agence inbound marketing

Le business d’une agence Inbound Marketing – avec Gabriel Dabi-Schwebel

Épisode diffusé le 16 février 2016 par Marketing Mania

Écouter l'épisode :

0:00 --:--
Vitesse

Monter une agence inbound marketing dans un marché où coexistent 14 000 concurrents – c’est le pari qu’a tenu Gabriel Dabi-Schwebel depuis 2012. Pas avec des commerciaux, pas avec du démarchage. Avec un blog posté chaque matin à 8h30, une newsletter tous les lundis à 13h, et une discipline éditoriale qui ferait pâlir la plupart des rédactions. Résultat aujourd’hui : 80 000 visiteurs par mois, 55 000 abonnés, et quatre nouveaux briefs clients qui tombent chaque jour – uniquement par le site. C’est Stanislas Leloup, le Maniaque des conversions, qui l’a reçu dans Marketing Mania pour disséquer tout ça. Ce qui en est sorti est bien plus dense qu’une success story classique.

Ce que veut dire « devenir son propre média » – pour de vrai

Le nom 1min30, Gabriel l’explique avec une logique qui tient la route. La littérature demande des heures. Le cinéma, 90 à 120 minutes. La télé, entre 26 et 52 minutes. Internet ? Il estime le temps d’attention à une minute trente – d’où le nom. Et maintenant avec le mobile, on descend encore : les vidéos Vine, c’est 7 secondes.

Mais le vrai sujet, c’est pas le nom. C’est la philosophie derrière.

« La définition que je préfère, c’est l’idée que chaque marque aujourd’hui doit devenir son propre média et convertir son audience en client. Donc c’est un travail de devenir média, générer du trafic, intéresser les gens comme un média. Donc un travail éditorial, et puis après tout un travail de conversion qui lui est un travail plus marketing. »

Dit comme ça, ça semble évident. Sauf que la plupart des agences font exactement l’inverse – elles vendent des prestations de contenu à leurs clients sans jamais appliquer la méthode à elles-mêmes.

Gabriel, lui, s’est appliqué à lui-même ce qu’il vendait. Un article par jour depuis bientôt quatre ans, une newsletter chaque semaine sans exception, un livre blanc minimum par trimestre. 1 500 téléchargements de livres blancs par mois, dont 50 % de nouveaux contacts en base. C’est du volume, c’est de la régularité, et c’est ce qui distingue une agence inbound marketing qui rankait dans le top 1000 national – et progresse vers le top 500 – de celles qui publient trois articles et attendent les miracles.

La question que je me pose toujours dans ce genre de cas : est-ce que ça marche parce que la méthode est bonne, ou parce que Gabriel aurait su faire marcher n’importe quoi avec autant de rigueur ? Probablement les deux, en fait.

Quatre briefs par jour – et le problème que ça crée

Quatre nouveaux briefs clients entrants chaque jour via le site internet. Pour une équipe de douze personnes, c’est beaucoup. Trop, même. Parce que tout n’est pas qualifié, tout n’est pas intéressant, et certains prospects arrivent juste pour récupérer des idées gratuites.

C’est là que Gabriel introduit une méthodologie qui a changé sa façon de vendre : Win Without Pitching, une approche canadienne conçue pour les patrons d’agences. Il y a passé ses vacances de Noël à la lire. Et ça se voit dans sa façon de parler du cycle de vente.

« Dès le moment où on a donné une proposition et qu’on a tendu la proposition commerciale au client, on est devenu un vendeur. Tant qu’on a une expertise qu’on retient et qu’on partage et qu’on amène le client à réfléchir différemment, on reste un expert. »

C’est exactement le problème que vivent les agences qui vendent des prestations de service sans avoir posé de garde-fous sur le process commercial.

L’analogie du médecin qu’il utilise est imparable. Personne ne va voir un docteur en lui disant « faites-moi un diagnostic gratuit et je vous choisirai si le résultat me convient ». Pourtant c’est exactement ce que font les clients d’agences – et c’est exactement ce que beaucoup d’agences acceptent, par peur de perdre le dossier.

Sa règle désormais : si le client exige une proposition sans donner de temps pour la construire ni d’avantage concurrentiel dans la compétition, il ne répond pas. Ce qui – sur le papier – ressemble à du suicide commercial. Et qui, dans la pratique, repositionne l’agence comme un expert qu’on sollicite plutôt que comme un prestataire qu’on consulte.

Sur les quatre briefs quotidiens, il retient deux ou trois dossiers par semaine sur lesquels il veut creuser. Le reste, il décline. Y compris des missions apparemment simples – il a refusé une demande de community management pour une ville en banlieue le jour de l’interview. Pas rentable, pas dans la méthodo inbound, pas légitime à défendre face à un spécialiste du CM pur. Bref, non.

Le Marketing Space : quand une agence inbound marketing passe au physique

630 m2 en face du métro Bonne Nouvelle – Strasbourg-Saint-Denis, au cœur du 2e arrondissement parisien. Pour une équipe de douze personnes. Le calcul ne tient pas, et c’est exactement le point.

Gabriel l’explique avec franchise : sa visibilité digitale était sans commune mesure avec sa présence physique. Il était, selon ses propres mots, « un œuf physique avec une très belle visibilité digitale ». Le Marketing Space, c’est la tentative d’aligner les deux – en prenant un espace dix fois trop grand pour l’équipe, et en le remplissant d’un écosystème.

Aujourd’hui, 80 à 90 personnes occupent le lieu. Une agence audiovisuelle, une agence spécialisée en 3D, une en marketing sportif, une en affiliation, un expert SEO, un expert du marché italien… Le tout autour d’une logique de synergies et de complémentarité. C’est de l’agence inbound marketing appliqué à l’espace physique – attirer, regrouper, convertir.

« Le Marketing Space, c’est faire passer l’inbound du digital au physique. Et les clients, moi je pense qu’une prestation marketing ne se vendra pas uniquement sur internet ou sinon ce sera de la prestation low cost. Donc il faut les incarner, c’est de l’humain. »

Voilà. Et ce que ça produit concrètement, c’est un contrat à plus de 500 000 euros signé grâce à une première rencontre qui s’est faite lors d’un afterwork organisé par un ami dans l’espace. Un opérateur satellite, un lancement d’application sur plusieurs pays. La première prise de contact : un événement informel au Marketing Space.

Le risque financier, lui, était réel. L’investissement en travaux et équipements a avalé la quasi-totalité des bénéfices de l’année précédente. Aujourd’hui le loyer est couvert par les locataires (premier pari rempli). Le deuxième pari – amortir l’investissement via la location des studios et des espaces événementiels – est encore en cours. Gabriel le dit lui-même : ils « patinent encore un peu » sur cette partie-là.

C’est rare qu’un fondateur d’agence admette ça dans un podcast. (La plupart auraient dit « on est en phase d’optimisation de notre modèle événementiel ».)

Les Mardis du Marketing, eux, tournent bien. Chaque semaine, un annonceur connu vient présenter sa stratégie : le directeur marketing du PSG, Pierre et Vacances, Intermarché sur la campagne des fruits moches, Walt Disney sur Disneyland Paris, Ferrero sur les problèmes de réputation de Nutella. Ce programme, c’est du contenu de fond qui construit une audience – mais en présentiel, avec les contraintes et les opportunités que ça implique.

Le modèle de licence : ce que ça cache vraiment

En 2016 – au moment de cet épisode – Gabriel est en train de lancer un système de licences de marque pour déployer 1min30 en région et dans les pays francophones. Trois agences expérimentales existaient déjà à Bastia, Angoulême et Châteauroux. L’objectif : Lyon, Marseille, Bordeaux, Bruxelles, Luxembourg.

La structure financière, il la détaille sans ambiguïté :

  • Ticket d’entrée première année : 25 000 euros (mise en place du mini-site local, formation en présentiel et webinars hebdomadaires, accompagnement sur les premiers projets, apport de leads selon la zone)

Ensuite, un fixe mensuel de 1 000 euros pour l’accès aux contenus et à la visibilité de la marque. Puis une partie variable liée au volume de leads selon la taille de la ville. Et un pourcentage dégressif du chiffre d’affaires : entre 15 et 20 % en début d’activité, pouvant descendre jusqu’à 7 % quand l’agence grossit.

Gabriel insiste : il préfère parler de « licence de marque » plutôt que de franchise. Pas de modèle opératoire rigide imposé comme chez McDonald’s. Les métiers sont sur mesure, les clients sont différents, et il n’a pas envie de créer une relation uniquement hiérarchique avec des salariés en région. Il préfère des associés et des partenaires.

Ce qui m’a frappé – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on creuse davantage dans l’interview – c’est la question de la légitimité que ça confère aux partenaires locaux. Arriver à Lyon avec la marque 1min30 et 80 000 visiteurs mensuels dans le dos, c’est différent d’arriver en freelance inconnu. C’est l’essentiel du deal, en réalité.

Est-ce que ce modèle a tenu dans le temps ? L’épisode date de 2016. On ne sait pas ce que sont devenus ces partenariats. Mais la logique est cohérente avec tout le reste de la stratégie : construire un écosystème plutôt qu’une structure hiérarchique, et utiliser la visibilité digitale comme levier de croissance physique.

Parcours : l’ingénieur qui a tout essayé avant

Ingénieur grande école, service militaire à Prague, un an à New York dans une filiale française d’ingénierie ferroviaire, consultant télécom indépendant depuis 2000. Une marque de bijoux en parallèle, un bar à jus de fruits, un éditeur de logiciels sur les podcasts mobiles, directeur délégué du pôle télé de la Garde des Sceaux (si, si), puis une start-up dans le monitoring des énergies renouvelables qui a gagné le CleanTech Open France et terminé dans les cinq premiers au niveau international en Californie.

Et puis le gouvernement a tué le photovoltaïque qu’il avait aidé à décoller. La start-up a survécu, a même été rachetée, mais Gabriel sentait que le potentiel n’était plus là.

2012. Il se retrouve à un carrefour. Le secteur télécom-médias est arrivé à maturité avec l’arrivée de Free. Sa start-up énergies renouvelables ne décolle pas comme prévu. Il découvre HubSpot et le concept d’inbound marketing. Et quelque chose clique.

« Je me suis appliqué à moi-même ce que j’essaie de vendre, j’ai été très régulier, très discipliné, et aujourd’hui bon ça commence à être gênant. »

Ce « gênant » à la fin, c’est le mot juste. Quand la stratégie fonctionne trop bien, ça crée d’autres problèmes – de qualification, de capacité, de sélection. C’est un problème que la plupart des entrepreneurs aimeraient avoir, et dont on sous-estime la complexité réelle. Pour ceux dont le business plafonne, cette discipline éditoriale mérite d’être regardée de près.

Ce qui est intéressant dans ce parcours : Gabriel n’est pas venu au marketing par passion du marketing. Il y est venu par logique, par analyse de marché, parce que ses compétences précédentes (les médias, les télécoms, la logique de construction d’audience) trouvaient là un débouché naturel. Et c’est peut-être pour ça que sa vision de l’agence inbound marketing est aussi structurée – il l’a construit comme un ingénieur construirait un système, pas comme un créatif qui fait du contenu parce qu’il aime écrire.

Ce que ça coûte vraiment de faire de l’inbound à ce niveau

Un article par jour. Ça paraît simple. En pratique, ça veut dire une organisation éditoriale, des contributeurs, une chaîne de validation, et une régularité qui ne souffre aucune exception – y compris les semaines creuses, les périodes de rush commercial, les coups durs.

Les chiffres de l’agence inbound marketing 1min30 au moment de l’interview : 80 000 visiteurs mensuels, 55 000 abonnés newsletter, 27 000 followers Twitter, environ 6 000 sur Facebook, 1 500 téléchargements de livres blancs par mois. Et les quatre briefs quotidiens, dont deux ou trois dossiers hebdomadaires vraiment travaillés.

Les contrats ? Entre 50 000 et 200 000 euros sur l’année pour un accompagnement inbound complet (audit, refonte ou adaptation du site, production de livres blancs et vidéos, construction d’audience, conversion, marketing automation). Des opérations one-shot entre 5 000 et 30 000 euros – mais Gabriel veut en faire moins, parce qu’elles sont moins prévisibles et moins engageantes pour les deux parties.

La logique derrière les contrats longs est simple : sur un an, on peut s’engager sur des objectifs de trafic et de génération de leads. Sur un livre blanc commandé en one-shot, impossible de garantir quoi que ce soit. L’agence inbound marketing qui s’engage sur des résultats chiffrés, c’est un positionnement qui change la conversation commerciale – et qui justifie des budgets plus élevés.

Est-ce que tout le monde peut répliquer ça ? Non. Ça demande une vraie infrastructure éditoriale, une équipe stable, et plusieurs années de régularité avant que le volume de trafic soit suffisant pour générer des leads en flux continu. C’est le problème classique des stratégies de contenu qui demandent du temps avant de produire des résultats – et c’est ce que la plupart des agences clientes ne veulent pas entendre.

Mais la vraie question, c’est peut-être celle-là : combien d’agences ont la discipline de faire ce que Gabriel a fait pendant quatre ans, sans voir de résultats significatifs pendant les douze ou dix-huit premiers mois ? Et combien abandonnent juste avant que ça décolle ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une agence inbound marketing exactement ? +
Une agence inbound marketing aide ses clients à attirer des prospects naturellement, en produisant du contenu (articles, vidéos, livres blancs) qui génère du trafic et convertit les visiteurs en leads. Contrairement au marketing sortant (pub, démarchage), l'inbound repose sur la logique éditoriale : chaque marque devient son propre média. C'est le positionnement qu'a construit 1min30 depuis 2012 en France.
Combien coûte une prestation d'agence inbound marketing ? +
Pour un accompagnement inbound complet sur un an - audit, refonte de site, production de contenus, construction d'audience et conversion - les budgets se situent généralement entre 50 000 et 200 000 euros selon la taille du projet. Des opérations ponctuelles (un livre blanc, quelques vidéos) se negocient entre 5 000 et 30 000 euros, mais ce type de prestation one-shot est plus difficile à valoriser pour l'agence.
Comment une agence inbound marketing acquiert-elle ses propres clients ? +
La stratégie de 1min30 repose sur l'application à soi-même de ce qu'on vend : un article de blog publié chaque jour à 8h30, une newsletter hebdomadaire, un livre blanc par trimestre. Résultat après quatre ans : 80 000 visiteurs mensuels et quatre nouveaux briefs clients entrants par jour uniquement via le site, sans prospection active.
Qu'est-ce que la méthode Win Without Pitching pour les agences ? +
Win Without Pitching est une méthodologie canadienne conçue pour les patrons d'agences. L'idée centrale : rester en position d'expert plutôt que de basculer en mode vendeur. Concrètement, ça signifie ne pas envoyer de proposition commerciale à un prospect qui ne donne pas le temps ou les conditions pour la construire sérieusement. Plus l'agence retient son expertise et amène le client à réfléchir différemment, plus elle reste légitime - et plus elle a de chances de gagner sans brader sa valeur.
La licence de marque agence inbound marketing, comment ça fonctionne ? +
Le modèle de 1min30 prévoit un ticket d'entrée de 25 000 euros la première année, incluant formation, accompagnement et mise en place d'un site local. Ensuite : 1 000 euros fixes mensuels pour l'accès aux contenus et à la marque, une partie variable selon le volume de leads en zone géographique, et un pourcentage dégressif du chiffre d'affaires (entre 7 % et 20 % selon la taille de l'agence partenaire).
Faut-il être spécialisé pour lancer une agence inbound marketing ? +
Selon Gabriel Dabi-Schwebel, la spécialisation est un avantage décisif. Refuser des missions hors de son domaine d'expertise - même quand elles semblent accessibles - renforce la légitimité et la position d'expert. Une agence généraliste sera toujours moins crédible qu'un spécialiste sur son terrain.

Épisodes similaires

  • Business & Entrepreneuriat