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Bondir sur l’opportunité crypto – avec Adli Takkal Bataille

Épisode diffusé le 16 octobre 2018 par Marketing Mania

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L’opportunité crypto, tout le monde en parle comme d’un jackpot à gratter. Achète ce coin, attends que ça fasse x10, revends, recommence. C’est à peu près le niveau du discours dominant en 2018 – et franchement, c’est épuisant. Adli Takkal Bataille, lui, voit autre chose. Littéraire de formation (prépa, lettres classiques, latin, grec), il est tombé dans Bitcoin en août 2013 par hasard, en lisant un article. Depuis, il a fondé Le Cercle du Coin, la principale association francophone autour des cryptomonnaies, plus deux boîtes qui capitalisent sur la révolution en cours. Ce qu’il dit dans cet épisode de Marketing Mania n’a pas grand-chose à voir avec les cours du marché.

La thèse, elle tient en une phrase : si les cryptos transforment vraiment l’économie, il y aura des business entiers à construire dessus – des business accessibles à n’importe qui avec une fibre entrepreneuriale, sans forcément savoir coder. C’est exactement ce qu’on aurait pu dire d’internet en 1995. Et la question qui reste ouverte à la fin de cette conversation, c’est : est-ce que tu vas attendre que WordPress de la blockchain existe, ou est-ce que tu vas être là avant ?

La spéculation, c’est pas pour tout le monde – et c’est pas grave

Stan Leloup commence l’épisode avec une confession assez honnête. Il a acheté quelques Bitcoin, quelques Ethereum, et puis il s’est dit que suivre les cours toute la journée, ça n’était pas sa vie. Il est passé en mode « je garde et je ride sur le long terme ». Ce qui l’a fait basculer vers une autre vision, c’est une conversation avec un ami.

« Non mais tu vois aujourd’hui, c’est de la spéculation et nous on peut pas faire grand-chose parce qu’on n’est pas assez technique. Mais si tu regardes l’internet en je sais pas en 92 ou autre bah c’était juste un truc ultra pointu et si tu étais pas un chercheur, ça avait pas grand intérêt. »

Dit comme ça, la comparaison claque. Et elle est juste.

Le truc, c’est que 99 % du contenu sur l’opportunité crypto tourne autour de la spéculation. Les formateurs qui te vendent des guides pour choisir la prochaine altcoin, les promoteurs qui t’expliquent que Bitcoin va valoir 100 000 dollars – Adli le dit sans détour : la vraie crédibilité de beaucoup de ces gens, c’est juste qu’ils ont acheté tôt et qu’ils ont surfé sur la vague. Ce n’est pas une thèse d’investissement. C’est de la chance narrativisée.

Reste que la spéculation pure a ses limites claires. Si t’as pas l’âme d’un parieur, si tu veux pas passer tes nuits à lire des white papers sur des altcoins obscures, l’opportunité crypto telle qu’elle est vendue n’est tout simplement pas pour toi. Et c’est là que la conversation prend une autre direction.

Bitcoin en 2018 n’a plus rien à voir avec Bitcoin en 2009

Adli Takkal Bataille a un truc qu’on n’entend pas souvent dans les débats crypto : il connaît l’histoire du protocole de l’intérieur. Et cette histoire, elle contredit beaucoup d’arguments qu’on entend encore aujourd’hui contre Bitcoin.

Premier point technique qu’il soulève : le code de Bitcoin actuel contient moins de 10 % du code original. Le réseau a évolué de manière massive. Les critiques sur la scalabilité – trop lent, trop cher, réseau engorgé – sont les mêmes qu’on faisait à internet sur la bande passante dans les années 90. À l’époque, des experts sérieux expliquaient qu’on ne pourrait jamais faire circuler des images sur internet. Puis la vidéo. Puis les appels en direct.

« L’histoire se répète où les gens qui étaient les experts techniques de l’époque te disent non jamais assez de bande passant pour faire des images, pour faire de la vidéo, pour faire des appels en direct. On est exactement face aux mêmes critiques. »

Voilà. L’argument technique n’est pas un argument définitif – c’est un argument temporel.

La solution au problème de scalabilité de Bitcoin s’appelle Lightning Network. Le principe : bloquer des fonds sur des adresses Bitcoin spécifiques, faire circuler les transactions en dehors de la chaîne principale entre les parties concernées, et remettre les soldes à jour sur la blockchain principale de temps en temps. En gros, reprendre la logique des chambres de compensation bancaires. Pour l’instant, c’est encore des magasins en ligne qui acceptent les paiements via Lightning – mais la mécanique est là.

Ce qu’Adli pointe aussi – et c’est peut-être le truc le plus contre-intuitif de l’épisode – c’est que l’adoption suit une courbe d’accélération. Le temps pour que tout le monde passe d’Edge à la 3G. Puis de la 3G à la 4G. Chaque transition a été plus rapide que la précédente. Une fois la masse critique atteinte, ça ne se discute plus.

Blockchain sans token : le buzzword creux que tout le monde a avalé

Entre 2015 et 2018, « blockchain » est devenu un mot magique. Les grandes entreprises, les banques, les gouvernements – tout le monde voulait sa blockchain. Sans forcément savoir ce que ça voulait dire.

Adli et Le Cercle du Coin ont publié un communiqué qui s’appelait « Pas de révolution blockchain sans Bitcoin ». À contre-courant total de la hype. Et leur analyse tient : une blockchain sans token, c’est une base de données partagée un peu plus compliquée qu’une base de données normale – avec moins de performance en prime.

« Faire en sorte que des données soient mises les unes après les autres et enchaînées par des systèmes cryptographiques, c’est assez vieux. L’innovation, c’est vraiment d’avoir un ensemble de technologies qui marchent ensemble et qui permet d’avoir un token et de valoriser le réseau en lui-même. »

C’est exactement le problème.

L’incentive, c’est le cœur du truc. Dans Bitcoin, les mineurs sont payés en bitcoin pour sécuriser le réseau. Retirez le token, vous retirez la motivation économique qui rend le système décentralisé et autonome. Ce qui reste, c’est une base de données que plusieurs acteurs entretiennent ensemble – donc corruptible, donc dépendante de la bonne volonté de ces acteurs.

La distinction que fait Adli entre token « agnostique » et token lié à une entreprise est aussi intéressante sur le plan réglementaire. Aux États-Unis, la SEC a tranché : tous les tokens sauf Bitcoin (et plus récemment Ethereum) sont des securities, c’est-à-dire des titres financiers rattachés à un sous-jacent. La logique : la majorité des ICO sont des levées de fonds déguisées pour des entreprises spécifiques. (Ce qui n’est pas totalement faux, soyons honnêtes.) Bitcoin, lui, est agnostique – personne n’en tire un profit unique, personne ne le contrôle. C’est pour ça qu’il échappe à cette catégorie.

En France, c’est encore flou. L’Allemagne a classé Bitcoin comme monnaie étrangère – cadre clair, règles applicables. La France traîne, avec une tradition bancaire forte et une réticence institutionnelle au changement. Adli note quand même que les choses bougent, notamment sur la notion de « cryptoactifs » – le terme choisi pour éviter d’assimiler ça à une monnaie. Mais bon.

L’opportunité crypto pour les entrepreneurs : ce que personne ne dit clairement

Voilà le cœur de l’épisode – et probablement ce pour quoi la plupart des auditeurs ont cliqué.

L’analogie avec internet en 1995 n’est pas juste une métaphore. C’est une grille de lecture opérationnelle. En 1995, construire un business sur internet demandait de savoir coder, de comprendre les serveurs, de gérer des protocoles qui n’étaient pas encore stabilisés. Puis sont arrivés WordPress, Squarespace, YouTube, SoundCloud – des couches d’abstraction qui ont rendu l’infrastructure accessible à n’importe qui. Tu veux faire un podcast ? SoundCloud. Tu veux un site ? WordPress. Tu n’as pas besoin de savoir comment fonctionne TCP/IP.

La blockchain en 2018, c’est internet en 1995. Pour construire sur un marché de niche en pleine émergence, construire une entreprise fondée sur la blockchain demande encore des compétences techniques sérieuses ou un associé développeur. Mais les outils d’abstraction vont arriver. Et quand ils arriveront, l’opportunité crypto va devenir accessible à n’importe quel entrepreneur avec des compétences marketing et une vision business.

Adli lui-même le formule simplement : il attend ces outils pour s’y engouffrer. Ce n’est pas de la passivité – c’est de la veille active. Il comprend les mécanismes en profondeur maintenant, pour être prêt quand la barrière technique s’abaisse.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire clairement quelque part – c’est que l’opportunité n’est pas forcément dans le token lui-même. Elle est dans les services, les outils, les plateformes qui vont se construire au-dessus du protocole. Exactement comme l’opportunité d’internet n’était pas dans le protocole HTTP, mais dans Amazon, Google, et les milliers de SaaS qui ont suivi.

Pour aller plus loin sur la question de bâtir un business qui rapporte vraiment, la logique reste la même : identifier une infrastructure en train de se stabiliser, comprendre où est la friction pour les utilisateurs, et construire la couche qui efface cette friction.

Ce que le parcours d’Adli dit sur comment saisir une opportunité crypto

Littéraire de formation. Pas développeur, pas ingénieur. Adli Takkal Bataille a découvert Bitcoin sur Pirate Bay en voyant une adresse de don – il pensait que c’était un truc genre PayPal. Ce n’est que plus tard, en août 2013, qu’il lit un article et que quelque chose se déclenche.

Sa réaction ? Pas d’acheter massivement. Créer du contenu. Il lance un blog, organise des repas mensuels dans tout l’espace francophone, rencontre des gens, fait des conférences. Le Cercle du Coin, c’est lui qui l’a fondé – une association qui regroupe aujourd’hui plus d’une centaine de membres, des personnes physiques aux personnes morales, avec des profils radicalement différents : journalistes, conseillers d’État, développeurs, entrepreneurs.

Ce qui est intéressant dans sa trajectoire – et c’est rare dans le milieu crypto – c’est qu’il a misé sur la compréhension profonde avant de miser sur le profit. Il a organisé un événement à Normale Sup. Il a converti le Passage du Grand Cerf à Paris aux paiements en Bitcoin. Il a construit un réseau réel dans un écosystème qui, par nature, est décentralisé et sans ancrage géographique fixe.

Sa valeur ajoutée, au final, c’est d’être un passeur entre deux mondes. Entre ceux qui comprennent la technique et ceux qui ne veulent pas la comprendre mais qui veulent construire dessus. C’est exactement ce que font les meilleurs entrepreneurs sur n’importe quel marché en émergence – révolutionner un marché établi ne demande pas d’en être l’expert technique absolu. Ça demande de comprendre où est la friction et qui souffre.

Il a aussi co-écrit un livre, Bitcoin La monnaie acéphale, avec Jacques Favier. Et il prépare un second bouquin dont la thèse centrale est simple : arrêtons de parler du Bitcoin de 2009. Le réseau a tellement évolué que les critiques qui portaient il y a dix ans sont largement obsolètes.

La question que ça pose, évidemment, c’est : est-ce que l’opportunité crypto pour les entrepreneurs arrive trop tôt ou trop tard ? Est-ce que les outils d’abstraction arrivent dans 3 ans ou dans 10 ? Et si tu attends qu’ils soient là, est-ce que tu arrives encore assez tôt pour construire quelque chose de différenciant ? C’est pas une question rhétorique. Je n’ai pas la réponse.

Le triangle impossible – et pourquoi ça ne devrait pas t’arrêter

Vitalik Buterin, le fondateur d’Ethereum, a théorisé ce qu’on appelle le trilemme de la blockchain : décentralisation, sécurité, scalabilité. Tu ne peux pas avoir les trois en même temps. Chaque système fait des compromis.

Bitcoin a choisi de maximiser la décentralisation et la sécurité – au détriment de la scalabilité (d’où les problèmes de congestion en 2017-2018). Lightning Network est une réponse à ce compromis : on déplace les petites transactions hors chaîne, on garde la sécurité du protocole principal pour les règlements finaux.

Ce trilemme est réel. Mais Adli le contextualise bien :

  • Les contraintes techniques actuelles de Bitcoin ne sont pas des limites fondamentales – ce sont des problèmes d’ingénierie en cours de résolution.

Les mêmes experts qui disaient en 1995 qu’on ne pourrait jamais faire de la vidéo sur internet ont dû réviser leurs positions. Les mêmes experts qui critiquent la scalabilité de Bitcoin aujourd’hui devront probablement faire de même. Ce n’est pas une certitude – c’est un pari sur l’histoire qui se répète.

Et sur la question des acteurs étatiques potentiels qui chercheraient à attaquer le réseau – la NSA, une grande instance gouvernementale – Adli a une réponse élégante. Détruire Bitcoin ne sert à rien parce que ça détruirait la valeur de l’actif que tu possèdes peut-être toi-même. Et si l’algorithme de consensus est attaqué, la communauté peut le changer. L’infrastructure de sécurité déployée mondialement est devenue si massive que même une attaque temporairement réussie serait contournée.

Ce n’est pas de la foi aveugle dans la technologie. C’est une analyse de la structure des incentives. Tout le monde dans l’écosystème a intérêt à ce que Bitcoin garde sa valeur. C’est ce qui aligne les acteurs sans qu’aucune autorité centrale ait besoin de les coordonner.

Pour ceux qui s’intéressent à la gestion du risque dans des environnements incertains, la mécanique des incentives de Bitcoin est un cas d’école assez fascinant. Et pour se différencier sur un marché saturé, comprendre ces mécanismes avant tout le monde reste le meilleur avantage compétitif disponible.

La vraie opportunité crypto, au fond, c’est peut-être ça : pas le cours, pas les tokens, pas les ICO. C’est la fenêtre de temps pendant laquelle tu peux comprendre en profondeur un système que 95 % des gens regardent encore de loin en se demandant si c’est sérieux.

Questions fréquentes

C'est quoi l'opportunité crypto pour un entrepreneur sans compétences techniques ? +
L'opportunité n'est pas dans la spéculation sur les cours. Elle est dans la construction de services et d'outils au-dessus des protocoles blockchain - exactement comme des entrepreneurs ont construit des business sur internet sans savoir coder en utilisant WordPress ou YouTube. Adli Takkal Bataille estime que des outils d'abstraction équivalents vont émerger pour la blockchain dans les prochaines années, ouvrant la voie à n'importe qui avec une fibre marketing et entrepreneuriale.
Faut-il acheter du Bitcoin pour saisir l'opportunité crypto ? +
Pas nécessairement. Adli et Stan Leloup distinguent clairement la spéculation - acheter des tokens dans l'espoir d'un gain rapide - de l'opportunité entrepreneuriale, qui consiste à construire des business rendus possibles par l'infrastructure blockchain. La première demande une appétence au risque et du temps. La seconde demande de comprendre où vont les transformations économiques et d'être prêt quand les outils accessibles arrivent.
Qu'est-ce que le Lightning Network et en quoi ça change l'opportunité crypto ? +
Lightning Network est un réseau de paiements construit au-dessus de Bitcoin qui déplace les transactions hors de la blockchain principale. Concrètement, deux parties bloquent des fonds sur la chaîne, font circuler des milliers de transactions entre elles, et règlent le solde final sur la blockchain. Ça résout en grande partie le problème de scalabilité de Bitcoin - trop lent, trop cher pour les micropaiements - et ouvre la voie à des cas d'usage commerciaux concrets pour les commerçants.
Pourquoi une blockchain sans Bitcoin ou token ne vaut rien selon Adli Takkal Bataille ? +
Sans token, il n'y a pas d'incentive économique pour que des acteurs indépendants sécurisent et maintiennent le réseau. Ce qui reste, c'est une base de données partagée entre plusieurs acteurs - corruptible et dépendante de leur bonne volonté. Le token est ce qui rend le système autonome et décentralisé. Le Cercle du Coin a publié un communiqué intitulé 'Pas de révolution blockchain sans Bitcoin' pour contrer la hype blockchain des années 2015-2018.
Comment saisir une opportunité crypto quand on n'est pas développeur ? +
En faisant exactement ce qu'Adli a fait : comprendre les mécanismes en profondeur maintenant, construire un réseau dans l'écosystème, produire du contenu et créer des interfaces entre le monde technique et le grand public. Les compétences marketing et entrepreneuriales seront décisives quand les outils d'abstraction (l'équivalent blockchain de WordPress) rendront la construction accessible à tous.
Quelle est la position des États sur les cryptomonnaies ? +
Aux États-Unis, la SEC considère la grande majorité des tokens comme des securities (titres financiers), à l'exception de Bitcoin et d'Ethereum. En France, la situation est encore floue en 2018 - Bitcoin n'a pas de cadre légal précis, même si les impôts ont avancé plus vite que l'Assemblée nationale sur le sujet. L'Allemagne, elle, a classé Bitcoin comme monnaie étrangère, ce qui lui donne un cadre réglementaire clair.

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