Créer un vlog quand on est solopreneur, ça ressemble à une idée de geek américain qui tourne en boucle sur YouTube depuis 2012. En France, on préfère le livre blanc et le carrousel LinkedIn. Et pourtant – et c’est là que le truc devient intéressant – une entrepreneuse a décidé de se filmer à l’iPhone depuis son canapé, sans GoPro, sans script figé, sans budget matériel. Et dès le deuxième épisode, elle recevait des messages tous les jours. Dans cet épisode de Marketing Square, Caroline Mignaux reçoit Maud Alavès, fondatrice du Social Hack Club, pour déconstruire ce format que le monde business français ignore encore – à tort.
Le vlog, ce format que tout le monde connaît mais que personne ne fait
Contraction de « blog » et « vidéo ». La définition tient en quatre mots, tout le monde la connaît, et pourtant en France le terme fait encore rire en réunion. Maud Alavès le confirme sans détour : aux États-Unis, le format a trouvé ses lettres de noblesse depuis longtemps, porté par des figures comme Casey Neistat. Ici, il reste l’apanage des YouTubeurs lifestyle, pas des entrepreneurs.
Ce qui change en 2021 ? Deux signaux faibles qui ressemblent de plus en plus à un signal fort. Guillaume Obesh qui sort ses premiers épisodes en juin. Maddyplay qui s’impose comme un Netflix de l’entrepreneuriat. Et derrière ces deux noms, une tendance de fond : la fascination croissante pour l’intérieur de la vie d’entrepreneur – pas les levées de fonds à huit chiffres, mais le quotidien réel, les doutes, les arbitrages.
(C’est exactement le phénomène « study with me » ou « work with me » qui cartonne sur YouTube depuis quelques années – des gens qui se filment en train de travailler, et que des millions d’autres regardent pour se motiver. Le vlog business, c’est la même mécanique appliquée à l’entrepreneuriat.)
Mais Maud pointe quelque chose que personne ne dit vraiment : les vlogs entrepreneurs qui existent montrent toujours les mêmes profils. Des hommes, passés par des écoles de commerce, incubés à station F, qui refusent des chèques à sept chiffres. Elle, c’est une solopreneure qui bosse depuis son canapé. Et elle pense – elle le dit clairement – qu’elle représente la majorité des entrepreneurs, pas l’exception.
« Ceux qui sont représentés aujourd’hui bah sont ceux qui montrent des licornes et ça forcément bah c’est 0,001 % des entrepreneurs et c’est eux qui prennent toute la place. »
C’est exactement le problème. Et c’est aussi une fenêtre d’opportunité réelle pour quiconque veut créer un vlog dans une niche sous-représentée.
Pourquoi Maud a décidé de créer un vlog – et pas un podcast de plus
Derrière l’idée, il y avait un projet précis. Maud Alavès veut monter une école. Et depuis des mois, elle cherche des entrepreneurs qui peuvent lui expliquer les étapes concrètes – pas les grandes leçons de vie d’un « super starteur » qui a réussi, mais les vrais jalons opérationnels.
Le problème : ce contenu n’existe pas. Les podcasts disponibles durent une heure et racontent des trajectoires brillantes mais lointaines. Rien qui ressemble à son quotidien. Rien qui lui dise « l’étape suivante c’est ça ».
« À chaque fois que j’écoute des podcasts, ben c’était toujours une heure de conversation avec un super starteur qui a réussi mais moi ça m’aide pas à me dire c’est quoi l’étape prochaine que je dois faire, ça me ressemble pas non plus à mon quotidien. »
Donc elle a décidé de créer le format elle-même. Logique de pionnier : si ça n’existe pas, tu le fais. Et créer un vlog avait un avantage stratégique supplémentaire pour elle – elle voulait lancer de la formation en ligne, ce qui nécessite de savoir produire des vidéos regardables jusqu’au bout. Le vlog était un terrain d’entraînement déguisé en stratégie de contenu.
Il y avait aussi une autre raison, plus personnelle. Quand on est solopreneur, la solitude est réelle. Annoncer ses objectifs à 1 500 personnes, c’est créer une forme de pression sociale externe – ce que les anglophones appellent « accountability ». Elle s’est engagée publiquement sur un plan à trois mois. Bilan forcé à l’épisode suivant.
Créer un vlog sans matériel : la vraie réponse sur les coûts
iPhone. C’est tout. Pas de selfie stick. Pas de GoPro. Pas de micro externe. Juste l’iPhone, tenu à la main, depuis le canapé.
Ce qui m’a arrêté dans cet échange – et je pense que c’est le point que la plupart des gens ignorent complètement – c’est que le vrai coût du vlog n’est pas financier. C’est temporel. Brutal.
Pour son troisième épisode, Maud Alavès a cumulé entre quatre et cinq jours de travail total. Tournage, dérushage, montage. Le dérushage seul, c’est 12 heures de rushes à condenser en 15-20 minutes. Ce qui veut dire regarder 12 heures de film pour décider ce qu’on coupe. (Et c’est souvent là que les gens arrêtent, avant même d’avoir publié trois épisodes.)
« J’ai dû y passer 4-5 jours en tout. En vrai. À plein. Bah ouais. »
Dit comme ça, ça refroidit. Et c’est honnête de le dire. Créer un vlog n’est pas une stratégie pour les gens qui cherchent des résultats rapides avec un investissement minimal. C’est une stratégie pour ceux qui ont une vision long terme et qui peuvent absorber ce coût de production – ou qui peuvent le déléguer, ce qui ramène évidemment à un coût financier.
Sur le matériel, la position de Maud est claire : pas d’investissement avant dix épisodes pilotes. D’abord, parce qu’il faut valider que le format vous convient. L’idée peut sembler géniale en théorie, les quatre jours de montage en pratique c’est autre chose. Ensuite, parce que la technique s’apprend en faisant – pas en achetant du matériel qui dormira dans un tiroir.
Les vrais résultats : ce que personne n’attendait dès l’épisode 2
Caroline Mignaux le dit dans l’épisode : elle ne s’attendait pas à des retombées aussi rapides. Et franchement, moi non plus en écoutant.
Dès le premier vlog, 1 500 vues – portées en grande partie par un post LinkedIn qui a bien fonctionné. Ce chiffre, Maud elle-même relativise : sans sa communauté LinkedIn existante (2 500 abonnés newsletter, présence solide sur le réseau), l’épisode aurait probablement fait 100 à 200 vues organiques YouTube. Donc pas de miracle ici – la diffusion initiale repose sur des actifs déjà construits.
Mais ce qui est plus surprenant, c’est la qualité des signaux faibles. Tous les jours, au moins un message de quelqu’un qui a regardé le vlog. Des messages de personnes qui se reconnaissent dans son parcours, qui trouvent ça utile, qui partagent. Et sur LinkedIn, un engagement nettement plus fort que ses posts habituels.
Le mécanisme, elle l’explique simplement : quand quelqu’un passe 15 minutes à te suivre dans ton quotidien, il a l’impression de te connaître. Ce lien-là, tu ne peux pas le créer avec un carrousel ou un post textuel, même bien écrit. C’est une connexion d’un autre ordre – plus proche du community-led growth que du contenu classique.
Et la conversion ? Pas de données directes. Mais un client qui a mentionné en call de découverte que ses employés lui avaient parlé d’elle – via LinkedIn et les vlogs. L’ambassadeur n’achète pas forcément, mais il prescrit à quelqu’un qui achète. C’est une mécanique de bouche-à-oreille amplifiée par la vidéo.
Créer un vlog : pour qui ça a du sens, pour qui ça ne marche pas
Là, il faut être honnête. Et Maud l’est.
Créer un vlog n’est pas une stratégie universelle. C’est une stratégie de long terme, de branding, de construction de communauté. Si vous cherchez des leads qualifiés dans les 60 jours, il existe des approches bien plus efficaces – des articles SEO, de l’inbound classique, de la publicité. Le vlog ne remplace pas ces canaux. Il crée quelque chose de différent : une relation.
Ce qui ressemble à un bon profil pour se lancer : quelqu’un qui sait qu’il sera encore entrepreneur dans dix ans, qui veut construire une audience fidèle plutôt qu’un pipeline de ventes, et qui a une trajectoire suffisamment intéressante pour que d’autres aient envie de la suivre. Le journal de bord fonctionne quand il y a quelque chose à raconter – un projet en cours, un pivot, une construction de A à Z.
La question du personal branding se pose aussi ici. Créer un vlog, c’est s’engager sur une forme de transparence radicale. Vos doutes, vos résultats, vos erreurs – tout ça finit à l’image. Pour ceux qui construisent une marque personnelle forte et qui sont à l’aise avec cette exposition, c’est un levier puissant. Pour les autres, c’est une contrainte qui risque de tuer la régularité avant même que le format ait pris.
Maud soulève aussi la question de l’image de soi – le frein principal qu’elle identifie chez 90 % des personnes, et en particulier les femmes. Entendre sa propre voix sur enregistrement, voir ses tics faciaux au montage, juger sa posture à la troisième prise… c’est inconfortable. Elle y a échappé grâce à son expérience dans le mannequinat, qui lui a appris à dissocier son image d’elle-même. Tout le monde n’a pas ce background.
La distribution : créer un vlog ne suffit pas, il faut le pousser
YouTube est aussi Google. C’est la base – le deuxième moteur de recherche mondial, avec une logique SEO propre. Sauf que le vlog, par nature, est difficile à référencer. Contrairement à une interview thématique qu’on peut blinder de mots-clés dans le titre, la description et les tags, un vlog de type « journal de bord » ne se rattache pas facilement à une requête précise. C’est un vrai point faible du format sur le plan SEO.
Du coup, Maud a construit une distribution hybride. La newsletter d’abord (2 500 abonnés, envoi le lundi en même temps que la publication YouTube) – ce qui lui garantit un minimum de 50 à 100 vues immédiates. Puis LinkedIn, quelques jours après, avec un post photo + texte. Sa meilleure performance : une photo d’elle dans son canapé avec un texte sur « la vie d’entrepreneur, c’est pas forcément station F avec des plantes vertes ». Ce post-là a bien cartonné.
Les extraits vidéo sur LinkedIn ? Elle y a réfléchi. Conclusion : la vidéo LinkedIn fonctionne moins bien que le texte en général, et un extrait doit être vraiment saillant pour donner envie de regarder l’intégralité. C’est faisable, mais ça demande de choisir le bon moment – pas juste les 30 premières secondes du vlog.
Il y a aussi la piste des collaborations. Maud évoque l’idée d’une journée filmée avec une autre entrepreneuse – deux perspectives, deux audiences, une vidéo. C’est une stratégie classique sur YouTube (les collabs entre chaînes), peu exploitée dans le monde business français. Si vous vous lancez dans créer un vlog, c’est probablement l’une des façons les plus efficaces d’aller chercher une nouvelle audience sans attendre que l’algorithme vous trouve. (Ce que font très bien les marques qui trouvent des clients sans payer Meta et Google.)
Sur la fréquence : une vidéo par semaine est l’idéal théorique. La réalité de Maud, c’est une toutes les deux semaines – et elle assume ce choix. La régularité prime sur la fréquence. Rater deux semaines consécutives parce qu’on a voulu tenir un rythme trop ambitieux, c’est pire que de s’engager sur une cadence bimensuelle et de la tenir. YouTube récompense la constance sur le long terme, pas les sprints.
10 épisodes avant de juger – et pourquoi ce chiffre a du sens
Un seul épisode ? Pas assez. Le premier, Maud le dit elle-même, aurait mérité 100-200 vues organiques – elle en a fait 1 500 grâce à LinkedIn. Sans cette audience préexistante, le premier épisode d’un vlog disparaît dans le vide de YouTube. C’est normal. C’est la mécanique du format.
Le seuil de 10 épisodes, c’est celui où plusieurs choses se stabilisent en même temps : vous maîtrisez la technique de tournage, vous avez trouvé votre rythme de montage, et vous avez assez de matière pour savoir si le concept accroche ou non. En dessous de ce seuil, impossible de distinguer « mon concept est mauvais » de « je n’ai pas encore trouvé mon audience ».
C’est d’ailleurs la même logique que pour construire une marque forte autour d’un concept nouveau : les premiers signaux sont toujours bruités. La question n’est pas « est-ce que ça marche après l’épisode 1 ? » mais « est-ce que je vois des signaux qui méritent d’investir les 9 épisodes suivants ? »
Et là, Maud a sa réponse. Les messages quotidiens, l’engagement LinkedIn en hausse, le client qui a mentionné les vlogs en call de découverte – c’est suffisant pour continuer. Pas pour se dire que ça y est, l’audience est là. Juste pour continuer.
Ce qui m’agace un peu dans les discours autour du vlog – et cette conversation y échappe en partie – c’est qu’on parle rarement du moment où ça ne prend pas. Où les dix épisodes sont faits, l’audience n’a pas suivi, et il faut décider si on continue ou si on pivote. C’est cette honnêteté-là qui manque encore dans les retours d’expérience sur le format.
Sur la question du personal branding sur les réseaux sociaux, créer un vlog reste une approche parmi d’autres – mais une des rares qui crée un lien aussi fort avec une audience, à condition d’avoir le temps et l’envie de tenir la distance.







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