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Faire 120 000 vues sur Youtube sa première année – avec Rémy Bigot

Épisode diffusé le 3 novembre 2015 par Marketing Mania

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120 000 vues sur youtube en un an. Pas pour une chaîne de gaming, pas pour un vlogger qui fait des blagues en pyjama – pour une émission B2B à destination des entrepreneurs français. Rémy Bigot, présentateur du MSB Show (Monter Son Business Show), a réussi ce truc que beaucoup considèrent comme presque impossible dans ce segment : construire une audience réelle, fidèle, sur un sujet que l’algorithme ne favorise pas naturellement. Dans ce podcast Marketing Mania animé par Stanislas le Loup, Rémy raconte comment. Sans filtre, avec les galères.

Ce qui m’a frappé en écoutant cet épisode – enregistré en 2015, ce qui lui donne maintenant une espèce de valeur documentaire – c’est que les mécaniques qu’il décrit n’ont pas vraiment vieilli. L’effet boule de neige, la nécessité d’une audience préexistante, la question de la monétisation indirecte : tout ça reste d’une actualité troublante. Et puis il y a cette histoire avec Peugeot. Mais j’y reviens.

Partir de zéro, c’est un mythe – ou presque

Rémy le dit lui-même sans détour : il a triché. Pas au sens péjoratif du terme, mais il n’est pas arrivé sur YouTube les mains vides. Derrière lui, il y avait cinq ans de blog entrepreneuriat sur monterbusiness.com, une base mail constituée, des abonnés sur Facebook et Twitter qui le suivaient déjà.

« J’ai capitalisé sur cette audience là. Il est vrai que dire j’arrive comme ça de nulle part et j’arrive à faire 100 000 vues assez facilement, ça me paraît difficile. Ça peut arriver hein, il y a des cas où les gens arrivent à faire exploser leur chaîne du jour au lendemain mais c’est quand même extrêmement rare. »

Dit comme ça, c’est presque une évidence. Et pourtant, combien de gens lancent une chaîne YouTube en partant vraiment de zéro et s’étonnent que ça ne décolle pas après six épisodes ?

Ce que Rémy illustre ici, c’est quelque chose que la plupart des guides de croissance YouTube ne disent jamais franchement : la distribution précède le contenu. Si tu n’as aucun endroit où crier que ta nouvelle vidéo est en ligne, personne ne le saura. L’algorithme de YouTube ne te fera pas de cadeaux au départ – il amplifie ce qui existe déjà, pas ce qui espère exister. Pour aller plus loin sur la question de créer une audience de 150 000 personnes, l’interview de Victorien Munch sur ce site est une bonne suite logique.

L’effet boule de neige : la partie que personne ne supporte vraiment

Stanislas le Loup parle de son propre podcast en cours d’enregistrement pour illustrer le point. En octobre 2015, son émission fait moins de 3 000 écoutes mensuelles. Mais l’auditoire double chaque mois. La trajectoire est là, même si les chiffres absolus semblent dérisoires.

« Ce qui se passe, que ce soit un blog que vous lancez, un compte Instagram, une chaîne YouTube ou quoi que ce soit, il y a vraiment un moment au début où c’est extrêmement difficile où il se passe pas grand-chose. »

Pas une révélation en soi. Mais la façon dont il le dit – avec ce pragmatisme un peu froid – rappelle que savoir qu’il faut tenir ne suffit pas à tenir. C’est là que la plupart abandonnent.

Rémy, lui, avait un dispositif anti-abandon assez malin. Dans son épisode pilote, il avait promis publiquement un épisode chaque lundi – et invité son audience à lui envoyer des mails d’insulte s’il ne publiait pas. Il a reçu des mails. Pas d’insultes, mais des messages du type « pourquoi il y a pas le MSB Show cette semaine ? ». Ce qui, dans le fond, est une forme de pression sociale qu’il avait délibérément construite.

Ce mécanisme – s’engager publiquement pour forcer la régularité – est sous-estimé. Pas parce que c’est une astuce de croissance, mais parce que ça crée une obligation morale réelle. Et la régularité, sur YouTube comme ailleurs, c’est ce qui construit l’algorithme ET la confiance de l’audience en même temps. Pour avoir d’autres retours concrets sur la stratégie vlog pour entrepreneurs, l’analyse de Maud Alaves sur ce site complète bien la perspective de Rémy.

Comment avoir des vues sur youtube quand on est B2B et pas Cyprien

Le vrai problème de Rémy, et il le reconnaît sans fausse modestie : son public n’est pas celui de YouTube par défaut. Les entrepreneurs ne scrollent pas YouTube le dimanche après-midi pour se détendre. Ils cherchent des réponses précises, rapidement.

Du coup, sa chaîne ressemble plus à une ressource qu’à un divertissement. Ce qui pose la question de la viralité – quasi inexistante dans ce format – et donc de la croissance organique pure.

« C’est assez difficile parce que c’est un domaine où on peut pas faire n’importe quoi. Je suis un peu tiraillé entre le fait de j’ai envie de faire des choses et je l’ai fait point final et le fait que il y a des choses qui risquent de pas forcément bien passer. »

Ce tiraillement-là, je le connais bien. C’est la tension entre l’authenticité brute et le positionnement construit. Rémy mentionne vouloir injecter plus d’opinions tranchées dans ses épisodes, être « moins lisse ». Il cite deux références très différentes comme sources d’inspiration : iPenser (Bruce Benamran), qui vulgarise la science avec une clarté redoutable, et Gary Vaynerchuk, dont l’énergie et le format Ask Gary V ont fait école.

Ce mélange d’influences – science populaire + personal branding américain – dit quelque chose sur ce qu’il cherche à construire. Pas juste un format informatif, mais une présence. C’est une des rares fois dans l’interview où on sent qu’il a une vision de la chaîne au-delà du prochain épisode.

Mais multiplier les vues sur youtube par 10 en un an (son objectif : 1 million de vues en 2016) dans un segment B2B, c’est un pari à très haute variance. Sans levier viral, sans contenu « grand public », ça demande soit un changement de format radical, soit une accumulation de backlinks de notoriété – conférences, partenariats médias, collaborations. Et là, Rémy avait un atout inattendu.

Le studio BFM et la valeur invisible d’une émission

La monétisation directe du MSB Show ? Nulle, ou presque. Rémy est honnête là-dessus. Mais la monétisation indirecte, elle, est réelle.

Deux semaines avant l’enregistrement, il était dans le studio de BFM pour enregistrer un épisode au Salon des Entrepreneurs. Résultat des courses : un partenariat avec Les Échos, une augmentation des ventes de ses produits numériques, plus de demandes en consulting.

C’est le modèle classique du média comme outil de positionnement – enfin, classique pour ceux qui l’ont compris. La chaîne ne génère pas de revenus directs, mais elle change la perception de qui est Rémy Bigot dans son écosystème. Elle lui ouvre des portes qu’un simple blog n’ouvre pas. Et ça, c’est rarement chiffrable avant que ça arrive.

Rémy vend des produits numériques, un livre papier, des audits. Il veut aller vers la formation plutôt que le consulting one-to-one – logique d’impact maximal, scalabilité, et aussi choix de vie. Stanislas, lui, a fait le chemin inverse : de la formation vers le service. Deux trajectoires parfaitement rationnelles, deux paris différents sur ce qui compte.

Ce qui m’agace un peu dans ce genre de discussion, c’est qu’on présente souvent le choix formation vs service comme purement économique. Rémy le dit mieux que ça :

« Moi il y a aussi un autre point qui est très important, c’est d’aider un maximum d’entrepreneurs et ça c’est véridique hein, c’est vraiment pas du bullshit. Si je pouvais aider beaucoup plus de personnes en même temps que si je fais simplement du consulting one to one tu vois avec un seul client à la fois. »

Voilà. C’est rare que quelqu’un dise ça sans que ça sonne faux. Là, dans le contexte de l’interview, ça passe.

La vidéo Peugeot, ou comment 22 000 vues peuvent changer une vie

La vidéo la plus vue de la chaîne de Rémy Bigot n’est pas un épisode du MSB Show. C’est une vidéo intitulée « Peugeot 107 voiture en carton » – plus de 22 000 vues, très loin devant n’importe quel épisode business.

L’histoire est simple et efficace. Sa 107 prend l’eau. Peugeot lui dit qu’elle est hors garantie, donc hors de leur responsabilité. Il publie une vidéo et un article de blog pour dénoncer le problème. Ça se partage massivement. Le soir même, Peugeot France l’appelle. Deux semaines après, tout est réglé.

Et depuis, chaque année, Peugeot le contacte pour lui demander de retirer la vidéo. Il dit non.

Ce que cette anecdote illustre – au-delà de la satisfaction évidente – c’est la mécanique de l’e-réputation vue par le petit bout de la lorgnette. Les grandes marques ont des équipes entières pour surveiller ce qui se dit sur elles en ligne. Un post qui tourne sur les forums, une vidéo qui monte dans les recherches Google : ça génère des alertes internes, des réunions, des calls. Rémy a simplement utilisé ce qu’il avait – une audience, un blog, un compte YouTube – pour créer une pression que Peugeot ne pouvait pas ignorer.

Ce qui est intéressant aussi, c’est qu’il a modifié l’article après coup pour préciser que Peugeot avait finalement fait le nécessaire. Il aurait pu garder l’article vengeur tel quel. Il a choisi la version honnête. Ça dit quelque chose sur son positionnement éditorial de fond – même dans un contexte de conflit.

Racheter des sites qui sous-monétisent leur trafic : l’astuce que personne ne mentionnait

Un des passages les plus intéressants de l’interview, et le moins attendu, c’est celui sur la stratégie de rachat de sites Adsense.

Le raisonnement de Stanislas est simple : beaucoup de webmasters ont du trafic qu’ils monétisent avec Adsense par défaut – parce que c’est facile à mettre en place, pas parce que c’est optimal. Si tu es un marketeur orienté conversion, tu peux aller voir ces gens et leur proposer soit un partenariat d’affiliation, soit de racheter leur site carrément.

Exemple concret donné dans l’interview : un site qui fait 200 euros par mois avec Adsense. Tu arrives, tu lui montres que tu pourrais en tirer 1 500 ou 2 000. Tu proposes un rachat à un prix qui lui semble généreux par rapport à ce qu’il génère. Et toi, tu achètes moins cher que la vraie valeur.

C’est un deal gagnant-gagnant – enfin, sur le papier. Dans les faits, il y a un facteur psychologique que Stanislas mentionne : les propriétaires de sites ont souvent peur de changer de modèle. Ils savent qu’Adsense, c’est sous-optimal, mais c’est prévisible. Proposer autre chose, c’est leur demander de faire confiance à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas.

Rémy rebondit là-dessus avec le parallèle des bloqueurs de pub et des médias traditionnels qui « se lamentent comme les taxis quand Uber arrive » au lieu de trouver des modèles alternatifs. C’est un peu caricatural – mais pas faux. Sur la question de trouver des clients sans dépenser sur Meta et Google, les stratégies organiques documentées sur ce site montrent que d’autres chemins existent effectivement.

Et en parlant de New York Times, Stanislas lève une idée qui commence à peine à s’imposer en 2015 : le contenu premium payant peut fonctionner sur internet. Les abonnements numériques du NYT commencent à remplacer les revenus pub. Ce qui semblait être une utopie – « personne ne paiera pour du contenu en ligne » – est en train de devenir réalité pour les médias qui ont su se différencier. C’est une ligne directe vers les stratégies de personal branding et de contenu à forte valeur perçue que des acteurs français commencent à explorer à la même époque.

Ce que ça change d’avoir 120 000 vues sur youtube quand on vend de la formation

Revenir à la question de fond : pourquoi faire autant d’efforts pour des vues sur youtube quand tu vends des produits numériques et de la formation ?

La réponse de Rémy est à la fois simple et souvent oubliée. YouTube crée de la confiance à l’échelle. Un article de blog peut convaincre un lecteur. Une vidéo hebdomadaire pendant un an change la perception qu’un entrepreneur a de toi – tu passes de « quelqu’un que j’ai lu une fois » à « quelqu’un que je connais ». C’est ce que les marketeurs appellent parfois le « warm audience effect » (et ça, c’est exactement le truc que les marques e-commerce découvrent en ce moment avec TikTok – cf. les stratégies d’impressions organiques de Merci Handy).

La limite réelle – et Rémy l’admet – c’est que sa chaîne n’a pas encore ce socle de fans ultra-fidèles. Des vues, oui. Une communauté qui revient chaque semaine quoi qu’il arrive, pas vraiment encore. C’est la différence entre un compteur de vues sur youtube qui monte et une vraie audience.

Multiplier les vues sur youtube par dix en un an sans changer fondamentalement le format, c’est ambitieux. Pour le réaliser dans un segment B2B, il faudrait soit un événement déclencheur externe (une vidéo qui perce hors de la cible habituelle, à la manière de la vidéo Peugeot), soit une transformation profonde du show. Rémy le sait. Il travaille dessus avec Angeline, son accompagnatrice stratégie. Mais en novembre 2015, le plan n’est pas encore arrêté.

Et franchement, il y a quelque chose de rafraîchissant dans cette honnêteté-là. La plupart des épisodes de podcast business de cette époque se terminent sur un plan en cinq étapes nickel-chrome. Celui-ci se termine sur une incertitude assumée. Ce qui, paradoxalement, lui donne plus de crédibilité.

Questions fréquentes

Comment avoir des vues sur YouTube quand on démarre de zéro ? +
La vérité que personne ne dit vraiment : partir de zéro absolu sur YouTube est presque toujours une erreur de stratégie. Rémy Bigot l'admet lui-même - ses 120 000 premières vues sur youtube ont été rendues possibles par cinq ans de blog entrepreneuriat et une base mail préexistante. Avant de lancer une chaîne, il vaut mieux construire une audience quelque part - newsletter, blog, réseau social - et utiliser cette base pour amorcer la pompe YouTube dès le premier épisode.
Combien de temps faut-il pour avoir des vues sur youtube dans un secteur B2B ? +
Plus longtemps que dans les niches grand public, sans surprise. L'effet boule de neige dont parle Rémy Bigot dans cette interview fonctionne aussi en B2B, mais il est plus lent à s'enclencher. Le MSB Show a mis un an pour atteindre 120 000 vues sur youtube - en s'appuyant sur une communauté existante. Sans ce levier, comptez 18 à 24 mois pour voir une croissance significative avec un rythme de publication hebdomadaire.
Est-ce qu'Adsense est le meilleur moyen de monétiser un site avec du trafic ? +
Généralement non. Adsense est facile à mettre en place, ce qui explique sa popularité, mais c'est rarement la meilleure option en termes de revenus. L'affiliation ciblée ou la vente directe de produits adaptés à l'audience rapportent presque toujours davantage. Rémy Bigot a abandonné Adsense très tôt sur l'ensemble de ses sites pour cette raison.
Peut-on vivre d'une chaîne YouTube B2B ? +
Directement, c'est difficile. Indirectement, c'est possible et souvent très rentable. Le MSB Show n'a pas rapporté d'argent en direct à Rémy Bigot pendant sa première année, mais il a augmenté ses ventes de produits numériques, attiré des partenariats médias (BFM, Les Échos) et consolidé son positionnement d'expert. C'est le modèle du média comme outil de distribution plutôt que comme source de revenus autonome.
Comment convaincre un concurrent d'envoyer son trafic vers mon site ? +
La stratégie décrite par Stanislas le Loup dans cet épisode est concrète : repérer les sites de votre niche qui monétisent leur trafic uniquement avec Adsense, et leur proposer un deal d'affiliation ou un rachat. Ces webmasters ont souvent du trafic qualifié mais ne savent pas comment le monétiser mieux. Si vous pouvez leur montrer qu'ils gagneraient davantage avec votre proposition qu'avec leurs pubs actuelles, beaucoup acceptent.
Quel rythme de publication faut-il tenir pour avoir plus de vues sur YouTube ? +
La régularité compte plus que la fréquence. Rémy Bigot publiait une fois par semaine, chaque lundi, et avait pris l'engagement public de le faire dès son épisode zéro. Ce dispositif d'accountability l'a forcé à tenir même pendant les périodes difficiles. Pour les chaînes B2B en particulier, un épisode hebdomadaire de qualité vaut bien mieux que trois épisodes bâclés.

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