parler de son entreprise

[Best Episode] Comment parler de son entreprise ? Episode 118

Épisode diffusé le 23 décembre 2024 par Estelle Ballot

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Parler de son entreprise devrait être la chose la plus naturelle du monde – et c’est pourtant là que presque tous les indépendants se plantent. Pas au moment de vendre. Avant ça. Juste au moment d’expliquer ce qu’ils font, à qui, pourquoi. Estelle Ballot, fondatrice du Podcast du Marketing et ex-cadre avec plus de dix ans de carrière derrière elle, l’a vécu de l’intérieur. Sa première boîte, elle l’avait appelée ‘Estelle Mademoiselle’. De la porcelaine de Limoges peinte à la main, vendue à 80% aux États-Unis, repérée par une des plus grosses places de marché de produits faits main au monde. Un vrai succès, objectivement. Et pourtant.

Le nom en dit long. ‘Mademoiselle’. Son prénom sans son nom de famille. Comme une gamine qui présente son dessin à l’école. Elle avait la trentaine, un premier enfant, une belle carrière. Et elle s’était quand même trouvé un nom de fillette avec des couettes.

Ce n’est pas un détail anecdotique. C’est le cœur du problème que cet épisode – l’un des plus écoutés du Podcast du Marketing – essaie de démanteler pièce par pièce.

Pourquoi parler de son entreprise nous coûte autant

Le truc c’est que ce n’est pas un problème de compétences. Ce n’est même pas vraiment un problème de confiance en soi – du moins, pas au sens où on l’entend d’habitude. Estelle Ballot le dit clairement : dans son cercle professionnel, on lui dit régulièrement qu’elle a ‘sacrément confiance en elle’. Elle anime des conférences avec Meta et Google. Ni chaud ni froid.

Et pourtant, au moment de parler de son activité en tant qu’indépendante, quelque chose s’est cassé.

« Tout d’un coup, je me sentais plus légitime, tout d’un coup je minimisais ce que je faisais, tout d’un coup je me cachais derrière le mot petite. J’ai une petite entreprise, j’ai construit une petite notoriété, je me suis fait une petite place. »

C’est exactement le problème. Et il est structurel, pas psychologique.

Quand on est salarié, on représente une entité tierce. On arrive en réunion pour défendre l’offre de la boîte – pas pour vendre sa peau. Le filtre protecteur de la marque employeur absorbe tout. Mais quand on est indépendant, cette distance disparaît. Ce qu’on vend, c’est ce qu’on pense, ce qu’on sait faire, ce qu’on est. Et ça, c’est une équation qu’aucune formation ne prépare vraiment à gérer.

Du coup, le réflexe de survie, c’est de minimiser. Si c’est ‘juste un petit projet’, si c’est ‘encore en construction’, si c’est ‘rien de fou hein’, alors le risque de rejet diminue. En apparence. En réalité, ce réflexe coûte des clients, des contrats, de la crédibilité. Et il se voit immédiatement.

La ligne rouge qu’il faut tracer : tu n’es pas ton activité

Estelle Ballot propose une distinction qui semble évidente une fois qu’on l’entend, et qu’on n’avait pourtant jamais formulée aussi clairement.

En micro-entreprise – le statut par lequel passe la quasi-totalité des indépendants au démarrage – le nom légal de ta structure, c’est ton nom. Estelle Ballot. Rien d’autre. Difficile dans ces conditions de ne pas avoir l’impression de se vendre soi-même à chaque fois qu’on ouvre la bouche.

« Mais c’est justement là qu’il faut tirer une ligne rouge. Parce que non, on ne se vend pas soi. Non, nous ne sommes pas notre activité. Ce que l’on vend, c’est nos compétences. Exactement comme on le faisait peut-être avant quand on était salarié. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et c’est là que le changement de cadrage devient concret.

L’idée : traiter sa propre structure comme une entité distincte. Je ne suis pas Estelle Ballot qui parle. Je suis l’entreprise Estelle Ballot qui se présente. Ce glissement mental change radicalement la nature de l’exercice. On n’expose plus sa personne au jugement. On présente une offre de compétences, exactement comme on le ferait en étant salarié d’une boîte dont on serait fier. (Ce qui est rare dans le secteur, cette formulation aussi directe – la plupart des discours sur le mindset entrepreneurial tournent autour du sujet sans jamais poser les choses aussi crûment.)

Ça rejoint d’ailleurs ce qu’on explore dans cet épisode sur le syndrome de l’imposteur chez les entrepreneurs – le mécanisme de minimisation est souvent le même, quelle que soit la forme qu’il prend.

Parler de son entreprise face aux grands groupes : l’erreur de positionnement

Cas concret. Une consœur d’Estelle Ballot, indépendante, compétente, qui sait qu’elle peut travailler avec de grandes structures. Mais qui se ‘contente’ des PME parce qu’elle ‘ne se sent pas les épaules’ pour aller chercher des multinationales.

La réaction d’Estelle Ballot est tranchée – et elle a raison.

« Là encore, c’est une histoire de positionnement, c’est pas qu’une histoire de confiance en soi… Je suis seule donc je ne fais pas le poids face à une grosse structure. Qui je suis moi toute seule pour offrir mes services à une grosse structure. Erreur de positionnement. »

Voilà. L’interlocuteur dans la salle de réunion d’un grand groupe, ce n’est pas la multinationale. C’est une personne. Une personne avec des besoins, un budget à justifier, des résultats à atteindre. Une personne qui se fiche probablement de savoir si tu es seul aux manettes ou si tu as 40 collaborateurs – tant que tu livres ce qu’elle cherche.

Ce biais – ‘je suis trop petit pour eux’ – est l’un des plus coûteux qu’on puisse avoir quand on est indépendant. Et il est entièrement auto-construit. (Et c’est souvent là que ça coince : on se met des plafonds que personne d’autre n’a posés.)

Si tu hésites encore sur la façon de attirer tes futurs clients ou de définir à qui tu t’adresses vraiment, le problème vient peut-être de là avant même de venir de ta stratégie de prospection.

Ce que confiance en soi veut vraiment dire – et pourquoi la définition change tout

La confiance en soi : un mot galvaudé à un point hallucinant dans l’univers entrepreneurial. Estelle Ballot le redéfinit de façon presque arithmétique.

‘Une vision réaliste de nos capacités.’ Ni plus ni moins. Pas une posture. Pas une performance. Juste être objectif sur ce qu’on sait faire – et sur ce qu’on ne sait pas faire.

Et ça, clairement, c’est à la portée de tout le monde. C’est un travail, mais un travail accessible.

Quatre effets concrets de cette forme de confiance dans une activité indépendante :

  • Mieux gérer ses émotions – parce qu’on sait où on va et on voit les situations arriver.
  • Prendre des décisions plus sereinement, en regardant les choses telles qu’elles sont plutôt qu’à travers le filtre du stress.
  • Atteindre ses objectifs – parce qu’on connaît ses atouts ET ses faiblesses, et qu’on peut donc travailler avec les deux honnêtement.
  • La résilience. Quand on se casse la figure – et ça arrivera, c’est garanti – la question n’est pas de savoir si on tombera, mais comment on se relève.

Ce dernier point est, à mon sens, le plus sous-estimé des quatre. La plupart des discours sur la résilience entrepreneuriale la présentent comme une qualité innée. Estelle Ballot la relie directement à la clarté sur ses propres capacités. C’est une vision nettement moins mystique – et nettement plus utile.

Dans le même registre, la question de comment se fixer des objectifs cohérents avec sa réalité est directement connectée à cette lucidité sur soi-même.

Mais la confiance en soi ne suffit pas – il faut aussi croire en son projet

C’est là qu’Estelle Ballot va plus loin que le discours habituel sur le mindset.

Avoir confiance en soi, c’est nécessaire. Insuffisant.

Parce que si on doute de son projet – si on n’est pas convaincu que ce qu’on propose a de la valeur, que l’offre tient la route, que les clients vont suivre – ça s’entend. Immédiatement. Dans la voix, dans le débit, dans les mots choisis. Les doutes filtrent à travers tout.

« Nous sommes la voix de l’entreprise, c’est ça qu’il faut bien comprendre. Nous sommes la voix de notre entreprise, nous la représentons. Donc si nous avons des doutes, des angoisses, des inquiétudes sur notre activité… quoi qu’il se passe, ça va se ressentir dans notre voix. »

C’est le point le plus difficile à travailler, franchement. Parce que la confiance en son projet ne se décrète pas. Elle se construit – en testant, en ajustant, en accumulant des preuves que ça marche. Ce qui prend du temps et qui demande d’accepter une phase d’incertitude que beaucoup trouvent insupportable.

Une nuance que j’aurais voulu qu’on développe davantage – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise à l’époque où j’interviewais des freelances qui galéraient – c’est que cette confiance dans le projet n’est pas binaire. On peut croire à 80% en son offre et agir quand même. Attendre les 100% pour parler de son entreprise, c’est attendre indéfiniment.

Et c’est exactement pourquoi travailler son persona marketing en profondeur change quelque chose de concret : quand tu sais précisément à qui tu parles, ce dont cette personne a besoin et comment ton offre y répond, il devient nettement moins difficile de parler de son entreprise avec conviction.

Parler de son entreprise : ce que ça change vraiment dans le quotidien d’un indépendant

Mettons les choses à plat. On parle d’un épisode de 16 minutes. Pas d’une méthode en 12 étapes, pas d’un framework avec des acronymes. Juste une série d’observations honnêtes d’une indépendante qui a fait le chemin – et qui a mis du temps à réaliser qu’elle se sabotait elle-même.

Ce qui m’agace dans beaucoup de contenus sur ce sujet, c’est qu’ils finissent tous sur ‘soyez vous-même et assumez-le’. Comme si c’était une décision qu’on prend un matin en buvant son café. Estelle Ballot ne dit pas ça. Elle dit : opère un glissement de cadre. Tu n’es pas toi qui te vends. Tu es une entreprise qui présente ses compétences. C’est un outil mental, pas une injonction philosophique.

Le résultat pratique quand ça fonctionne ? On parle de son activité à des inconnus sans ajouter ‘c’est tout petit hein’ à la fin. On contacte un DAF d’une ETI sans se demander si on est à la hauteur. On envoie un devis sans s’excuser du tarif dans le mail qui l’accompagne.

Bref – on arrête de se mettre des plafonds que personne d’autre n’a posés.

Le chemin vers ça passe aussi par ce qu’on construit autour : une offre suffisamment solide pour qu’on n’ait plus besoin de la minimiser au moment de la présenter. Et pour les solopreneurs qui travaillent avec un budget serré, il y a des stratégies marketing accessibles qui partent justement de cette capacité à se positionner clairement.

Ce qui reste en suspens pour moi, c’est la question du timing. À quel moment est-ce qu’on est ‘prêt’ à parler de son entreprise sans se minimiser ? Est-ce que ça vient avec les premiers clients ? Avec les premiers résultats mesurables ? Ou est-ce qu’il faut décider de le faire avant d’avoir les preuves – et c’est justement ça qui crée les preuves ?

Questions fréquentes

Pourquoi est-ce si difficile de parler de son entreprise quand on est indépendant ? +
Parce que quand on est indépendant, ce qu'on présente semble être soi-même - ses compétences, ses opinions, sa façon de travailler. Il n'y a pas de marque employeur pour absorber le risque de rejet. Du coup le réflexe de protection, c'est de minimiser : 'c'est juste un petit projet', 'c'est encore en construction'. Le problème, c'est que ce réflexe coûte de la crédibilité et des clients.
Comment parler de son entreprise sans avoir l'impression de se vendre soi-même ? +
En opérant un glissement mental : tu n'es pas toi qui parles, tu es l'entreprise qui se présente. Exactement comme tu le ferais si tu étais salarié et que tu représentais ta boîte en réunion client. Ce cadrage change la nature de l'exercice - il n'est plus question de ta personne, mais de compétences et de résultats.
Parler de son entreprise face à de grandes structures est-ce vraiment différent que face à des PME ? +
Non. Et c'est l'un des biais les plus coûteux chez les indépendants. L'interlocuteur dans un grand groupe est une personne - avec des besoins, un budget à justifier, des résultats à atteindre. Pas une multinationale. Cette personne cherche quelqu'un qui peut l'aider à atteindre ses objectifs, pas quelqu'un qui dirige une grosse structure.
Qu'est-ce que la confiance en soi a vraiment à voir avec parler de son entreprise ? +
Tout - mais pas de la façon dont on le pense habituellement. La confiance en soi, c'est une vision réaliste de ses capacités : ni surestimée, ni minimisée. Quand on sait objectivement ce qu'on vaut, on n'a plus besoin de se protéger en minimisant. Et ça se ressent immédiatement dans la façon dont on présente ce qu'on fait.
Faut-il attendre d'avoir confiance en son projet avant de commencer à en parler ? +
Non - et c'est le piège. Attendre les 100% de certitude, c'est attendre indéfiniment. On peut avoir des doutes et agir quand même. La confiance dans son projet se construit en testant, en ajustant, en accumulant des preuves que ça fonctionne. Mais il faut commencer à parler de son entreprise pour créer ces premières preuves.
Comment éviter de minimiser son activité quand on la présente à quelqu'un ? +
Supprimer le mot 'petit' de son vocabulaire professionnel est un premier signe concret. 'Petite entreprise', 'petite notoriété', 'petit projet' - chaque occurrence de ce mot envoie un signal de manque de légitimité. Traiter sa propre activité comme on traiterait celle d'un client qu'on respecte change radicalement la façon dont on en parle.

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