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[Spécial Podcasthon] ONU Femmes France : Droit des femmes et Egalité de genres avec Catherine Reichert – Episode 224

Épisode diffusé le 25 mars 2024 par Estelle Ballot

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Les droits des femmes représentent 4 % de l’aide publique au développement mondiale. Quatre pour cent. Quand Catherine Recher, secrétaire générale d’ONU Femmes France, a lâché ce chiffre dans le podcast d’Estelle Ballot, j’ai dû reposer mon café. On parle de la moitié de l’humanité, financée à hauteur de ce qu’on dépense parfois en café d’entreprise sur un trimestre.

Catherine Recher a rejoint ONU Femmes France en 2018, d’abord comme vice-présidente communication – elle est communicante de métier – avant de prendre la tête de l’association en 2022. Elle parle de la cause avec une précision qui vient clairement du terrain, pas des discours. Et ce qu’elle décrit va bien au-delà de ce qu’on imagine quand on entend ‘association caritative’.

Parce que ONU Femmes, c’est l’agence des Nations Unies 100 % dédiée aux droits des femmes. La seule. Pas une branche, pas un département. Une organisation entière. Et ONU Femmes France est l’un des 14 comités nationaux qui relaient cette action à l’échelle locale – avec la particularité d’être le seul comité à intervenir dans toute la francophonie. C’est pas rien.

Ce qui m’a frappé dans cette conversation, c’est que le sujet est à la fois évident et complètement sous-estimé. On croit savoir. On ne sait pas grand-chose.

Ce que personne ne dit vraiment sur ONU Femmes France

Créée en 2013, ONU Femmes France fête ses dix ans l’année dernière. Et franchement, pour une organisation de cette envergure, elle reste étonnamment peu connue du grand public français. Estelle Ballot l’admet elle-même dans l’épisode – et elle anime un podcast marketing suivi par des directeurs marketing.

La structure, d’abord. ONU Femmes siège à New York. C’est l’agence onusienne de référence sur les droits des femmes et l’égalité de genre, elle travaille dans plus d’une centaine de pays avec des bureaux locaux. ONU Femmes France, elle, joue un rôle de relais et de collecte de fonds sur le territoire français – et dans la francophonie. Concrètement, quand ONU Femmes déclenche un programme d’urgence en Ukraine ou à Gaza, c’est ONU Femmes France qui va aller chercher les fonds localement pour alimenter ces programmes.

Quatre grands axes de travail : la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, le leadership des femmes dans la vie publique, l’autonomisation économique, et l’intégration des femmes dans les processus de paix. Plus un volet transversal sur la transition écologique et numérique (ce qui est rare dans ce secteur, et plutôt bienvenu).

« Quand on soutient une femme, c’est pas uniquement une femme qu’on soutient, c’est sa famille, sa communauté. Parce que les femmes, quand elles travaillent, elles vont réinvestir 90 % de leurs revenus pour leur famille. »

90 %. J’aurais aimé que quelqu’un me cite ce chiffre plus tôt dans une réunion budget.

Et c’est là que le sujet change de nature. On ne parle pas d’une cause symbolique. On parle d’un levier économique documenté, avec des données mesurables et des programmes cadrés sur 36 mois. Ce n’est pas de la charité – c’est de l’investissement social à rendement démontrable. La distinction est importante, notamment pour les entrepreneurs et indépendants qui hésitent à s’engager en pensant que c’est ‘pas leur truc’.

Les conflits armés et les droits des femmes : ce que les chiffres révèlent

Depuis 2017, les conflits dans le monde ont augmenté de près de 50 %. Catherine Recher le dit sans fioritures. Et dans chacun de ces conflits, ce sont les femmes et les filles qui encaissent le plus.

Pas métaphoriquement. Concrètement : recrudescence des violences sexistes, perte des moyens de subsistance, insécurité alimentaire, coupure d’accès à l’eau. Et par-dessus tout ça, les femmes restent les pivot de la cellule familiale – elles s’occupent des enfants, des aînés, souvent seules quand les hommes sont partis combattre ou ont été tués.

« Ce sont les femmes et les filles qui sont les premières qui vont être affectées et qui vont être affectées de manière disproportionnée. Avec une recrudescence des violences sexistes, avec des pertes humaines, avec des moyens de subsistance qui sont coupés. »

C’est exactement le problème. La vulnérabilité n’est pas théorique ici.

Mais il y a un deuxième niveau que Catherine souligne, et c’est celui qui m’a le plus retenu. Les femmes ne sont pas seulement victimes des conflits – elles sont aussi, quand on les y inclut, des acteurs de la résolution durable. Les accords de paix négociés avec des femmes autour de la table sont statistiquement plus durables. C’est documenté. Ce n’est pas un argument féministe – c’est un résultat opérationnel.

La question qu’Estelle pose à ce moment-là est bonne : on parle de qui exactement ? Des diplomates femmes dans les institutions ? Des femmes de la population ? Catherine répond : les deux. Les femmes élues ou membres d’organisations servent de porte-voix institutionnels. Les femmes sur le terrain disent ce dont elles ont besoin. Et ce sont ces remontées du terrain qui alimentent les positions portées dans les négociations formelles. Un circuit d’information ascendant. Ça ressemble à ce qu’on appelle en entreprise une boucle de feedback – sauf que les enjeux ne sont pas un taux de conversion.

Buy from Women : quand les droits des femmes se traduisent en agriculture verte au Sénégal

Voilà un exemple concret qui illustre exactement comment fonctionne le modèle. ONU Femmes France, avec le fond L’Oréal Mirova et Lagardère Travel Retail, a cofinancé un programme appelé Buy from Women au Sénégal. Objectif : renforcer l’autonomisation économique des femmes via le développement d’une agriculture verte et l’aide à la création d’activités.

2 500 femmes accompagnées. Sur 36 mois. Avec des indicateurs de résultats définis à l’avance en fonction de l’investissement.

Ce n’est pas de la communication RSE. C’est un programme structuré, co-construit avec le bureau local d’ONU Femmes au Sénégal, intégrant des organismes publics et associatifs locaux. Catherine insiste là-dessus – les programmes les plus efficaces combinent la présence terrain d’ONU Femmes avec les acteurs locaux qui connaissent les besoins réels.

Et cette logique de données en amont, c’est aussi quelque chose qu’ONU Femmes fait massivement : recensement, études, évaluation des situations. Pour Catherine, on ne déploie pas un programme sans avoir d’abord cartographié les besoins. Ça ressemble à ce que font les meilleures équipes marketing – comprendre le persona avant de construire quoi que ce soit. Sauf que là, les ‘personas’ sont des femmes en situation de précarité extrême.

Ce qui m’agace un peu, c’est qu’on n’entend quasiment jamais parler de ces programmes dans les médias généralistes. Buy from Women aurait mérité une couverture bien au-delà des cercles militants. C’est exactement le type de modèle hybride – financement privé, exécution locale, impact mesurable – que les fonds d’impact cherchent.

Orange The World : une campagne annuelle qui incarne les droits des femmes en France

Chaque année, du 25 novembre au 10 décembre, ONU Femmes France déploie la campagne Orange The World. Campagne internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, relayée en France avec un double objectif : sensibiliser et collecter des dons.

Les entreprises partenaires peuvent s’y associer de plusieurs façons : arrondis de caisse, produits partage (une partie du prix reversée à l’association), ou investissement direct dans des programmes spécifiques. La Fondation Orange, le fond L’Oréal, Mirova – ce sont des partenaires récurrents qui accompagnent ces campagnes de façon conséquente.

Mais Catherine le dit clairement : les petites et moyennes entreprises ont leur place ici aussi. Le modèle n’est pas réservé aux grands groupes. Et dans un contexte où les dirigeants cherchent à donner du sens à leur communication – ce que j’entends régulièrement dans mon périmètre – ce type de partenariat coche plusieurs cases à la fois.

« On n’est pas des féministes guerrières. On veut un monde plus juste, un monde où la moitié de l’humanité a les mêmes droits que l’autre moitié. Et œuvrer pour les femmes, c’est œuvrer pour la société en général. C’est bon pour tout le monde, pour les économies, pour les hommes, pour la planète. »

Dit comme ça, l’argument est difficile à contester.

Pour les entrepreneurs et les solopreneurs qui gèrent seuls leur communication, c’est aussi une façon d’ancrer leur marque dans quelque chose de réel – pas juste une ligne sur une page ‘engagements’. Et quand on n’a pas le temps de faire de la com’, s’associer à une campagne existante est souvent plus efficace que de repartir de zéro.

Comment soutenir les droits des femmes concrètement – et pourquoi même 1 € compte

Pas de suspense inutile ici. Catherine Recher explique que les droits des femmes restent chroniquement sous-financés – les programmes dédiés à l’égalité de genre représentent 4 % de l’aide publique au développement. Quatre. En 2024. C’est le vrai scandale silencieux du secteur humanitaire.

Et c’est là où les dons individuels ont un sens que j’ai longtemps sous-estimé. ONU Femmes France ne collecte pas pour des frais de fonctionnement opaque. Chaque euro va abonder des programmes identifiés, co-construits avec des bureaux locaux, avec des indicateurs de résultats.

Pour faire un don, c’est simple : onufemmes.fr, rubrique ‘je fais un don’. Don unique ou mensuel, à partir du montant de votre choix. Catherine insiste sur les dons récurrents – pas parce que c’est plus pratique pour l’association (même si ça l’est), mais parce que ça crée une prévisibilité qui permet de s’engager sur des programmes longs. 36 mois comme Buy from Women, ça ne se finance pas avec des pics de dons ponctuels.

On peut aussi donner du temps. ONU Femmes France travaille avec des bénévoles mobilisés lors des campagnes de collecte. Ce n’est pas mentionné dans l’épisode comme une option mineure – Catherine le cite comme un engagement à part entière.

Et pour les entreprises : arrondis de caisse, produits partage, financement de programmes spécifiques. Le dispositif est modulaire. Même en solo, même sans budget RSE formalisé, il y a une entrée.

Ce qu’il faut retenir – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – c’est que soutenir les droits des femmes n’est pas un acte militant. C’est un investissement dans la stabilité économique globale. Les femmes réinvestissent 90 % de leurs revenus dans leur famille. Les accords de paix incluant des femmes durent plus longtemps. Ce sont des données. Pas des slogans.

Reste une question que cet épisode laisse ouverte : si les preuves d’impact sont là, si les données existent, si les programmes fonctionnent – pourquoi est-ce qu’on en est toujours à 4 % de l’aide publique au développement dédiée aux droits des femmes ? C’est peut-être ça, la vraie conversation à avoir. Avec les décideurs politiques, avec les fonds d’investissement, avec les directions financières des grandes entreprises. Estelle et Catherine effleurent la question – mais elle mérite un épisode entier. Au moins.

En attendant, le lien : onufemmes.fr. Et si vous travaillez dans le marketing ou la communication, peut-être que la question n’est pas ‘est-ce qu’on peut s’engager’ mais ‘pourquoi on ne l’a pas encore fait’. Sur les défis qui transforment une posture professionnelle, celui-là en est un.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'ONU Femmes France et comment agit-elle pour les droits des femmes ? +
ONU Femmes France est une association créée en 2013, comité national officiel de l'agence des Nations Unies ONU Femmes. Elle relaie en France et dans la francophonie les actions d'ONU Femmes sur les droits des femmes. Concrètement, elle mène des campagnes de sensibilisation, collecte des fonds auprès de particuliers et d'entreprises, et finance des programmes déployés dans plus d'une centaine de pays. C'est le seul comité national à intervenir dans l'ensemble de la francophonie.
Comment faire un don à ONU Femmes France pour soutenir les droits des femmes ? +
Rendez-vous sur onufemmes.fr et cliquez sur 'je fais un don'. Vous pouvez choisir un don unique ou un don mensuel récurrent, à partir de 1 €. Les dons récurrents sont particulièrement utiles car ils permettent de financer des programmes sur le long terme, comme Buy from Women au Sénégal qui s'est déployé sur 36 mois.
Pourquoi les droits des femmes sont-ils liés à la stabilité économique mondiale ? +
Parce que les femmes réinvestissent 90 % de leurs revenus dans leur famille et leur communauté. Soutenir l'autonomisation économique des femmes, c'est donc soutenir des économies locales entières. Par ailleurs, les accords de paix négociés avec des femmes autour de la table sont statistiquement plus durables, ce qui a un impact direct sur la stabilité régionale et internationale.
Que représente la campagne Orange The World d'ONU Femmes ? +
Orange The World est une campagne internationale annuelle de lutte contre les violences faites aux femmes, déployée du 25 novembre au 10 décembre. En France, ONU Femmes France la relaie avec deux objectifs : sensibiliser le grand public et collecter des fonds. Les entreprises peuvent y participer via des arrondis de caisse, des produits partage ou des financements directs de programmes.
Les droits des femmes sont-ils suffisamment financés par l'aide internationale ? +
Non. Les programmes consacrés à l'égalité de genre ne représentent que 4 % de l'aide publique au développement mondiale. C'est un chiffre alarmant compte tenu de l'impact documenté de ces programmes. C'est précisément pourquoi les associations comme ONU Femmes France et les dons privés sont indispensables pour combler ce déficit de financement.
Comment les entreprises peuvent-elles soutenir les droits des femmes avec ONU Femmes France ? +
Plusieurs dispositifs existent : partenariat sur des campagnes comme Orange The World avec arrondis de caisse ou produits partage, financement direct de programmes spécifiques, ou accompagnement récurrent. Des entreprises comme la Fondation Orange, L'Oréal ou Lagardère Travel Retail sont des partenaires actifs. Ce modèle est accessible aussi aux PME, pas seulement aux grands groupes.

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