Avant de penser au micro, à la caméra ou à la plateforme d’hébergement, créer une formation en ligne commence par une étape que presque tout le monde bâcle : le brainstorming. Pas les slides, pas l’enregistrement. Le plan. La structure. Le squelette. Aline, blogueuse et podcasteuse derrière The BBoost, a mis 10 jours – dix jours entiers – sur cette seule phase pour sa formation Pixel Beast. Et elle le revendique sans complexe.
Ce podcast, enregistré en 2019, s’est retrouvé écouté par des milliers d’entrepreneurs en phase de lancement. Pas parce qu’Aline explique des trucs révolutionnaires. Mais parce qu’elle dit à voix haute ce que personne ne prend le temps de formaliser. Le contenu d’une formation, c’est plus important que la technique d’enregistrement. Plus important que le tunnel de vente. Plus important que la page de vente. Et pourtant, la plupart des gens commencent par chercher quel logiciel utiliser.
Ce qui suit, c’est ma lecture de cet épisode – avec les points qui m’ont scotché, ceux que je conteste à moitié, et les trucs que j’aurais aimé qu’on me dise quand j’ai accompagné mes premiers clients dans la création de leurs offres digitales.
Pourquoi créer une formation en ligne sans plan, c’est construire sur du sable
Le problème de fond, c’est pas la technique. Aline le dit sans détour :
« Dans une formation, on a beau avoir la meilleure technologie du monde, la meilleure présentation du monde, si votre contenu est pourri, si vous n’avez rien à raconter, si vous n’apportez pas plus de valeur que ce qu’on peut trouver à peu près gratuitement partout sur internet, ça va pas marcher. »
C’est exactement le problème. On voit ça tout le temps – des formations à 197€ qui ressemblent à un article de blog mal formaté en PDF.
Le brainstorming – mot anglais qu’Aline prend soin de « traduire » avec une ironie maîtrisée – c’est le moment où tu couches sur papier tout ce que tu sais sur ton sujet. Tout. Dans le désordre. Sans filtre. Pas pour faire beau, pas pour avoir un plan propre, mais pour te vider la tête. (Et c’est souvent là que ça coince, parce que les gens veulent que ça soit propre dès le départ.)
Le raisonnement derrière est solide : si tu vas d’abord regarder ce que font les concurrents, tu vas inconsciemment calquer ta structure sur la leur. Tu perds ton angle avant même d’avoir commencé. En posant tes idées en premier, tu pars de ce que toi tu maîtrises, de ce que toi tu as vécu, de ce que toi tu as envie de transmettre.
Ça peut prendre une heure. Ça peut prendre 10 jours – comme pour Aline sur Pixel Beast. La durée n’est pas le problème. Bâcler l’étape, oui.
L’enrichissement par les concurrents – la méthode qui évite le plagiat
Une fois ton brainstorming terminé – et seulement après – tu regardes ce que font les autres. Pas pour copier. Pour identifier ce que tu as oublié.
Aline a une règle précise là-dessus, et je la trouve vraiment bien pensée :
« Moi ce que je fais, une fois que mon brainstorming est terminé, c’est que je vais voir les formations de mes concurrents. Je ne regarde jamais leur formation pour ne pas me faire polluer l’esprit. La seule chose que je regarde, c’est leur plan. »
Dit comme ça, ça a l’air simple. Mais la distinction est importante : le plan, c’est public. Le contenu, c’est ce qu’ils ont construit. Tu t’inspires du sujet, pas du traitement.
Concrètement : si un concurrent a un module sur « comment gérer les objections clients » et que t’as zappé ça dans ton brainstorming, tu notes le sujet. Tu changes le titre. Et tu l’abordes à ta manière, avec tes exemples, ta vision. C’est de l’enrichissement, pas du pillage.
Cette approche s’applique aussi aux contenus gratuits – articles, vidéos YouTube, podcasts. Les concurrents ont pensé à des angles que toi t’as pas eus. C’est normal. Aucun formateur n’a une vision à 360° de son sujet dès le départ. certaines erreurs classiques en business viennent justement de cette illusion d’exhaustivité au démarrage.
Mais – et c’est une vraie limite à assumer – cette méthode suppose que tu aies déjà une base solide à enrichir. Si ton brainstorming initial est anémique, regarder les concurrents devient vite une béquille. Tu construis sur leur structure, pas sur la tienne.
Ce qui différencie vraiment un contenu payant d’un contenu gratuit
La question que tout le monde se pose. Combien donner gratuitement ? Où tracer la ligne ?
Aline a une position tranchée là-dessus – et elle le sait, elle précise que tout le monde ne la partage pas :
« Je donne tout ce que j’ai, tout tout tout tout tout dans mes contenus gratuits. Toute la qualité, toute la théorie est dans mes contenus gratuits. Par contre, ce que je fais dans mes formations, c’est que je donne une marche à suivre. C’est que je donne un accompagnement, c’est que je donne une méthode qui produit des résultats immédiats et des résultats concrets. »
Franchement, la plupart des créateurs passent complètement à côté de ça. Ils planquent l’information dans le payant, comme si la rareté de la donnée était leur seul avantage concurrentiel.
La vraie différence, selon elle : le passage à l’action. Un contenu gratuit informe. Une formation fait agir. Et c’est de la responsabilité du formateur de concevoir des exercices, des mises en situation, des moments explicites où l’élève pose la vidéo sur pause et fait quelque chose de concret.
Elle va même plus loin : si tes élèves n’obtiennent pas de résultats, c’est ta faute. Pas la leur. Ça peut sembler dur, mais c’est honnête – et ça change complètement comment tu conçois le contenu de ta formation. Tu crées plus pour toi, pour montrer ce que tu sais. Tu crées pour qu’ils avancent.
Ça rejoint ce que décrit Benoit Michaud sur la vente de formation en ligne : le résultat promis est le cœur de l’offre, pas le volume de contenu.
Construire un plan de créer une formation en ligne qui tient la route
Deux structures principales, selon Aline. La chronologique et l’entonnoir.
La chronologique, c’est simple : étape 1, étape 2, étape 3. Tu guides l’élève dans l’ordre logique des actions à mener. C’est ce qu’elle fait dans cet épisode lui-même – brainstorming, enrichissement, passage à l’action, plan. Tu suis le process dans l’ordre où tu le vis.
L’entonnoir, c’est différent. Tu pars du concept général – qu’est-ce que la retouche photo, à quoi ça sert, est-ce que c’est de la triche – et tu descends progressivement vers le technique, l’outil, la manipulation précise. Au début, l’élève est débutant. À la fin, il maîtrise. (Ce qui demande une vraie connaissance de ta cible de départ – si tu te trompes sur le niveau initial, tout le plan s’effondre.)
Mais au-delà de la structure, il y a le travail sur les titres. Aline insiste là-dessus et elle a raison :
« Si je dis dans ma formation « comment trouver des clients », bon OK, très clair. Et là je peux remanier ce titre de manière à dire « trois manières inhabituelles de trouver des clients quand on débute ». Et là tout de suite on capte l’attention du lecteur. »
Le plan est souvent public – accessible depuis la page de vente. Il doit vendre avant même que l’élève ait vu un seul module. Des titres bateaux, c’est une opportunité ratée de convaincre quelqu’un qui hésite encore.
Et pour bien gérer son temps d’entrepreneur, cette phase de titrage mérite un vrai bloc dédié – pas un truc qu’on bâcle en fin de journée entre deux réunions.
Faire relire son plan par trois clients idéaux – pas par des amis
Dernière étape, et celle-là je la trouve sous-estimée de façon criminelle.
Avant d’enregistrer quoi que ce soit, Aline conseille de faire relire le plan détaillé à au moins trois personnes qui correspondent exactement à la cible de la formation. Pas des amis. Pas des collègues. Des clients idéaux potentiels.
Pourquoi trois ? Parce qu’un seul retour, c’est un avis personnel. Deux, c’est peut-être une coïncidence. Trois, ça commence à ressembler à un signal.
Ce qu’ils vont détecter que toi tu ne peux plus voir : le syndrome de l’expert. Tu maîtrises tellement ton sujet que tu sautes des étapes que tu considères comme évidentes. Tu utilises du jargon sans t’en rendre compte. Tu passes de l’étape 2 à l’étape 4 parce que l’étape 3 te semble tellement basique qu’elle ne mérite pas un module entier.
Tes clients idéaux, eux, vont buter sur cette étape 3. Et ils vont te le dire – si tu leur demandes vraiment leur avis, pas juste une validation.
Aline le pratique aussi en amont, au moment du brainstorming : elle appelle des amies qu’elle sait être dans sa clientèle cible, elle pose des questions sur Instagram, elle collecte des retours avant même de commencer à structurer. C’est une façon de sortir du mindset solitaire de l’entrepreneur qui construit dans son coin et découvre au lancement que personne ne voulait ce qu’il a passé trois mois à fabriquer.
Ce qui m’agace dans beaucoup de contenus sur créer une formation en ligne, c’est cette obsession pour la technique. Quelle plateforme, quel micro, quel format. Tout ça c’est important – Aline y consacre d’ailleurs les deux autres épisodes de sa série. Mais le plan, c’est ce qui décide si la formation vaut quelque chose ou pas. Et ça, ça prend du temps, ça demande des retours externes, et ça ne se délègue pas à un outil.
Reste la vraie question que cet épisode ne tranche pas complètement : comment tu sais quand ton plan est assez bon pour passer à l’enregistrement ? Aline dit que le sien n’était pas encore terminé au moment où elle a tourné la vidéo. Dix jours plus tard, encore en cours. À quel moment tu stops et tu commences à produire – c’est ça le vrai arbitrage que personne ne te donnera à ta place.
Pour aller plus loin sur les revenus générés par les formations et les stratégies de gagner du temps dans sa journée d’entrepreneur pour se concentrer sur ce qui compte, les épisodes suivants de cette série apportent des réponses concrètes sur l’enregistrement et le lancement.










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