créer sa propre catégorie

#139 – Créer sa propre catégorie avec un produit unique en son genre et générer une croissance à 3 chiffres chaque année avec Emilie Bernier O’Donnell, CEO @Detective Box (1/2)

Épisode diffusé le 29 octobre 2024 par Danilo Duchesnes

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créer sa propre catégorie avec 500 euros de budget marketing. C’est ce qu’a réussi Émilie Bernier O’Donnell, fondatrice de Détective Box, en 2021 – et les chiffres qui suivent sont difficiles à croire la première fois qu’on les lit. 30 000 euros de chiffre d’affaires en deux mois et demi. Un ROI de 11. Zéro campagne Meta, zéro Google Ads. Juste un référencement sur un annuaire de box par abonnement à 300 euros le trimestre. Voilà ce que ça donne quand le produit est réellement unique.

Danilo Duchesnes, fondateur de DHS Digital et animateur du Rendez-Vous Marketing, l’a interviewée dans l’épisode 139 de son podcast. Ce qui en ressort, c’est pas une success story lisse. C’est le portrait d’une entrepreneuse qui a mis 18 mois à écrire une enquête policière, qui a failli rater le Covid comme une fenêtre d’opportunité, et qui admet sans fard que son site Shopify de lancement, c’était un one-pager fait à la main sur un template gratuit.

La question qui m’a tarabusté pendant toute l’écoute : est-ce que créer sa propre catégorie, c’est une stratégie délibérée ou est-ce que ça arrive par accident quand tu travailles 18 mois sur un truc que personne d’autre n’a le courage de faire ?

Ce que ça veut vraiment dire, créer sa propre catégorie

Le mot « océan bleu » est tellement galvaudé dans les podcasts marketing que j’ai failli zapper. Mais là, le cas Détective Box mérite qu’on s’y arrête. Concrètement : un jeu d’enquête qui dure entre 10 et 12 heures, découpé en trois épisodes vendus séparément, sans règles à lire, avec une plateforme digitale intégrée, conçu comme une série policière réaliste.

Aucune boîte ne faisait ça en France en 2020. Et pour une raison simple : c’est absurdement long à créer. Émilie est claire là-dessus :

« Aujourd’hui la conception d’une enquête par exemple la seconde enquête qui s’appelle le tueur au tarot, ça prend environ 1 an et demi à le concevoir même avec trois personnes qui tape dessus à plein temps quoi. »

C’est exactement le problème. La durée de conception, c’est à la fois la barrière à l’entrée et le bouclier contre la concurrence.

Les quelques acteurs qui ont tenté de copier le concept – Émilie les cite sans les nommer vraiment – n’ont pas eu le même succès. Parce que sans cette profondeur narrative, sans les pièces à conviction physiques pensées au gramme près pour maîtriser les coûts de livraison, sans la plateforme digitale qui prolonge l’expérience, tu as juste un jeu de société un peu sophistiqué. Pas une catégorie à part.

Et créer sa propre catégorie a un coût que personne ne dit : c’est toi qui paies l’évangélisation. Émilie le formule avec une franchise qui m’a plu :

« C’est nous qui nous tapons tout ce travail d’évangélisation pendant que nos petits concurrents profitent du fait que ça existe mais ça c’est toujours le problème d’être le leader. »

Quand tu inventes un marché, tu finances l’éducation du consommateur pour tout le monde. C’est le deal. Pas sûr que ça soit enseigné dans les écoles de commerce.

18 mois d’écriture, puis 500 euros. Le lancement qui fait honte aux agences

Fin 2021. Émilie a son produit, elle a fait un crowdfunding sur Ulule qui lui a rapporté 11 000 euros sans un centime de budget (elle y reviendra peut-être dans un autre épisode, mais l’épisode sur les stratégies de crowdfunding réussies donne déjà des clés intéressantes). Elle a un Shopify basique. Et elle a 500 euros à investir pour prouver que les gens veulent acheter son jeu à Noël.

Là où n’importe quel consultant aurait dit « lance des Facebook Ads » ou « teste Google Shopping », Émilie cherche l’endroit où son audience est la plus qualifiée. Et elle trouve un annuaire en ligne de box par abonnement – un site qui référence les box du moment par catégorie. Dans la catégorie geek : trois box. Tarif : 300 euros le trimestre.

« J’ai mis 300 € pour le trimestre et rien qu’avec ce référencement là, je crois que j’ai fait 30000 € 35000 € sur 2 mois et demi. »

Dit comme ça, ça a l’air simple.

Mais ce qui est intéressant, c’est pas le chiffre. C’est le raisonnement. Elle avait pas les moyens de faire des campagnes payantes. Donc elle a cherché le levier avec le meilleur rapport audience qualifiée / coût d’accès. Et elle l’a trouvé dans un endroit que personne d’autre dans son secteur ne regardait.

Le proprio du site a depuis changé son modèle tarifaire – logique, quand ton ROI est décorrelé de l’investissement au point de frôler le x100, tu rééquilibres. Mais sur le moment, c’était une fenêtre. Et elle l’a vue.

Les 200 euros restants ? Elle ne le dit pas explicitement dans l’épisode. Ce qui m’intéresse davantage, c’est que ces 300 euros de référencement ont servi de crash test. Les métriques ont convaincu des business angels. Qui ont convaincu d’autres investisseurs. Et ainsi de suite.

Qui veut être mon associé : l’émission qui ne convertit pas comme prévu

Danilo mentionne le passage d’Émilie dans Qui veut être mon associé début 2023. Et le retour qu’elle en fait est – c’est le mot juste – décevant, au sens neutre du terme : l’émission n’a pas eu l’impact espéré sur le chiffre d’affaires.

C’est un point que j’aurais aimé creuser davantage dans la transcription disponible, mais on a d’autres cas documentés sur ce podcast. Flotte, par exemple, dont l’impact de QVEMA sur leurs ventes a été raconté en détail – et c’était une autre histoire. Dijo aussi, qui a refusé des fonds et fait 100K le soir de l’émission.

Le produit Détective Box, lui, a une saisonnalité forte. Septembre à décembre pèsent lourd. Et l’émission était diffusée début 2023 – hors saison. Ce timing, combiné au fait que le concept demande plus d’explication qu’une bougie ou un vêtement, explique probablement une bonne partie de l’écart entre les attentes et la réalité.

Ce qui ressort quand même de cette période : sur les trois mois de fin 2022, avec très peu de budget et une alternante comme unique soutien, Détective Box a fait 300 000 euros de chiffre d’affaires. Avec un ROI de 11 sur les campagnes. Avant même que l’émission soit diffusée.

Ça pose une question que l’épisode ne tranche pas : est-ce que QVEMA accélère vraiment les boîtes dont le produit demande un temps d’explication, ou est-ce que la télé est surtout efficace pour les produits qui se comprennent en trois secondes d’image ?

Le site e-commerce : la promesse immersive et le piège du « on vous le promet »

Parlons du Shopify. Au lancement, c’est un one-pager. Une page produit. Une photo d’Émilie montant les boîtes dans son garage. Pas de storytelling, pas de parcours immersif. Et ça a marché – parce que l’audience qui arrivait dessus était déjà qualifiée via le référencement box.

Aujourd’hui, le site a évolué. Il y a notamment une mécanique que j’avais jamais vue aussi bien exécutée : le premier mail du flow welcome contient une énigme. La réponse à l’énigme est un code promo. Tu rentres le code, il s’active si tu as trouvé le bon résultat. Sinon tu recommences.

C’est malin parce que c’est cohérent avec le produit. Et parce que ça crée un micro-engagement avant l’achat – les gens qui ont résolu l’énigme sont dans un état d’esprit différent de ceux qui ont juste cliqué sur une pub.

Mais Émilie est honnête sur le reste :

« Dire je vous promets on est le plus immersif alors que ton expérience d’achat est pas immersive, bah c’est un peu nul. Donc aujourd’hui ça aussi ça va être un de nos gros chantiers à partir de maintenant. »

C’est une limite réelle. Quand le produit promet une immersion de 10 à 12 heures et que le site ressemble à n’importe quel Shopify d’e-commerce mid-range, il y a un fossé. Le « walk the talk » – son expression – n’est pas encore là.

Ce chantier, selon elle, passe par sortir du registre e-commerce classique pour aller vers quelque chose qui ressemble à la façon dont Netflix ou une plateforme de streaming communique sur une série. Pas une page produit avec des bullets. Une expérience de communication qui te plonge dans l’univers avant même que tu aies commandé.

Ça coûte cher à faire. D’où la levée de fonds. D’où aussi le fait qu’ils dépensent déjà plus de 100 000 euros dans la conception audiovisuelle par enquête – un chiffre qui change la perspective sur le prix de 99 euros.

La stratégie d’acquisition : bottom funnel d’abord, top funnel après

C’est peut-être la partie la plus instructive pour quelqu’un qui lance un produit dans une catégorie nouvelle. Émilie et son équipe ont quasi-exclusivement travaillé le bas du funnel jusqu’ici. Pas parce que c’était un choix stratégique réfléchi au départ – plutôt parce que le bas du funnel convertissait tellement bien qu’il n’y avait pas d’urgence à monter plus haut.

En pratique : des ads très orientées produit, qui montrent la boîte, qui expliquent les fonctionnalités (10 heures de jeu, 3 épisodes, 1 à 4 joueurs, 99 euros), sans aller dans l’inspirationnel ou dans la raison d’être. Les gens qui étaient prêts à acheter, achetaient. Ceux qui avaient besoin d’être convaincus, Détective Box ne les travaillait pas.

C’est une approche qui a du sens quand tu crées ta propre catégorie et que la demande latente est forte. Tu ramasses d’abord les gens qui attendaient ce produit sans le savoir. Mais à un moment, ce vivier se tarit. Et il faut aller chercher les gens qui ne savent pas encore qu’ils en ont besoin – ce qui demande du top funnel, de l’éducation, de la narration.

La levée de fonds en cours (au moment de l’enregistrement) vise notamment à financer ce travail. Et le plan pour le Black Friday – plus d’un million d’euros de dépenses publicitaires sur Meta – sera un test grandeur nature de leur capacité à scaler au-delà de leur base existante. La deuxième partie de l’épisode, qui n’est pas encore disponible dans cette transcription, doit couvrir exactement ce sujet.

Pour creuser la mécanique du growth à ce stade de développement, la masterclass sur le growth marketing publiée sur ce même podcast reste une référence utile. Et si tu veux voir comment d’autres fondateurs ont géré ce passage de la croissance organique aux budgets importants, l’épisode sur GAYA et ses 6M€ en 2 ans dans les vélos électriques montre une autre façon d’aborder le problème – dans un marché, lui, très concurrentiel.

Le persona : les couples trentenaires qui ont déjà fait un escape game

Détail que j’aurais aimé voir creuser davantage dans l’épisode – mais il est significatif. Le persona principal de Détective Box, selon Émilie, c’est le couple de trentenaires qui cherche une activité originale à faire chez soi, qui change de Netflix, et qui a déjà fait un ou deux escape games dans sa vie.

Ce qui est intéressant, c’est la mécanique d’achat. Tu achètes la box pour ton partenaire. Mais comme tu vas la faire avec lui ou elle, tu achètes aussi un peu pour toi. Donc tu arrives à justifier 100 euros alors qu’un cadeau purement pour l’autre à ce prix te semblerait cher.

C’est un mécanisme de justification psychologique du prix que les marques de produits en couple ou en famille exploitent souvent – mais rarement aussi clairement articulé. Et Émilie admet qu’ils ne l’ont pas encore vraiment exploité dans leurs angles créatifs. Le travail de persona est en cours de refonte au moment de l’enregistrement.

Ce qui est un peu paradoxal : une marque qui a clairement un product market fit, une croissance à trois chiffres, et qui est en train seulement maintenant de formaliser à qui elle parle vraiment. C’est souvent comme ça – on vend d’abord, on comprend après. Et franchement, la plupart des fondateurs qui font l’inverse perdent du temps à construire des personas qui ne collent pas avec la réalité des achats.

Questions fréquentes

Comment créer sa propre catégorie de produit en e-commerce ? +
créer sa propre catégorie demande d'abord d'identifier un besoin que les consommateurs n'ont pas encore verbalisé. Dans le cas de Détective Box, c'est un jeu d'enquête immersif en plusieurs épisodes - un concept qui n'existait pas sous cette forme en France. La barrière à l'entrée vient du travail de conception : 18 mois pour une seule enquête. C'est ce qui protège la catégorie.
Quel budget faut-il pour lancer un e-commerce de niche ? +
Émilie Bernier O'Donnell a lancé Détective Box avec 500 euros de budget marketing la première année. Elle a investi 300 euros dans un référencement sur un annuaire de box par abonnement et généré 30 000 à 35 000 euros en deux mois et demi. Le budget minimal dépend surtout de la qualité de l'audience ciblée, pas du volume dépensé.
Est-ce que passer dans Qui veut être mon associé booste vraiment les ventes ? +
Pas toujours. Détective Box a eu un impact décevant après son passage début 2023 - hors saison, pour un produit qui demande de l'explication. D'autres marques comme Dijo ont en revanche fait 100K euros le soir de la diffusion. Le timing de diffusion et la simplicité du concept jouent beaucoup.
Comment fonctionne le product market fit pour créer sa propre catégorie ? +
Le product market fit dans une nouvelle catégorie se mesure différemment : tu regardes si les gens qui découvrent ton produit achètent sans avoir besoin d'être éduqués sur le problème. Pour Détective Box, les campagnes bottom funnel convertissaient avec un ROI de 11 sans expliquer pourquoi un jeu d'enquête résout un problème. C'est un signal fort.
Quelle stratégie d'acquisition pour un produit sans concurrence directe ? +
Émilie a d'abord exploité le bas du funnel - des audiences déjà prêtes à acheter, sans campagnes d'éducation. C'est efficace au départ pour capturer la demande latente. Mais à terme, créer sa propre catégorie implique de financer le top funnel pour créer la demande chez les gens qui ne savent pas encore qu'ils en ont besoin.
Comment Détective Box a-t-il utilisé Shopify pour lancer son e-commerce ? +
Un template basique, une seule page produit, une photo de la fondatrice dans son garage. Pas de storytelling élaboré. L'audience arrivait déjà qualifiée via le référencement box, donc le site n'avait pas besoin de convaincre - juste de faciliter l'achat. L'élément différenciant : une énigme dans le premier mail de bienvenue dont la solution est un code promo.

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