Le rachat d’entreprise en ligne – Mathieu Verne en parle comme d’un jeu vidéo. Pas métaphoriquement. Littéralement. Les euros sont des points, les acquisitions sont des niveaux, et lui, depuis 1999, accumule des vies. À 14 ans, il crée un fan site sur une actrice américaine depuis sa chambre. En 2025, il rachète Les Makers, un média devenu référence dans la sphère business en ligne francophone. Entre les deux : vingt-cinq ans d’un parcours qui ressemble à tout sauf à un plan de carrière linéaire.
Ce qui est intéressant dans l’interview qu’il donne à Seb sur la chaîne YouTube des Makers, c’est pas les chiffres – même si on va y revenir parce qu’ils méritent qu’on s’arrête dessus. C’est la mécanique. Comment quelqu’un passe de 20 000 euros la première année en auto-entrepreneur à 150 000 euros par an, puis à un demi-million sur un e-commerce de déguisements, puis à la reprise d’une boîte de défibrillateurs à Clermont-Ferrand, puis à l’acquisition d’un média YouTube. C’est pas de la diversification. C’est une philosophie de l’accumulation – méthodique, patiente, un peu monomaniaque.
Mathieu Verne dirige Référence CO, agence de référencement naturel qu’il a lancée après son master marketing. Il forme aussi des rédacteurs web au SEO depuis 2018-2019. Et depuis juillet 2025, il est le nouveau propriétaire des Makers, le projet lancé par Florian, qu’il a repéré sur Dot Market lors de sa veille hebdomadaire. Ce que j’ai envie de comprendre dans ce papier, c’est pas tant le rachat en lui-même – c’est ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui décide, encore une fois, de recommencer.
20 000 euros. Puis 50 000. Puis le plafond.
La progression est presque trop propre pour être vraie. Première année en auto-entrepreneur : 20 000 euros de chiffre d’affaires. Montée rapide à 50 000. Et là, le blocage.
« J’étais vraiment arrivé à un plafond de verre où je bossais vraiment beaucoup. Du coup je gagnais bien ma vie mais en fait je pouvais pas monter au-dessus. Donc je pouvais pas jouer plus. »
Voilà. Le problème du freelance est énoncé en deux phrases.
Ce plafond à 50 000 euros annuels, c’est pas un problème de compétences. C’est un problème d’architecture. Quand tu vends ton temps, tu as un plafond physique : il y a 168 heures dans une semaine, et t’en passes probablement 60 à bosser. Le truc c’est que Mathieu a mis du temps à accepter que la solution n’était pas de travailler plus – c’était de reconstruire le modèle. La délégation, dans son cas, a commencé par la recherche de backlinks. Pas glamour. Mais c’est souvent là que ça débloque.
Résultat : passage de 50 000 à entre 100 000 et 150 000 euros annuels. Sans travailler plus. En travaillant différemment. Ce que la plupart des freelances – et je le dis avec un peu d’agacement parce que j’en ai interviewé des dizaines – refusent d’entendre jusqu’à ce que leur corps leur impose la pause.
Le rachat d’entreprise en ligne, ça commence souvent par une conversation banale
Entre le palier des 150 000 euros et le rachat d’entreprise en ligne, il y a eu une boutique e-commerce. Déguise Fête. Sept ans. Jusqu’à 500 000 euros de chiffre d’affaires annuel, 30 000 références produits, et une complexité logistique qui rend le freelancing SEO – en comparaison – terriblement simple.
Mais c’est la reprise de la boîte de défibrillateurs qui a tout changé dans la tête de Mathieu. Pas à cause des défibrillateurs eux-mêmes (il connaissait pas le marché, il l’admet). À cause du déclic mental que ça crée : acheter une entreprise qui tourne déjà, c’est un raccourci vers un niveau auquel tu aurais mis des années à accéder en partant de zéro.
« J’en ai parlé à un ami qui avait fait une partie de sa carrière dans les fusions acquisitions dans un grand groupe en lui demandant mais comment on fait pour identifier des boîtes intéressantes à reprendre. Et là quelle fut pas ma surprise quand il m’a dit bah tu fais bien de m’en parler j’ai mis ma boîte en vente il y a 15 jours. »
C’est exactement le problème – enfin, l’opportunité. Le réseau informe avant le marché. Si Mathieu avait posé la question deux mois plus tard, la boîte était vendue.
Ce mécanisme – chercher activement des opportunités de rachat d’entreprise en ligne plutôt qu’attendre qu’elles arrivent – c’est ce qui distingue les acheteurs sériels des opportunistes ponctuels. Mathieu fait une veille hebdomadaire sur Dot Market depuis un an quand il repère Les Makers. Passer du statut de freelance à celui d’acquéreur demande ce type de rigueur systématique – pas une intuition de génie.
Pourquoi Les Makers et pas un autre site d’affiliation
Sur Dot Market, il y a des centaines de sites à vendre. Des sites d’affiliation qui « carton » en ce moment et qui seront morts dans 18 mois quand Google aura mis à jour son algorithme. Mathieu en est conscient – il fait du SEO depuis vingt ans, il a vu des cycles.
Ce qui l’a arrêté sur Les Makers, c’est l’image. Pas les métriques. L’image d’abord.
« Je voulais pas racheter un site d’affiliation avec des classements de merde enfin qui est pas du tout qualitatif tu vois. Donc ça c’était déjà un point qui fait que je me suis arrêté sur le dossier sinon j’aurais même pas regardé parce que c’est pas durable. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais c’est une vraie grille de lecture que beaucoup ratent au moment d’évaluer un rachat d’entreprise en ligne – surtout dans l’univers des médias web, où la valeur réelle d’un actif tient souvent dans la confiance accumulée auprès d’une audience, pas dans ses revenus du dernier trimestre.
Il y avait quand même un risque réel : une chute de référencement un an avant la transaction. Un site d’affiliation avec un trafic organique en baisse, c’est une alarme rouge pour la plupart des acheteurs. Mathieu a analysé, s’est posé les questions, et a conclu que les bénéfices l’emportaient sur les risques. (Ce qui est facile à dire après coup – je préfère noter que c’est un pari assumé, pas une certitude.)
Ce qui l’a convaincu concrètement : un écosystème complet. Pas juste un blog. Une chaîne YouTube, un TikTok, Instagram, Twitter, une newsletter. Et une promesse éditoriale claire – aider à lancer, gérer et scaler un business en ligne – qui donne des axes de développement larges. Recevoir du trafic massif sans être à plein temps reste le Graal de ce type d’actif – et Les Makers avait les fondations pour y prétendre.
Les 90 premiers jours : ne rien changer
Premier réflexe après un rachat d’entreprise en ligne réussi ? Tout changer. Imposer sa vision. Montrer qu’on est aux commandes.
Mauvaise idée. Mathieu l’a appris avec les défibrillateurs. Et il applique la même logique aux Makers.
Concrètement : il publie lui-même les contenus sur le blog au début. Il prend contact avec chaque freelance de l’équipe. Il rencontre les partenaires. Il récolte de l’info avant de toucher à quoi que ce soit. Seb – qui gère la chaîne YouTube depuis janvier 2025, scripts, montage, publication – reste en place. (Ce qui, pour un acheteur qui aurait voulu tout faire lui-même, aurait été la première erreur.)
La logique est contre-intuitive mais solide : tu connais pas encore ce business. Même si tu connais l’industrie. Les Makers sous Florian avait ses propres rythmes, ses propres accords implicites avec son audience. Tu débarques jour 1 avec ton ego et ton cahier de restructuration, tu risques de casser exactement ce qui avait de la valeur.
Et pour YouTube spécifiquement, ils ont structuré un plan à 90 jours avec trois objectifs – dont le premier et le plus important : avoir une chaîne dont eux-mêmes sont fiers quand ils la regardent. Pas un objectif d’abonnés. Pas un objectif de revenus. Un objectif de qualité perçue. C’est rare de voir ça énoncé aussi clairement dans un contexte entrepreneurial. Construire sur le long terme en SEO demande ce type de patience que beaucoup abandonnent au bout de deux trimestres.
Le vrai sujet : la délégation comme condition du rachat d’entreprise en ligne
On peut pas parler du parcours de Mathieu Verne sans revenir sur ce fil rouge : la délégation. C’est elle qui a débloqué chaque palier. 50 000 euros à 150 000 euros : délégation des backlinks. La boutique e-commerce : délégation de la gestion terrain. Les défibrillateurs à Clermont-Ferrand : quelqu’un sur place, lui à Bourges, pas dans l’opérationnel au quotidien.
Ce qu’il dit sur les rédacteurs web est éclairant – et un peu brutal (mais juste). Il a lancé ses formations SEO en 2018-2019 précisément parce que les rédacteurs web qu’il embauchait faisaient des erreurs en croyant bien faire. Exemple concret donné dans l’interview : ils regardaient les indicateurs colorés de Yoast SEO, changeaient des paramètres jusqu’à avoir du vert – sans comprendre ce qu’ils modifiaient. Résultat : ils désoptimisaient des pages entières. Les clients se plaignaient à Mathieu. Mathieu corrigeait. Et recommençait.
Former ses prestataires avant de leur déléguer. C’est une étape que beaucoup sautent – et qui coûte cher. Créer une formation en ligne rentable à partir de cette frustration, c’est un raccourci vers un nouveau modèle de revenus que Mathieu a su transformer en levier business – et pas juste en contenu pédagogique.
Le rachat d’entreprise en ligne, dans ce contexte, c’est la suite logique. Quand tu as appris à déléguer l’opérationnel, que tu as des systèmes qui tournent sans toi sur plusieurs projets, tu libères de la bande passante cognitive pour identifier et intégrer de nouveaux actifs. C’est pas de la magie. C’est de l’architecture.
Mais – et c’est la nuance que je veux pas esquiver – tout ça demande du capital. Financier d’abord (Mathieu a fait un financement bancaire pour les défibrillateurs). Humain ensuite (la transition des Makers s’est bien passée parce que Florian a joué le jeu, mais ça aurait pu être l’inverse). Et mental surtout : gérer plusieurs entreprises en parallèle, c’est pas pour tout le monde, et Mathieu le reconnaît lui-même – il a tendance à vouloir tout faire seul, et ça l’a mis sous l’eau plus d’une fois.
Ce que le profil de Seb change dans l’équation
Il y a un angle dans cette interview qu’on rate si on écoute pas jusqu’au bout. Seb – qui parle peu dans la transcription mais dont la présence structure toute la conversation – représente quelque chose d’important dans la mécanique du rachat d’entreprise en ligne version Mathieu Verne.
C’est son premier client freelance sérieux. Son premier grand projet entrepreneurial personnel. Et la période de flou autour de la vente des Makers – de juin à mi-juillet – a été inconfortable. Seb ne savait pas si le nouveau propriétaire voudrait être devant la caméra lui-même, si son rôle serait conservé, si la dynamique qu’il avait construite avec Florian allait survivre à la transition.
Ce type d’incertitude humaine autour d’un rachat d’entreprise en ligne est systématiquement sous-estimé dans les analyses financières des acquisitions. Les due diligences regardent les métriques, les revenus, le trafic organique. Elles regardent rarement l’état d’esprit des prestataires clés qui font tourner la machine.
La décision de Mathieu de maintenir Seb dans son rôle – et de structurer avec lui la stratégie YouTube plutôt que de lui imposer un cadre – c’est probablement une des décisions les plus intelligentes de cette acquisition. Pas pour des raisons sentimentales. Parce que Seb connaît la chaîne, l’audience, les formats qui marchent. Reconstruire ça from scratch aurait coûté du temps et de la crédibilité. Des créateurs qui bâtissent sur du long terme comprennent ça : la continuité éditoriale a une valeur qu’on mesure souvent trop tard.
La vision commune pour les 90 prochains jours : trois formats principaux. Des vidéos business en ligne sur des problématiques concrètes, publiées deux fois par semaine (mercredi et dimanche à 17h). Des interviews d’entrepreneurs avec des parcours atypiques – plus dans la veine du présent épisode que dans les anciens formats tutoriels. Et des vidéos storytelling sur des figures connues : Yomi Denzel, Oussama Ammar, et des profils internationaux. Le but affiché – créer une communauté, pas juste un catalogue de contenus SEO – change fondamentalement l’indicateur de succès. C’est pas le trafic organique qu’on surveille. C’est l’engagement, les commentaires, le sentiment que les abonnés attendent la prochaine vidéo.
Est-ce que ça marchera ? Honnêtement, trop tôt pour le dire. Le rachat d’entreprise en ligne dans l’univers des médias, c’est une discipline à part entière – différente du rachat d’un SaaS ou d’un e-commerce. L’audience des Makers s’est attachée à Florian, à sa voix, à ses choix éditoriaux. La greffe prend ou elle prend pas. Et ça, aucune due diligence ne peut le prédire.











