passer de consultant à agence

Repost | Comment passer de consultant à agence ? Les (4) points positifs et négatifs

Épisode diffusé le 18 août 2022 par Danilo Duchesnes

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Passer de consultant à agence, ça ressemble à une promotion. Sur le papier. En vrai, c’est un changement de métier complet – avec les mêmes clients, les mêmes factures, mais une pression d’un autre ordre. Danilo Duchesnes l’a fait en juillet 2019, trois ans après s’être lancé comme indépendant spécialisé en Facebook Ads. Et dans un épisode du Rendez-vous Marketing, il détaille les étapes, les doutes, et les trucs qu’il n’avait pas anticipés. Ce qu’il dit est utile. Ce qu’il ne dit pas entre les lignes l’est encore plus.

Danilo partait d’une base solide : 10 000 euros de revenus mensuels en moins d’un an, plus de demandes qu’il ne pouvait traiter, et une question simple qui se posait. Soit il augmentait ses prix. Soit il recrutait. La première option a un plafond naturel. La deuxième, une complexité naturelle.

Il a choisi la deuxième. Et depuis, son agence DHS Digital tourne avec une équipe. Mais le chemin entre les deux n’est pas une ligne droite.

Pourquoi passer de consultant à agence – et pourquoi maintenant

Le déclencheur est souvent le même. Trop de boulot pour une seule paire de mains, pas assez de temps pour tout traiter correctement. Danilo le dit clairement :

« j’avais de plus en plus de demandes que je ne pouvais plus traiter. Donc j’avais deux solutions si je voulais gagner plus, c’était soit de refuser finalement les demandes que j’avais ou d’augmenter mes prix. »

Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est l’honnêteté du raisonnement. Pas de vision grandiose, pas de stratégie sur dix ans. Un constat arithmétique brutal.

Le truc, c’est que beaucoup de consultants restent bloqués à cette étape pendant des années. Ils augmentent leurs tarifs, refusent des missions, et finissent par stagner confortablement. Ce n’est pas un mauvais choix. Mais c’est un choix – et il faut l’assumer comme tel. Si tu veux passer de consultant à agence, il faut d’abord admettre que tu renonces à quelque chose : la simplicité de ne dépendre que de toi.

Et la question que Romain Moriaux – l’auditeur qui a posé la question à l’origine de cet épisode – se posait probablement, c’est celle que tout le monde se pose à ce moment-là : par où on commence concrètement ?

Les 5 étapes pour passer de consultant à agence (celles qui fonctionnent vraiment)

Danilo a listé cinq étapes. Je vais les reprendre, mais sans les aplatir – parce que certaines sont plus critiques qu’elles n’y paraissent.

Étape 1 : créer une structure juridique distincte. Pas juste pour la forme. L’idée centrale, c’est que l’agence doit dépasser ta personne. Tant que tu gardes ton statut d’auto-entrepreneur ou d’indépendant en nom propre, les clients te contactent pour toi. Quand il y a une société avec un nom, un logo, une entité légale – ils contactent quelque chose qui existera même quand tu seras en vacances, malade, ou passé à autre chose.

Danilo a déposé ses statuts fin mai 2019. Début juillet, DHS Digital existait légalement. Deux mois. C’est rapide quand la décision est prise.

Étape 2 : refondre son identité de communication. LinkedIn en premier. Tu n’es plus « consultant en Facebook Ads ». Tu es fondateur et CEO d’une agence. Ce n’est pas du tout cosmétique – c’est une bascule mentale qui change la façon dont les prospects te perçoivent et, franchement, la façon dont tu te perçois toi-même.

Étape 3 : prévenir ses clients existants. Celui-là, Danilo admet qu’il n’y avait pas pensé tout de suite. Et c’est souvent là que ça coince. Les clients qui travaillent avec toi depuis des mois ont une relation de confiance avec toi, pas avec une structure anonyme. Il faut les rassurer – pas leur vendre quelque chose, juste leur expliquer que la personne qui va gérer leur compte sera formée par toi et sera plus disponible que tu ne l’étais.

« tu peux même dire en fait finalement moi j’étais de plus en plus occupé et j’ai l’impression que je faisais du moins bon travail qu’auparavant. Là avec la nouvelle personne qui va arriver, tu verras que tu auras une qualité de service équivalente voire même meilleure »

Courageux à dire. Et probablement vrai dans la majorité des cas.

Étape 4 : recruter un profil opérationnel. Danilo a commencé par Quentin Vermeersch, nommé Account Manager. Un seul profil au départ. Pas une armée. Et il précise que Quentin est toujours là aujourd’hui – ce qui veut dire que le premier recrutement a bien fonctionné. Pour comprendre le processus pour recruter des A-Players, il a consacré un épisode entier à ce sujet.

Étape 5 : former, introduire, déléguer progressivement. Ce n’est pas une étape unique, c’est un processus qui prend des mois. Et Danilo insiste sur un point que je trouve souvent sous-estimé : rester présent auprès des clients pendant la transition, sans faire le travail opérationnel. Disparaître brutalement après avoir présenté le nouveau contact, c’est la meilleure façon de perdre le client.

Ce que personne ne dit sur la formation de tes premières recrues

Danilo avait un avantage que tout le monde n’a pas : une formation packagée, la Facebook Ads Academy, qu’il pouvait donner directement à ses nouvelles recrues. Résultat – ses méthodes sont transmises de façon structurée, pas via des sessions informelles qui varient selon son humeur du mardi matin.

« dès que j’ai une personne qui arrive, ben je la forme via ma formation, je lui donne également des contenus supplémentaires, mais déjà avec ma formation en elle-même, elle peut déjà être formée à mes méthodes »

Honnêtement, c’est une vraie bonne pratique – mais rare. La plupart des agences que je connais font atterrir leurs nouvelles recrues sur un Notion mal organisé et un call de deux heures le premier jour. (Et oui, certaines de ces agences sont rentables, mais leur turnover est impressionnant.)

Si tu n’as pas de formation packagée, l’alternative c’est de documenter tes process avant de recruter. Pas après. C’est contre-intuitif parce que documenter prend du temps que tu n’as pas quand tu es débordé. Mais recruter sans structure, c’est former en improvisant – et l’improvisation coûte cher en erreurs clients. D’ailleurs, pour voir comment renouveler une formation interne au fil du temps, Danilo a partagé les coulisses de ce chantier dans une chronique dédiée.

Il y a aussi un point que Danilo mentionne en passant mais qui mérite qu’on s’y arrête : dès le premier contact avec un nouveau client, il faut clarifier que tu ne seras ni le point de contact principal, ni la personne qui gère les campagnes. C’est inconfortable à dire, surtout quand c’est toi qui as vendu. Mais si tu ne le dis pas là, tu le paieras dans trois mois quand le client t’envoie des messages à 22h en pensant que tu surveilles ses pubs en direct.

Les vrais avantages – pas ceux qu’on met dans les slides de présentation

Passer de consultant à agence, c’est souvent vendu comme un gain de liberté. C’est plus compliqué que ça.

Les revenus augmentent – mais les marges se resserrent. Tu as des salaires à payer chaque mois, des charges, des outils. Ce que tu génères en facturation doit couvrir tout ça avant de te rémunérer toi. Danilo le dit sans détour :

« Attention, tu dois être attentif à tes marges, étant donné que maintenant tu as des employés et que tu dois les payer. »

Voilà. C’est dit.

Ce qui change vraiment en positif, c’est le rôle. Tu passes de technicien à chef d’entreprise – et ça, pour ceux qui s’ennuient avec l’opérationnel répétitif, c’est une vraie libération. Tu fais du management, de la vente, des recrutements, de la stratégie. Chaque semaine ressemble à quelque chose de différent. La pression monte, mais l’ennui disparaît.

Et le personal branding continue de fonctionner, voire s’accélère. Être CEO d’une agence donne une légitimité différente de celle de consultant. Tu parles au nom d’une équipe, pas juste en ton nom. (Ce qui est à double tranchant – si ton équipe plante un compte, c’est ta réputation qui prend.)

Pour une perspective complémentaire sur la transition de freelance à agence vue de l’intérieur, Danilo a aussi raconté son parcours dans un format interview – plus personnel, moins structuré, et parfois plus révélateur que les épisodes classiques.

Les points négatifs – et là il faut être honnête

Moins de liberté qu’en freelance. Au moins au début. C’est la réalité que Danilo énonce sans l’édulcorer.

Quand tu es consultant, tu gères ton agenda. Tu peux décaler un call, travailler depuis n’importe où, choisir de ne pas répondre un lundi. Quand tu as une équipe, tu as des engagements envers des personnes – pas seulement envers des clients. Tu dois être là. Pas forcément physiquement, mais mentalement disponible pour débloquer, orienter, décider.

Et ça, c’est une charge qu’on n’avait pas anticipée.

Le deuxième point négatif – et c’est celui qui surprend le plus les consultants qui franchissent le pas – c’est qu’on pratique moins son expertise technique. Si tu aimais vraiment créer des campagnes Facebook, écrire des copies, analyser des performances, tu vas faire ça de moins en moins. Tu superviseras. Tu valideras. Mais le plaisir de mettre les mains dans le cambouis s’érode. Pour certains c’est un soulagement. Pour d’autres, c’est une vraie perte.

Et puis la pression. Danilo est direct là-dessus aussi :

Plus de clients, plus de personnes dans l’équipe, plus de problèmes. La charge mentale d’un CEO d’agence de dix personnes n’a rien à voir avec celle d’un consultant solo à 10 000 euros par mois. Les deux peuvent être stressants – mais pas de la même façon ni avec le même poids sur les épaules. Pour comprendre comment certains entrepreneurs structurent leur organisation interne quand l’équipe grandit, l’épisode sur comment construire une équipe marketing solide avec Maxime Baumard de Pennylane donne des angles intéressants.

Mais – et c’est la nuance qui compte – Danilo n’est pas en train de dire que c’est une mauvaise décision. Il dit juste que c’est une décision différente, avec des contreparties réelles. Ce que j’aurais voulu qu’on me dise à l’époque – enfin, que quelqu’un dise clairement aux freelances qui rêvent d’agence – c’est que ce n’est pas une évolution naturelle du même métier. C’est un autre métier, qui utilise les mêmes connaissances techniques comme base de départ.

Ce qui détermine vraiment si la transition réussit ou pas

Trois ans après avoir créé DHS Digital, Danilo a Quentin avec lui depuis le début. Ce n’est pas un détail. Le premier recrutement est souvent celui qui fait ou défait la transition.

Si la première personne que tu recrutes est mauvaise – techniquement ou humainement – tu passes les six mois suivants à gérer le problème au lieu de développer l’agence. Et pendant ce temps, tes clients existants voient la qualité baisser. C’est là que beaucoup de consultants font marche arrière et retournent au solo. Pas parce que le modèle agence ne fonctionne pas, mais parce que le premier recrutement a raté.

La formation est l’autre variable critique. Danilo insiste dessus à plusieurs reprises dans l’épisode – et ce n’est pas anodin. Une recrue qu’on forme bien pendant six mois devient un actif. Une recrue qu’on abandonne avec un accès à Ads Manager et bonne chance devient un risque. Pour aller plus loin sur les outils qui structurent le quotidien d’une agence qui tourne, la stack d’organisation chez DHS Digital donne une idée concrète de ce que ça implique en termes de process.

Et puis il y a le timing. Passer de consultant à agence quand tu as trop de demandes, c’est le bon moment. Le faire quand tu t’ennuies ou que tu veux « passer à l’étape suivante » sans vraie pression commerciale, c’est souvent trop tôt. Les premières recrues ont besoin de travail à faire. Si le pipe n’est pas là, tu paies des salaires pour du temps mort – et ça se digère mal.

La vraie question que Romain aurait dû poser – et que beaucoup de consultants évitent de se poser – c’est : est-ce que je veux vraiment manager des gens ? Pas dans l’abstrait. Concrètement. Être responsable de leur productivité un lundi où toi tu n’as pas dormi, où un client t’a envoyé un message difficile, où les chiffres du mois sont moins bons que prévu. Ce jour-là, le rôle de manager n’est pas glamour du tout.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour passer de consultant à agence ? +
Il n'y a pas de durée standard, mais la partie juridique peut aller vite - Danilo Duchesnes a créé DHS Digital en moins de deux mois entre la décision et les statuts déposés. La vraie durée, c'est celle de la transition opérationnelle : former la première recrue, déléguer progressivement, ajuster sa communication. Comptez minimum six mois avant que la structure tourne de façon relativement autonome sur les comptes clients.
Faut-il garder son personal branding quand on crée une agence ? +
Oui, mais en le faisant évoluer. Tu passes de consultant visible à CEO visible. Le personal branding continue à alimenter la notoriété de l'agence - c'est même un avantage concurrentiel fort. Ce qui change, c'est le message : tu ne vends plus tes compétences individuelles, tu vends une équipe et une méthode.
Comment rassurer ses clients existants quand on passer de consultant à agence ? +
En étant direct et honnête. Danilo Duchesnes recommande d'expliquer que la personne qui va gérer leur compte sera formée par toi, avec tes méthodes. Tu peux même admettre que tu étais parfois trop chargé pour leur donner le meilleur de toi-même - et que la nouvelle organisation va y remédier. L'essentiel : ne pas disparaître brutalement du suivi client pendant la transition.
Quel est le premier profil à recruter quand on crée une agence ? +
Un profil opérationnel qui peut prendre en charge le travail que tu faisais toi-même. Dans le cas de DHS Digital, c'était un Account Manager Facebook Ads. Le critère de sélection le plus important n'est pas l'expérience brute, mais la capacité à apprendre ta méthode et à la reproduire fidèlement.
Est-ce qu'on gagne plus d'argent en passant de consultant à agence ? +
Potentiellement oui, mais pas immédiatement. Les revenus bruts augmentent si tu prends plus de clients, mais les charges aussi - salaires, bureaux, outils, charges sociales. Les marges se resserrent avant de s'améliorer. Danilo insiste sur l'importance de surveiller ses marges de près, surtout dans les premières années.
Quels sont les inconvénients de passer de consultant à agence ? +
Moins de liberté sur son agenda, moins de pratique de son expertise technique, plus de pression liée au management d'équipe et à la responsabilité sur la productivité des autres. La charge mentale d'un CEO d'agence est différente - pas forcément plus lourde, mais d'une nature différente. Ce n'est pas un métier d'amélioration continue du même rôle : c'est un autre rôle.

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