créateur de contenu voyage

Comment ce créateur de contenu a bâti une audience de 150 000 personnes en un an ? (Interview Victorien MUNCH)

Épisode diffusé le 12 octobre 2025 par Les Makers | Podcast

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Devenir créateur de contenu voyage avec un iPhone 14, zéro drone, et 150 000 personnes qui te suivent au bout d’un an – c’est le genre de trajectoire qui fait tiquer. Pas parce que c’est impossible. Parce que ça contredit tout ce qu’on entend habituellement sur les réseaux : le matériel, le planning éditorial, la stratégie multi-plateformes millimétrée. Victorien Munch, 22 ans, a tout fait à l’envers. Et ça a marché.

Il a arrêté ses études après son bachelor – une décision préparée depuis le lycée, pas un coup de tête – pour partir en tour du monde en septembre 2024. Deux mois plus tard, seul sur une île sans connexion ni électricité, il décide de se lancer sur les réseaux. Aujourd’hui il est payé pour voyager en Australie par une agence qui lui a confié la création de contenu de leur compte TikTok. Ce papier ne va pas te raconter un conte de fées. Il va te montrer ce qui s’est vraiment passé.

Et surtout ce que la plupart des gens ratent quand ils regardent ce genre de parcours de loin.

L’île sans internet qui a tout déclenché

Le déclencheur, c’est pas une vidéo inspirante sur YouTube. C’est une île déserte, pas de réseau, pas d’électricité. Victorien s’y retrouve seul – son pote avec qui il voyageait depuis le départ a pris un autre chemin au bout de deux mois.

«À ce moment-là, il a changé ma vie parce que je me suis dit c’est le moment, réalise tes rêves, fais ce que tu as toujours eu envie. J’ai toujours eu envie de me lancer sur les réseaux.»

Voilà. Pas de mentor, pas de formation, pas de roadmap. Un vide – au sens littéral – qui force une décision.

Ce qui m’intéresse dans cette anecdote, c’est pas le côté romanesque. C’est que le projet existait déjà avant. Il avait bossé à Europa Park l’été, sur le Tour de France un mois entier nourri-logé pour économiser. Le départ était planifié depuis ses années de lycée. L’île n’a pas créé l’envie, elle a juste retiré les excuses.

Depuis ce jour-là, il poste tous les jours. Pas presque tous les jours. Tous les jours. Depuis près d’un an. C’est ça le vrai sujet, pas l’île.

iPhone 14 et DJI Pocket : le matériel qui fait croire à un budget pro

60 000 abonnés sur Instagram. Construits avec un iPhone 14 – trois générations derrière l’iPhone 17 actuel – et une DJI Osmo Pocket 3 achetée uniquement pour faire des interviews en voyage.

«Ça surprend pas mal de monde parce que finalement tu as pas besoin d’avoir énormément de matériel. Je pense c’est pas ça le frein. Un téléphone entre tes mains, ça suffit très bien pour réussir.»

Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais il y a une couche technique que les gens voient pas derrière les vidéos.

Victorien importe tout sur CapCut avec le son intégré, le texte intégré. Il utilise Lightroom pour retoucher photos et vidéos – exposition, colorimétrie. Il ne met presque jamais de son direct sur ses stories Instagram. C’est pas du contenu brut, c’est du contenu post-traité de façon légère mais systématique. La différence entre une image qui fait pro et une image qui fait iPhone, c’est souvent 20 minutes de Lightroom, pas 3 000 euros de caméra.

Ce qui est intéressant – et c’est quelque chose que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt dans ma couverture du secteur – c’est que le matériel devient un argument après le succès, pas avant. Victorien a acheté l’iPhone 17 Pro Max avec l’argent gagné grâce à la création de contenu. Il vise une caméra à 3 000 euros pour plus tard. L’équipement suit la traction, il ne la précède pas.

Pour aller plus loin sur la stratégie de contenu organique sans budget, les approches des marques Explora Project et Nutripure illustrent exactement cette logique : construire d’abord, investir ensuite.

TikTok comme terrain d’entraînement – et la bonne décision de le quitter

40 000 abonnés en un mois sur TikTok. C’est là qu’il commence, pas sur Instagram – parce que sur Insta il y avait sa famille, ses potes, et cette peur de se lancer devant les gens qu’on connaît.

Il reconnaît lui-même que c’était une erreur de ne pas aller sur Instagram directement. Mais TikTok lui a donné quelque chose de plus précieux que des abonnés : de l’expérience sans enjeu.

«TikTok les marques elles bossent pas trop avec TikTok parce que le retour sur investissement, il est pas exceptionnel. J’ai remarqué ça très rapidement.»

C’est exactement le problème. Et c’est une erreur que font des dizaines de créateurs francophones chaque mois – optimiser pour la plateforme la plus facile à percer, pas pour celle qui convertit en business.

Il s’est lancé sur Instagram en Nouvelle-Zélande, en février, soit 8-9 mois avant qu’on enregistre cet épisode. La Polynésie française a été le déclic – ses vidéos avec voice over, où on voit qui il est vraiment, ont commencé à faire s’abonner les gens plutôt que juste regarder.

Et c’est là où il fait une distinction qui vaut de l’or pour n’importe quel créateur de contenu voyage : faire des vues, c’est facile. N’importe qui peut faire un million de vues demain. Faire s’abonner les gens, c’est une autre compétence. Complètement différente. La plupart confondent les deux.

Sur la question de construire une vraie communauté engagée plutôt qu’une audience passive, le concept de community-led growth expliqué par Benoit Chatelier donne un cadre utile pour penser ça à plus grande échelle.

Poster tous les jours – le créateur de contenu voyage face à la réalité du rythme

Trois vidéos par jour. Pas trois posts par semaine. Trois vidéos par jour – une pour son compte personnel, une pour l’agence australienne, une pour une agence en Indonésie dont il gère aussi les réseaux.

Et une vidéo de 10-15 secondes sur Instagram, ça prend 3 à 4 heures de montage. Les gens voient pas ça. Ils voient le résultat, pas les heures du soir à peaufiner un texte qui défile pendant 8 secondes.

«Clairement presque toutes les heures. Là les journées où je fais rien – parce que j’aime ça tu vois, je le vois pas comme du travail – mais clairement presque toutes les heures. Du lundi au dimanche à toutes les heures dès que je peux.»

Je vais pas romantiser ça. C’est épuisant. Il le dit lui-même : au bout d’un moment, à changer de destination tous les trois jours, il était fatigué. Plus autant de plaisir à voir les paysages. Le job en Australie – chambre fixe, stabilité pendant six mois – lui a fait du bien. La vie de nomade à 100%, empilée sur une charge de travail de créateur, c’est pas fait pour tout le monde.

Son process créatif est intéressant lui aussi : zéro planning à une semaine. Il vit au jour le jour, scroll les réseaux pour s’inspirer (pas copier – trouver une idée et la faire à sa façon), et réutilise sans complexe les formats qui ont marché. Il m’a dit quelque chose que je trouve assez lucide :

«Moi je me souviens même plus ce que j’ai posté il y a 4 jours. Alors comment une personne peut se souvenir ce que toi tu as posté.»

Résultat : des créateurs qui font 400 000 abonnés avec 10 images en rotation permanente, juste en changeant le texte et l’angle. La variété de contenu, c’est souvent un fantasme de créateur – pas une attente de l’audience.

La question que ça pose, c’est : est-ce qu’on peut vraiment tenir ce rythme sur 3 ans ? 5 ans ? C’est là que la plupart des comptes s’essoufflent, et Victorien a 22 ans…

Les partenariats : commencer gratuit, savoir quand ne plus l’être

Premier réflexe quand il a lancé son compte : démarcher des marques, des agences, des hôtels – en proposant ses services gratuitement. Photos, vidéos, contenu offert. En échange : rien, puis des prestations (nuits d’hôtel, activités), puis de l’argent.

C’est pas sexy comme stratégie. Mais ça construit un portfolio quand t’as zéro crédibilité sur le marché.

Ce qui l’a vraiment propulsé, c’est le job en Australie. Pas juste les revenus – la légitimité. Quand des gens lui demandaient comment il finançait son voyage, il avait une réponse concrète. Et ça a changé la perception de sa communauté sur qui il était vraiment.

Aujourd’hui il travaille avec une agence qui gère ses collaborations contre un pourcentage. Il fait très attention avec qui il s’associe – beaucoup de propositions arrivent, la plupart pas cohérentes avec son univers, donc il décline. C’est une posture que très peu de créateurs arrivent à tenir quand les premiers euros arrivent.

Un point qu’il souligne et que les marques sous-estiment souvent : le nombre d’abonnés ne compte presque pas. Ce qui compte, c’est le taux de conversion et les vues. Un compte à 2 000 abonnés avec 50 000 vues régulières intéresse plus une marque qu’un compte à 20 000 abonnés à 500 vues par post. Pour voir comment les marques pensent vraiment cette équation, la masterclass sur le marketing d’influence avec Benjamin Terrasson d’American Vintage est une bonne référence – c’est pas le même secteur mais la logique est identique.

Ce que le personal branding d’un créateur de contenu voyage apprend aux marques

Polynésie française et Indonésie – ses deux destinations coup de cœur, et pas un hasard. C’est là que son compte a explosé. Pas parce que ce sont les destinations les plus photogéniques du monde (même si bon, la Polynésie…). Parce que c’est là qu’il a arrêté de faire du contenu de voyage et qu’il a commencé à faire du contenu sur lui – avec le voyage comme décor.

La nuance est énorme. Et c’est le cœur de ce que n’importe quel créateur de contenu voyage doit comprendre s’il veut construire quelque chose qui dure.

Il le dit clairement : les gens le suivent pas pour les destinations. Ils le suivent pour la personne qu’il est. Ce qui veut dire que demain, s’il pivote vers le sport ou le journalisme (son rêve initial, rappelons-le), une bonne partie de sa communauté suivra. Le créateur de contenu voyage a en réalité construit une audience attachée à sa personnalité, pas à une niche.

C’est exactement ce que Marina Lemaire a fait avec Archie – passer de 200 à 5 000 abonnés Instagram en 4 mois en mettant sa personne au centre, pas son produit. Même mécanique, secteur différent.

Et sur le fond, c’est aussi ce que toute la littérature sur le personal branding recommande depuis des années – les stratégies de personal branding les plus efficaces partent toujours de l’authenticité de la personne, pas du calcul algorithmique.

Une limite réelle à noter quand même : sa stratégie 100% francophone est cohérente pour toucher des marques françaises – il a raison là-dessus, les médias kits segmentés géographiquement sont essentiels pour les partenariats. Mais ça plafonne mécaniquement l’audience potentielle. 150 000 personnes en français, c’est bien. En anglais, la même courbe avec le même contenu irait probablement dix fois plus vite. C’est un choix, et il l’assume – mais c’est pas neutre.

YouTube est dans ses plans pour l’Amérique du Sud – sa prochaine destination. Il veut y arriver avec une base Instagram solide pour transférer l’audience. Les Shorts en attendant. Pas de formation suivie pour apprendre le montage, tout appris sur le tas avec CapCut et Final Cut Pro. Zéro formation. Ce qui est rare dans le secteur, où tout le monde vend des masterclasses à 300 euros pour apprendre à cadrer une vidéo verticale.

Ce que j’aurais voulu qu’on creuse davantage dans cet épisode : comment il gère la pression mentale du rythme quotidien sur le long terme. Parce que poster tous les jours pendant un an en solo, sans équipe, en gérant aussi deux autres comptes clients – c’est le genre de chose qui craque souvent entre 18 et 24 mois. Et là, l’interview s’arrête avant qu’on y arrive.

Questions fréquentes

Comment devenir créateur de contenu voyage sans matériel professionnel ? +
Victorien Munch a construit 60 000 abonnés sur Instagram avec un iPhone 14 et une DJI Osmo Pocket 3 achetée uniquement pour les interviews. L'essentiel est dans le post-traitement : CapCut pour le montage, Lightroom pour la colorimétrie. Le matériel pro vient après la traction, pas avant.
Combien de temps faut-il pour développer une audience de 150 000 abonnés sur les réseaux sociaux ? +
Dans le cas de Victorien, environ un an de publication quotidienne - d'abord sur TikTok (40 000 abonnés en un mois), puis sur Instagram à partir de la Nouvelle-Zélande. La croissance s'est accélérée avec le job en agence australienne qui a apporté crédibilité et visibilité. Mais il faut compter sur du contenu quotidien sans interruption pendant au moins 6 à 12 mois avant de voir des résultats significatifs.
TikTok ou Instagram pour un créateur de contenu voyage francophone ? +
Instagram, clairement. TikTok peut servir de terrain d'entraînement mais les marques françaises y investissent peu. Instagram permet des partenariats mieux rémunérés, surtout si l'audience est majoritairement francophone et géolocalisée en France.
Comment trouver ses premiers partenariats en tant que créateur de contenu voyage ? +
La stratégie de Victorien : démarcher en proposant ses services gratuitement au départ - photos et vidéos offertes en échange de visibilité, puis de prestations (nuits, activités), puis de rémunération. Une fois l'audience installée, une agence peut gérer les négociations contre un pourcentage. Et le nombre d'abonnés compte moins que les vues et le taux d'engagement.
Faut-il créer du contenu voyage en français ou en anglais pour grossir plus vite ? +
L'anglais offre une audience potentielle beaucoup plus grande, mais la monétisation via marques françaises est bien plus simple avec une communauté francophone. Victorien a choisi le français pour cibler des partenariats cohérents avec son marché. Un choix à faire selon ses objectifs business, pas seulement selon la croissance brute.
Comment un créateur de contenu voyage peut-il maintenir un rythme de publication quotidien sur le long terme ? +
Victorien ne planifie pas à l'avance - il vit au jour le jour et s'inspire en scrollant des comptes similaires. Il réutilise aussi sans complexe les formats et parfois les visuels qui ont déjà fonctionné, en changeant le texte ou l'angle. La clé : ne pas chercher l'originalité absolue à chaque post, mais la régularité et l'authenticité.

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