Le paiement en un clic n’est pas une nouveauté – Amazon l’a breveté en 1997. Vingt-cinq ans plus tard, ils l’utilisent encore. Ça devrait suffire à clore le débat sur son efficacité, non ? Et pourtant, la plupart des e-commerçants français en sont encore à se demander si ça vaut le coup d’intégrer ce genre de solution sur leur site. Dans cet épisode du Rendez-vous Marketing, Danilo Duchesnes reçoit Jérémy Pinto, co-fondateur de Just – une startup qui propose exactement ça aux marques e-commerce – pour décortiquer ce que cette technologie change vraiment dans le parcours d’achat mobile.
Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode, c’est la simplicité du constat de départ : le trafic web est majoritairement mobile, mais les taux de conversion restent désespérément bas sur mobile. Le checkout en est la principale cause. Et le paiement en un clic est peut-être la réponse la plus radicale à ce problème – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt, c’est que la solution existe depuis 1997 et que la plupart des marques passent complètement à côté.
Amazon a inventé le paiement en un clic il y a 25 ans. Vous, vous l’avez pas encore.
1997. Amazon brevète le paiement en un clic. iTunes rachète la licence pour ses abonnements. Le brevet expire en 2017. Et Amazon l’utilise encore aujourd’hui, sous la forme d’un swipe sur mobile. Jérémy Pinto, qui a co-fondé Just avec Benjamin et accompagne aujourd’hui plus de 300 marques, pose la question directement à Danilo dans l’épisode :
«La solution elle existe sur Amazon depuis 25 ans. Pour toi, quelles en seraient les limites ?»
Bonne tactique de vendeur, mais c’est aussi une vraie question. Si les limites étaient rédhibitoires, Amazon aurait arrêté. Ce n’est pas le cas.
Le principe est simple à expliquer : lors de ton premier achat, tu renseignes tes infos une fois. Prénom, mail, adresse, carte. À partir du deuxième achat, tu cliques – ou tu swipes – et c’est parti. Aucune saisie, aucune identification, aucun formulaire à rallonge sur un écran de téléphone avec les pouces. La force de Just par rapport à une solution maison ? Un utilisateur qui a acheté une fois sur un site avec Just peut payer en un clic sur n’importe quel autre site du réseau Just, même s’il n’y a jamais mis les pieds. C’est là que l’effet réseau entre en jeu : les frictions sur mobile décryptées dans la première partie de cet épisode deviennent encore plus pertinentes quand on comprend que la solution peut s’étendre entre plusieurs marchands.
Sécurité, prix élevé, achat impulsif : les fausses objections
Trois réflexes reviennent systématiquement quand on parle de paiement en un clic aux e-commerçants. La sécurité. Le ticket élevé. Et le fait que ça ne marcherait que pour les achats impulsifs. Jérémy Pinto les démonte une par une – et franchement, les arguments tiennent.
Sur la sécurité : Just travaille avec Stripe en backend. Stripe, c’est ce qui processait les paiements d’Amazon avant d’être omniprésent dans le checkout e-commerce mondial. La plupart des solutions de paiement en plusieurs fois, de BNPL, de checkout rapide utilisent exactement les mêmes acteurs – Stripe, Mollie, Checkout.com – sans le dire. Just ne fait pas exception. Et d’ailleurs, Stripe va travailler avec Amazon dans les années à venir, ce qui en dit long sur le niveau de confiance que le marché leur accorde.
Sur le prix du panier : les données de Just ne montrent aucun impact du montant moyen sur l’utilisation du paiement en un clic. L’analogie d’Jérémy est parlante :
«Quand tu vas acheter quelque chose – si c’est un restaurant ça coûte 15-20 € ou si c’est un achat qui coûte beaucoup plus cher – j’utilise quand même mon téléphone. J’ai quand même Apple Pay.»
Dit comme ça, c’est difficile à contredire. La rapidité attire, quel que soit le montant. Et les cartes de crédit ont des plafonds, pas Apple Pay. Ce n’est pas anecdotique.
Sur les achats impulsifs : oui, le paiement en un clic performe mieux lors des pics de trafic, des émissions TV, des drops de produits. Les clients de Just sur l’émission Qui veut être mon associé, ou autour de la sortie d’album du rappeur Hamza, ont vu des boosts de conversion significatifs pendant ces pics. Mais ça fonctionne aussi en dehors de ces moments. Ce qui compte, c’est l’expérience mémorisée : si ton checkout est fluide, le client revient.
15% de conversion en plus. Pour deux boutons.
Le chiffre avancé par Jérémy dans l’épisode : environ 15% d’augmentation de conversion en moyenne, mesuré via des AB tests permanents avec Google Optimize (qui allait bientôt disparaître au moment de l’enregistrement, bref). Ça varie selon les secteurs, mais 15% – pour deux boutons ajoutés sur une page produit ou une page panier – c’est le genre de ratio qui mérite qu’on s’y attarde.
Quelques données complémentaires tirées de l’épisode : 50% des achats via Just se font depuis la page panier, le reste depuis la page produit. Le paiement en un clic ne remplace pas le bouton « Ajouter au panier » – il est à côté. Le parcours d’achat habituel de la marque reste intact, la solution propose simplement une voie rapide à ceux qui la veulent.
(Ce qui est rare dans le secteur, c’est que la solution ne touche pas au panier moyen. Jérémy le confirme : aucun impact négatif observé sur le montant moyen des commandes. Certains outils de checkout agressifs le font – pas celui-là.)
Et ça, c’est aussi un point qu’on sous-estime souvent. Le travail d’optimisation du taux de conversion passe en général par des dizaines de micro-ajustements – UX, copywriting, vitesse de chargement, etc. Le paiement en un clic est l’une des rares interventions qui agit directement sur le moment de bascule entre intention et achat. C’est différent.
Quels secteurs bénéficient le plus du paiement en un clic ?
Mode, cosmétique, compléments alimentaires, accessoires. Ce sont les secteurs les mieux représentés dans les 300 marques accompagnées par Just. Pas par hasard : ce sont aussi les catégories avec le plus fort potentiel de repeat buyers – et c’est là que le paiement en un clic donne tout ce qu’il a.
La logique est simple : si tu vends des compléments alimentaires et que tes clients commandent tous les mois, chaque nouvelle commande est une occasion de friction. Un checkout lent, c’est un client qui repart. Un paiement en un clic, c’est une commande bouclée en quelques secondes depuis le canapé.
«Un e-commerçant qui a un business model où il y a du repeat buyer, des gens qui reviennent fréquemment acheter, a tout intérêt à mettre du Oneclick sur son site puisque ce qui compte c’est à chaque fois qu’ils reviennent faire en sorte que ça lui prenne le moins de temps possible.»
Mais – et c’est une nuance que Jérémy assume – ça vaut aussi pour les achats rares. Un client qui achète un produit une fois tous les trois ans : si le checkout s’est bien passé, il s’en souvient. Et il revient. Si ça s’est mal passé… tu l’as perdu pour de bon.
Secteur non testé mais prometteur selon Jérémy : l’électronique. Les gros acteurs sont souvent des marketplaces incompatibles techniquement, mais les D2C dans ce secteur pourraient bien en profiter. À surveiller.
Sur ce point, la question de la rétention client en e-commerce est directement liée : un checkout fluide contribue à la fidélisation, et les deux sujets se nourrissent mutuellement.
L’upsell post-achat : la prochaine étape du paiement en un clic
Au moment de l’enregistrement, Just était en bêta sur une fonctionnalité qui m’a semblé vraiment intéressante : l’upsell post-achat via paiement en un clic. Le principe ? Après la confirmation de commande, proposer au client d’ajouter un article – celui qu’il avait peut-être oublié, ou un produit complémentaire à prix réduit – et lui permettre de valider en un clic, sans ressaisir quoi que ce soit.
C’est exactement le type d’usage qui justifie les 15% de hausse de conversion dont on parle : tu captes le client dans un état d’achat, tu lui proposes quelque chose de cohérent, et tu rends la décision quasi-frictionless. Les premières données sont positives selon Jérémy, même si à ce stade de la bêta, il reste prudent.
Sur ce sujet, si tu veux creuser les mécaniques d’augmentation du panier moyen en dehors du checkout, ces 5 techniques pour augmenter le panier moyen sont un bon complément.
Ce qu’il faut retenir – enfin, la nuance que Jérémy martèle tout au long de l’épisode – c’est que le paiement en un clic n’est pas une baguette magique. Si tes frais de livraison sont à 15€, si ton ciblage publicitaire est raté, si ton produit n’est pas au niveau : ajouter Just sur ton site ne changera rien. La solution s’inscrit dans une stratégie globale. Elle ne la remplace pas.
Intégrer le paiement en un clic : ce que ça demande vraiment
Techniquement, l’installation de Just prend dix minutes. Deux lignes de code, conçues pour être ultra-légères et ne pas impacter les performances du site. Compatible Shopify et PrestaShop (d’autres plateformes à venir). Si tu préfères déléguer, l’équipe Just prend en charge l’activation du module.
Côté seuil d’entrée : Jérémy observe que l’impact devient vraiment visible à partir de 15 000€ de CA mensuel. En dessous, ça fonctionne – mais avec moins de trafic, le paiement en un clic a moins d’occasions de faire ses preuves. Logique : c’est une solution qui brille sur les pics de trafic, quand des centaines de visiteurs arrivent en même temps et veulent acheter vite.
Le modèle économique de Just repose sur les marques qui intègrent la solution – pas sur une commission consommateur. Et l’effet réseau joue clairement en leur faveur : chaque nouveau marchand qui intègre Just élargit le pool de consommateurs qui peuvent acheter en un clic sur n’importe quel site du réseau.
Des marques comme Flotte, Anja, Caval ou Les Secrets de Lil ont déjà testé. Ce sont des marques avec un vrai volume – pas des micro-boutiques en phase de test. Ça donne une indication du profil de client que Just cible, et probablement de l’efficacité observée sur des volumes conséquents.
Et pour finir, une question que l’épisode ne ferme pas vraiment : jusqu’où l’effet réseau va-t-il s’étendre ? Si Just parvient à embarquer suffisamment de marchands, le paiement en un clic devient une norme de marché – et les sites qui ne l’ont pas commencent à paraître vieillots. Amazon a montré que ça prenait 25 ans pour devenir un standard. Les alternatives indépendantes, peut-être un peu moins. À voir si l’e-commerce européen – qui, comme le rappelle Jérémy, n’en est qu’à ses débuts comparé aux marchés asiatiques – va accélérer ce mouvement. Les abandons de panier restent l’un des chantiers principaux du secteur, et le paiement en un clic en est l’une des réponses les plus directes disponibles aujourd’hui.











