Ça prend trois secondes à lire. Et en trois secondes, tu sais exactement pour qui c’est fait et quel problème ça résout.

Construire une landing page e-commerce : deux formats qui marchent

Avoir une seule landing page, c’est une mauvaise idée. Sébastien le dit sans détour – « quand tu fais une landing page, tu joues au casino. » Ce qu’il faut, c’est plusieurs pages ciblées selon le niveau de conscience de l’audience qu’on adresse.

Deux formats reviennent dans la conversation.

Le listicle d’abord. Format court, orienté bénéfices, efficace sur des audiences qui ont déjà conscience du problème. « Les 5 raisons qui ont poussé 5 000 télétravailleurs à abandonner leur chaise de bureau classique » – tu rentres dans le détail des raisons, tu dérives naturellement vers le produit. Ça marche parce que le lecteur est déjà dans une logique de recherche de solution.

L’advertorial ensuite. Plus long, plus éditorial, construit comme un article de fond. Celui-là s’adresse aux gens encore inconscients du problème. Pour Bloom, ça pourrait être : « Pourquoi des thérapeutes ont arrêté de recommander les chaises de bureau classiques. » Tu rentres dans la problématique du dos en télétravail, tu expliques les micro-mouvements, tu cites des professionnels de santé, et tu arrives au produit comme conclusion logique – pas comme pitch commercial.

Ce qui est contre-intuitif dans les deux formats, c’est la position du CTA. La règle classique en e-commerce dit : bouton d’achat au-dessus de la ligne de flottaison, visible dès le chargement. Sur les landing pages, c’est l’inverse qui se passe :

« Quand tu mets ton CTA trop tôt, tu baisses ton taux de conversion. C’est-à-dire que tu es obligé de retenir en se disant il est préférable que le client presque il s’en aille mais que celui qui reste, on arrive à le catcher par le copywriting. »

La logique : ceux qui restent jusqu’au CTA ont lu les arguments. Leur niveau de conviction est radicalement plus élevé que celui d’un visiteur qui aurait cliqué en haut de page par réflexe. Et c’est ce niveau de conviction qui détermine si la commande va jusqu’au bout – ou si elle s’évapore au checkout. (Ce qui rejoint d’ailleurs les enjeux d’optimisation du checkout : un visiteur convaincu convertit mieux à chaque étape du tunnel.)

Pour quel type d’e-commerce la landing page e-commerce change vraiment la donne

Mono-produit ou catalogue étendu – la réponse de Sébastien est nuancée, et c’est ce que j’apprécie dans son approche.

Pour les mono-produits ou les marques avec un héros produit fort, la landing page e-commerce est presque obligatoire. C’est le cas de Spring. C’est le cas d’Anatae avec son matcha – une marque qui a construit 2M€ de CA sur un seul produit – où il y a énormément de choses à raconter sur la différence entre un matcha cérémonial et le truc en poudre qu’on trouve en supermarché.

Pour les catalogues larges, l’angle est différent. Bloom Paris a plusieurs sièges avec des différences essentiellement esthétiques. Le problème : un visiteur qui atterrit sur la page catégorie se retrouve face à des choix sans hiérarchie claire. Chiné, côtelé, original, éxir – et personne pour lui dire si la différence de prix correspond à une différence de confort ou juste de tissu. Résultat : paralysie du choix, sortie du site.

Une landing page e-commerce dédiée pourrait faire exactement l’inverse : réduire le choix à une seule option pour un profil donné (« Tu travailles 6h par jour assis ? Voici le siège fait pour toi. »), lever les freins spécifiques à ce profil, et guider vers l’achat sans détour. C’est aussi une façon de augmenter la valeur perçue du produit – et par ricochet, le panier moyen.

La limite réelle – et Sébastien ne la cache pas – c’est qu’une landing page demande du travail. Du copywriting sérieux, des tests, des itérations. Si tu vends 200 produits différents avec des audiences très disparates, tu ne peux pas créer une landing page e-commerce pour chaque SKU. Il faut prioriser : les produits avec les meilleurs volumes pub, les marges les plus intéressantes, les problèmes client les plus articulables.

Le vrai signal que les fiches produits ont atteint leurs limites

Ce que Sébastien glisse en fin d’échange mérite qu’on s’y arrête. Il pense que les fiches produits elles-mêmes vont évoluer – forcément – vers des formats plus narratifs. La règle du CTA au-dessus de la ligne de flottaison, sacrée depuis dix ans dans le monde du CRO e-commerce, est en train d’être contredite par les données terrain. (Et c’est rare d’entendre un expert en A/B tests e-commerce remettre en question ce dogme aussi clairement.)

Le signe que quelque chose change : aux États-Unis, les marques DTC qui performent ont toutes des landing pages dédiées pour leurs campagnes payantes. En France, c’est encore l’exception. Ce décalage ne va pas durer – et les marques qui s’y mettront maintenant auront une fenêtre d’avantage réel avant que la pratique se généralise.

Spring en est la preuve vivante. Trois ans de landing pages maison, puis un gain supplémentaire de 23 % quand une agence spécialisée est venue affiner le copywriting et les niveaux de conscience adressés. Le plafond est plus haut qu’on ne le croit. La question, au fond, c’est combien tu dépenses en acquisition chaque mois – et combien tu es prêt à laisser sur la table en envoyant ce trafic sur une fiche produit.

Questions fréquentes

C'est quoi une landing page e-commerce exactement ? +
Une landing page e-commerce est une page d'atterrissage autonome, conçue spécifiquement pour recevoir du trafic publicitaire - Meta Ads, Google Ads, emailing. Contrairement à une fiche produit classique, elle ne dévoile pas le prix immédiatement : elle construit d'abord le contexte, identifie le problème du visiteur, présente la solution, et arrive à l'offre seulement une fois la conviction installée. C'est un format très répandu aux États-Unis mais encore rare en France.
Pourquoi une landing page convertit mieux qu'une fiche produit en publicité ? +
Parce que les visiteurs qui arrivent via une pub Meta ou Google ne sont généralement pas en mode achat actif. Ils scrollaient. Atterrir directement sur une fiche avec un prix crée une dissonance : le client n'a pas encore compris pourquoi il en a besoin, et le prix apparaît comme une objection avant même d'avoir été une proposition. La landing page e-commerce prend le temps de raconter le problème, la solution, les preuves sociales - et présente le prix comme une justification logique, pas comme un obstacle.
Combien de landing pages faut-il créer pour ses campagnes e-commerce ? +
Sébastien Tortu est clair là-dessus : une seule landing page c'est jouer au casino. Il faut idéalement plusieurs versions ciblées selon le niveau de conscience de l'audience. Une page pour les gens inconscients du problème (format advertorial long), une pour ceux qui ont conscience du problème mais pas de solution (format listicle), et potentiellement une pour ceux qui connaissent déjà le produit. En pratique, commencer par deux versions testées en parallèle est déjà un vrai levier.
La landing page e-commerce fonctionne mieux pour les mono-produits ou les catalogues larges ? +
Les deux, mais avec des logiques différentes. Pour un mono-produit ou un héros produit fort, la landing page e-commerce est presque indispensable - c'est là que le storytelling a le plus d'impact. Pour un catalogue large, elle sert plutôt à réduire le choix et guider un profil client précis vers le produit le plus adapté, en éliminant la paralysie de décision que génèrent les pages catégorie classiques.
Quelles sont les erreurs classiques sur une landing page e-commerce ? +
Mettre le bouton d'achat trop tôt est contre-intuitif mais réel : ça baisse le taux de conversion parce que les visiteurs n'ont pas encore été convaincus. Autre erreur courante : faire une seule landing page générique au lieu de plusieurs versions segmentées par niveau de conscience. Et enfin - la plus répandue - copier la structure d'une fiche produit avec juste un peu plus de texte. Une vraie landing page part du problème, pas du produit.
Quels outils utiliser pour créer une landing page e-commerce ? +
Sébastien Tortu mentionne des outils simples d'utilisation sans entrer dans les détails techniques. Les solutions les plus courantes pour les e-commerçants Shopify sont Replo, Zipify Pages ou Unbounce. L'important n'est pas l'outil mais la structure narrative : la page doit pouvoir exister indépendamment du site principal, sans menu de navigation ni distractions qui détournent le visiteur de l'action cible.

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