Le lien entre cycle féminin et business, la plupart des entrepreneuses n’y pensent jamais – jusqu’au jour où elles se retrouvent à pleurer devant une pub Amazon un mardi soir et à se sentir invincibles le jeudi matin. Gaëlle Baldassari, ex-banquière reconvertie en coach spécialisée cycle menstruel, a mis 14 ans à comprendre ce que personne ne lui avait dit : ses hormones ne la sabotaient pas. Elles lui donnaient un agenda.
Ce podcast du Be Boost, enregistré fin 2019 avec Aline la business coach qui anime la série, part d’un constat simple. Les femmes passent leur vie à subir des variations d’énergie, d’humeur, de créativité – sans jamais comprendre d’où ça vient. Et les entrepreneuses, elles, rajoutent une couche : elles se jugent inconstantes, peu fiables, pas assez sérieuses. Alors qu’elles sont juste cycliques. Ce n’est pas pareil.
Gaëlle a écrit un livre édité chez Larousse en 2019, créé le programme Kiffe Ton Cycle, et développé une méthode qui tient en quatre lettres. Ce que j’ai trouvé intéressant dans cet épisode – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je couvrais les premières vagues de stratégies de contenu pour entrepreneuses – c’est que le sujet n’est pas du tout ce qu’on croit. C’est pas du wellness. C’est du management de soi.
14 ans dans la banque, un burnout, et la naissance du cycle féminin et business
Le parcours de Gaëlle Baldassari ne ressemble pas à celui d’une coach bien-être classique. Quatorze ans dans la banque, une carrière construite précisément en effaçant le fait d’être une femme. Elle raconte ça sans filtre :
« L’esprit c’était justement de faire oublier à tout prix pour continuer ma carrière, pour gravir les échelons, de faire oublier à tout prix que j’étais une femme. »
Brutal. Et malheureusement banal dans certains secteurs.
Le tournant arrive quand elle veut avoir un enfant. Son cycle ne fonctionne pas. Procréation médicalement assistée, injections hormonales, et derrière – un burnout. Elle commence alors à chercher : quel impact les hormones ont-elles vraiment sur le fonctionnement d’une femme ? Ce qu’elle trouve la convainc d’arrêter tout le reste. Sa fille a 5 ans au moment de l’enregistrement. Son objectif : qu’à ses 18 ans, toutes les femmes sachent que le cycle menstruel est une chance. Il lui restait 13 ans. C’est le genre de mission qui donne un rythme à une entreprise.
Ce qui me frappe dans ce parcours, c’est que la connaissance du cycle féminin et business n’est pas venue d’une passion pour le féminin sacré ou d’une retraite chamanique. Elle est venue d’un burnout, d’une infertilité, et de recherches scientifiques sur les hormones. C’est ça qui rend la méthode crédible.
Boire la tasse, bronzer sur la plage, ou surfer – trois façons de vivre le même cycle
Avant d’expliquer la méthode, Gaëlle pose un cadre. Le cycle s’impose à nous comme une vague. On n’a pas le choix sur la vague. On a le choix sur ce qu’on en fait.
Trois options, donc. La première : on est dans l’eau, on boit la tasse à chaque fois. Beaucoup de femmes, dit-elle. Tous les mois sur les genoux, perte de confiance, incompréhension totale de ce qui se passe. La deuxième : on se met sur la plage, on bloque le cycle – hormonalement ou psychologiquement, comme Gaëlle l’a fait pendant 14 ans dans la banque. Plus confortable, mais quelque chose manque. La troisième :
« Ma proposition, c’est d’apprendre à surfer ses vagues. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la suite de l’épisode montre que surfer demande de comprendre exactement à quelle phase de la vague on se trouve – parce qu’on ne surfe pas un creux comme on surfe un pic.
Et c’est là que la méthode entre en jeu. Le mot SURF a quatre lettres. Le cycle menstruel a quatre phases. Gaëlle dit qu’il n’y a pas de hasard. Je veux bien la croire – ou en tout cas, l’acronyme est suffisamment bien construit pour que ça marche sans se poser la question.
La méthode SURF : ce que chaque lettre change concrètement pour le cycle féminin et business
S comme Superwoman. C’est la phase qui suit les règles, quand l’énergie remonte. Gaëlle la décrit comme la phase Shiva – la divinité aux multiples bras capables de tout faire en même temps. Todo lists dépilées à toute vitesse, longues journées sans fatigue, productivité maximale.
Deux pièges, pourtant. Le premier :
« On peut s’agiter à faire plein de trucs qui ne vont pas servir notre objectif. […] Il faut que ça se dissipe, il faut qu’on la laisse sortir cette énergie et du coup on peut s’éparpiller. »
Le deuxième piège, c’est l’entourage. Dans cette phase, toute personne qui ne suit pas le rythme devient un boulet. Les collaborateurs, les partenaires, la famille – si tu ne les préviens pas, tu vas être cassante sans t’en rendre compte. Les mots clés de Gaëlle pour cette phase : focus sur les objectifs, bienveillance avec les autres.
U comme Ultra Sympa. C’est la période autour de l’ovulation. La nature est pragmatique : elle rend les femmes communicantes, chaleureuses, en lien – pour favoriser la reproduction. Pour une entrepreneuse, ça se traduit autrement. C’est le moment de contacter des journalistes (tiens, ça m’interpelle), de faire des vidéos, d’aller au networking, de nourrir la relation avec ses clients. Et de choyer les gens qui ont supporté la phase Superwoman.
Le piège ici : dire oui à tout. L’énergie bisounours – c’est le mot de Gaëlle – pousse à accepter des projets, des collaborations, des réunions. Sauf que l’échéance de ces engagements tombe souvent deux semaines plus tard. Soit en pleine phase Fatiguée. Mauvais calcul.
R comme Redoutable. Ou Rambo, dit Gaëlle – selon comment on la vit. C’est la phase prémenstruelle, les émotions qui montent, l’envie de se recroqueviller. Et là, elle dit quelque chose que j’ai trouvé vraiment fort :
« On va pouvoir faire une évaluation de tout ce qui ne va pas dans l’entreprise. […] C’est un peu comme si tu avais un audit interne offert gratis pour ta boîte tous les mois. »
L’auditeur interne dramatise tout – la boîte va fermer, le business model ne tient pas, le site est nul. Mais ce qu’il voit est vrai. Gaëlle dit qu’elle appelle le sien Berthe. Ce détail m’a fait sourire, parce que donner un prénom à la partie de soi qui catastrophise, c’est exactement ce que font les bons thérapeutes cognitifs. Ça externalise le critique intérieur. Et ça change tout dans la façon de gérer son état d’esprit en tant qu’entrepreneur.
F comme Fatiguée. Les règles. L’énergie au plus bas, toutes les hormones en chute. C’est la phase qu’on gère le moins bien en société – parce qu’on attend des gens une constance que le corps ne peut pas donner. Pour une entrepreneuse, ça demande une vraie réorganisation : les tâches lourdes ne passent pas ce jour-là, les décisions importantes non plus.
Ce que ça change vraiment quand on synchronise cycle féminin et business
Concrètement, qu’est-ce que ça donne sur un mois de travail ?
La phase Superwoman, c’est le moteur. Gaëlle la réserve aux projets qui demandent de l’exécution intense – création de contenu en masse, lancement, prospection commerciale. Elle travaille de longues journées et reste efficace. Mais seulement si la phase précédente (Fatiguée) a bien servi à planifier. Sans plan, l’énergie se disperse. Elle l’a dit clairement : Superwoman sans les autres phases peut ne servir à rien.
La phase Ultra Sympa, c’est la fenêtre de rayonnement. Réseaux sociaux, prises de contact, interviews (comme celle-ci, d’ailleurs – et ce n’est probablement pas un hasard si Gaëlle était disponible et brillante ce jour-là). C’est aussi le moment de récupérer sur le plan humain – famille, amis, tout ce qui a été mis en pause. Et de surveiller les engagements qu’on prend parce qu’on est en mode arc-en-ciel.
La phase Redoutable, c’est l’audit. Pas le moment de lancer, pas le moment de pitcher. Le moment de regarder en face ce qui ne fonctionne pas. La page de vente qui convertit mal, la relation partenaire qui grince, le positionnement flou. Gaëlle insiste : les problèmes qu’on identifie dans cette phase sont réels. La dramatisation est excessive, oui – mais le diagnostic, lui, est fiable. C’est une donnée précieuse si on apprend à poser les bonnes bases dans son business.
La phase Fatiguée, c’est le silence actif. Repos, planification légère, préparation de la prochaine Superwoman. Ce n’est pas du vide – c’est de l’intendance.
Ce qui m’agace un peu dans la présentation de ce cadre, c’est qu’il suppose une régularité des cycles que toutes les femmes n’ont pas. Cycles irréguliers, ménopause, contraception hormonale, grossesse – Gaëlle l’effleure sans vraiment entrer dedans dans cet épisode. C’est une limite réelle de la méthode telle qu’elle est présentée ici, même si le livre va probablement plus loin.
Les hommes dans l’histoire – et pourquoi ce sujet les concerne aussi
Aline le dit en ouverture, et Gaëlle le confirme : cet épisode n’est pas réservé aux femmes. Les hommes qui travaillent avec des femmes – collaborateurs, associés, partenaires – peuvent utiliser cette grille pour comprendre des variations qu’ils vivent comme irrationnelles.
Gaëlle formule ça avec une honnêteté qui tranche :
« Il y a la moitié de la population qui vit quelque chose qui est complètement passé sous le radar de tout ce qu’on transmet. »
Et ça, c’est exactement le problème. Ce n’est pas une question de bien-être féminin privatif. C’est une donnée de management. Si tu diriges une équipe et que la moitié de tes collaboratrices traversent des cycles que ni elles ni toi ne comprenez, tu rates des informations cruciales sur leurs pics de performance, leurs besoins de repli, leurs moments de créativité maximale. Et les erreurs invisibles qui bloquent les ventes commencent souvent là – dans une mauvaise synchronisation entre les personnes et leurs propres ressources.
Ce que je trouve fort dans l’approche de Gaëlle, c’est qu’elle ne victimise pas. Elle ne dit pas que c’est difficile d’être une femme en business. Elle dit que le cycle est un outil – sous-utilisé, mal documenté, mais un outil quand même. Et que 14 ans à nier cet outil lui ont coûté un burnout.
Adopter la méthode SURF sans se créer une nouvelle pression
Le risque évident de ce genre de méthode : transformer un outil de libération en nouveau système de performance à respecter. Gaëlle en a conscience. Elle parle d’adopter la méthode avec bienveillance – sans en faire une grille rigide où chaque phase doit être exploitée à 100%.
Le cycle féminin et business, ça ne signifie pas planifier chaque journée au chronomètre en fonction de ses hormones. Ça signifie avoir une conscience globale de là où on en est – et ajuster quand c’est possible. Parfois, le networking tombe en phase Redoutable. On y va quand même. Mais on sait pourquoi on est moins à l’aise, et on ne s’en veut pas.
C’est ça, la vraie valeur du truc. Pas la planification parfaite. La lucidité sur ses propres fluctuations plutôt que de les vivre comme des défaillances. Et ça, homme ou femme, c’est une compétence utile.
Ce qui reste ouvert, et que cet épisode ne tranche pas : est-ce que la méthode SURF fonctionne aussi bien pour les femmes dont les cycles sont médicalement perturbés ? Est-ce qu’on peut la transposer à d’autres rythmes biologiques – circadiens, saisonniers ? Gaëlle a dit qu’il restait 13 ans à sa mission. Peut-être que les réponses arrivent avec le temps.











