trouver des clients de coaching sans site internet, sans chaîne YouTube, sans témoignages – et à 19 ans. C’est ce qu’a fait Léo des Philogynes, psychologue de formation reconverti coach en séduction, avant même d’avoir la moindre présence en ligne. Entre 5 et 10 demandes par semaine aujourd’hui, un taux de conversion autour de 50%, 80% de ses revenus qui viennent du coaching : les chiffres sont là. Mais ce qui m’intéresse, c’est pas les chiffres. C’est le chemin.
Dans cet épisode de Marketing Mania, Stan Leloup le fait parler pendant 1h22. Et ce qui ressort, c’est une méthode qui va à l’envers de tout ce qu’on lit habituellement sur le sujet – les tunnels de vente automatisés, les produits créés dans sa chambre, les lancements en solo. Léo a fait l’inverse. Il est allé sur le terrain d’abord. Il a vendu avant de créer. Et c’est ça qui change tout.
Avant le site, avant les abonnés : la prospection à la main
Dix-neuf ans. Pas de site. Pas de chaîne. Pas de preuve sociale. Et pourtant Léo vendait déjà des coachings.
Comment ? Forums de séduction, d’abord. Art de Séduire, French Touch Séduction, d’autres plus confidentiels. Il guettait les présentations, cherchait des profils parisiens, et envoyait des messages personnalisés – jamais du copier-coller, il insiste là-dessus.
« Je lui disais voilà, écoute, je viens de lire ta présentation ou je viens de lire ton poste sur le forum et j’ai remarqué que tu disais ta tac ta. Euh si je peux me permettre, je te conseillerais plutôt de faire tac tac tac. »
C’est exactement le problème avec la prospection automatisée : elle sent l’automatisation à 10 mètres.
Deuxième canal : OVS, On va sortir. Une plateforme pour rencontrer des gens dans sa ville, souvent des hommes seuls ou nouvellement arrivés à Paris. Léo s’y rendait en physique, orientait la conversation vers les femmes, déroulait ses explications psychologiques, et finissait par proposer une sortie commune. Le pitch de vente, c’était la démonstration en temps réel – parfois pendant la pause cigarette du restaurant.
« Ce que je faisais même, c’est pour te dire à quel point ça allait loin, c’est on allait on avait la pause clope. Et durant la pause clope, en fait, je m’efforçais déjà de leur faire une démonstration en fait. »
Du guerilla marketing incarné. Pas de slide deck. Pas de landing page. Une rue, un inconnu, et une approche réussie devant témoin. Après ça, les mecs voulaient la suite.
Ce que ça lui a donné – et c’est là que ça devient intéressant pour trouver des clients de coaching aujourd’hui – c’est une connaissance intime de ses prospects. Pendant des années, il a écouté leurs objections, compris leurs stéréotypes négatifs sur le coaching en séduction, identifié pourquoi certains voulaient pas se lancer. C’est cette matière-là qui a alimenté son contenu YouTube ensuite. Pas l’inverse.
La plupart des gens qui veulent développer leur business en ligne commencent par créer du contenu pour une audience imaginaire. Léo a fait l’inverse : il a d’abord vendu à des gens réels, puis il a créé du contenu pour les problèmes qu’il avait détectés.
Le formulaire et l’appel : comment trouver des clients de coaching avec une méthode artisanale
Aujourd’hui le process est plus structuré, mais l’état d’esprit reste le même. Sur son site, deux portes d’entrée : rejoindre le Club des Philogynes (15€/mois), ou demander un coaching. Les deux passent par un formulaire.
Les questions du formulaire coaching : parcours en séduction, infos factuelles (âge, job, prénom, téléphone), forces et faiblesses en développement personnel, vision du coaching idéal, pourquoi lui spécifiquement. Rien d’anodin là-dedans. Chaque réponse lui sert à préparer l’appel.
« Moi si tu veux avant d’appeler chaque personne, je passe 5 minutes à bien à lire leur demande en fait, à vraiment m’imprégner du truc. Ça me donne déjà moi des infos pour savoir un petit peu quel type de formule je peux leur proposer. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais combien de coachs lisent vraiment le formulaire avant d’appeler ?
L’appel lui-même dure entre 30 minutes et une heure. Pas de script. Une ligne directrice : faire parler l’autre au maximum. Questions ouvertes, reformulation du problème, identification du besoin profond. Et surtout – c’est le truc que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – ne pas penser pour le client avant de lui avoir parlé.
Parce que les demandes sont hétérogènes. Certains contactent Léo pour la séduction. D’autres pour décrocher un entretien d’embauche. D’autres encore pour passer de profil ingénieur à commercial. Le même coach, des besoins radicalement différents. Sans écoute réelle, tu rates tout.
Le prix tombe à la toute fin. Après une longue reformulation du besoin, une proposition de formule concrète (nombre de séances, durée, suivi, documents), Léo annonce le tarif. Puis silence. Et si rien ne vient :
« Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’est-ce que tu penses de cette formule-là ? »
Voilà. Pas de relance agressive. Pas de deadline artificielle. Un blanc, une question ouverte, et l’écoute qui continue.
La formule Lego : pas de négociation, mais de la modularité
Aucun tarif affiché sur le site. Aucune grille tarifaire publique. Chaque offre est construite pour une personne. C’est ce que Léo appelle la formule Lego : un socle qu’on peut agrandir ou réduire selon les objectifs et le budget.
La négociation de prix, il refuse. Catégoriquement. Mais si quelqu’un ne peut pas se permettre le package complet, on enlève des éléments – des séances, du suivi, du binôme – plutôt que de baisser le tarif horaire. Nuance importante (et c’est souvent là que ça coince pour la plupart des indépendants).
50% de conversion sur les appels qualifiés. L’autre moitié, c’est principalement des étudiants sans budget – et il le détecte maintenant assez vite pour ne pas passer une heure sur ces appels-là. Entre 5 et 10 demandes par semaine. On est sur 200 à 400 contacts annuels. C’est pas négligeable pour une seule personne avec une seule chaîne YouTube comme source de trafic.
Pour aller plus loin sur la construction d’une offre qui se vend, l’épisode sur construire une offre irrésistible avec Laurine Bemer pose des bases complémentaires à ce que fait Léo instinctivement.
Les clones de la drague : quand la concurrence devient un levier
Marché saturé. Barrière à l’entrée quasi inexistante. N’importe qui peut se déclarer coach en séduction avec un smartphone et un ami pour filmer. C’est le constat de Léo à son arrivée sur YouTube. Et plutôt que de l’ignorer, il en a fait sa première vidéo.
« Les clones de la drague ». Un titre qui nomme le problème que ses prospects ressentaient sans pouvoir le formuler. La vidéo montre les mêmes phrases d’accroche chez tous les concurrents – « Hey, je viens de te croiser, je te trouve adorable » – puis va sur le terrain pour filmer une fille qui explique qu’on lui a déjà sorti cette approche trois fois dans la journée, rue de Rivoli.
C’est du positionnement sur marché saturé dans sa forme la plus pure : tu n’essaies pas de faire mieux que les concurrents, tu montres pourquoi leur approche est structurellement obsolète. Et tu proposes autre chose.
La différenciation de Léo repose sur deux piliers. D’abord la psychologie – formation réelle, références académiques, psychologie évolutionniste – là où ses concurrents vendaient des scripts. Ensuite le cadrage : pas de « drague de rue » mais des « approches créatives pour développer sa charge ». Pas du marketing pour contourner un stéréotype négatif, dit-il – une vraie philosophie sur l’improvisation et la créativité sociale.
Et c’est là que ça se connecte à quelque chose de plus grand que la simple tactique pour trouver des clients de coaching.
Le marketing tribal : vendre une identité, pas des séances
Le Club des Philogynes, c’est 15€/mois. Forum, réunions Discord hebdomadaires le mardi soir, rencontres physiques. En termes de revenus, c’est minoritaire – 80% vient du coaching individuel. Mais ce n’est pas le bon indicateur pour mesurer son utilité.
Le club crée une tribu. Des gens qui partagent une philosophie – pas juste des conseils de séduction, mais une vision de la psychologie, de la personnalité, de l’intelligence émotionnelle. Des gens qui s’identifient à une approche. Et cette identité partagée, elle transforme des abonnés passifs en défenseurs actifs.
C’est ce que Stan Leloup appelle le marketing tribal dans l’intro de l’épisode : communiquer de manière assez profonde pour que les gens ancrent ta philosophie dans leur identité. Pas juste « ce coach m’a donné des conseils utiles ». Plutôt « je suis Philogyne ».
La mécanique est visible dans le vocabulaire. « Approches créatives », « charge », « clones de la drague », « formule Lego » – chaque terme est un marqueur identitaire. Quelqu’un qui utilise ces mots-là appartient à quelque chose. Et les gens qui appartiennent à quelque chose achètent différemment.
C’est une logique qu’on retrouve chez des profils très différents – Alexandre Cormont par exemple, love coach qui a conquis le marché américain en partant de France, a lui aussi construit une communauté forte autour d’une philosophie relationnelle, pas juste d’un catalogue de techniques.
Ce que ça dit vraiment sur la vente de coaching
Franchement, la plupart des articles sur trouver des clients de coaching passent à côté de l’essentiel. Ils parlent de tunnels de vente, de lead magnets, de séquences email. Des systèmes. Léo, lui, a vendu pendant des années sans aucun système – juste des conversations réelles avec des gens réels.
La limite de son approche, il faut la nommer : c’est difficilement scalable. Un appel d’une heure par prospect, une offre construite à la main pour chaque client, pas de tarif fixe, pas d’automatisation – ça plafonne vite en termes de volume. Lui assume ce choix. D’autres voudront autre chose.
Mais ce qu’il a construit avant de scaler – la connaissance intime de ses clients, la différenciation claire, le vocabulaire tribal – c’est justement ce qui manque à ceux qui partent directement sur les systèmes. Sans ça, tu automatises du vide.
Pour trouver des clients de coaching durablement, le process de Léo suggère un ordre précis : d’abord parler aux gens (même gratuitement, même en prospectant à la main), ensuite comprendre leurs vrais problèmes, enfin construire une offre et un positionnement basés sur ce que tu as entendu. Pas l’inverse. Jamais l’inverse.
La chaîne YouTube des Philogynes dépasse aujourd’hui les 20 000 abonnés. Mais la vraie base a été construite bien avant – dans des forums, des restaurants OVS, et des pauses cigarette à Paris. C’est ça qui m’a scotché dans cette conversation : le fait que la présence en ligne est venue confirmer quelque chose qui existait déjà, pas le créer.
Reste une question ouverte : est-ce qu’on peut reproduire ça dans d’autres secteurs, ou est-ce que la psychologie et la séduction se prêtent particulièrement bien à cette approche terrain ? Léo pense que oui, mais il n’a testé que son propre cas. La réponse honnête, c’est qu’on sait pas encore.
Sur la question plus large de construire son réseau quand on démarre sans audience, l’épisode avec Enzo Honoré apporte un angle complémentaire – moins terrain, plus stratégique, mais le même constat de fond : les connexions humaines d’abord, les outils ensuite.











