Gagner de l’argent en ligne à 16 ans, sans budget, sans réseau, juste avec des WordPress.com gratuits et une obsession pour les mots-clés – c’est le point de départ de Romain Pirotte, alias WoodsDolls sur Twitter, fondateur de Black Hat Money, Link Express et James Trade. Dans cet épisode du podcast Les Makers, il raconte tout sans filtre : le pin submit à 800 euros par jour, les PBN montés en alternance, et pourquoi il a choisi de tout recommencer en solo depuis Bali.
Ce qui frappe dès les premières minutes, c’est la logique. Pas de coup de chance, pas de mentor providentiel. Juste quelqu’un qui a compris très tôt que les mots-clés sont une ressource comme une autre – et qu’on peut s’y positionner avant tout le monde si on est prêt à travailler à des heures où les autres dorment.
Et ce parcours-là mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il dit des choses concrètes sur la manière dont on construit quelque chose depuis zéro sur le web.
Avant le SEO, il y avait des SMS à 40 dollars pièce
Le premier vrai business de Romain, c’est le pin submit. Un modèle économique que beaucoup de SEO francophones ont connu – et que très peu mentionnent publiquement aujourd’hui. Le principe : quelqu’un envoie un SMS pour débloquer un contenu, tu touches 40 à 50 dollars par conversion. Pas 1 euro 50 comme avec Allopass. Quarante dollars.
«Pour ce même système là où tu vas faire un SMS, je vais pas gagner 1 € ou 1 € 50, je vais gagner 40, 50 dollars. Donc tu imagines le multiple de dingue.»
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais il faut replacer le contexte : Romain a 16 ans, il découvre ça sur un forum (Impactm, big up Arthur), et il commence à cumuler 800, parfois 900 euros par jour. Sans carte bleue au nom d’un adulte, sans SIRET, sans rien.
Le modèle était «assez salaud» selon ses propres mots – abonnements mensuels qui rebillaient automatiquement – mais légal à l’époque, et rentable jusqu’à ce que les opérateurs ferment le robinet en France. Certains marchés comme l’Italie ou l’Espagne seraient encore ouverts, dit-il. C’est lui qui le dit, pas moi.
Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est pas le modèle en lui-même. C’est que cet argent-là lui a payé sa première formation SEO – Script SEO avec Jafar et Walid Shotter. Et c’est là que tout bascule.
Un site par jour : la méthode qui a tout déclenché
Script SEO. Un forum. Des interactions courtes avec des gens comme Stéphane Madaleno ou Walid Gabtenich. Et une consigne simple : lance un site par jour.
Gagner de l’argent en ligne via le SEO à l’époque, ça ressemblait à ça : une page, un mot-clé, un lien d’affiliation, et on voit ce qui ranke. Pas de stratégie éditoriale, pas de content brief à 15 slides. Une page WordPress.com gratuite, la Google Suggest pour trouver des requêtes, et de la répétition.
«J’avais même pas acheté de nom de domaine pour te dire. À quel point que même aujourd’hui, tu peux encore faire du pognon avec des Web 2.0.»
C’est là que ça devient intéressant pour moi. Parce qu’on est en 2023, et il dit encore ça. Pas comme une nostalgie – comme une vérité qui tient.
La méthode est identique depuis 8 ans : Search Console pour analyser ce qui fonctionne, contenu, backlinks, Web 2.0, noms de domaine expirés. Ce qui a changé, c’est la vitesse et la qualité – l’IA rend la production de contenu plus rapide, mais le ranking met plus de temps qu’avant. L’arbitrage s’est inversé mais le process, lui, reste le même.
Et voilà la nuance que personne n’ose dire clairement : construire une audience SEO durable demande aujourd’hui moins d’effort technique qu’en 2016, mais beaucoup plus de patience. C’est pas le même deal.
L’alternance qui lui a tout appris – enfin, presque
À un moment, Romain met le business en pause et fait une alternance. L’école, selon lui, «était flinguée» – il n’a même pas récupéré son diplôme. Mais la startup, elle, c’était une autre histoire.
Agrieconomie. Le Amazon de l’agriculture, comme il la décrit. Une structure en hypercroissance où il se retrouve en contact quotidien avec le DAF, le comptable, le big boss Paul Pasco. Et c’est là qu’il absorbe ce qu’aucune formation SEO ne lui aurait appris : les KPI, la logique business, ce que ça veut dire de regarder des chiffres avec quelqu’un qui a levé des fonds.
«Il a vu que j’avais faim, je lui ai développé un réseau de PBN. Des fois, je rankais sur les marques des concurrents, j’ai même dépassé une marque d’un concurrent. Lui, il était deuxième sur sa marque, il avait levé des fonds, j’étais premier.»
Voilà. Zéro budget, du Ninja Linking, du contenu basique – et il écrase en ranking la marque d’une boîte financée. Il y a quelque chose d’assez jouissif là-dedans (c’est rare que le SEO soit aussi dramatiquement lisible).
Mais ce que Romain retient de cette période, c’est surtout le réseau. Soixante personnes dans l’équipe quand il part. Deux d’entre elles, il les «débauchera» ensuite – un développeur, un directeur marketing. Ce genre de connexion ne se planifie pas. Ça se construit en étant le petit jeune qui pose des questions à tout le monde.
C’est pendant cette alternance qu’il croise aussi Elliot Bobier, alors prof de SEO dans son école. Une discussion après les cours, quelques pintes, et Elliot lui aspire toutes ses connaissances sur les blasts et les domaines expirés. Trois ans plus tard, Elliot l’invite à parler au SEO By Night. Le passage de freelance à figure publique dans une communauté technique, ça commence souvent comme ça – pas avec un plan, avec une conversation.
Gagner de l’argent en ligne en louant la position des autres
Là où Romain devient vraiment intéressant, c’est quand il commence à décrire des techniques que la plupart des formateurs ne mentionnent même pas.
Exemple concret : un site ranke sur un mot-clé, mais le propriétaire ne monétise pas bien. Tu proposes de payer pour qu’il intègre ton lien d’affiliation dans son CTA. Tu ne crées pas de site, tu n’achètes pas de domaine, tu loues juste la position de quelqu’un d’autre.
Gagner de l’argent en ligne sans site, c’est une idée qui circule depuis longtemps – mais la majorité des gens ne la prennent pas au sérieux parce qu’elle ne rentre dans aucun tunnel propre. Pas de funnel, pas d’email list, pas de marque personnelle. Juste un accord bilatéral entre deux SEO.
Il mentionne aussi une variante plus agressive : un type à Bali qui passait l’année entière à se positionner sur des gros médias avec ses liens d’affiliation – et attendait le Black Friday. Uniquement. Tout son revenu annuel concentré sur novembre-décembre. Ça fait des «tèmes», dit-il sans préciser davantage (ce qui est soit une omission volontaire, soit juste comme ça fonctionne dans cette communauté – on montre assez pour être crédible, pas assez pour être copié).
Et les extensions Chrome. Il décrit une extension dont le bouton «télécharger» redirige vers un lien d’affiliation. Aucun site, aucun article, aucune stratégie de contenu. Juste une extension installée sur Chrome et un lien quelque part dedans.
«Ça veut dire que tu as même pas besoin de faire un site internet. Tu vois, si tu trouves il y a tout le temps des grosses plateformes qui arrivent, tu vois des réseaux sociaux typiquement. Je sais que TikTok, tu peux ranquer très rapidement sur des mots clés avec.»
Ce qui m’agace un peu dans ce type de discours – et je le dis franchement – c’est qu’il rend tout ça facile à décrire et difficile à exécuter. Les techniques sont réelles. La réplication, elle, demande un niveau de compréhension de l’écosystème que tu n’acquiers pas en regardant une vidéo YouTube.
Solopreneur contre agence : le vrai choix que personne ne pose bien
Trois ans à Malte avec une équipe d’une dizaine de personnes. Et puis Bali, seul – enfin, presque.
Ce passage du podcast est celui qui m’a le plus retenu, parce qu’il pose une question que beaucoup d’entrepreneurs évitent de poser clairement : est-ce que tu préfères être libre ou responsable ? Parce que les deux en même temps, c’est compliqué.
Romain est introverti. Il dit «je me complais à être tout seul». Douze heures dans un appart à bosser, ça ne lui pose aucun problème – parce qu’il sait qu’il va sortir deux jours, «faire la fête, voir du monde», et revenir. C’est un rythme, pas une souffrance.
Mais à Malte, il y avait les week-ends collectifs, les soirées d’équipe, les responsabilités d’arriver avant et de repartir après. Tout ce que la vie de solopreneur ne demande pas.
Sa conclusion – enfin, ce qu’il appelle sa conclusion – c’est qu’il est «plus épanoui» en solo. Mais il nuance immédiatement : il garde des collaborateurs, certains sont venus à Bali, d’autres iront en Thaïlande. C’est pas vraiment du solopreneur. C’est du freelance augmenté, du travail distribué sans les contraintes du management quotidien.
La distinction est importante. Gagner de l’argent en ligne en tant que solopreneur et gérer une agence de dix personnes, ce sont deux jeux avec des règles différentes. L’un te demande de l’endurance, l’autre de la diplomatie. Et tout le monde n’est pas taillé pour les deux. Comprendre à quel stade de croissance tu te trouves change radicalement les décisions que tu prends.
Ce que dit Romain sur la concurrence – et pourquoi il a raison sur ce point précis
Il y a un moment dans le podcast où Romain et son hôte parlent de la communauté SEO francophone. Des formations qui se font concurrence sur Twitter, des audiences qui se recoupent, des gens qui suivent plusieurs créateurs en même temps.
Et Romain dit quelque chose que j’aurais aimé entendre plus tôt dans ma carrière :
«On contribue à évangéliser le marché. Moi personnellement, j’ai lancé Black Hat Money. J’étais un petit peu tout seul et là je considère qu’on est trois, quatre à le faire. Le fait de le faire à une petite poignée et le faire ensemble, on va tous s’y retrouver.»
C’est exactement le problème avec les marchés de niche en France. On passe trop de temps à surveiller ce que fait le concurrent d’à côté au lieu de regarder combien de personnes ne connaissent pas encore le produit. En SEO black hat, comme dans beaucoup d’autres secteurs, le marché est sous-évangélisé – pas surpeuplé.
Il donne un exemple concret : Link Express pour les backlinks, James Trade pour l’achat-vente de sites. Il veut des concurrents. Pas par générosité abstraite – parce que seul, il n’a pas les ressources pour créer la demande. À cinq ou six acteurs, le marché grossit pour tout le monde.
C’est une logique que j’ai vue fonctionner dans d’autres secteurs – des marques qui construisent leur catégorie en acceptant d’autres acteurs autour d’elles grandissent souvent plus vite que celles qui gardent jalousement leur niche. Mais ça demande d’avoir confiance dans sa propre exécution. Et Romain, clairement, a cette confiance-là.
Ce qui est moins clair, c’est si ce modèle tient à mesure que le marché mûrit. Quand il y a dix formateurs sur le même sujet, la logique d’évangélisation collective cède la place à une vraie guerre de parts de marché. On n’en est peut-être pas encore là en SEO black hat francophone – mais ça viendra.











