construire son équipe

Comment construire un monstre – avec Alexandre Bortolotti

Épisode diffusé le 5 juin 2018 par Marketing Mania

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Construire son équipe – pas juste embaucher des gens, mais vraiment bâtir quelque chose qui tourne sans toi – c’est souvent le moment où un business solo bascule. Alexandre Bortolotti, fondateur de WP Marmite (l’un des plus gros sites francophones sur WordPress), l’a fait en deux ans. Dans une conversation avec Stan Leloup sur le podcast Marketing Mania enregistrée en 2018, il raconte comment il est passé de solopreneur débordé à manager d’une équipe de six freelances. Et ce qu’il dit mérite qu’on s’y arrête.

Parce que la vraie question – celle que personne ne pose vraiment – c’est pas « comment je trouve mes premiers clients ». C’est : que se passe-t-il après ? Une fois que le business tourne, que les rentrées d’argent couvrent les dépenses, que tu as ce qu’on appelle le product market fit… tu fais quoi ? Tu restes là à optimiser tes revenus passifs en regardant les chiffres monter ? Ou tu construis quelque chose de plus grand ?

Pour Bortolotti, la réponse est venue d’une citation de Gary Vee : « There’s nothing like the beginning of building a fucking monster ». Le monstre, c’est la machine. Et construire son équipe, c’est la première brique.

Deux ans plus tôt, il était seul à courir partout

Février 2016. Alexandre Bortolotti est invité pour la première fois sur Marketing Mania. À l’époque, WP Marmite démarre à peine, et il est en train de monter WP Chef – une formation WordPress co-construite avec deux associés. Deux ans plus tard, la formation a formé plus de 500 personnes. Le site WP Marmite est devenu une référence. Et lui ? Il gère une équipe de six personnes.

Quand il dit « courir partout », c’est pas une métaphore. C’est le quotidien du solopreneur qui fait tout : le contenu, les vidéos, le montage, la compta, les emails, les corrections de devoirs. Tout. Le genre de rythme qui donne l’impression de progresser mais qui, en réalité, te colle au sol.

Ce qui a changé, c’est pas une révélation soudaine. C’est une délégation progressive – et souvent inconfortable – de chaque tâche qui prenait du temps sans vraiment avoir besoin de sa présence. D’autres entrepreneurs en ligne ont vécu exactement le même tournant, souvent au même stade.

La première délégation : pas celle qu’on croit

Quelle est la première tâche qu’il a confiée à quelqu’un d’autre ? La compta. Pas la création de contenu. Pas les vidéos. La compta et l’administratif.

C’est souvent là que ça coince, d’ailleurs. On pense à déléguer les trucs « créatifs » en premier, parce que c’est plus sexy d’avoir un rédacteur qu’un assistant comptable. Mais en pratique, c’est la paperasse qui bouffe le plus d’énergie mentale – cette charge cognitive diffuse qui empêche de se concentrer sur ce qui compte vraiment.

« Rien que de déléguer un petit peu la compta et tout ça, ça m’a fait respirer, ça permet de prendre un petit peu de hauteur et de faire davantage de choses. »

Respirer. C’est le mot exact. Pas « optimiser », pas « scaler ». Respirer.

Ensuite, le montage vidéo. Bortolotti est clair là-dessus : il n’était pas bon à ça, et ça lui prenait un temps fou. Il a trouvé quelqu’un qui habite à 500 mètres de chez lui – ce détail géographique, j’aurais pu le passer, mais il dit quelque chose sur la façon dont on trouve ses premiers prestataires : souvent dans son entourage immédiat, pas sur Upwork.

Construire son équipe sans bureau, sans contrats : le modèle freelance

Six personnes dans l’équipe. Zéro employé. Tout en freelance.

C’est le modèle de la majorité des business en ligne à ce stade, mais on en parle rarement avec ce niveau de détail. Voilà à quoi ressemble la structure concrète de WP Marmite en 2018 :

  • Une personne pour le montage vidéo (trouvée dans le voisinage)
  • Une personne pour les sous-titres et transcriptions (une freelance francophone)
  • Un assistant polyvalent – issu de sa propre communauté client – qui gère les commentaires et aide sur les formations
  • Un content manager qui coordonne le planning éditorial et les rédacteurs ponctuels
  • Une assistante administrative via World Wide 101 (environ 40€/heure pour 20h/mois)

World Wide 101, c’est une plateforme d’assistants virtuels « premium » – comprenez, des gens basés en France ou en Europe, pas à Madagascar. Bortolotti avait essayé les assistants offshore. Ça n’avait pas marché comme il voulait. 790€ par mois pour 20 heures, c’est le tarif qu’il paie. C’est pas donné, mais il assume.

Et là où c’est malin – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – c’est qu’il a recruté son assistant directement dans sa communauté. Une annonce dans son groupe Facebook clients. Deux candidats. Un choix difficile. Et une relation de travail qui fonctionne parce que la personne connaît déjà le produit, l’univers, les valeurs du blog.

Le contenu qu’il ne crée plus – et pourquoi ça l’obsède encore un peu

Voilà le truc sensible. Bortolotti ne rédige plus vraiment les articles de WP Marmite. Il relit encore (même si ça aussi, c’est en train d’être délégué). Et au début, ça le dérangeait.

« Au début, je me suis dit que ça serait plus vraiment moi, tu vois en fait le blog. Mais au final je me dis ce qui compte c’est est-ce que les gens viennent pour moi ou est-ce qu’ils viennent pour le blog, la marque. »

C’est la question que beaucoup de créateurs de contenu évitent de se poser. Parce que la réponse est souvent inconfortable : les gens viennent pour le problème que tu résous, pas pour toi.

WP Marmite a une identité éditoriale forte – des articles de 2000 à 3000 mots minimum, des tests réels de plugins (pas une liste Wikipedia avec descriptions génériques), des vrais avis sur ce qui marche et pour qui. C’est ça, la marque. Pas la personne derrière.

Et lui reste visible en vidéo. Il garde ce lien direct, cette présence. Mais l’article du jeudi matin ? Il peut être signé par quelqu’un d’autre, à condition que la méthode soit la même. La cohérence d’une offre ou d’un contenu tient aux process, pas aux individus. C’est une leçon que beaucoup apprennent trop tard.

Former ses clients – et construire son équipe en même temps

WP Chef, la formation WordPress à 375€ (version solo) ou 695€ (version pro avec devoirs corrigés), tourne depuis 2016. Plus de 500 personnes formées. Les devoirs ? Cinq corrections en moins d’une demi-heure. Le modèle est rodé.

Mais ce qui m’a vraiment intéressé dans cette partie de la conversation, c’est pas la mécanique de la formation. C’est ce que Bortolotti et Leloup évoquent sur la pédagogie. Ce problème que tout le monde dans le business de la formation en ligne esquive soigneusement : le taux de completion.

« Le pourcentage de personnes qui va finir une formation web versus le pourcentage de personnes qui va finir un cours à l’université, ça a rien à voir parce que l’université tu as tout un environnement social qui est construit autour. »

Juste. Et la réponse de Leloup à ce problème, c’est les groupes Mastermind intégrés à la formation. Des groupes de 5 à 6 personnes, matchés par niveau, avec un leader désigné et un programme de 12 semaines. Un appel par semaine. Et cette mécanique humaine très simple : tu peux pas arriver à l’appel sans avoir avancé, parce que tu commences à connaître ces gens.

Les retours sont bons, dit-il. « Cette semaine j’aurais procrastiné mais j’avais l’appel vendredi. » C’est exactement ça. La pression sociale fait ce que la volonté individuelle ne fait pas. Passer d’un produit one-shot à un vrai suivi dans la durée change complètement la dynamique de rétention.

Un Mastermind de 50 personnes à l’île Maurice – et ce que ça change vraiment

50 personnes. C’est le format du Mastermind physique auquel participe Bortolotti, organisé par Cédric Annecette, avec des rendez-vous tous les trimestres dans des villes européennes – et parfois à l’île Maurice.

C’est pas ce qu’on imagine quand on entend « Mastermind ». Les petits groupes de 5-6 en visio, c’est un format. Les événements physiques de 50 personnes sur 2 jours, c’est un autre. Tables de 5 à 7, présentations, sessions de travail, engagements trimestriels. Et un ticket d’entrée qui a « pas mal augmenté » depuis les premières promos (il ne donne pas de chiffre précis, mais le sous-entendu est clair).

Ce que ça lui a apporté concrètement ? Construire son équipe. C’est dans ce contexte qu’il a décidé de structurer son recrutement, de se donner la permission de déléguer. Pas depuis une formation sur la délégation. Depuis des conversations avec des gens qui l’avaient déjà fait.

« C’est justement en fait grâce au Mastermind que j’ai mis en place ça. »

Voilà. La connaissance transmissible, c’est bien. Mais la permission sociale – voir quelqu’un comme toi l’avoir fait avant – c’est souvent ce qui déclenche le passage à l’acte. Construire son réseau n’est pas un luxe de fin de parcours – c’est parfois ce qui débloque les décisions les plus structurantes.

Et maintenant, lui essaie de reproduire ça à plus petite échelle dans ses propres formations. Les groupes Mastermind intégrés qu’il a créés pour ses étudiants, c’est en partie un hommage à ce qu’il a vécu. Avec une contrainte supplémentaire : ça doit pouvoir scaler. 5 groupes actifs aujourd’hui, 10 ou 15 au prochain lancement. Une personne dédiée à l’organisation. Et un élément humain qui reste dans un produit qui, sans ça, serait juste des vidéos derrière un paywall.

Est-ce que c’est un modèle pour tout le monde ? Clairement pas. Ça demande du temps, de l’organisation, une vraie volonté de s’impliquer dans les résultats de ses clients – pas juste encaisser et disparaître. Mais pour ceux qui se posent la question de savoir quoi ajouter à leur business une fois que ça tourne, cette direction – plus d’humain, moins de passif – mérite au moins d’être considérée sérieusement. Ou pas. Ça dépend de ce que tu veux construire.

Questions fréquentes

Comment construire son équipe quand on est solopreneur ? +
La plupart des solopreneurs commencent par déléguer les tâches chronophages et à faible valeur ajoutée : compta, montage vidéo, sous-titrage. Ce n'est qu'une fois ces tâches externalisées qu'on peut se concentrer sur la stratégie et la création de contenu. Alexandre Bortolotti de WP Marmite a suivi exactement ce chemin : compta en premier, puis montage vidéo, puis rédaction. L'ordre compte.
Combien coûte un assistant virtuel en France ? +
Via des plateformes comme World Wide 101 qui proposent des assistants basés en Europe, le tarif tourne autour de 40€ de l'heure, soit environ 790€ par mois pour 20 heures. C'est plus cher que les assistants offshore, mais la qualité de communication et la fiabilité sont généralement au rendez-vous pour des tâches administratives et comptables.
Comment améliorer le taux de completion d'une formation en ligne ? +
Le taux de completion des formations en ligne est structurellement faible parce qu'il manque la pression sociale qu'on trouve dans un cursus universitaire. Les solutions qui fonctionnent : séquences d'emails hebdomadaires, groupes Facebook avec lives réguliers, et surtout les groupes Mastermind intégrés - des petits groupes de 5 à 6 étudiants qui se retrouvent toutes les semaines. Cette dernière approche est plus difficile à mettre en place mais ses effets sur l'engagement sont documentés.
C'est quoi le product market fit pour un business en ligne ? +
Le product market fit, c'est le moment où ton offre trouve sa demande naturelle : les gens achètent sans que tu aies à forcer, le bouche-à-oreille fonctionne, et le chiffre d'affaires couvre tes dépenses. Pour un créateur de contenu ou un formateur, c'est souvent le signal pour construire son équipe plutôt que de continuer à tout faire seul.
Comment trouver ses premiers freelances quand on monte son équipe ? +
Bortolotti a utilisé plusieurs sources : son entourage proche pour le montage vidéo, sa propre communauté de clients pour un assistant polyvalent, Google pour les rédacteurs, et une plateforme spécialisée pour l'assistance administrative. Le recrutement dans sa communauté cliente est particulièrement intéressant : la personne connaît déjà le produit et l'univers du blog, ce qui réduit drastiquement la période de rodage.
Un Mastermind vaut-il vraiment l'investissement pour un entrepreneur ? +
Pour Bortolotti, la réponse est clairement oui - et pas pour les raisons habituellement citées. Ce n'est pas tant les « hacks » partagés que la permission sociale que ça donne : voir des gens dans ta situation avoir déjà fait le pas que tu hésites à franchir. C'est ce qui l'a poussé à construire son équipe. La limite réelle, c'est le prix : les bons Masterminds sont chers, et le tarif augmente avec la réputation du groupe.

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