Produire du contenu régulièrement, c’est ce que tout le monde veut faire – et ce que presque personne ne fait vraiment sur la durée. Trois posts LinkedIn en janvier, silence en février, retour culpabilisant en mars. Ce cycle, tu le connais. Danilo Duchesnes, consultant en publicité Facebook et créateur du podcast Le Rendez-vous Marketing, lui, a trouvé un système qui tient. Trois posts Instagram par semaine, trois posts LinkedIn, deux épisodes de podcast, et un article de blog de 3 000 à 4 000 mots toutes les deux semaines. Toute l’année. En gérant une entreprise en parallèle.
Ce qui m’a arrêté net à l’écoute de cet épisode, c’est pas la méthode en elle-même – c’est sa banalité apparente. Pas de hack. Pas d’outil magique à 200 euros par mois. Juste quatre étapes que n’importe qui pourrait appliquer dès lundi. Et pourtant, la plupart des créateurs de contenu que je connais n’en font aucune correctement.
Alors voilà ce que Danilo explique, avec mes commentaires dedans – parce qu’un résumé propre, c’est pas mon truc.
Le syndrome de la page blanche, c’est un problème d’organisation – pas d’inspiration
Première étape du système : la recherche d’idées. Danilo y consacre deux à trois heures, une à deux fois par mois. Pas par semaine. Par mois. C’est ce détail qui change tout.
La logique derrière, c’est de dissocier complètement le moment où tu cherches des idées du moment où tu écris. Ces deux activités sollicitent des modes de pensée différents, et les mélanger – s’asseoir devant un écran vide en espérant que l’idée et le texte arrivent en même temps – c’est la recette directe pour le blocage.
«N’essayez pas de vous dire je vais écrire un poste si vous n’avez pas d’idées qui est déjà un peu prête ou à laquelle vous avez déjà pensé. C’est vraiment important d’avoir déjà des idées avant de commencer à écrire.»
Dit comme ça, ça a l’air évident. Mais combien de fois t’as ouvert un doc vide en te disant ‘allez, aujourd’hui je publie quelque chose’ ?
Pour alimenter cette réserve d’idées, Danilo fait trois choses concrètes. Il fait de la veille active – blogs, podcasts, chaînes YouTube de son secteur, avec une attention particulière sur ce qui a vraiment performé (nombre de vues, engagement visible). Il consulte ses swipe files : des contenus enregistrés sur Instagram, LinkedIn et Pocket que lui ont plu, soit pour le thème, soit pour la forme. Et il recycle son propre catalogue – un article de blog existant peut devenir cinq posts LinkedIn si personne n’en a jamais parlé sur ce canal.
L’objectif : une vingtaine d’idées pour le mois. Pas plus, pas moins. Et tout ça dans Notion, avec pour chaque idée un titre, un type de contenu, une thématique et un statut. Simple. (Ce qui est rare dans le secteur, où la plupart des gens accumulent des notes éparpillées entre trois apps, deux carnets et un vocal WhatsApp envoyé à eux-mêmes.)
Pour ne jamais manquer d’idées sur Instagram, Aline Bartoli de TheBBoost avait aussi insisté sur ce principe de stockage systématique – le cerveau créatif fonctionne mieux quand il sait qu’il ne va pas perdre ce qu’il produit.
L’outline : l’étape que tout le monde zappe et qui coûte des heures
Étape deux. Une fois les idées listées, Danilo développe un outline pour chacune – ce qu’il appelle un plan, en quelques points rapides. Ça peut se faire le même jour que la recherche d’idées (matin pour les idées, après-midi pour les outlines) ou séparément.
L’idée concrète : pour un post sur ‘comment calculer un budget Facebook Ads’, l’outline ressemble à ça – la formule qu’il utilise, un exemple chiffré, deux ou trois points clés. Pas plus. Le but n’est pas d’écrire le post. C’est de poser les rails pour que le moment de l’écriture soit un remplissage de structure, pas une création à partir de rien.
«Dès que je vais commencer à écrire, j’ai déjà l’idée, j’ai déjà un plan et tout ce que j’ai à faire c’est un peu remplir les blancs et structurer le poste.»
Voilà. C’est exactement ce que les rédacteurs expérimentés font naturellement – et ce que les débutants apprennent à leurs dépens après six mois de posts brouillons.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu appliquer plus tôt – c’est que l’outline, même sommaire, réduit le temps d’écriture de moitié. Pas parce qu’il structure le texte, mais parce qu’il supprime la charge mentale de ‘qu’est-ce que je veux dire exactement’ au moment où tu dois écrire vite et bien.
Certains ne font pas cette étape. Danilo dit lui-même que c’est un choix. Mais pour quelqu’un qui doit produire du contenu régulièrement sans y passer ses nuits, l’outline est probablement l’investissement de temps le plus rentable du processus.
Batching, focus et Davina : comment produire du contenu régulièrement sans s’épuiser
Étape trois : la création. C’est là que la méthode devient physique – dans le sens où elle impose des contraintes de temps et d’espace précises.
Danilo utilise le batching. En clair : il regroupe la création par type de contenu. Deux heures pour trois ou quatre posts Instagram. Deux heures pour trois ou quatre posts LinkedIn. Pas en alternance, pas au fil de l’eau – par blocs homogènes. La raison ? Le coût cognitif du changement de contexte. Passer d’un post Instagram à un podcast à un article de blog dans la même matinée, c’est recommencer à zéro trois fois.
«J’aime pas faire ça toute ma journée à écrire des posts LinkedIn et Instagram. Je suis pas fan. Donc je préfère par exemple faire une demi-journée où je vais écrire des posts Instagram et LinkedIn et une autre demi-journée où je vais faire autre chose.»
Honnêteté bienvenue. La plupart des articles sur la productivité éditoriale te vendent l’idée du ‘content day’ entier – une journée de 8 heures à tout créer d’un coup. Danilo dit clairement que pour lui, ça ne marche pas. Et c’est probablement le cas pour beaucoup de monde.
Les articles de blog, eux, prennent deux journées par mois – 6 à 8 heures de travail selon lui, planifiées le jeudi. Les podcasts, le week-end, au calme. Avec un mini-script préparé avant l’enregistrement. (Et c’est souvent là que ça coince pour les créateurs débutants : ils essaient d’enregistrer à l’improviste et s’étonnent que le résultat soit décousu.)
Le conseil opérationnel concret qu’il donne sur les plages de création : minimum deux heures d’un coup. Parce que c’est dans cette fenêtre que le ‘jus créatif’ – son expression – est à son maximum. Après deux heures, tu déclins. Et pendant ces deux heures : téléphone éteint, notifications coupées, Slack et WhatsApp fermés. Pas pour faire du wellness. Pour ne pas casser le momentum.
Danilo mentionne aussi Davina, qui l’aide sur la création de visuels. Ce point est important pour publier sur plusieurs réseaux sociaux en adaptant le contenu : à un certain volume, la délégation des éléments visuels n’est plus un luxe, c’est une condition de survie du système.
Notion comme cerveau externe : le système de statuts qui évite les trous
Tout ce système repose sur une base de données Notion. Pas un outil complexe – une table avec cinq colonnes. Titre, type de contenu, thématique, statut, date de publication.
Les statuts évoluent au fil du processus : idée → en rédaction → prêt → publié. Le dimanche soir, Danilo passe en revue tout ce qui est ‘prêt’, attribue des dates pour la semaine à venir, et met à jour manuellement les statuts des contenus publiés. Ça lui prend probablement 20 minutes.
Ce qui rend ce système robuste – et pas juste une belle organisation sur écran – c’est le coussin de sécurité. Danilo essaie d’avoir six semaines d’avance sur son contenu. Six semaines. Ce qui signifie que si une semaine il ne crée rien – maladie, surcharge client, vacances – le planning tient quand même sans stress visible.
Franchement, la plupart des créateurs que je suis passent à côté de ça. Ils publient en flux tendu, ce qui veut dire que dès qu’un imprévu arrive, ils disparaissent des radars pendant deux ou trois semaines. Et chaque absence est perçue – à tort ou à raison – comme un signal négatif par leur audience.
Pour les articles de blog et les épisodes de podcast en format questions-réponses, Danilo reconnaît lui-même qu’il prépare ‘au compte-goutte’. C’est la seule vraie limite qu’il assume dans cet épisode – et c’est une concession honnête. Tout système a ses angles morts.
Ce type d’organisation éditoriale rejoint ce que Grégoire Gambatto expliquait sur la régularité comme levier pour des millions de vues sur LinkedIn : la consistance sur la durée bat toujours le contenu exceptionnel ponctuel.
Ce que cette méthode dit vraiment sur la création de contenu en solo
10 contenus par semaine. En solo. Avec une entreprise à gérer. Les chiffres sont là et ils méritent qu’on les prenne au sérieux.
Mais ce que cette méthode dit surtout, c’est que produire du contenu régulièrement n’est pas un problème de talent ou d’inspiration. C’est un problème de système. Et un système, ça se conçoit une fois et ça se suit ensuite – pas de décision à prendre chaque matin sur quoi écrire, quand écrire, comment écrire.
Danilo résume ça en une phrase qui clôt l’épisode :
«Vous l’avez vu c’est pas compliqué, c’est juste de la rigueur. Il faut suivre ce système semaine après semaine et normalement vous allez pouvoir produire du contenu toutes les semaines.»
C’est exactement le problème. ‘Juste de la rigueur’ – comme si c’était simple. La rigueur, c’est ce qui manque à 90% des créateurs de contenu qui démarrent avec enthousiasme et s’effondrent trois semaines plus tard.
La vraie question que pose cette méthode – et que Danilo ne pose pas explicitement – c’est : est-ce que ce volume de contenu est pertinent pour tout le monde ? Trois posts Instagram, trois posts LinkedIn, deux podcasts par semaine, c’est le rythme d’un créateur dont le contenu est le produit. Si tu vends un service B2B complexe, si ton audience est petite et qualifiée, est-ce que ce volume-là a du sens ? Peut-être pas. Et émerger sur un marché concurrentiel ne passe pas toujours par le volume – parfois c’est exactement l’inverse.
Ce système, en tout cas, est reproductible. La recherche d’idées en batch, les outlines, le batching à la création, Notion comme tableau de bord, six semaines d’avance – chaque élément est applicable indépendamment. Tu peux prendre les trois premiers et ignorer le reste. Tu peux adapter les volumes. Ce qui compte, c’est d’avoir un système – n’importe lequel – plutôt que de créer dans l’urgence et la culpabilité.
Et si tu cherches à aller plus loin sur la stratégie derrière le contenu, l’épisode avec Guillaume Moubeche sur la stratégie de contenu B2B de Lemlist montre ce que ça donne quand ce type de rigueur s’applique à l’échelle d’une startup. Sans un euro de pub. En trois ans.
Mais bon – avoir le système, c’est bien. L’appliquer pendant 52 semaines sans rater, c’est autre chose.











