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Léo Poitevin – Job de rêve, vacances illimitées et retraite à 35 ans | E14

Épisode diffusé le 6 février 2023 par Les Makers | Podcast

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Travailler en remote depuis une île thaïlandaise tout en gérant la stratégie SEO d’une boîte internationale – c’est le genre de trajectoire qui ressemble à un fantasme de LinkedIn. Et pourtant, Léo Poitevin, Head of SEO chez Green Tomato Media, l’a construit vraiment, brique par brique, sans jamais quitter le statut de salarié. Pas d’agence montée en solo, pas de formation vendue à 997€, pas de personal brand fabriqué. Juste un mec de 22 ans qui a posté un tweet avec 400 abonnés et s’est retrouvé à Malte deux semaines plus tard.

Ce qui rend son histoire intéressante – enfin, ce qui m’a scotché quand j’ai écouté l’épisode – c’est que Léo ne prétend pas avoir trouvé une formule. Il a appliqué une logique simple : aller là où les budgets sont indécents et où les standards sont brutaux. Et ça a marché. Mais pas sans casse.

Le tweet à 400 abonnés qui a tout changé

400 abonnés sur Twitter. C’est le chiffre que Léo donne quand on lui demande combien de personnes le suivaient au moment où il a posté ce message – quelque chose comme « est-ce qu’il y a quelqu’un ici qui cherche quelqu’un pour travailler à l’étranger ». Résultat : le lendemain, il avait une proposition de Roman Micula. Le même Roman Micula dont il avait regardé les vidéos en boucle quand il apprenait le SEO.

Ce n’est pas une histoire de chance. C’est une histoire de positionnement. Chez Cdiscount, Léo était – selon ses propres mots – le seul SEO grand compte e-commerce qui tweetait sur sa vie de SEO grand compte e-commerce. Un angle que personne n’occupait. Pas parce qu’il était meilleur que les autres, mais parce qu’il racontait l’intérieur d’une machine que tout le monde voulait comprendre.

J’étais pas bon SEO mais je leur disais comment est-ce que ça se passait à l’intérieur. Et je me suis pris des tirs à l’époque hein parce que les gens me disaient mec raconte pas tout ça, c’est stratégique.

Voilà. Le personal branding efficace, des fois c’est juste être le seul à parler de ce que tu vis vraiment.

Et Twitter – ou X, maintenant, même si personne dans le milieu SEO n’utilise ce nom – reste un outil de réseau d’une puissance assez folle pour travailler en remote. Léo le dit clairement : aujourd’hui encore, quand il est bloqué sur une problématique en tant que Head of SEO, c’est là qu’il va chercher des gens meilleurs que lui. Pas dans des Slack fermés, pas dans des mastermind payants. Sur Twitter, en DM.

Cdiscount versus Malte : deux métiers qui n’ont rien en commun

La question que pose l’animateur est précise : quelle est la vraie différence entre bosser chez Cdiscount et bosser pour une boîte d’édition de site à Malte ? La réponse de Léo est tranchante.

C’est pas le même métier. Il n’y avait aucune tâche en commun. Il y a des branches de SEO qui n’ont rien en commun, aucune tâche. Tu vois, c’est-à-dire qu’il y a presque aucune compétence que j’avais chez C Discount que j’ai pu utiliser dans l’autre quoi.

C’est exactement le problème que beaucoup de SEO se posent quand ils veulent faire la transition vers l’édition de site ou vers des postes à l’étranger. Ils pensent que l’expérience en grand compte e-commerce est transposable. Ce n’est pas faux – il y a des bases communes – mais l’état d’esprit est radicalement différent. Chez Cdiscount, tu regardes une horlogerie parfaite. Tu comprends comment 10 ans de cerveau SEO se sont accumulés dans une machine. C’est instructif. Mais tu n’apprends pas à tirer des roquettes.

À Malte, dans la niche casino en ligne – une des niches les plus compétitives qui existent en SEO – Léo apprend à tirer des roquettes. Une page, à temps plein, pendant des semaines. Du contenu commandé tous les deux jours, modifié, testé, observé. Du lien acheté, construit, structuré. Pas de magie, pas d’algorithme secret. Juste du volume, de l’obstination et des budgets que la plupart des freelances n’auront jamais entre les mains.

La légende à Malte, à l’époque, c’était que « un an là-bas vaut 5 ans en France ». Léo confirme. (Et franchement, quand tu lis comment se structurait son quotidien là-bas, c’est crédible.)

Casser l’algorithme Malt comme on casse l’algo Google

Avant Malte, il y a eu le freelance étudiant. Et c’est là que Léo fait quelque chose d’assez malin – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise à 20 ans en apprenant un métier digital : il traite la plateforme de mise en relation comme un moteur de recherche à hacker.

Malt avait un algo de classement. Léo a décidé de le craquer, avec un pote. Même logique que le SEO – comprendre les signaux qui font remonter un profil, les tester, observer les résultats. Résultat : beaucoup de clients Malt assez rapidement, en partant de zéro.

Ses premiers clients, c’était du bouche à oreille brut. La meuf de l’époque qui connaît quelqu’un qui a lancé un shop. Une mission à 300 euros pour des dizaines d’heures de boulot. Et en parallèle, des profs qui avaient des agences SEO à qui il proposait du linking en sous-traitance. Rien de glamour. Mais c’est comme ça que ça démarre.

Quand tu kiffes ce que tu fais et que tu tapes dedans, ça vient tout seul quoi. Demande aux gens qui sont autour de toi qui ont des boîtes et ça roule quoi.

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et peut-être que pour lui, ça l’était – parce qu’il ne cherchait pas à « monétiser ses compétences », il cherchait juste à faire du SEO sur tout ce qui passait à portée.

Ce réflexe de traiter chaque système comme un algo à comprendre – c’est ce qui distingue les profils qui avancent vite. On retrouve la même logique chez des profils autodidactes qui construisent leur revenu très tôt, souvent en apprenant par l’expérience directe plutôt que par la théorie.

Travailler en remote en restant salarié : le modèle que personne ne raconte

La plupart des récits de digital nomads suivent le même arc : j’ai quitté mon CDI, j’ai lancé ma boîte, j’ai galéré 18 mois, maintenant je génère X€ depuis Bali. Léo Poitevin, lui, n’a pas quitté le salariat. Il a juste décidé que le salariat pouvait se vivre autrement.

Travailler en remote depuis Chiang Mai, en Thaïlande, en tant qu’employé d’une boîte basée ailleurs – c’est un modèle qui existe, qui fonctionne, et qui est sous-représenté dans les podcasts de ce type. (Ce qui est dommage, parce que pour beaucoup de gens, c’est clairement plus accessible que de monter une boîte.)

Le truc, c’est que ça ne s’est pas fait en cherchant un « job remote ». Ça s’est fait en construisant une réputation visible dans un écosystème précis – la communauté SEO francophone sur Twitter – et en laissant des opportunités venir. D’abord Roman Micula qui cherchait du monde. Ensuite Léo lui-même qui recrute Kylian Dalmar par tweet interposé. La boucle se referme.

Et ça soulève une vraie question sur la façon dont on construit une carrière pour travailler en remote : est-ce que c’est le statut qu’on cherche, ou est-ce que c’est la compétence visible qui attire le bon type d’employeur ? Parce que Léo n’a jamais postulé à une offre d’emploi remote. Il a été recruté parce que les bonnes personnes savaient qu’il existait.

Ce parallèle entre personal branding et trajectoire professionnelle, on le retrouve aussi dans d’autres parcours de freelances qui ont su transformer leur visibilité en opportunités concrètes.

La niche casino : quand le SEO devient un jeu d’ego

Un an sur les marchés anglophones à Malte. Puis passage aux marchés francophones. Pas uniquement parce que l’anglais posait problème – même si Léo est honnête là-dessus : faire du SEO dans une langue qu’on ne maîtrise pas nativement, sur des roquettes ultra-compétitives, ça a des limites.

60 000 euros de budget lien pour essayer de gratter le top 10 sur « best casino » – c’est l’ordre de grandeur qu’il évoque. 1 000 domaines référents à 100€ pièce, en partant du principe que tu en as besoin de cette masse juste pour être dans la course. Ce sont des chiffres que la majorité des SEO ne manipuleront jamais dans leur carrière.

Mais ce qui ressort vraiment de cette partie de l’épisode, c’est la motivation profonde. Léo dit que l’argent n’est pas vraiment ce qui le fait avancer. C’est l’ego. Le jeu vidéo de la SERP.

Pour moi c’est l’ego et c’est le grand jeu vidéo de la serpe où en fait tu vas prouver aux mecs par A + B, même stratégie enfin stratégie différente, tu as la tienne, il a la sienne que tu es meilleur que lui parce que tu veux lui passer devant. Et en fait ça c’est ultra satisfaisant et quand tu fais ça et quand tu bats un mec et si en plus tu connais le mec… tu te sens ultra puissant quoi.

Franchement, la plupart des articles sur le SEO passent complètement à côté de ça. Le SEO compétitif, c’est pas de l’optimisation – c’est de la guerre. Et les gens qui y excellent ont souvent ce profil particulier : ils ont besoin de gagner, pas juste de performer.

Ça ne veut pas dire que tout le monde doit viser la niche casino pour travailler en remote dans de bonnes conditions. Mais ça veut dire que le niveau d’intensité auquel tu as été exposé marque durablement ta façon de travailler. Léo, aujourd’hui Head of SEO chez Green Tomato Media, gère une stratégie globale. Et il continue d’envoyer des messages à des potes quand il leur passe devant sur une SERP.

Ce que le parcours de Léo dit vraiment sur travailler en remote

Il y a une concession à faire ici. Le modèle de Léo – DUT informatique, licence pro, alternance chez Cdiscount, puis recrutement direct par un acteur qui cherche des profils hybrides tech/SEO – n’est pas reproductible à l’identique. Il y a une part de timing (2018-2019, la communauté SEO francophone Twitter était plus petite et plus accessible), une part de réseau (Roman Micula, Remi Nestao), et une part de profil assez spécifique.

Mais ce qui est reproductible, c’est le raisonnement. Construire une compétence réelle – pas un positionnement, une compétence. Être visible là où les décideurs de ton secteur traînent. Ne pas attendre une offre d’emploi remote pour postuler, mais créer les conditions pour qu’on vienne te chercher.

Et accepter que travailler en remote depuis la Thaïlande ou ailleurs, ça passe souvent par une période où tu travailles très dur depuis un endroit très ordinaire, sur des missions pas très glamour, pour des clients qui payent pas très bien. Léo l’a fait. 300 euros pour des dizaines d’heures de boulot. C’était utile.

Il y a aussi une génération entière qui arrive avec ce même état d’esprit – les profils formés par des acteurs comme David Baca, des jeunes de 20 ans qui font de l’édition de site, qui ont la dalle, qui se donnent à fond. Léo lui-même le dit dans l’épisode : dans quelques années, certains de ces profils vont être monstrueux. Et ils vont travailler en remote par défaut, pas par exception.

La question ouverte, c’est la suivante : est-ce que les boîtes françaises traditionnelles vont s’adapter à ces profils, ou est-ce que ces profils vont continuer à partir vers des structures comme Blue Window ou Green Tomato Media qui ont compris que la géographie n’a rien à voir avec la qualité du travail ?

Ce mouvement vers le travail à distance redessine aussi la façon dont les entrepreneurs construisent leurs équipes – une dynamique qu’on retrouve dans le bilan de plusieurs agences digitales qui ont fait ce pari du full remote ces dernières années.

Léo Poitevin, lui, fête un an à Chiang Mai dans une semaine. Et il part faire du snorkeling à Koh Phi Phi. Il est salarié. Il est Head of SEO. Et il envoie encore des tweets pour recruter des gens qui ressemblent à ce qu’il était à 22 ans.


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