Le style vestimentaire entrepreneur n’est pas un sujet de magazine féminin. C’est une question de productivité – et parfois de survie mentale. Aline, coach business chez TheBBoost, l’a appris à ses dépens : quand elle a arrêté de travailler en agence et chez des clients comme Yves Saint-Laurent ou L’Oréal pour se consacrer à 100 % à son propre projet, les journées en pyjama ont commencé à s’accumuler. Et avec elles, quelque chose de plus discret mais de bien plus grave.
Ce n’est pas une question de vanité. Emma De Neve, fondatrice du blog bihabillé.com depuis 2012, femme d’Alexandre Roth (entrepreneur en ligne connu dans le milieu), le dit clairement : le style vestimentaire entrepreneur, c’est un outil de puissance. Pas un accessoire. Et dans cet épisode du podcast Je peux pas, j’ai business, les deux femmes décortiquent quelque chose que la plupart des articles sur l’entrepreneuriat féminin esquivent soigneusement.
Ce qui suit, c’est ce que j’en retiens – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à couvrir le secteur du business en ligne. Parce que ça touche à un truc beaucoup plus large que la mode.
Quand le pyjama devient un problème de business
Voilà le truc : on fantasme tous sur le télétravail. Pas de dress code, pas de trajet, pas de regard des collègues. La liberté totale. Et puis, insidieusement, quelque chose glisse.
Aline décrit ça avec une précision qui sonne juste :
« Je commençais à ne plus me regarder dans le miroir, je commençais à moins me trouver belle, je commençais à moins m’apprécier. »
Et elle ajoute, sans fard, que ça s’est ressenti directement sur son business. Moins de présence. Moins de confiance dans les appels avec des clientes. Une énergie différente. Pas dramatique au sens où tout s’effondre – mais suffisamment réel pour qu’elle décide, fin 2019, de changer de cap.
Sa résolution : se maquiller et s’habiller tous les matins, sans exception. Même les jours sans visio. Même les jours sans sortir de chez elle. (Ce qui, quand on bosse en full remote, peut représenter la majorité de la semaine.)
Emma De Neve confirme ce mécanisme côté entrepreneuriat au quotidien :
« Je pense que quand on est entrepreneur, maman et qu’on travaille depuis chez soi, c’est hyper important de ne pas traîner en pyjama jusqu’à midi parce que c’est directement lié avec notre productivité. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la mécanique derrière est réelle – c’est un signal qu’on s’envoie à soi-même. Un peu comme faire son lit le matin. Pas pour les autres. Pour activer quelque chose en soi.
Ce que personne ne dit vraiment, c’est que le style vestimentaire entrepreneur agit comme un déclencheur d’état mental. Pas une cause. Un signal. Et les signaux, en business, ça compte.
Le style vestimentaire entrepreneur, arme de productivité – pas de séduction
Emma De Neve a une façon de formuler les choses qui casse le cliché habituel sur la mode féminine. Pour elle, s’habiller quand on est cheffe d’entreprise, c’est :
« Une manière d’assumer ce rôle. Se mettre dans les chaussures, les escarpins d’une cheffe d’entreprise qui se montre pour son entreprise, comme elle se montre pour ses clients. »
Voilà. Pas pour plaire. Pour se situer. Pour occuper le rôle qu’on a choisi.
Il y a quelque chose de presque ritualistique là-dedans. Et franchement, la plupart des coachs business passent à côté quand ils parlent de productivité – ils parlent d’agenda, de blocs de temps, de Pomodoro. Rarement de la façon dont tu t’es habillé ce matin.
Emma précise aussi une dimension que j’ai trouvée particulièrement intéressante : l’image de soi, c’est la relation qu’on entretient avec soi-même autant que celle qu’on projette aux autres. Si tu arrives à une soirée et que tu te sens en décalage – trop habillée, pas assez – tu n’es plus vraiment là. Tu gères. Et en business, gérer son inconfort intérieur, ça prend de la bande passante.
Le lien avec la confiance en soi n’est pas métaphorique. Il est mécanique. Et le syndrome de l’imposteur qui bloque tant d’entrepreneurs prend parfois racine dans des endroits aussi concrets que le pull troué qu’on porte pour la troisième semaine consécutive.
Basiques de garde-robe : ce qu’Emma recommande vraiment
Emma De Neve a passé douze ans à construire bihabillé.com autour d’une idée simple : rendre le style accessible à toutes les femmes, pas seulement celles qui ont grandi avec une mère styliste ou un père créateur de bijoux (son cas – elle a baigné dans cet univers depuis l’enfance). Ses recommandations sont donc très concrètes.
Un beau jean, d’abord. Coupe droite, légèrement ajustée, indigo brut, taille standard. Pas taille basse, pas ultra-taille haute. Emma insiste : un seul, mais très beau. Un investissement qui dure des années et qui constitue la base de tout le reste.
Ensuite, les chemisiers clairs – crème, rose pâle, bleu ciel. Pas noir en premier choix, parce que ça assombrit les traits du visage alors que les tons clairs illuminent. Le t-shirt blanc. Le pull en cachemire gris. Des pièces qui vont toutes ensemble, sans réflexion le matin.
Et les accessoires – c’est là que ça devient malin. Emma recommande notamment les colliers pendentifs avec médaillon, portés à des longueurs différentes. La raison est géométrique : le V formé sur le buste par un sautoir allonge visuellement la silhouette et donne une impression d’élancement. (Effet d’optique, pas miracle.) Un seul accessoire bien choisi peut transformer une tenue basique en quelque chose qui a l’air construit.
Pour aller plus loin sur les stratégies de différenciation quand on est sur un marché saturé, le même principe s’applique d’ailleurs : c’est souvent le détail qui tranche.
Travailler en jogging et se sentir professionnelle : le grand écart
Concrètement, le problème des entrepreneurs qui bossent chez elles – le vrai, pas le théorique – c’est qu’on passe des heures assises devant un écran. Et un jean boutonné serré pendant huit heures, même le plus beau du monde, ça finit par ne plus l’être.
Aline l’avoue avec un aplomb que j’apprécie :
« J’ai des jeans que j’adore mais que quand je suis assise devant l’ordi – entre nous – je le déboutonne. »
Emma a une réponse pragmatique à ça. Le legging à la maison, le jean pour sortir. Ou mieux : avoir chez soi des pièces qui apportent de la structure – une veste perfecto, un blazer léger, quelque chose qui cadre la silhouette même sur un bas confortable. Et mettre ses accessoires juste à côté de la porte d’entrée, pour les enfiler en partant sans avoir à chercher.
Elle recommande aussi les robes longues et fluides pour les journées desk. Elle vit à l’île Maurice (ce qui change clairement la donne climatique), mais l’idée tient en dehors des tropiques : une robe fluide, c’est plus confortable qu’un jean et ça donne quand même une vraie allure.
Pour les chaussures – sujet sensible – Emma s’éloigne des talons aiguilles et recommande des petits talons carrés de 5 à 6 cm maximum. Stables, rapides, portables toute la journée. Même courir reste possible. Et une belle paire de bottines camel avec des détails travaillés, portée avec un jean basique, change tout. C’est l’accessoire qui fait basculer une tenue du côté du style.
Ce genre de réflexion sur l’organisation du quotidien d’entrepreneur rejoint d’ailleurs ce qu’on peut lire dans les leçons tirées d’une année d’entrepreneuriat : les petites routines quotidiennes ont un impact bien plus grand qu’on ne croit sur la tenue globale d’un projet.
Maquillage : les trois gestes qui suffisent
Emma De Neve a une approche du maquillage qui ressemble à celle d’une CMO face à son budget : trouver le minimum efficace, pas le maximum impressionnant.
Ses trois fondamentaux :
- Les sourcils – « Si j’ai un truc à mettre, c’est ça. Je préfère limite avoir des cernes, c’est pas grave. »
Le teint – fond de teint léger ou anti-cernes selon l’état du matin. Et le rouge à lèvres ou gloss – applicable en voiture, effet immédiat sur la mine, bonne mine garantie en trente secondes.
Emma garde d’ailleurs dans son sac : rouge à lèvres, crayon sourcils, anti-cernes. Trousse de survie portable, pas kit complet. Pour les jours normaux, ce triptyque suffit. Pour les rendez-vous clients importants, on peut aller plus loin – eyeliner, enlumineur, couleurs différentes. Mais le socle reste le même.
Ce qui m’intéresse dans cette approche, c’est que Emma traite le maquillage comme un outil de puissance, pas comme une obligation sociale. Elle parle de créativité, de jouer avec son identité visuelle, de se mettre dans un état d’esprit. Les Américaines que l’on voit en conférence ou sur YouTube – habillées décontracté mais maquillage et cheveux impeccables – appliquent exactement ce principe : soigner l’essentiel, pas tout.
Et quand elle dit que le maquillage permet d’« être un peu qui on a envie d’être », c’est plus profond que ça n’en a l’air. C’est une forme de projection consciente de soi-même. Ce que l’on fait aussi, d’une certaine façon, quand on travaille son image de marque et de business en ligne.
Par où commencer quand on a l’impression de n’avoir aucun style
Neuf mois. C’est le temps qu’Emma De Neve a passé à publier des articles sur bihabillé.com sans générer de revenus, sans audience établie, dans un marché qui lui semblait déjà saturé par les blogs de Kenza et Betty. Elle postait le dimanche après-midi. Sans exception. Jusqu’au jour où elle en a loupé un – et qu’une lectrice lui a envoyé un email pour lui dire qu’elle était trahie.
Ce n’est pas un détail anecdotique. C’est une leçon sur la régularité, sur la niche, sur le fait de se lancer même quand on a l’impression que tout est déjà pris. Et c’est exactement ce qu’elle dit aux femmes qui lui écrivent en disant qu’elles n’ont pas de style : tout le monde peut en avoir un. Il faut juste comprendre les mécanismes de base – ceux qu’on n’a pas tous appris.
Emma le dit sans condescendance : « On n’a pas toutes eu la chance d’avoir une maman qui nous a appris à bien nous habiller. » Bihabillé existe pour ça. Pas pour suivre les tendances. Pour décrypter les techniques de l’élégance féminine – quelque chose d’intemporel, pas de saisonnier.
Son conseil pour démarrer : identifier ses basiques de garde-robe, construire des tenues prêtes à l’emploi avec des accessoires qui vont avec, et arrêter de vouloir être créative quand on n’a pas le temps de l’être. La structure stylistique, ça se construit. Et une fois que c’est en place, ça prend cinq minutes le matin.
Le parallèle avec les stratégies pour structurer son business en ligne est frappant : dans les deux cas, on cherche un système qui tourne sans effort conscient permanent.
Reste une vraie limite à tout ça – et j’assume de la mentionner. Le style vestimentaire entrepreneur, ça ne compense pas une offre bancale, un positionnement flou ou un manque de clients. C’est un levier parmi d’autres, pas une solution miracle. Aline elle-même le précise dans l’épisode : l’image que tu renvoies aux autres, c’est aussi l’image de ta relation avec toi-même – et cette relation, elle se travaille sur plein de fronts simultanément. Mais c’est un des fronts les moins souvent traités sérieusement. Et c’est peut-être pour ça qu’il mérite qu’on s’y arrête.











