Le co-marketing partenariat reste l’un des leviers de croissance les moins exploités – et pourtant les plus efficaces – pour les équipes marketing qui n’ont pas des budgets illimités. Caroline Mignaux, fondatrice de Reachmaker et animatrice du podcast Marketing Square, le dit sans détour : c’est le troisième pilier de la croissance, celui dont personne ne parle vraiment, celui qui est « sous-documenté ».
Et elle a raison. Quinze ans que je couvre le marketing digital, et le co-marketing reste systématiquement le parent pauvre des stratégies documentées. On a des milliers d’articles sur le SEO, sur les tunnels de conversion, sur le paid. Sur le partenariat ? Quasiment rien de structuré.
Alors quand Marketing Square consacre un épisode entier à la question – pas pour vendre du rêve, mais pour aligner types de partenariats et objectifs concrets – ça mérite qu’on s’y arrête vraiment.
Build, Buy ou Partner : le cadre que personne ne t’a jamais expliqué
Caroline Mignaux pose un cadre en trois mots. Build : tu construis en interne. Buy : tu achètes – une audience, une techno, un concurrent. Partner : tu échanges.
Ce troisième pilier, c’est le plus rentable sur le papier. Tu n’as pas quelque chose ? Pas besoin de mobiliser six mois de R&D ni de sortir le chéquier. Tu vas chercher quelqu’un qui l’a déjà, et vous créez quelque chose ensemble – ou vous vous recommandez mutuellement.
« Trouver un partenaire stratégique, ça va vous permettre d’atteindre vos objectifs bien plus rapidement que ce que vous aviez espéré. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et c’est là que ça coince – parce que la plupart des boîtes savent que les partenariats existent, mais ne savent pas par quel bout commencer.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire il y a dix ans – c’est exactement ce que Caroline structure dans cet épisode : partir de l’objectif marketing, et remonter au type de co-marketing partenariat adapté. Pas l’inverse.
Parce que le problème classique, c’est de choisir un type de partenariat (« on va faire un webinar ») sans l’avoir connecté à un objectif mesurable. Et du coup, six semaines de coordination pour un résultat qu’on n’a même pas su évaluer. Les leviers de croissance qui fonctionnent vraiment partagent tous ce point commun : ils partent d’un objectif clair, pas d’une envie de faire quelque chose.
Trafic et génération de leads : le co-marketing partenariat par l’événement
Premier objectif, premier type. Tu veux du trafic, tu veux des leads – Caroline recommande l’événement co-organisé à 100%.
En B2B, ça donne un webinar avec un partenaire qui a une audience complémentaire à la tienne. Livestorm pour la plateforme, une mécanique de co-inscription qui fait grossir les deux bases email – c’est propre, c’est rapide, c’est mesurable.
En B2C, le pop-up store éphémère. Une DNVB (marque native digitale) qui veut tester le physique peut s’associer à une autre marque qui cherche exactement la même chose. Eventbrite pour gérer les inscriptions, une adresse partagée pour six semaines – et les deux marques repartent avec des données clients qu’elles n’avaient pas.
« Sur les webinars ou sur les pop-up stores, vous allez pouvoir récolter des emails. »
Voilà. C’est ça le vrai bénéfice – pas la visibilité, pas le rayonnement. Les emails. Ce qui m’agace dans la façon dont on parle d’événements co-brandés, c’est qu’on zappe systématiquement la mécanique de capture de données. L’événement n’est pas une fin en soi.
Une chose à garder en tête : la qualité de l’audience du partenaire importe autant que sa taille. Un webinar avec 200 inscrits hyper ciblés génère plus de pipeline qu’un événement avec 2000 personnes vaguement intéressées par le sujet. Cette nuance, Caroline ne la dit pas explicitement – mais elle est là en filigrane quand elle parle de partenaire « affinitaire ».
Engagement et acquisition de followers : quand le jeu concours reste imbattable
Deuxième objectif : faire grossir ton engagement, tes abonnés réseaux, ta base email. Le co-marketing partenariat adapté ici ? Le jeu concours croisé.
Caroline l’assume complètement : « c’est horrible, on en voit partout ». Et dans le même souffle, elle dit que ça fonctionne encore « diablement efficace ». C’est exactement ce genre de lucidité qui me fait apprécier les praticiens vs les théoriciens du marketing.
« Faites-le intelligemment avec un partenaire qui est vraiment affinitaire, trouvez une mécanique vraiment sympa, mais en tout cas, voilà, le jeu concours, c’est bête, mais ça fonctionne encore toujours aussi bien. »
C’est exactement le problème avec les outils qui « ont l’air dépassés » – ils fonctionnent, justement parce que tout le monde a arrêté de les utiliser sérieusement. Et la comparaison avec les sondages LinkedIn est juste : on sait que c’est du bait, on répond quand même.
Le contenu co-produit rentre aussi dans cette catégorie. Un livre blanc co-signé avec un partenaire, ça fait plusieurs choses en même temps :
- Ça crée un actif téléchargeable qui génère des leads qualifiés sur la durée
- Ça associe les deux marques dans l’esprit du lecteur – biais d’autorité par association
- Ça double la distribution naturelle puisque les deux audiences reçoivent le contenu
La limite ici, c’est que le contenu co-produit demande du temps. Beaucoup de temps. Une coordination éditorial entre deux équipes, des validations croisées, des délais qui glissent… Si tu travailles avec un partenaire qui n’a pas de process content en interne, prévois le double du temps estimé. C’est une limite réelle que personne ne documente.
Diversifier son offre : le co-marketing partenariat version produit
Troisième type, et probablement le plus spectaculaire quand ça marche. Le partenariat produit – ou ce que le grand public appelle la « collab ».
Karl Lagerfeld et H&M. L’exemple canonique du co-branding : deux univers qu’on n’attend pas ensemble, une collection capsule, une frénésie d’achat. Mais Caroline cite un cas moins connu qui me semble bien plus instructif : Fago et Aigle.
Frédéric Munier, fondateur de Fago, ne s’est pas lancé dans cette collaboration pour vendre plus à court terme. L’objectif déclaré : tester si la marque avait une chance sur le marché asiatique, et apprendre d’un partenaire installé. C’est une façon de faire de la stratégie de pénétration de marché avec un risque drastiquement réduit – pas besoin de bureau au Japon, pas besoin de six mois d’étude de marché.
Et puis il y a le cas Monoprix-Stuart. Pendant le Covid, Monoprix avait besoin de livraison de proximité. La question n’était pas « est-ce qu’on investit dans une flotte de livreurs ? » mais « est-ce qu’il existe déjà quelqu’un qui fait ça bien ? ». Stuart existait. Le partenariat a été fait.
Ce modèle – aller chercher une compétence externe plutôt que la reconstruire en interne – est fondamentalement sous-estimé par les PME. Les grandes boîtes le font naturellement (c’est souvent leur seule façon d’aller vite). Les petites structures pensent que c’est réservé aux grands groupes. C’est faux.
Pour les agences et indépendants – et là Caroline touche quelque chose que je vois beaucoup dans l’écosystème freelance – la combinaison de compétences complémentaires crée une offre différenciée dans un marché saturé. Une agence inbound + une agence outbound qui proposent une prestation commune : elles ne se concurrencent plus, elles se complètent. Et leur clientèle cible est exactement la même. C’est l’une des façons les plus rapides de se démarquer dans un marché saturé sans baisser ses prix.
Le co-marketing partenariat pour gagner en légitimité : l’échange de visibilité
Quatrième objectif, quatrième outil. Tu veux de la visibilité, tu veux de la légitimité. Là, Caroline recommande l’échange de visibilité – pro bono, chaque marque recommande l’autre à son audience.
Simple. Trop simple ? Pas vraiment. La difficulté réelle, c’est de trouver un partenaire qui met « à peu près la même chose dans le panier ». Si ton audience vaut 10 fois celle de ton partenaire potentiel, la conversation va vite devenir inconfortable.
C’est pour ça que Reachmaker a développé un Reach Calculator – un outil gratuit qui te donne une estimation de la valeur de ton audience. Pas parfait (aucun outil de ce type ne l’est), mais ça objective la négociation. Au lieu de se battre sur des perceptions, on parle en chiffres.
Le biais d’autorité par association fonctionne dans les deux sens, ce qui est souvent oublié. Si une marque établie te recommande, tu en bénéficies clairement. Mais si toi tu recommandes une marque plus petite, tu prêtes aussi une partie de ta crédibilité. C’est un investissement, pas une faveur gratuite – et ça mérite d’être traité comme tel.
Ce type de co-marketing partenariat est particulièrement pertinent pour les créateurs de contenu et les newsletters. Monétiser sa newsletter passe souvent par là : des échanges de mentions croisées entre newsletters complémentaires, avant même d’aller chercher des annonceurs payants.
Conversions et ventes : l’affiliation, le gift with purchase, et le programme de fidélité
Cinquième et dernier objectif dans la taxonomie de Caroline : convertir plus efficacement. Trois outils ici, avec des logiques très différentes.
L’affiliation d’abord. La mécanique est connue : un partenaire qui vend au même client que toi te recommande, en échange d’une commission (5%, 10%, 15%, 20% selon les modèles). Ce qui est structurellement intéressant avec ce modèle, c’est que le risque est quasi nul. Tu commissionnes sur du chiffre réellement généré – pas sur de la visibilité promise.
Et la recommandation convertit mieux que n’importe quelle pub. C’est documenté depuis des décennies – la preuve sociale reste le premier facteur de décision d’achat pour la plupart des catégories de produits.
Le programme de fidélité croisé ensuite. L’exemple de Tier Mobility dans le programme de fidélité de la Société Générale est parlant : les 10 premières courses offertes font franchir la barrière de l’adoption. Une fois que l’utilisateur a téléchargé l’appli et utilisé le service, la conversion suivante coûte infiniment moins cher. C’est du marketing d’acquisition déguisé en avantage client – et tout le monde est gagnant.
« Une fois que l’utilisateur, il a passé la première friction de l’adoption, il va avoir téléchargé l’application, utiliser le service, il va en être content. Bah en fait, forcément, vous allez avoir beaucoup moins de mal à le convertir pour la suite. »
Exactement. La première transaction est la plus chère. Le co-marketing partenariat, dans ce modèle, sert à faire payer cette première transaction… par quelqu’un d’autre.
Et puis il y a le gift with purchase – le cadeau d’achat. Caroline glisse ça comme un « tips » de fin d’épisode à l’approche des fêtes, mais c’est en réalité une stratégie à part entière. Plutôt que de discounter ton produit (ce qui détruit la valeur perçue), tu augmentes la valeur perçue du panier en y ajoutant un produit partenaire. Le partenaire fait du placement produit auprès de ton audience. Toi tu préserves tes marges. Win-win réel – pas le win-win de façade qu’on lit dans les decks de présentation.
Ce que j’aurais aimé que Caroline développe davantage : la négociation concrète de ces accords. Comment on fixe la valeur du cadeau ? Qui finance le stock ? Ces questions pratiques restent sans réponse ici – et c’est souvent là que les partenariats s’arrêtent avant même de commencer. Mais bon, c’est un épisode de podcast de 11 minutes, pas un guide de 80 pages.
Ce qui est certain, c’est que ces cinq types de co-marketing partenariat – événement, jeu concours/contenu, partenariat produit, échange de visibilité, affiliation – couvrent la quasi-totalité des situations marketing courantes. La question n’est pas « est-ce que le co-marketing peut m’aider ? » mais « quel type correspond à mon objectif du moment ? » Et ça, c’est une question à laquelle tu peux maintenant répondre. Construire un business qui rapporte passe souvent par cette capacité à identifier le bon levier au bon moment – pas à tout faire en même temps.
Pour trouver des partenaires compatibles avec ton profil, Reachmaker (reachmaker.com) est la plateforme développée par Caroline Mignaux. Le Reach Calculator gratuit permet d’estimer la valeur de son audience avant d’entamer une négociation partenariale. Et pour aller plus loin sur les stratégies pour scaler un business en ligne, d’autres épisodes du catalogue méritent le détour.











