optimisation page de paiement

#106 – Conversion et innovation : maîtrisez votre checkout avec Paul-Louis Bénard @PayPlug

Épisode diffusé le 21 novembre 2023 par Danilo Duchesnes

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L’optimisation page de paiement est probablement le chantier le plus sous-estimé du e-commerce français. Pas la page produit. Pas la home. La page où l’argent change de main – et où une fraction de seconde, un formulaire de trop, ou l’absence d’un logo Visa peut faire perdre des dizaines de milliers d’euros par an. Paul-Louis Bénard, qui gère les partenariats retail chez Payplug, en a fait son obsession quotidienne. Et ce qu’il raconte dans ce podcast donne envie de rouvrir son back-office Shopify immédiatement.

Payplug, pour ceux qui ne connaissent pas encore, c’est une solution de paiement omnicanal française. Pas un énième agrégateur. Ils ont 17 000 marchands actifs sur leur plateforme, ce qui leur donne une vue assez rare sur ce qui fonctionne – et ce qui fait planter les transactions à la dernière étape. Ce que Paul-Louis décrit, c’est moins une liste de bonnes pratiques qu’un diagnostic du e-commerce français face à son checkout.

Et franchement, le constat est un peu brutal. La plupart des marchands optimisent leurs pages produits, leurs campagnes Facebook, leur SEO. Puis ils laissent leur page de paiement telle quelle depuis 2019. C’est là que ça coince.

Le taux d’acceptation : la métrique que personne ne regarde assez

Commençons par la définition, parce que même des e-commerçants aguerris confondent les termes. Le taux d’acceptation, c’est le nombre de consommateurs qui ont réussi à payer sur le nombre de ceux qui ont tenté un paiement. Ce n’est pas le taux de conversion classique – visiteurs sur acheteurs. C’est une couche plus profonde, plus technique, et souvent invisible.

Paul-Louis est assez direct là-dessus :

« Une augmentation du taux d’acceptation sur l’ensemble des paiements engendre nécessairement une augmentation du chiffre d’affaires, mais il faut pas être trop naïf non plus. C’est-à-dire que quand tu as 5 % de taux d’acceptation en plus par rapport à l’année précédente, ça veut pas dire que tu vas avoir 5 % de chiffre d’affaires en plus. »

C’est exactement le problème. On cherche une corrélation directe, linéaire, et le paiement ça marche pas comme ça.

Ce qui complique encore la lecture, c’est que le taux d’acceptation est relatif au panier moyen. Un marchand à 95 % avec un panier moyen de 300 € fait objectivement mieux qu’un marchand à 96 % avec un panier à 40 €. Parce que sur les transactions élevées, les plafonds de carte, les soldes insuffisants et les 3D Secure mal passés s’accumulent. Le chiffre brut ne dit rien sans son contexte.

C’est là que l’optimisation page de paiement devient un vrai métier – pas juste un réglage technique qu’on confie au développeur stagiaire.

Ce que personne ne te dit sur la réassurance au moment du paiement

La page de paiement, c’est l’endroit où l’acheteur est le plus vulnérable psychologiquement. Il a son CB en main, il s’apprête à transférer de l’argent à quelqu’un qu’il ne connaît pas forcément. Moindre doute – et il ferme l’onglet.

Payplug a bossé là-dessus de manière assez méthodique. Les logos de schéma de carte (Visa, Mastercard, et consorts), la certification PCI DSS affichée clairement, les éléments visuels qui signalent que la page est sécurisée. Ça paraît évident dit comme ça. Mais Paul-Louis mentionne quelque chose de moins évident : la personnalisation dynamique de la page de paiement selon les moments forts de l’année.

« Une marque de fashion qui va avoir des collections qui vont se renouveler tous les 3 mois, ça peut être intéressant aussi à ce moment-là de pouvoir mettre en avant des produits qui viennent de sortir ou mettre en avant des produits qui vont sortir. C’est aussi une manière de pouvoir apporter un peu de vie à ce checkout. »

Voilà. La page de paiement n’est pas une page morte. C’est une surface de marque, même au moment du checkout.

Sur la partie saisonnalité, Tapcart (une solution d’app no-code Shopify californienne) a sorti une étude sur le BFCM qui donne quelques chiffres intéressants : pendant les périodes de forte affluence, le panier moyen grimpe de 20 à 30 % par rapport à la normale. Et plus d’un consommateur sur deux déclare commencer ses achats de Noël… dès le début octobre. Ça veut dire que l’optimisation page de paiement pour les fêtes doit être active en septembre. Pas le 20 novembre.

Pour aller plus loin sur les éléments qui rassurent un acheteur e-commerce au moment critique, les éléments de réassurance indispensables méritent un détour – c’est complémentaire à ce qu’on explore ici.

Paiement fractionné : pour qui, à partir de quel panier ?

Difficile d’aborder l’optimisation page de paiement sans parler du paiement fractionné. C’est le sujet qui revient dans toutes les discussions checkout depuis 2021, souvent mal cadré.

Paul-Louis fait une distinction que j’aurais aimé entendre plus tôt dans ma carrière. Il y a deux choses distinctes dans ce qu’on range un peu trop vite derrière l’acronyme BNPL :

  • Le paiement en plusieurs fois (2, 3, 4 fois) – ce que proposent Alma, Klarna, Scalapay
  • Le pay later – j’achète maintenant, je paye dans 15 à 30 jours

Ce n’est pas la même psychologie d’achat, pas le même usage, pas le même marché. En France, le pay later reste assez confidentiel. En Allemagne, c’est 30 à 35 % des commandes qui passent par là. Zalando a construit une partie de son succès sur ce modèle. Aller en Allemagne sans proposer de pay later, c’est se planter à l’entrée.

Sur le paiement fractionné classique, la question du seuil est centrale. Paul-Louis le dit clairement : en dessous de 100 €, l’intérêt est limité pour la majorité des marchands. Au-dessus de 150-200 €, ça peut débloquer des ventes qui n’auraient pas eu lieu autrement. Mais la nature du produit compte autant que le prix.

« Je me souviens d’avoir eu une discussion avec une e-commerçante qui vendait des bijoux vintage. Là où elle voyait le plus de paiement fractionné, c’était sur ses plus petits paniers. Ses plus petits paniers, c’était des paniers à 600 700 € – et à partir du moment où elle passait ce cap des 700 800 €, le pourcentage de transactions en fractionné diminuait. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais ça retourne la logique habituelle : ce sont les acheteurs à panier intermédiaire, pas les gros acheteurs, qui cherchent à lisser leur dépense. Ceux qui dépensent 1 500 € d’un coup en bijoux vintage ont déjà fait leur arbitrage.

La Gen Z, elle, fractionne à partir de 35 €. Klarna et Scalapay ont compris ça avant tout le monde. PayPal a même une option de paiement en 4 fois à partir de 20-30 € – ce que j’ignorais complètement avant d’écouter cet épisode, et je couvre le secteur depuis 15 ans.

Ce sujet du paiement et de la conversion mobile est d’ailleurs traité en profondeur dans un autre épisode du podcast – à lire en parallèle si tu veux le tableau complet.

Les méthodes de paiement locales, ou comment rater l’export sans le savoir

80 à 90 % des paiements en Belgique passent par Bank Contact – hors PayPal. C’est le chiffre que donne Paul-Louis, et il claque.

Tu fais du trafic depuis la Belgique. Tu te demandes pourquoi ton taux de conversion est catastrophique sur ce segment. Tu regardes tes campagnes, ta page produit, ta livraison. Et personne ne te dit que le problème, c’est que tu ne proposes que la CB Visa Mastercard, ce que les Belges utilisent beaucoup moins que nous. Bank Contact, c’est 15 millions d’utilisateurs actifs. Si tu ne le proposes pas, tu vends pas. C’est aussi simple – et aussi brutal – que ça.

L’optimisation page de paiement pour un marché étranger, c’est d’abord comprendre les habitudes de paiement locales avant de penser conversion rate. Le paiement n’est pas juste un outil d’acceptation technique : c’est un levier de croissance géographique.

Et l’ordre d’affichage des méthodes compte. Proposer Bank Contact en Belgique, c’est bien. Le mettre en première position – presque sélectionné par défaut – c’est mieux. Même logique en Allemagne avec le pay later. Ce sont des ajustements qui ne coûtent rien en dev mais qui changent les chiffres.

Paul-Louis résume bien la philosophie Payplug sur ce point :

« On a aussi ce rôle de un peu consulting au final chez Payplug de dire OK, on peut vous accompagner sur certains pays. Par contre, il va falloir que vous mettiez ça en place. »

Ce qui m’agace un peu dans le discours ambiant sur l’internationalisation e-commerce, c’est qu’on parle toujours de logistique, de TVA, de langues. Le paiement local arrive en dernier – alors que c’est souvent le premier frein.

Pour avoir une vue d’ensemble sur les indicateurs à surveiller quand on pilote un site e-commerce en croissance, l’article sur les indicateurs indispensables pour piloter une activité e-commerce donne un cadre utile.

Ce qu’on peut vraiment tester sur son checkout

La partie test, c’est là où le discours de Paul-Louis devient le plus concret – et le plus honnête sur les limites.

Sur la page de paiement elle-même : les marges de manoeuvre sont étroites. Tu ne vas pas faire de l’A/B testing sur le formulaire de saisie CB comme tu le ferais sur un bouton CTA. En revanche, tu peux tester l’ajout de méthodes de paiement, leur ordre d’affichage, la présence ou l’absence du paiement fractionné selon le montant du panier. Ce sont des tests avec des impacts mesurables assez rapidement.

Sur le checkout global – les pages qui précèdent le paiement – le champ des possibles est beaucoup plus large. Les bundles, par exemple. Les notifications push et pop-up, le récapitulatif de commande. Le nombre de champs dans les formulaires (chaque champ inutile est une friction, et on a tendance à en laisser beaucoup trop).

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise bien plus tôt – c’est que l’abandon de panier n’est pas une fatalité liée au prix ou à l’hésitation. Une bonne partie des abandons se produit parce que la méthode de paiement préférée n’est pas disponible. Payplug cite ce chiffre comme un fait établi : des parts significatives des abandons checkout sont liées à l’absence de la méthode préférée, pas au prix.

Mais tester le checkout ne s’improvise pas. Si tu veux du cadrage sur l’approche CRO, les épisodes avec les experts d’Uxia sont assez complémentaires : les meilleures pratiques CRO pour les pages e-commerce donnent un process concret, et le process CRO en 5 étapes structure bien la démarche avant de toucher quoi que ce soit.

Ce que Payplug ne peut pas faire à ta place

Une limite à poser clairement, parce que l’épisode est honnête là-dessus : Payplug n’a pas vocation à refondre ton checkout dans son ensemble. Leur périmètre, c’est la page de paiement au sens strict – ce qui apparaît quand l’acheteur saisit ses informations bancaires.

Tout ce qui précède – la conception des pages panier, le parcours de validation, l’architecture du checkout multi-étapes – ça reste du ressort des agences digitales et des devs. Paul-Louis le dit sans détour. Payplug apporte de la connaissance marché, de la veille sur 17 000 marchands, du conseil sur les méthodes de paiement à proposer. Pas du redesign de parcours.

C’est une nuance importante. L’optimisation page de paiement au sens large inclut des strates que Payplug ne touche pas. Ce qui veut dire que la solution paiement ne règle pas un checkout mal fichu en amont. Si le formulaire d’adresse a 12 champs, si le récapitulatif de commande est illisible sur mobile, si le bouton de validation est en dessous de la ligne de flottaison – aucune solution de paiement ne compensera ça.

La question, au fond, c’est : est-ce que les marchands savent où s’arrête le problème de checkout et où commence le problème de paiement ? La plupart du temps, ils ne font pas la distinction. Et c’est souvent là que des mois d’optimisation passent à côté du vrai frein.

Pour aller plus loin sur la conversion e-commerce en dehors du paiement – notamment sur mobile où les enjeux sont encore plus critiques – l’épisode sur l’optimisation de l’expérience d’achat sur mobile complète bien le tableau.

Questions fréquentes

C'est quoi le taux d'acceptation et pourquoi c'est différent du taux de conversion ? +
Le taux d'acceptation mesure le nombre de paiements réussis sur le nombre de paiements tentés. C'est différent du taux de conversion classique (visiteurs sur acheteurs) qui concerne tout le parcours d'achat. Le taux d'acceptation s'active uniquement à l'étape du paiement - quand la CB est en main et que la transaction passe ou échoue. Un marchand peut avoir un excellent taux de conversion global et un taux d'acceptation médiocre, ce qui signifie qu'il perd des clients à la toute dernière étape.
À partir de quel panier moyen le paiement fractionné vaut-il vraiment le coup en e-commerce ? +
Selon Payplug, l'intérêt du paiement fractionné devient vraiment significatif à partir de 150-200 € de panier moyen. En dessous de 100 €, l'impact est plus limité pour la plupart des marchands. Mais le type de produit compte autant que le prix : un produit grand public à 300 € (vélo, électronique) bénéficiera davantage du fractionné qu'un produit de niche très haut de gamme au même prix, où la clientèle a souvent déjà arbitré pour un achat comptant.
Quels éléments mettre sur sa page de paiement pour rassurer l'acheteur ? +
Les logos de schéma de carte (Visa, Mastercard), la certification PCI DSS visible, et les éléments visuels qui signalent une connexion sécurisée sont les bases. Payplug recommande aussi de personnaliser visuellement la page selon la saison ou les collections en cours - une page de paiement peut être une surface de marque active, pas une page statique et générique.
Comment l'optimisation page de paiement change-t-elle selon les marchés étrangers ? +
Radicalement. En Belgique, Bank Contact représente 80 à 90 % des paiements hors PayPal - ne pas le proposer, c'est rater la quasi-totalité des transactions belges. En Allemagne, le pay later (achat maintenant, paiement à 15-30 jours) représente 30 à 35 % des commandes. L'ordre d'affichage des méthodes compte aussi : la méthode dominante localement doit apparaître en première position, presque sélectionnée par défaut.
Qu'est-ce qu'on peut vraiment tester sur sa page checkout sans solution technique avancée ? +
Sur la page de paiement stricte, les marges sont étroites : tu peux tester l'ajout ou le retrait de méthodes de paiement, leur ordre d'affichage, la présence du paiement fractionné selon le montant. Sur le checkout global, les leviers sont plus larges : bundles produits, nombre de champs dans les formulaires, notifications push, récapitulatif de commande. L'abandon de panier est souvent lié à l'absence de la méthode de paiement préférée - pas au prix.
Quelle est la différence entre paiement fractionné et pay later ? +
Le paiement fractionné (2, 3 ou 4 fois) débite le client immédiatement en plusieurs tranches. C'est ce que proposent Klarna, Alma ou Scalapay. Le pay later, c'est différent : l'achat est validé maintenant, mais le paiement intervient 15 à 30 jours plus tard - comme une facture différée. Cette deuxième option est encore peu répandue en France mais domine en Allemagne où des acteurs comme Zalando l'ont popularisée.

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