Un programme de fidélité e-commerce en dessous d’un million d’euros de chiffre d’affaires, c’est probablement une perte de temps. Joseph Aubry, cofondateur et CEO de Loyoly, le dit sans détour – et c’est à peu près la dernière chose qu’on attend d’un gars dont le business model repose entièrement sur la vente de programmes de fidélité. Il a pourtant raison. Et cette honnêteté-là, c’est exactement ce qui m’a donné envie d’aller creuser le sujet avec lui.
Loyoly, c’est une startup de 25 personnes (bientôt 30), 450 marchands en France et depuis deux mois au Royaume-Uni, et une croissance de zéro à cette taille en moins de trois ans. Le truc intéressant, c’est que tout a commencé par un Typeform et trois questions envoyés à des clients de Subway à Nantes. On verra que le chemin entre le Google Sheet bricolé et le SaaS qui tourne sur Shopify est plus instructif que n’importe quelle étude de marché.
Ce qui m’agace dans 95 % des articles sur la fidélisation, c’est qu’ils restent au niveau des grands principes. ‘Fidéliser coûte moins cher qu’acquérir.’ OK. Merci. Et concrètement ? Comment tu calibres tes paliers ? Comment tu fixes ton taux de cashback sans te planter ? Comment tu mesures que ça rapporte quelque chose ? Ce sont ces questions-là qu’on va creuser ici.
Le million d’euros, le vrai seuil de départ d’un programme de fidélité e-commerce
La première chose à comprendre, c’est que la fidélisation n’est pas une stratégie universelle. Joseph pose une limite claire :
En dessous d’un certain seuil de chiffre d’affaires typiquement 1 million d’euros, c’est pas forcément le programme de fidélité qui va faire passer une étape à l’entreprise. Il vaut mieux se concentrer sur l’acquisition avant.
C’est exactement le problème.
Beaucoup de marques qui font 300 000 ou 500 000 euros de CA s’embarquent dans des programmes à points complexes parce qu’elles ont vu faire une grande marque. Résultat : elles dépensent du temps, de l’argent, de la bande passante – et leur base client n’est tout simplement pas assez grande pour que ça déclenche quoi que ce soit. Un programme de fidélité e-commerce a besoin d’une masse critique pour fonctionner.
Au-delà du million, les secteurs qui ont le plus à gagner sont assez prévisibles : beauté, mode, compléments alimentaires, food and beverage. Ce qu’ils ont en commun, c’est le repeat. Si ton client n’a aucune raison naturelle de revenir dans les 90 jours, un programme à points ne va pas créer ce comportement de toutes pièces. Il va juste accélérer ce qui existe déjà.
Et c’est là que les indicateurs clés à suivre pour ton e-commerce deviennent indispensables avant même de parler de fidélisation – parce que si tu ne sais pas quel est ton taux de réachat actuel, tu vas piloter à l’aveugle.
Paliers VIP, taux de cashback : le vrai calibrage d’un programme de fidélité e-commerce
Passons aux choses sérieuses. Le défaut des plugins basiques de fidélité – et Joseph ne les cite pas par nom mais tout le monde voit de quoi il parle – c’est qu’on regarde ce que font les concurrents et on met des points ‘un peu au pif’. C’est sa formulation exacte. Et franchement, c’est juste.
La première question à se poser, c’est l’objectif. Veux-tu booster le repeat ? Augmenter le panier moyen ? Ou au contraire, tu es une marque premium qui joue sur l’expérience et veut éviter de transformer son programme en machine à bons de réduction ? Ces trois cas de figure n’ont pas la même réponse.
Ensuite vient la donnée brute. Chez Loyoly, ils ont des modèles qui calculent automatiquement les cohortes de réachat à partir des données Shopify du marchand. Ça donne la distribution naturelle des clients entre les paliers bronze, argent, or – et en croisant avec les marges, on obtient le coût réel de chaque récompense versus le revenu incrémental généré.
Sur le taux de cashback, Joseph donne une règle simple :
Si tu fais entre 40 et 60 % de marge brute, là tu peux aller 10 15 % de taux de cashback. Donc c’est-à-dire que si ton client dépense 100 €, tu donnes 10 %, tu donnes 10 €. Pour débloquer un bon d’achat de 10 €, il faut que j’ai dépensé à peu près 100 €.
Dit comme ça, ça a l’air simple.
Les marques qui cartonnent vraiment vont parfois jusqu’à 15 ou 20 % de cashback. Mais Joseph ajoute une précaution qui me semble cruciale : mieux vaut commencer bas et monter. Réduire un taux de cashback après coup, c’est comme baisser un salaire – techniquement légal, humainement catastrophique. Les clients ont une mémoire longue sur ce genre de chose.
Il y a aussi une logique à respecter dans la structure des récompenses. Deux types coexistent : les récompenses qu’on échange avec les points accumulés (des bons d’achat de 10, 20, 50 euros qui incitent au réachat), et les récompenses débloquées automatiquement au passage d’un palier VIP. Cette deuxième catégorie, c’est là que les marques les plus créatives font la différence – invitations à des événements privés, accès à des tests produits avant lancement, groupe WhatsApp VIP, sessions de coaching live. Pour comprendre comment ces mécaniques jouent sur la psychologie d’achat, le travail sur les biais cognitifs en e-commerce est un bon complément à lire.
Cinq façons de gagner des points que la plupart des marques oublient
L’erreur classique du programme de fidélité e-commerce basique, c’est de ne récompenser que les achats. Joseph détaille cinq grandes familles de missions que Loyoly propose, et honnêtement, certaines m’ont surpris par leur granularité.
La collecte d’optins d’abord – numéro de téléphone, email, date de naissance, mais aussi date de naissance des enfants si tu vends des produits familiaux. Tout ça remonte dans le CRM. C’est pas spectaculaire mais c’est de la data qui vaut de l’or pour le séquençage des campagnes email et SMS.
L’engagement sur les réseaux sociaux ensuite. S’abonner à un compte Instagram ou TikTok, commenter un post, repartager une story, identifier des amis sous une publication. Des micro-actions faciles à faire, qui créent du touchpoint entre les achats.
- Les avis – sur le site via des modules comme Reviews.io, mais aussi sur Trustpilot, Google Maps ou l’App Store si la marque a une appli mobile.
Le contenu publié par les consommateurs eux-mêmes (stories, reels, TikToks). Et enfin – c’est là que c’est vraiment intéressant – l’UGC au sens strict : des photos et vidéos envoyées directement à la marque, avec cession de droits incluse dans le flow.
Sur ce dernier point, les chiffres parlent : 21 % des utilisateurs font au moins une mission parmi les catégories avis et contenu. Sur l’ensemble d’une base client, c’est considérable. (Ce qui est rare c’est de voir des programmes qui mesurent vraiment ce chiffre.)
L’UGC client, le vrai trésor caché du programme de fidélité e-commerce
C’est le bout du podcast qui m’a le plus intéressé, parce que c’est aussi le moins exploité en pratique.
Joseph décrit le mécanisme : après un achat, le client reçoit un email. Pas un email de confirmation standard – un email qui propose de gagner des points en envoyant une vidéo témoignage. Il arrive sur une page avec des exemples, une moodboard, des guidelines. Et il filme.
Tu vois tes clients qui disent bah moi en fait j’adore votre marque parce que A et B. Un autre va dire autre chose et donc après tu te retrouves avec plein de petits contenus que tu peux réutiliser assez facilement.
Voilà.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais aimé qu’on développe davantage – c’est la question du timing. Joseph mentionne l’exemple des compléments alimentaires avec une cure de 30 jours : l’email UGC part à J+30, quand le client a eu le temps de vivre le produit. C’est évident une fois qu’on l’entend. Mais combien de marques envoient ce type de sollicitation à J+3, avant même que le colis soit arrivé ?
La récompense idéale pour l’UGC ? Pas forcément en points. Parfois un produit offert, parfois un bon d’achat direct. Joseph parle de 10 euros comme minimum absolu pour une vidéo – et encore, il précise que pour que les gens se donnent vraiment la peine, il faut aller plus haut. La comparaison avec ce que font certaines plateformes dédiées à l’UGC (50 euros par vidéo, voire plus) montre bien que la qualité a un prix.
Et c’est là que ça rejoint la question de la rétention au sens large. L’UGC client bien orchestré, c’est à la fois du contenu créa réutilisable en paid, de la preuve sociale pour les nouvelles audiences, et un mécanisme de réengagement post-achat. Si tu t’interroges sur d’autres leviers pour travailler ta rétention, l’épisode sur WhatsApp comme levier de rétention e-commerce pousse la réflexion dans une direction complémentaire.
Le ROI d’un programme de fidélité e-commerce : ce que les dashboards ne te disent pas
Mesurer le retour sur investissement d’un programme de fidélité e-commerce, c’est techniquement simple et pratiquement un champ de mines.
Joseph explique que chez Loyoly, ils font de l’attribution directe : une récompense utilisée, une vente comptée. C’est conservateur. D’autres solutions comptabilisent toute vente générée par une personne qui a cliqué dans un email de fidélité trois mois auparavant – ce qui gonfle les chiffres de manière difficile à défendre en comité de direction.
Mais la vraie métrique de santé d’un programme de fidélité, ce n’est pas juste le CA attribué. C’est la part de ce CA dans le revenu global. Générer deux millions d’euros via le programme, c’est impressionnant. Si le CA total de la marque est de 50 millions, ça devient anecdotique. Si c’est 8 millions, ça change tout.
Au-delà de ça, les métriques à surveiller sont celles que tout le monde connaît en théorie et que personne ne regarde vraiment en pratique : la LTV segmentée par palier VIP, le taux de réachat des membres actifs versus les non-membres, le coût total des récompenses émises versus rachetées (parce que tous les points ne sont pas utilisés, et c’est une variable importante pour la rentabilité réelle du programme). Sur ce sujet, l’article sur les 5 indicateurs de santé d’une marque e-commerce donne un bon cadre de référence.
Ce que Loyoly apporte concrètement là-dessus, c’est la visualisation automatisée de tout ça depuis les données Shopify. Le dashboard calcule le profit net de chaque palier VIP, en intégrant les unit economics de chaque type de récompense. C’est ce qui manquait aux marques qui essayaient de faire ça à la main dans des spreadsheets.
Du Typeform à Shopify : comment Loyoly a trouvé son product-market fit
L’histoire de Loyoly vaut le détour, parce qu’elle illustre quelque chose d’assez rare : un pivot réussi qui ne ressemble pas à un échec rebrandé.
Joseph Aubry a 29 ans. Finance de formation, expérience acquise en Australie dans un restaurant où il observait les clients poster leurs avis sur Google, et une intuition simple : et si on récompensait ces comportements spontanément ? Rentré en France avec son associé Thomas, ils lancent un Typeform à trois questions pour des Subway à Nantes. Pas d’appli, pas de SaaS. Vérification manuelle des stories des clients. C’est artisanal au sens plein du terme.
On était comme des… c’est vraiment comme on dit c’est tu commences par le Google sheet et puis après tu crées ton propre SaaS. C’est exactement comment c’est comme ça en fait.
Deux ans de tâtonnements suivront – restaurants, hôtels B&B, petits commerçants, quelques e-commerçants. Le product-market fit ne vient pas. Pivot en janvier 2023 : focus exclusif sur Shopify et l’e-commerce. Six mois de développement pour avoir une vraie brique fidélité et parrainage. Entrée à Station F. Levée auprès de business angels. Et surtout – et c’est là le vrai accélérateur souvent sous-estimé – l’intégration dans les cercles du Digital Native Club, où les e-commerçants se parlent entre eux.
En moins de deux ans depuis ce pivot, 450 marchands. C’est un rythme qui force le respect, même si le marché e-commerce français est effectivement un village où les recommandations circulent vite. Mais un village qui commence à s’exporter : le UK depuis deux mois, avec tout ce que ça implique comme adaptation – et c’est un sujet que Joseph n’a pas eu le temps de creuser dans l’épisode.
Ce qui m’intéresse davantage dans cette trajectoire, c’est le gap de marché qu’ils ont identifié. D’un côté, les plugins basiques type ‘tu cliques et c’est installé en deux minutes’. De l’autre, des solutions enterprise lourdes, peu agiles, conçues pour des DSI et pas pour des équipes e-commerce de cinq personnes. Entre les deux, rien – ou presque. C’est exactement le positionnement qu’ont réussi d’autres outils dans d’autres catégories, comme on peut le voir avec des marques qui ont su scaler un produit e-commerce dans plusieurs pays en jouant sur la précision de leur positionnement initial.
Le programme de fidélité e-commerce que Loyoly vend, en gros, c’est moins un outil qu’une méthodologie. La partie technique – les boutons à cliquer pour configurer les paliers – c’est ‘la partie la plus simple’, selon Joseph. Ce qui prend du temps et de la réflexion, c’est l’analyse des données de réachat, la définition des objectifs, le calibrage des récompenses par rapport à la marge brute. Et ça, aucun plugin ne peut le faire à ta place.
La question qui reste ouverte pour moi : à quel moment un programme de fidélité e-commerce devient-il un plafond ? Est-ce qu’il y a un risque de conditionner les clients à n’acheter que quand ils ont des points à dépenser, au point de tuer la marge sur les moments où ils achèteraient de toute façon ? Joseph n’a pas abordé ce point dans l’épisode – et c’est peut-être la limite la plus importante à garder en tête avant de se lancer.

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