optimisation taux de conversion e-commerce

#82 – CRO : Des exemples concrets pour (vraiment) optimiser votre taux de conversion avec Sébastien Tortu, Fondateur @Boost Conversion (2/2)

Épisode diffusé le 20 mars 2023 par Danilo Duchesnes

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L’optimisation taux de conversion e-commerce, c’est souvent vendu comme un problème de boutons mal placés, de couleurs pas assez contrastées ou de checkout trop long. Sébastien Tortu, fondateur du collectif Boost Conversion et consultant CRO depuis des années, a une vision assez différente – et franchement, elle remet pas mal de choses à plat. Dans ce deuxième volet de sa conversation avec Danilo Duchesnes sur le Rendez-vous Marketing, il décortique les quatre pages clés d’un site e-commerce : la homepage, la page collection, la fiche produit et la page de paiement. Pas en théorie. Avec des exemples réels, des sites ouverts à l’écran, des commentaires en direct.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode, c’est que Tortu ramène constamment les questions de CRO à des situations de vie ordinaire. La rue commerçante du samedi. Le vendeur en magasin qui tourne autour du pot. Le rayon t-shirts où tu ne vas pas essayer cent modèles. Des comparaisons qui semblent évidentes après coup – mais que personne dans le secteur ne formule comme ça.

Et la question qu’il pose en filigrane dans tout l’épisode : est-ce que votre site répond vraiment aux attentes du client, ou est-ce qu’il essaie de lui vendre quelque chose ?

La homepage n’est pas une vitrine – c’est une devanture de rue

Dimanche après-midi, tu te promènes dans une rue commerçante. Tu regardes les devantures. Certaines t’attirent, d’autres pas. Pourquoi ? Pas parce que le produit est meilleur. Parce que quelque chose dans la façade t’a dit : ici, c’est pour toi.

Tortu part de cette image pour expliquer le rôle de la homepage dans l’optimisation taux de conversion e-commerce. Et c’est redoutablement simple.

Il faut que ce soit clair, tu vois. Il faut que tu arrives, le message soit clair, que la proposition de valeur, elle soit claire, que les images elles soient claire, que tout soit évident, tu vois. Il faut pas tourner autour du pot avec des slogans publicitaires et cetera. Non.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais regarde combien de homepages sont construites autour du slogan de la marque plutôt que du problème du client.

Deux ennemis concrets de la homepage selon Tortu : la vidéo en autoplay et le carrousel. La vidéo parce que le site a mis du temps à charger ou que l’utilisateur a ouvert deux onglets. Le carrousel – qu’il appelle slider – parce que tu ne maîtrises pas sur quel message l’utilisateur va tomber.

C’est comme en publicité, tu vois. Tu as un message basta. Tu as ton message, il est clair.

Un message. Une image claire. Des éléments de réassurance visibles – avis, certifications, nombre de clients. Et surtout, pas de vidéo qui lag. (C’est d’une banalité absolue sur le papier, et pourtant 80% des homepages que je vois font exactement l’inverse.)

La homepage n’est pas là pour vendre. Elle est là pour que le client se dise : OK, je suis au bon endroit. Ensuite, il explore. Tortu insiste sur un truc qu’on sous-estime : le client vous offre du temps. Quelqu’un qui passe 2 à 3 minutes sur votre site, c’est 2 à 3 minutes qu’il ne passe pas ailleurs. Ce temps mérite du respect – pas un slider qui lui fait rater votre proposition de valeur principale.

La page collection, la grande oubliée de l’optimisation taux de conversion e-commerce

Voilà une page que personne ne travaille vraiment. Les équipes e-commerce passent des semaines sur les fiches produits, des mois sur la homepage, et la page collection reste un listing basique avec des vignettes et des prix.

Tortu la décrit comme le rayon d’un magasin. Et dans un rayon, tu ne vas pas essayer tous les t-shirts. Tu en sélectionnes deux ou trois, tu en essaies un ou deux, et tu repars avec un – ou rien.

C’est-à-dire que sur une page catégorie, il va falloir lui donner les éléments pour que le client, il n’ait pas à aller sur 100 % des fiches produits de votre site parce qu’il n’ira pas en fait.

Exactement le problème. Si le client visite quatre ou cinq fiches produits sans être convaincu, il ne se dit pas « je vais continuer à chercher ». Il se dit « ce site n’est pas pour moi » et il ferme l’onglet.

La page collection doit donc remplir une mission précise : aider au pré-choix. Filtres par taille, par coupe, par usage. Mini-descriptions directement visibles sur les vignettes – il cite JVN (cosmétique) et Respire comme exemples qui font ça bien. Les avis agrégés directement sur la vignette produit. Des titres explicites, pas des noms de collection qui ne veulent rien dire.

Et là où l’argument devient vraiment fort – et c’est le truc que j’aurais voulu qu’on me dise il y a dix ans, quand je couvrais des lancements e-commerce pour le Journal du Net – c’est la connexion avec le remarketing. Si sur la page collection, l’utilisateur a filtré, comparé et présélectionné deux ou trois produits précis, le trafic qui arrive en remarketing est infiniment plus qualifié. Tu remarquetes quelqu’un sur un produit qu’il a déjà voulu. C’est une différence fondamentale. Pour aller plus loin sur ce sujet de la rétention et de la qualification des clients e-commerce, l’épisode avec Coralie Dussart de Spaag va dans ce sens aussi.

La fiche produit : les photos font le travail que le texte ne fera jamais

Chiffre à retenir : les gens peuvent passer jusqu’à 2 minutes à regarder des photos ou une vidéo, et moins de 20 secondes à lire du texte.

Tortu dit ça en passant, comme si c’était évident. Mais ça remet en question toute la structure traditionnelle d’une fiche produit e-commerce, avec ses accordéons de texte bien organisés que personne ne déplie jamais.

Les gens peuvent passer jusqu’à 2 minutes à regarder des photos ou une vidéo et moins de 20 secondes à lire du texte. Bah tu dis pas la même chose hein. Parce que c’est pas captivant de la même façon.

Voilà. Et là tu te demandes combien de temps tu as passé à rédiger des descriptions produit que personne ne lit.

Son approche des photos est précise : chaque photo doit apporter une information que la précédente n’a pas donnée. Pas cinq angles du même produit sur fond blanc. Une photo qui montre la matière, une qui montre la coupe sur un vrai corps, une qui isole le détail qui justifie le prix, une qui permet la projection.

Il cite l’exemple d’une marque de pantalons qu’il a accompagnée, Lap dip. Sur leurs fiches produits, directement sur la photo : la taille du modèle, le fait que le pantalon est gainant, le fait qu’il allonge les jambes. Des informations qui permettent au client de se décider – ou de se dire « pas pour moi », ce qui est tout aussi précieux. (Éviter une mauvaise commande, c’est éviter un retour, un avis négatif, un client frustré.)

Il prend aussi l’exemple des Miraculeux – les compléments alimentaires pour le sommeil. Sur leur fiche produit : trois arguments phares tournés en bénéfices clients, un label « élu produit de l’année », la possibilité de payer en plusieurs fois, 600 avis. Et selon Tortu, 80% des visiteurs n’ont même pas besoin de scroller plus bas. Tout est là, dans le premier écran.

Le texte peut exister, évidemment – il vient compléter. Mais il ne remplace pas. Et les fameux accordéons « composition / utilisation / conseils » tout en bas de page ? Personne ne les lit. La même information, mise en photo avec un bénéfice client clairement formulé, sera vue et retenue.

La première partie de cet épisode avec Sébastien Tortu posait déjà les bases : sans connaissance client solide et sans USP claires, l’optimisation technique ne sert à rien. La fiche produit, c’est l’endroit où ces deux dimensions se croisent vraiment.

Un conseil terrain que personne ne donne : va en magasin

Ce passage m’a arrêté net. Tortu parle de la fiche produit comme d’un vendeur en magasin – et il en tire une recommandation concrète, presque provocatrice.

Va en pharmacie, fais-toi passer pour un client en mystère et pose des questions sur le produit. Pose tu vois et puis une fois que tu as posé tes questions pour voir un peu comment le pharmacien te le vend, n’essaie pas de le convaincre en lui disant « Ah c’est ma marque ». Mais par contre, un truc intéressant, c’est du coup de lui demander lui quelles sont les questions qu’on lui pose.

C’est bête comme chou. Et c’est probablement ce que zéro marque e-commerce sur cent fait vraiment.

L’idée : les questions que les clients posent au vendeur en magasin sont exactement les freins que ta fiche produit doit lever. Pas les freins que tu imagines depuis ton bureau. Les vrais – ceux que des inconnus formulent à voix haute devant un inconnu. Et si ton produit n’est pas en magasin, ton concurrent l’est probablement. Tu vas le voir, tu poses les mêmes questions, tu prends des notes.

Dans un monde où tout le monde parle de « data-driven » et d’A/B testing, aller physiquement en magasin faire semblant d’être un client normal – c’est une forme de recherche utilisateur que les outils d’analytics ne remplaceront jamais. La stratégie des DNVBs qui marchent repose souvent sur cette connaissance terrain intime du client, pas sur des dashboards.

La page de paiement : la page à risque

Là, le cadre conceptuel change. Toutes les pages précédentes cherchaient à créer du désir, à rassurer, à projeter. La page de paiement, elle, fait face à quelque chose de différent : la rationalisation.

Parce qu’en fait il va là c’est le moment où il va rationaliser en fait. C’est peut-être un peu cher euh je vais aller comparer, tu vois s’il y a pas moins cher ailleurs.

C’est le moment où le cerveau limbique cède la place au cortex préfrontal. Le client qui était en mode « je veux ça » passe en mode « est-ce que j’en ai vraiment besoin ». Et là, chaque friction supplémentaire est une raison de partir.

Tortu prend un exemple en direct sur le site des Miraculeux. Panier à 87 euros. Sur la fiche produit, il était indiqué que le paiement en plusieurs fois était possible à partir de 50 euros. Sur la page panier – rien. Pas un mot.

87 euros pour des compléments alimentaires, c’est un achat qui peut faire hésiter. La possibilité de payer en trois fois sans frais pourrait déclencher la finalisation. Mais l’information n’est pas là. Résultat : un client potentiellement bloqué par le montant, sans avoir accès à l’information qui aurait levé ce frein. C’est le genre de manque qu’un bon travail d’optimisation taux de conversion e-commerce devrait traquer en priorité – et qui coûte bien plus que n’importe quel problème de vitesse de chargement.

Les liens sortants sur la page de paiement sont également à bannir au maximum. Plus l’utilisateur a de portes de sortie, plus il risque de les prendre. Sur cette page, le seul objectif est de finaliser. Tout le reste – l’histoire de la marque, les suggestions de produits complémentaires, les liens vers le blog – attendra.

Ce que l’épisode ne dit pas explicitement mais qu’on comprend en filigrane : la page de paiement est souvent la moins travaillée de toutes, précisément parce que les équipes se disent que « le plus dur est fait » une fois que le client a ajouté un produit au panier. C’est une erreur. Sur les abandons de panier et les moyens de les réduire, les chiffres sont sans appel – une bonne partie se joue précisément à cette étape.

L’AB testing : combien de trafic, combien de temps ?

La partie AB testing n’est que brièvement mentionnée dans la transcription disponible, mais Tortu pose deux questions centrales que tout e-commerçant se pose : quel volume de trafic faut-il pour valider un test, et combien de temps faut-il le laisser tourner ?

Ce qu’on retient de son approche globale : l’AB testing ne sert que si les bases sont là. Tester un bouton vert contre un bouton orange sur une fiche produit dont les photos n’apportent aucune information, c’est optimiser la décoration d’un appartement dont la structure est bancale. L’optimisation taux de conversion e-commerce commence par les messages et la clarté – pas par les micro-tests.

Et sur les indicateurs Google Analytics qu’il surveille en priorité ? Il ne le dit pas dans l’extrait disponible – mais la logique de tout l’épisode pointe vers des métriques comportementales : taux de rebond par page, temps passé sur les fiches produits, taux d’ajout au panier versus taux de finalisation. Des chiffres qui racontent un comportement, pas juste un volume. Pour les e-commerçants qui veulent aller plus loin sur l’analyse multicanale, l’approche de Polar Analytics sur l’acquisition multicanale complète bien ce cadre.

La vraie conclusion de Tortu – si tant est qu’il y en ait une – tient en une phrase qu’il lâche presque en passant : si tu arrêtes de penser à ton chiffre d’affaires et que tu penses à répondre aux questions de tes clients, ton chiffre d’affaires grossit. C’est irritant de simplicité. Et c’est probablement vrai. Mais ça demande d’accepter une chose que beaucoup de marques e-commerce n’arrivent pas à faire : se mettre vraiment à la place du client, pas juste prétendre le faire dans les réunions de produit.

Questions fréquentes

Combien de trafic faut-il pour faire un test AB en e-commerce ? +
Sébastien Tortu aborde cette question dans l'épisode sans donner un chiffre unique valable pour tous. La règle générale en CRO est d'atteindre un minimum de 1000 visiteurs par variante et une significativité statistique d'au moins 95% avant de tirer une conclusion. En dessous, les résultats ne sont pas fiables. Sur des sites à faible trafic, l'AB testing classique est souvent contre-productif - mieux vaut travailler les fondamentaux des messages et des photos avant de tester des micro-variations.
Qu'est-ce qu'une bonne fiche produit pour l'optimisation taux de conversion e-commerce ? +
Selon Tortu, une bonne fiche produit repose avant tout sur des photos qui apportent chacune une information différente et utile. Le client peut passer jusqu'à 2 minutes sur les photos contre moins de 20 secondes sur le texte. Chaque photo doit permettre la projection : matière, coupe, détails, rendu porté. Les bénéfices clients doivent être visibles immédiatement, sans qu'on ait besoin de scroller ou de déplier des accordéons de texte.
Pourquoi la page collection est-elle importante pour la conversion ? +
La page collection est souvent la grande oubliée du CRO. Son rôle est de permettre le pré-choix : si un client visite quatre ou cinq fiches produits sans être convaincu, il considère que le site n'est pas pour lui et repart. Des filtres efficaces, des mini-descriptions visibles sur les vignettes et des avis directement accessibles réduisent le nombre de fiches produits visitées - et augmentent la qualité du trafic en remarketing.
Comment réduire les abandons sur la page de paiement ? +
La page de paiement est la page à risque : c'est là que le client rationalise son achat. Supprimer les liens sortants, afficher clairement les options de paiement en plusieurs fois, rappeler la livraison gratuite si elle est acquise - ce sont les leviers de base. Tortu cite l'exemple des Miraculeux qui n'affichaient pas l'option paiement en 3 fois sur la page panier alors qu'elle était mentionnée sur la fiche produit : une perte sèche sur des paniers autour de 87 euros.
Quel est le rôle de la homepage dans l'optimisation taux de conversion e-commerce ? +
La homepage doit remplir deux missions : rassurer et clarifier le positionnement. Le visiteur doit comprendre en quelques secondes où il est, ce que la marque propose et si c'est pertinent pour lui. Tortu déconseille fortement les carrousels et les vidéos en autoplay, qui font perdre le message principal. Un titre clair, un sous-titre, un CTA et quelques éléments de réassurance - c'est suffisant.
Comment connaître les vrais freins à l'achat de mes clients e-commerce ? +
Tortu a un conseil terrain concret : aller en magasin physique, se faire passer pour un client et écouter les questions que les vendeurs posent - ou qu'on leur pose. Si votre produit n'est pas vendu en magasin, votre concurrent l'est probablement. Ces questions réelles sont les freins que votre fiche produit doit lever. C'est plus efficace que n'importe quelle session d'analytics pour identifier ce qui bloque vraiment la décision d'achat.

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