lancer une marque de compléments alimentaires

#99 – Devenir une des marques de compléments alimentaires de référence en France et dépasser la barre de 100.000 clients en 5 ans avec Florent Carrio, Co-Fondateur @Nutripure (1/2)

Épisode diffusé le 18 septembre 2023 par Danilo Duchesnes

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Lancer une marque de compléments alimentaires sans investisseurs, sans levée de fonds, et se retrouver sold out en 15 jours sur son premier produit phare – les oméga 3 Nutripure. C’est ce qu’ont réalisé Florent et Christophe Carriou quand ils ont ouvert les précommandes en janvier 2018. 250 commandes le premier jour, 500 à 600 précommandes au total avant même que les boîtes soient fabriquées. Et aujourd’hui ? Plus de 200 000 clients, une trentaine de collaborateurs, 50 références au catalogue.

Florent Carriou, co-fondateur et ingénieur de formation, raconte tout ça dans le podcast Le Rendez-vous Marketing avec Danilo Duchesnes de DHS Digital. Et ce qui ressort, c’est pas une success story lisse avec un deck de 50 slides. C’est une histoire de frères, d’un stock de 190 000 capsules qu’on risque de ne jamais écouler, et d’une communauté qui attendait sans le savoir exactement ce qu’on allait lui proposer.

Ce qui m’intéresse là-dedans – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me explique quand je couvrais le lancement de DNVBs pour différents médias – c’est le mécanisme exact. Pas le ‘on avait une communauté donc ça a marché’. Mais pourquoi cette communauté spécifique, avec ce produit spécifique, à ce moment précis.

Pourquoi lancer une marque de compléments alimentaires en 2018 n’était pas une évidence

Le marché des compléments alimentaires en France, en 2017-2018, ressemblait à deux tribus qui ne se parlaient pas. D’un côté, le bodybuilding avec ses packagings agressifs, ses promesses de performance extrême, ses ‘no pain no gain’ partout. De l’autre, la naturopathie douce, les gammes bio-minimalistes où le sportif sérieux ne se reconnaissait pas non plus.

Florent le dit clairement :

On avait d’un côté le marché du bodybuilding avec des produits typé no pain no gain, des emballages, des packaging très agressifs et par ailleurs on avait plutôt des gammes typé naturopathie où finalement on se reconnaissait pas non plus. Et donc on a créé une marque qui correspond finalement à l’approche de Christophe, à savoir le sport santé.

Personne n’occupait ce territoire du milieu. Sport et santé, performance sans destruction du corps. C’est là que la marque s’est glissée – pas par calcul de marché, mais parce que c’était le reflet exact de ce que Christophe prônait depuis 15 ans dans ses livres.

Christophe Carriou, cinq fois champion du monde de karaté artistique, diététicien de formation, avait une approche radicalement différente de beaucoup d’égéries fitness. À 48 ans au moment de l’épisode, il parle encore jamais de combien de répétitions il a fait ni de quel poids. Il est à l’écoute de son corps. C’est ça, le fond de commerce – pas les biceps.

Et ca, les gens qui le suivaient le savaient depuis longtemps. Le livre ‘Un corps sans douleur’, la méthode CTS développée depuis les années 2010… La communauté existait, elle était informée, et elle attendait les compléments que Christophe utilisait déjà. Pas de la spiruline pour suivre la mode – des oméga 3 norvégiens haut de gamme commandés chez le meilleur fournisseur mondial.

Le stock de 190 000 capsules, ou comment le premier pari a failli être le dernier

Quand on parle de lancer une marque de compléments alimentaires sans fonds propres, on parle concrètement de mettre toutes ses économies dans du stock. Christophe l’a fait. Et c’est sur les oméga 3 que l’histoire devient intéressante.

Florent appelle le fournisseur norvégien PAXG – référence considérée comme le top du marché mondial. Réponse : la référence que Christophe veut n’existe pas en France. Production minimum spéciale : 190 000 capsules. Rien que pour eux.

Christophe m’a dit bon ça représente combien d’argent, je lui dis bah beaucoup et il me dit bon d’accord et si on les vend pas qu’est-ce qui se passe ? Je lui dis bah écoute si on les vend pas, tu en as pour 33,3 ans d’oméga 3. Il m’a dit bon ben écoute de toute façon c’est ceux-là que je veux, donc on prend le risque.

33,3 ans. Le calcul de Florent dit tout. Et pourtant, les 190 000 capsules ont été vendues en 15 jours.

Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est cette logique presque irrationnelle qui s’avère être la meilleure décision business : ne pas faire de compromis sur la qualité quand ton premier consommateur, c’est toi-même. Christophe ne prenait pas d’oméga 3 de substitution – il voulait ceux-là, point. Et c’est précisément cette intransigeance que sa communauté avait déjà payé cher (au sens propre) pour d’autres produits qu’il recommandait depuis des années.

Le site a été développé avec un freelance sur PrestaShop. Pas de budget pour le dev – tout était mis dans le stock. C’est une contrainte qui, paradoxalement, a probablement forcé l’essentiel : soigner le produit, pas l’emballage digital. (Ce qui est rare dans le e-commerce où on voit souvent l’inverse.)

250 commandes le premier jour sans ‘teasing incroyable’

Le lancement, c’était le 19 janvier 2018. Pré-vente, expéditions les 29, 30 et 31 janvier. Les produits n’étaient pas encore fabriqués. Et Florent est honnête là-dessus :

D’autant plus qu’on avait finalement rien à montrer, les produits étaient pas fabriqués. On n’était pas des champions du marketing donc on avait pas fait un teasing incroyable et cetera. Mais les gens il y avait la confiance et donc les gens nous ont fait confiance.

Voilà. La confiance, c’était le seul levier. Et cette confiance avait 15 ans de capital accumulé dans les bouquins de Christophe, dans sa méthode CTS, dans le fait que sa communauté le voyait vivre ce qu’il prêchait.

Le mix du lancement : communication réseaux sociaux + un livre sorti peu avant – ‘Santé et Nutrition’ – dans lequel Christophe parlait déjà des compléments Nutripure. Le livre comme avant-vente déguisée, ou plutôt comme prolongement naturel d’un discours qui durait depuis des années. C’est pas du marketing funnel sophistiqué. C’est de la cohérence narrative sur la durée.

Pour ceux qui travaillent sur lancer une marque sans lever des fonds, le cas Nutripure est une référence à étudier. L’auto-financement force des choix. Et parfois, ces choix contraints sont les bons.

Les ambassadeurs qui n’en sont pas vraiment – ou lancer une marque de compléments alimentaires avec les bons relais

La stratégie d’influence de Nutripure, elle part pas de là où on l’attend. Pas d’un tableau Excel d’influenceurs classés par taux d’engagement. Elle part de la méthode CTS elle-même.

Concrètement : des coachs utilisaient la méthode de Christophe avec leurs élèves. Parmi ces élèves, des athlètes de haut niveau – des gens qui préparaient les Jeux Olympiques de Tokyo. Ces sportifs ont contacté Nutripure directement. Et la marque les a aidés – pas avec un contrat, mais avec des dotations en compléments pour ceux qui ont des budgets mensuels de 500 à 1000 euros.

On leur donne 100, 200 ou 300 euros de compléments, quand ils ont un budget de 500 ou 1000 euros par mois, c’est énorme. Et c’est d’autant plus ça a d’autant plus de valeur pour nous que ben on est dans une relation où on aide ces sportifs.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais le truc c’est que ça crée un rapport authentique que l’argent n’achète pas – ou plutôt que l’argent détruit souvent. Florent le dit lui-même : ils refusent des ambassadeurs. Ils en ont une cinquantaine aujourd’hui, sur plus de 5 ans d’existence. Dix par an environ. C’est pas du volume, c’est de la sélection.

La logique de long terme qu’ils appliquent à la relation ambassadeur est cohérente avec leur produit. Les compléments alimentaires, ça marche sur du long terme – ou ça ne marche pas. Un client qui prend de la whey protéine un mois et arrête ne verra rien. La marque pousse vers la régularité, pas la consommation impulsive. Donc forcément, les ambassadeurs qui changeaient de marque tous les 3 jours, ça ne pouvait pas coller.

Aujourd’hui, Nutripure a une vingtaine d’athlètes en préparation pour Paris 2024. Kayak, vélo, escrime – des sportifs peu médiatisés, donc peu ‘monétisables’ au sens traditionnel de l’influence. Mais qui utilisent vraiment les produits. Et qui en parlent sincèrement quand ils s’en servent.

Cette logique de croissance progressive rappelle les piliers du growth tels que Benoît Dubos de Scalezia les théorise : la rétention avant l’acquisition, la confiance avant le volume. Nutripure n’a pas eu besoin qu’on lui explique – ils l’ont appliqué intuitivement.

Le persona Nutripure : plus de 30 ans, pas forcément sportif de compétition

Au départ, le client cible c’était la communauté de Christophe. Sportif, souvent blessé, attentif à son corps, sensible à l’approche ‘sport sans douleur’. Homme, souvent la trentaine ou plus. Mais 5 ans après, la clientèle s’est élargie – et c’est là que c’est intéressant.

Florent donne son propre exemple. Il ne se définit pas comme sportif. Il fait 3-4 séances par semaine ‘dans une optique de rester bien’. Pas d’objectif de performance. Il prend les ‘incontournables’ – multivitamines, magnésium, oméga 3 – et c’est tout. C’est lui, le nouveau persona.

Plus de 30 ans. Corps qui commence à envoyer des signaux. Prise de conscience que l’entretien, c’est du long terme. Et des produits qui n’essaient pas de vendre du rêve musculaire mais du fond – de l’articulation, du tendon, de l’énergie basique.

Le collagène illustre bien cet angle. Nutripure le positionne principalement pour les tendons et les fascias – pas pour ‘une belle peau’ comme la plupart des marques beauty. C’est un collagène de type 1, axé sport, mais qui a des effets secondaires cutanés que la marque mentionne sans en faire un argument de vente principal. Ca dit quelque chose sur la cohérence éditoriale de la marque – ils ne cherchent pas le marché le plus large, ils restent dans leur territoire.

Deux marchés distincts se dessinent d’ailleurs : les sports de force (musculation, CrossFit, haltérophilie) et l’endurance (running, cyclisme, natation). Nutripure a fait ses preuves sur le premier. Le second est un chantier en cours, avec des besoins différents et une concurrence déjà installée. Ça, c’est le vrai défi des prochaines années – pas de maintenir ce qui marche, mais d’exporter la méthode sur un territoire adjacent.

Pour comprendre comment d’autres marques de ce secteur ont abordé la question du positionnement sans se reposer sur des levées de fonds, l’exemple de Dijo est parlant – une autre marque de compléments qui a fait le choix radical de refuser des fonds pour garder le contrôle de son ADN.

Ce que Nutripure dit en creux sur la façon de construire une marque aujourd’hui

Il y a un truc que Florent dit en passant, presque comme une évidence, et qui mérite qu’on s’y arrête.

On s’est toujours refusé à sortir des compléments qui étaient des opportunités. Je pense à la spiruline, ça a été une mode. On n’a pas sorti parce qu’on avait déjà un très beau multivitamine. Donc pour nous ça avait pas d’intérêt de sortir de la spiruline qui est moins bien.

C’est exactement le problème de la majorité des marques e-commerce qui veulent aller vite. Elles suivent les tendances. Elles sortent des produits parce que ‘ça se cherche sur Google’. Et leur catalogue devient incohérent, leur communauté ne comprend plus pourquoi elle leur fait confiance.

Nutripure a refusé de l’argent facile – la spiruline aurait vendu, ils le savent. Mais ça aurait dilué quelque chose d’essentiel. La gamme reste lisible parce qu’elle répond à une logique interne, pas à la demande du marché au sens large.

Ce qui est intéressant aussi, c’est l’aspect auto-financement. Pas de levée de fonds. Christophe a mis ses économies dans le stock. Ca veut dire que chaque décision était réelle – pas protégée par un filet de 2 millions d’euros posés sur un compte. Le risque des 190 000 capsules n’était pas théorique. Et cette contrainte a probablement rendu l’équipe plus précise, plus honnête avec elle-même sur ce qu’elle était capable de tenir.

Ça me fait penser à ce que j’entends souvent chez des fondateurs qui ont levé trop tôt : l’argent extérieur crée une pression de croissance qui pousse à des décisions de marché avant d’avoir trouvé son ADN. Nutripure a construit l’ADN d’abord. La croissance est venue ensuite. Pas forcément la séquence la plus confortable – mais la plus solide.

La dynamique de rétention, la fidélisation des 100 000 puis 200 000 clients – ça, c’est l’objet de la deuxième partie de cet épisode. Florent et Danilo y reviennent sur les stratégies d’acquisition et de rétention concrètes. Mais ce qui est déjà clair dans cette première partie, c’est que la rétention commence avant le premier achat. Elle commence quand quelqu’un lit un livre de Christophe en 2012 et se retrouve à précommander des oméga 3 en 2018 sans avoir vu le produit.

Pour ceux qui réfléchissent à leur propre stratégie de growth marketing appliquée à l’e-commerce, le modèle Nutripure est un cas d’école sur ce que signifie construire une audience avant de construire un produit. Et sur ce que ça change, concrètement, le jour du lancement.

Mais bon – le cas Nutripure a aussi ses limites. Tout le monde n’a pas un Christophe Carriou disponible comme co-fondateur. Pas tout le monde a 15 ans de contenu et de crédibilité terrain derrière lui au moment de lancer. La question qui reste ouverte : qu’est-ce qu’on fait quand on n’a pas cette communauté préexistante, et qu’on veut quand même lancer une marque de compléments alimentaires avec cette même intégrité ?

Pour aller plus loin sur la construction d’une stratégie d’acquisition cohérente avec l’identité de marque, les canaux d’acquisition analysés par DHS Digital donnent un cadre utile pour ne pas disperser ses budgets au mauvais moment.

Questions fréquentes

Comment lancer une marque de compléments alimentaires sans lever des fonds ? +
Nutripure l'a fait en mettant l'intégralité du budget disponible dans le stock - pas dans le marketing ni le développement du site. L'idée centrale : si le produit est bon et qu'une communauté existe déjà, la demande se crée naturellement. Christophe Carriou a mis ses économies personnelles dans une production de 190 000 capsules d'oméga 3. Sold out en 15 jours. Le risque était réel, la contrainte a forcé la précision.
Combien de clients Nutripure a-t-il en 5 ans ? +
Plus de 200 000 clients au moment de l'épisode enregistré en 2023, soit environ 5 ans après le lancement en janvier 2018. La marque comptait une trentaine de collaborateurs et plus de 50 références au catalogue.
Lancer une marque de compléments alimentaires avec une communauté : quel avantage concret ? +
Le premier jour du lancement de Nutripure en pré-vente, 250 commandes ont été passées - sans que les produits soient fabriqués. La communauté de Christophe Carriou, construite sur 15 ans de livres et de contenu sur le sport-santé, avait déjà confiance dans ses recommandations. Le lancement n'a pas créé la demande, il l'a révélée.
Quelle stratégie d'influence Nutripure utilise-t-il ? +
Nutripure travaille avec une vingtaine d'athlètes préparant les Jeux Olympiques et une cinquantaine de créateurs de contenu (coachs, naturopathes). La relation est basée sur des dotations en produits plutôt que sur des contrats financiers. La marque refuse délibérément des ambassadeurs qui ne correspondent pas à son ADN - même si ça coûte en visibilité à court terme.
Quels compléments alimentaires Nutripure a-t-il lancé en premier ? +
Les 5 produits initiaux étaient : multivitamines, magnésium, oméga 3, whey protéine et collagène. Ce sont ce que Florent Carriou appelle 'les incontournables', soit les fondations nutritionnelles qu'il recommande que tu sois sportif intensif ou simplement actif.
Comment se différencier quand on veut lancer une marque de compléments alimentaires sur un marché saturé ? +
Nutripure a occupé un espace vide entre le bodybuilding agressif et la naturopathie douce : le sport-santé. Pas de spiruline suivant les modes, pas de packaging 'no pain no gain'. Une gamme cohérente avec le discours de son fondateur, construite autour de vrais besoins documentés sur 15 ans. La différenciation n'était pas dans la communication - elle était dans le produit et l'histoire derrière.

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