blog business

Recevoir 1,8 million de visiteurs /an sans être à plein temps – avec Frédéric Canevet

Épisode diffusé le 14 octobre 2015 par Marketing Mania

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Un blog business qui tourne à 10 000 visiteurs par jour, 4 000 euros de chiffre d’affaires mensuel, et un auteur qui rentre chez lui le soir après sa journée de boulot de cadre dans une grande boîte. C’est le paradoxe Frédéric Canevet, fondateur de conseilmarketing.fr, invité de Stanislas Leloup dans le podcast Marketing Mania. Et ce qui m’a frappé dans cette conversation, c’est pas le chiffre des 1,8 million de visiteurs par an. C’est la méthode derrière. Parce que Frédéric ne joue pas dans la même cour que les blogueurs classiques qui publient trois articles par semaine en espérant que Google va finir par les remarquer.

Il a construit quelque chose de structuré. Un système. Ce que la plupart des gens qui lancent un blog ne font jamais vraiment – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand je regardais tourner les premiers blogs marketing francophones en 2009.

Le blog passion qui devient un blog business malgré lui

2006. Frédéric Canevet lance conseilmarketing.fr pour une raison assez banale : il avait des notes dans des fichiers Word, il tournait entre trois appartements avec ses associés développeurs, et une clé USB c’est pas pratique. Blogspot réglait le problème du vide-poche numérique.

Pendant trois ans, c’est un hobby. Un mémoire personnel. Puis en 2009, tout bascule : avec un co-auteur spécialisé coaching, il lance ce qui serait, selon lui, la première formation au blogging en France. Sur les médias sociaux. 500 clients à 149 euros pièce. (Ce qui, au passage, fait 74 500 euros de revenus bruts sur un premier lancement – pas mal pour un vide-poche.)

Mais après ça, le blog stagne. 1 500 à 2 000 euros par mois pendant des années. Frédéric a une fille, un boulot qui prend de la place, la vie quoi. Et c’est seulement fin 2014 qu’il remet les gaz et commence à traiter conseilmarketing.fr comme un vrai blog business – pas comme un blog.

«Il y a beaucoup de gens en fait qui considèrent leur blog comme un blog et pas comme un business. Vraiment sortir de l’idée qu’un blog c’est… si on veut gagner de l’argent bien sûr, à chaque fois, il faut sortir du blog passion à un blog business.»

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et pourtant c’est là que 90% des blogueurs restent coincés.

La métaphore qu’il utilise est bonne : l’iceberg. Le blog, c’est la partie visible. Tout ce qui se passe en dessous – la liste de prospects, les produits, les formations, les prestations – c’est ce qui paye les factures. Écrire des articles tout le temps sans construire ce dessous-là, c’est du contenu pour rien.

L’effet waouh ou comment sortir du lot quand tout le monde publie

Le truc c’est que même un bon article ne suffit plus. Frédéric l’a compris à ses dépens quand il a remarqué que ses dossiers approfondis – des articles solides, bien travaillés – ne généraient plus le trafic qu’ils faisaient quatre ou cinq ans plus tôt.

Pas parce que la qualité avait baissé. Parce que le niveau général avait monté. L’infobésité, comme il dit. Et dans un univers où tout le monde publie, la bonne information ne suffit plus à déclencher quoi que ce soit.

«Pour sortir du lot, tu dois vraiment soit avoir un ton, soit en fait mettre de l’émotion, soit travailler sur la forme. Ou alors soit créer l’événement.»

Ce qui m’agace dans cette réalité, c’est qu’elle est évidente une fois qu’on la voit – et invisible avant. Des dizaines de blogueurs bossent des heures sur des articles impeccables qui meurent dans l’indifférence parce qu’ils n’ont pas compris que la distribution est devenue aussi importante que la production.

La réponse de Frédéric : l’effet waouh. Créer du contenu qui fait dire aux gens «c’est le meilleur truc sur ce sujet». Un livre blanc de cent pages. Un web séminaire. Une compilation de référence. Pas juste un article de plus dans le flux. Il cite cet exemple qui m’a amusé : quelqu’un qui retweete un de ses articles sans même l’avoir lu, en disant «connaissant conseilmarketing, ça va être génial». C’est ça, la notoriété au travail. Mais ça demande des années pour en arriver là.

Et ça demande aussi de créer des événements. Sortir un livre, organiser un web séminaire, publier une ressource collaborative. Parce qu’écrire des articles réguliers, c’est bien pour maintenir son cercle d’influence existant. Mais ça ne l’élargit pas. Pour toucher de nouvelles audiences, il faut un événement déclencheur – quelque chose qui justifie qu’un inconnu en parle à ses propres abonnés.

La buzz checklist : le système que personne ne documente vraiment

Deux semaines de travail sur un article. Et derrière – un tweet et une publication LinkedIn. C’est ce que font la plupart. Frédéric, lui, a un fichier Excel.

La buzz checklist, c’est une quinzaine d’étapes documentées pour promouvoir un contenu exceptionnel. Pas pour chaque article – pour les gros coups. Les livres blancs, les web séminaires, les contenus qui méritent vraiment une mise en orbite.

Voici comment ça fonctionne concrètement pour lui :

  • Newsletter vers sa liste principale avec une accroche ciblée
  • Séquence de dix tweets programmés via TweetX pour étaler la promotion dans le temps
  • Chat sur le site configuré pour afficher une fenêtre d’inscription automatique pendant l’événement
  • Emails personnalisés vers un répertoire «contact pro» – des gens qui peuvent relayer
  • Publication sur SlideShare en libre accès plutôt que derrière un formulaire (parce que les influenceurs ne partagent pas ce qui demande une inscription)

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Frédéric l’explique clairement : si tu veux que des gens avec une audience relaient ton livre blanc, ne le mets pas derrière un formulaire. Mets-le sur SlideShare. La friction tue le partage. Tu récupères moins de leads directs, mais tu gagnes en diffusion – et la diffusion ramène des leads autrement.

«Le problème c’est que tu as beaucoup de gens en fait qui n’ont pas cette structure et qui bon se contentent d’écrire un article, ils disent voilà, il y a des gens qui vont venir, je fais un ou deux tweets et voilà et puis c’est bon.»

C’est exactement le problème. Et 95% des gens qui se plaignent que «le blogging ne marche plus» font exactement ça.

Stanislas Leloup le confirme de son côté dans la conversation : le même article, poussé activement versus laissé sans promotion, génère des résultats dix fois inférieurs. Dix fois. C’est pas une différence marginale, c’est un autre ordre de grandeur. Pour aller plus loin sur les mécaniques de growth marketing et de distribution de contenu, les principes restent les mêmes quelle que soit la taille du projet.

Transformer son blog business en générateur de prospects – pas juste de trafic

80% du trafic vient de Google. Mais 80% des résultats viennent de la liste. Frédéric le pose comme une règle quasi absolue, et franchement, les chiffres qu’il donne donnent envie de le croire.

Le constat de départ est brutal : la plupart des sites internet ont un taux de retour des visiteurs de 2%. Ce qui veut dire que 98% des gens qui atterrissent sur ton blog ne reviennent jamais. Jamais. Tu as bossé pour les attirer, ils lisent – peut-être -, et ils disparaissent. Sans laisser de trace.

La solution évidente – une newsletter – ne suffit pas selon lui. «Newsletter», ça sent le spam. Personne ne s’abonne à une newsletter pour la newsletter. On s’abonne pour recevoir quelque chose de précis qui résout un problème précis. Un ebook. Un audit. Un quiz. Une checklist. Le contenu de l’opt-in doit valoir l’email qu’on te donne.

Ce qu’il fait concrètement – et c’est malin – c’est du contenu contextuel. Il a identifié les 10-20 articles qui font du trafic en permanence sur son site. Parmi eux, un article sur la création de cartes de visite. Les lecteurs arrivaient, lisaient, repartaient. Cible potentielle : des créateurs d’entreprise, des freelances, exactement les gens qu’il voulait toucher.

Sa réponse : créer un guide «cartes de visite sexy» et l’afficher comme opt-in sur toutes les pages liées aux cartes de visite. Résultat : une hausse de 30% du taux d’abonnés à sa liste. Trente pour cent. Sur un seul ajustement. (Et c’est souvent là que ça coince : les gens cherchent la technique magique alors que le gain est dans ces ajustements millimétrés.)

La logique est simple : aligner le contenu gratuit avec l’intention de chaque article à fort trafic. Pas une seule ressource générique pour tout le site – des ressources spécifiques par thématique. C’est plus de travail à créer. Mais c’est aussi beaucoup plus de conversions.

Écrire dans une optique de blog business – pas pour se faire plaisir

Frédéric Canevet pose un test simple : regarde tes dix derniers articles. Est-ce que chacun d’eux a été écrit pour attirer un prospect qualifié ? Ou tu as fait de l’actu, un billet d’humeur, un truc hors sujet parce que tu avais envie d’écrire là-dessus ce jour-là ?

Ce qu’il décrit – utiliser SEMrush pour analyser les mots-clés qui font du trafic chez ses concurrents, identifier les lacunes sur son propre site, écrire un article ciblé pour se positionner dessus – c’est du travail éditorial piloté par la donnée. Pas du blogging passion. Un vrai blog business s’appuie sur un fichier Excel de mots-clés à couvrir, pas sur l’inspiration du moment.

Il donne un exemple précis : il repère que «charte graphique» génère du trafic chez un concurrent, constate qu’il est absent sur ce terme, écrit un article optimisé, obtient des liens entrants, se positionne. C’est de la mécanique, pas de la créativité pure. Les deux peuvent coexister – mais si tu dois choisir l’ordre, la mécanique d’abord.

«La plupart des gens qui vont monter un blog vont écrire des articles pas forcément optimisés, pas forcément sur des sujets qui vont attirer des prospects et cetera. Et donc en fait pour eux ce qui va se passer, c’est qu’ils vont travailler pendant un mois, 2 mois, 3 mois, 4 mois et puis après ils verront pas des résultats concrets.»

Et là ils abandonnent. Ou ils disent que «le blogging ne marche plus». Alors que le problème n’est pas le blogging – c’est l’absence de stratégie derrière.

Sur la monétisation, sa position est tranchée et mérite d’être entendue : les ebooks à 7 ou 20 euros ne font pas vivre quelqu’un. Sauf si on en vend deux ou trois par jour – ce qui demande un volume de trafic considérable. Pour un blog business qui veut vraiment générer des revenus sérieux, il faut monter en gamme : des formations vidéo, des prestations à 1 000-2 000 euros, un produit récurrent. La Star Marketing Academy qu’il lance au moment de l’interview tourne à 9,90 euros par mois – il sait lui-même que c’est pas le bon pricing, mais il teste d’abord le concept avant d’optimiser. C’est une logique que j’applaudis : lancer, apprendre, ajuster. Pas passer six mois à optimiser un truc que personne n’a encore acheté.

Le modèle récurrent est d’ailleurs celui qui change vraiment la donne selon lui. Fini de rechasser des prospects à zéro chaque mois. La base existante se renouvelle et grandit. C’est une dynamique de business stable, pas d’une activité freelance stressante – et ça rejoint ce que beaucoup d’entrepreneurs racontent quand ils décrivent le passage du statut freelance à quelque chose de plus structuré.

Pourquoi il n’a pas quitté son boulot – et c’est pas ce qu’on croit

La question que Stanislas pose en filigrane tout au long de l’interview : avec 1,8 million de visiteurs par an et 4 000 euros mensuels de chiffre d’affaires sur conseilmarketing.fr, pourquoi Frédéric Canevet est encore salarié ?

La réponse n’est pas dans la transcription de façon directe – mais elle se lit entre les lignes. Le blog business génère 4 000 euros par mois. C’est bien. C’est pas encore le revenu d’un cadre dans l’édition de logiciel avec quinze ans d’expérience. Et surtout : le blog lui donne une position d’expert que son statut de salarié renforce, pas affaiblit. Il est chef de produit dans une grande boîte. Il écrit sur le marketing B2B. Les deux se nourrissent.

Il y a aussi une honnêteté que j’apprécie : il dit lui-même qu’il «partage ce qui marche». Pas ce qui est en train d’être testé, pas ce qui est prometteur – ce qui a prouvé ses résultats. Cette prudence éditoriale est rare. Et c’est probablement une des raisons pour lesquelles son audience lui fait confiance depuis presque vingt ans.

Concession que je dois faire ici : le modèle Frédéric Canevet est difficilement réplicable à l’identique aujourd’hui. En 2006, il y avait très peu de blogs marketing sérieux en France. La concurrence était quasi nulle. Construire une autorité de domaine pendant dix ans avec régularité – c’est un avantage qu’aucun nouvel entrant ne peut reconstituer en partant de zéro en 2025. La constance reste la clé, comme il dit, mais le délai pour voir des résultats s’est allongé.

Ce qui ne change pas : la structure. La buzz checklist, le contenu contextuel, l’effet waouh, la liste de prospects comme actif prioritaire. Ces principes tiennent. Ce qui a changé, c’est la patience nécessaire pour qu’ils produisent des résultats visibles. Pour voir comment d’autres entrepreneurs ont jonglé entre contraintes personnelles et développement d’un blog business sur le long terme, apprendre à dire non à certains projets reste une compétence sous-estimée dans cet univers. Et pour ceux qui veulent voir des mécaniques de croissance organique appliquées à une marque depuis zéro, le cas Zèta Shoes en croissance 100% organique est une lecture complémentaire utile.

Un blog business, ça se construit comme une PME – pas comme un journal intime. La distinction semble évidente. Elle ne l’est manifestement pas pour tout le monde.

Questions fréquentes

Comment transformer un blog passion en blog business ? +
La distinction principale est dans l'intention éditoriale. Un blog business choisit ses sujets selon les mots-clés qui attirent des prospects qualifiés, pas selon l'humeur du jour. Il dispose d'un système de capture d'emails avec une vraie valeur échangée contre l'adresse, d'une gamme de produits cohérente et d'une logique de promotion structurée pour chaque contenu important. Frédéric Canevet recommande de regarder ses dix derniers articles et de vérifier honnêtement si chacun sert un objectif business précis.
Combien de temps faut-il pour atteindre 10 000 visiteurs par jour sur un blog ? +
Frédéric Canevet a mis environ huit ans pour atteindre ce niveau sur conseilmarketing.fr, en commençant en 2006 et en industrialisant vraiment sa stratégie à partir de fin 2014. Il insiste sur la constance dans la durée comme facteur principal, et reconnaît lui-même que le contexte concurrentiel de 2006 était bien plus favorable qu'aujourd'hui.
C'est quoi la buzz checklist d'un blog business ? +
C'est un fichier Excel documentant une quinzaine d'étapes à suivre pour promouvoir un contenu exceptionnel : séquence de tweets programmés, email vers sa liste, emails personnalisés aux contacts pro susceptibles de relayer, publication sur SlideShare en accès libre, activation du chat sur le site pour inciter à l'inscription. Cette checklist complète s'applique aux gros contenus - livres blancs, web séminaires. Pour les contenus standard, on fait la moitié.
Pourquoi mettre son livre blanc sur SlideShare plutôt que derrière un formulaire ? +
Parce que les influenceurs et partenaires potentiels ne partagent pas ce qui impose une friction. Un formulaire d'inscription avant téléchargement tue le partage organique. En mettant le contenu en accès libre sur SlideShare, on perd des leads directs mais on gagne en diffusion - et la diffusion ramène des leads via d'autres chemins. Frédéric Canevet utilise les deux selon le contexte.
Est-ce rentable de vendre des ebooks sur un blog business ? +
Pas vraiment, selon Frédéric Canevet. Les ebooks à 7 ou 20 euros nécessitent de vendre deux à trois unités par jour minimum pour générer un revenu décent - ce qui implique un volume de trafic considérable. Il recommande de monter en gamme rapidement : formations vidéo, prestations à 1 000-2 000 euros, abonnements récurrents. L'ebook reste utile comme premier produit d'entrée pour qualifier un prospect, pas comme source de revenus principale.
Qu'est-ce que l'effet waouh dans le blog business ? +
C'est le standard minimal pour qu'un contenu génère vraiment du trafic et des partages dans un environnement saturé. L'effet waouh, c'est quand quelqu'un lit un titre et se dit «c'est le contenu de référence sur ce sujet». Un article bien écrit ne suffit plus. Il faut soit un angle unique, soit une profondeur exceptionnelle, soit un format qui sort du lot - livre blanc exhaustif, compilation collaborative, web séminaire en direct. C'est la condition pour que d'autres acteurs aient envie de relayer le contenu spontanément.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat