Lancer une marque de compléments alimentaires sans budget pub, sans levée de fonds et à deux fondatrices – c’est exactement ce qu’ont fait Léa Filippo et Agathe, co-fondatrices de Mindology. 50 000 euros sur Ulule, 250 Monoprix en trois mois, une LTV de 400 euros sur six mois pour leurs clientes les plus fidèles. Et zéro euro en Facebook Ads. Ce genre de trajectoire, j’en entends parler en théorie dans des conférences. Là, c’est du concret, avec les ratés et les pivots dedans.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode du Rendez-vous Marketing avec Danilo Duchesnes, c’est pas la performance en elle-même – c’est la séquence. La façon dont chaque étape a préparé la suivante, presque sans le savoir. Les groupes de soutien pendant la pandémie qui deviennent une base Ulule. Ulule qui ouvre les portes de Monoprix. Monoprix qui révèle la vraie cible. Et la vraie cible qui force un pivot complet de positionnement. Bref, c’est le genre de cas d’école qu’on aimerait tous écrire après coup – sauf que là, ça s’est vraiment passé comme ça.
Deux ex-accros aux somnifères qui décident de lancer une marque de compléments alimentaires
Au départ, Léa et Agathe ont un problème personnel. Réveils nocturnes pour l’une, terreurs nocturnes pour l’autre. La solution classique – les benzodiazépines, ces somnifères que les médecins prescrivent sans trop se poser de questions – les a toutes les deux accros. Brouillard mental, pertes de mémoire, risque Alzheimer à long terme. Et pourtant, la moitié des prescriptions durent plus de six mois alors que la limite recommandée est là.
Pendant la pandémie, elles lancent des groupes de soutien. Pas sur Facebook, pas sur Instagram – des Google Meet, simples, avec la famille et les amis. En six mois, elles passent de 20 à 250 participants par bouche-à-oreille. Ce que j’aime dans ce démarrage, c’est l’absence totale de calcul marketing. Elles partagent leur histoire, les gens viennent. C’est ça qui rend la communauté solide.
«En fait, on a au départ avec Agathe, on parlait beaucoup de nos problèmes de sommeil. Donc moi c’est plus des réveils nocturnes, elle c’est vraiment des terreurs nocturnes donc c’est des gros cauchemars et en général la solution par rapport à ça qui est un peu la solution autoroute quoi, c’est vers laquelle tout le monde fonce, c’est les somnifères donc les benzodiazépines.»
La «solution autoroute». C’est exactement ça.
Agathe vient de L’Oréal côté R&D – elle sait formuler des produits physiques. Léa porte le projet côté business et community. Elles lancent trois huiles sublinguales associant plantes médicinales françaises et CBD (on était en 2021, la légalisation était fraîche). Premier problème réel : le CBD complique tout. Les banques, les prêts, les investisseurs – même légal, ça restait une zone grise pour pas mal d’acteurs institutionnels. Elles décident de ne pas en faire un angle marketing central, et elles ont eu raison.
Ulule : comment 250 personnes engagées valent mieux que 10 000 abonnés passifs
20 000 euros. C’était l’objectif de la campagne Ulule. Atteint en une journée. Et c’est là que la logique de la communauté prend tout son sens – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on m’explique clairement quand je couvrais mes premiers cas de crowdfunding, c’est que la campagne Ulule ne se lance pas le jour J. Elle se prépare huit mois avant.
«Ce que je conseille quand on se lance sur une campagne Ulule, c’est d’abord d’avoir une première communauté de personnes méga engagées sur le projet qu’on a fédéré longtemps avant parce que nous on les avait bien fédéré depuis 8 mois et qui vont pouvoir pousser le projet en fait autour d’elles.»
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais c’est surtout rare.
Les 250 personnes du cercle 1 et 2 ont acheté immédiatement. L’objectif atteint en une journée, ça crée une réassurance automatique pour le cercle 3 – les inconnus qui découvrent la page. Sur Ulule, une campagne qui a atteint son objectif signifie concrètement que le client va recevoir son produit. Mécanisme psychologique basique, mais redoutable. Les 30 000 euros restants sont venus de la newsletter hebdomadaire d’Ulule (Léa l’a négociée en harcelant – son mot – le porteur de projet jusqu’à l’obtenir). Résultat total : 50 000 euros, environ 600 clients, et une base d’emails de premiers acheteurs engagés.
Sur la question du lancement d’une marque de compléments sans lever des fonds, Dijo avait une approche comparable – construire d’abord une légitimité de marché avant d’aller chercher de la distribution. Le parallèle est frappant.
Monoprix : de 16 à 250 points de vente en 3 mois (et le vrai coût de ce succès)
Juste après Ulule, Henri Grange de 900quire – alors chez Monoprix – leur conseille d’y aller pour l’awareness et la crédibilité. Elles démarrent sur 16 magasins, font des animations tous les weekends (elles deux, physiquement présentes). Les chiffres sont bons. Monoprix décide de les scaler sur tout le parc national. 250 points de vente signés. En trois mois.
Problème : elles sont deux.
«On avait pas forcément anticipé à quel point ça allait être chronophage, demandeur d’énergie pour nous en étant que deux. Donc finalement ce qu’on a fait, c’est vraiment pendant 1 an full monoprix, full déploiement monoprix.»
Un an. Sur 250 magasins. À deux. Voilà.
Léa identifie trois facteurs clés pour survivre en grande distribution quand on est une petite marque. D’abord, les visites terrain constantes – les produits arrivent en réserve, ils n’arrivent pas tout seuls en rayon, les équipes Monoprix ne font pas ça pour toi. Ensuite, la formation des chefs de rayon – les convaincre de conseiller ton produit plutôt qu’un autre, ça se mérite avec du relationnel, des petits cadeaux, de la répétition. Enfin, le pouvoir de négociation – quasi inexistant quand tu es une jeune marque avec un CA microscopique à leur échelle.
Ce dernier point est le plus douloureux. Elles voulaient référencer leurs huiles sublinguales, les produits à meilleure marge. Monoprix a voulu les infusions d’abord – produit d’appel, ticket plus bas, marges compressées. Elles ont accepté parce qu’elles n’avaient pas le choix. C’est souvent là que ça coince pour les marques qui entrent en retail trop vite.
Pour comprendre comment construire une croissance solide sans se disperser, l’épisode sur les 5 piliers du growth pour débloquer la croissance donne un cadre utile – notamment sur la question de la priorisation des canaux.
Le moment où les chiffres ont parlé : la ménopause comme évidence
80 % du chiffre d’affaires Monoprix. Concentré sur 20 % des magasins. Et ces 20 % là – ce sont les Monoprix parapharmacie, les magasins avec un espace santé dédié, conseillé par un professionnel.
En parallèle, dans le digital, elles analysent leur LTV par segment (méthode simple : extraction Shopify par cohorte mensuelle, suivi des réachats sur 6 mois). Et là, un écart énorme apparaît. LTV moyenne tous clients confondus : 200 euros sur 6 mois. LTV pour les femmes de plus de 45 ans : 400 euros. Deux fois plus. Ces femmes testaient les produits, aimaient les résultats, revenaient. Et elles revenaient parce qu’elles traitaient des symptômes chroniques – les symptômes de la ménopause, même si personne ne l’avait formulé comme ça au départ.
«En fait on répondait à des symptômes de la ménopause mais sans forcément s’en rendre compte au départ. Donc on avait ce discours là en animation et en fait de plus en plus moi je me rendais compte que il fallait que je cible d’abord une femme de 45 ans qui est en recherche de solutions naturelles.»
C’est exactement le problème que la plupart des marques ne voient jamais – parce qu’elles ne croisent jamais leurs données retail et digital.
Les deux signaux convergent : terrain et data. La décision s’impose. Pivot complet. Mindology devient la première marque naturelle française entièrement dédiée à la ménopause. Anxiété, insomnie, bouffées de chaleur, sécheresse – les symptômes sont nombreux (plus de 35 selon Léa), le marché est peu adressé par les grands groupes, et les femmes qui cherchent des solutions naturelles n’ont souvent pas le choix d’un traitement hormonal pour des raisons médicales. Le boulevard était là.
Sur la question du positionnement dans un marché concurrentiel, le cas de Nutripure qui a dépassé 100 000 clients en 5 ans éclaire bien ce que ça implique de tenir sur la durée dans ce secteur.
Acquisition 100 % organique : ce que Mindology fait différemment
Aucune dépense en Facebook Ads. Zéro. (Ce qui, quand tu sais que Danilo Duchesnes dirige une agence Social Ads, rend la conversation particulièrement savoureuse.) L’acquisition de Mindology repose sur trois canaux organiques que Léa présente sans fausse modestie.
Premier canal : les communautés. C’est la continuité logique des groupes de soutien du départ. Une audience construite sur la confiance, pas sur la portée.
Deuxième canal : le SEO. Elles produisent intensivement des articles, avec une organisation interne pour tenir le rythme. Pas d’externalisation totale, une vraie discipline éditoriale. Ce type d’investissement contenu prend du temps à payer – mais quand ça paye, c’est difficile à concurrencer. Pour les e-commerçants qui hésitent encore entre SEO et paid, les canaux d’acquisition qui fonctionnent vraiment méritent une lecture attentive.
Troisième canal : l’email marketing avec des challenges sommeil. Des séquences à valeur ajoutée, pas du push produit déguisé. C’est rare chez les e-commerçants de santé – et c’est probablement pour ça que ça marche.
Et le retail ? Il nourrit le digital de façon mesurable. Elles ont mis un QR code sur les packagings, renvoyant vers 10 programmes vidéo gratuits avec des experts – contenu accessible gratuitement. Ce QR code trace une partie du trafic issu du retail. Estimation : 10 % des clients avaient découvert la marque via Monoprix. Et une cliente VIP sur trois – celles qui dépassent 400 euros de commandes – venait du retail. La crédibilité du canal physique convertissait mieux en ligne que n’importe quelle campagne.
LTV à 400 euros : la vraie métrique d’une marque de compléments qui dure
Dans les compléments alimentaires, le vrai enjeu c’est la rétention. Pas l’acquisition. N’importe quelle marque peut acheter une première commande. Ce qui différencie les acteurs solides, c’est la capacité à faire revenir.
400 euros de LTV sur 6 mois pour les clientes ménopause. C’est pas un chiffre sorti de nulle part – c’est le résultat d’une mesure par cohorte rigoureuse. Tu prends tous les nouveaux clients d’un mois donné, tu regardes leurs réachats jusqu’à 6 mois plus tard, tu calcules la moyenne. Simple en théorie, mais beaucoup d’e-commerçants ne le font jamais vraiment.
La mécanique derrière cette LTV élevée : les clientes ménopause achètent pour traiter des symptômes chroniques – pas pour essayer un produit tendance. Si ça marche, elles reviennent. Et comme les pharmaciens et parapharmaciens Monoprix recommandent le produit avec crédibilité professionnelle, la confiance est là dès le départ. Une cliente qui arrive via un pharmacien, c’est une cliente qui ne doute pas. Elle teste vraiment.
Ce que j’aurais voulu pousser davantage dans cet épisode – et c’est une limite réelle – c’est la question de la rétention active. Les challenges sommeil en email, oui. Mais qu’est-ce qui se passe à la ménopause en termes de durée de traitement ? Est-ce que la LTV continue de grimper au-delà de 6 mois ? La transcription ne va pas là. Dommage.
Ce qui est certain, c’est que la trajectoire de Mindology illustre quelque chose de plus large sur les marques de santé : le retail n’est pas seulement un canal de vente, c’est un canal de validation. Et cette validation-là, aucun algorithme ne peut l’acheter. Pour aller plus loin sur les stratégies de croissance sans dépendance aux plateformes payantes, l’épisode sur SPRiNG et la construction d’une DNVB pose des questions similaires dans un secteur différent.



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