visibilité sans réseaux sociaux

Comment émerger sur un marché ultra concurrentiel avec Camille Jullien Gilardi – Episode 179

Épisode diffusé le 25 mai 2023 par Estelle Ballot

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Vitesse

La visibilité sans réseaux sociaux, c’est la question qu’Ahmed a envoyée par email à Estelle Ballot – animatrice du Podcast du Marketing – et franchement, c’est la bonne question. Pas parce que les réseaux sont morts ou toxiques ou que sais-je encore. Mais parce que la plupart des gens n’ont aucune idée du temps qu’ils y engloutissent, ni de ce que ça leur rapporte vraiment.

Estelle le dit elle-même dans l’épisode 180 : elle estime passer 20 % de son temps sur LinkedIn. Vingt pourcents. Et pour un retour sur investissement qu’elle qualifie de… relatif. Ce chiffre m’a arrêté. Parce que 20 % du temps de travail d’une indépendante, c’est presque une journée entière par semaine donnée à un algorithme qui, lui, ne te rémunère pas.

Alors oui, les réseaux sociaux restent utiles. Personne ne dit le contraire. Mais quand on s’aperçoit qu’on bosse gratis pour que LinkedIn vende de la pub, que l’algorithme change les règles du jeu tous les six mois, et que ton compte peut disparaître du jour au lendemain sans explication – là, la question d’une visibilité sans réseaux sociaux devient moins philosophique et plus urgente.

L’épisode liste six stratégies alternatives. On va en décortiquer plusieurs ici, avec ce qui m’a semblé le plus concret, le plus actionnable – et parfois le plus inconfortable à entendre.

Le piège du temps : ce que personne ne calcule vraiment sur les réseaux sociaux

Avant de parler de visibilité sans réseaux sociaux, il faut crever l’abcès. Estelle passe une bonne partie de l’épisode à lister tout ce qu’elle fait sur LinkedIn en une semaine. L’idéation. La rédaction. La relecture. La publication. Le suivi des commentaires. Les réponses en DM. Les nouvelles demandes de connexion.

Et là, elle lâche un chiffre qui fait mal :

« J’ai listé toutes les choses que je fais sur les réseaux sociaux. Rien que de décrire toutes les choses que je fais dans une semaine sur LinkedIn m’a pris un quart d’heure. Imaginez le temps que je passe. »

Ce qui m’agace, c’est que ce calcul, presque personne ne le fait honnêtement. On additionne les petits bouts – cinq minutes ici, dix minutes là – et on se raconte que c’est rien.

720 personnes. C’est le nombre de demandes de connexion en attente qu’Estelle découvre en préparant l’épisode. 720 personnes à qui répondre, manuellement ou via un robot, mais à qui répondre quand même. Ça, c’est du temps de business qu’on n’a pas vu partir.

Et le vrai problème n’est pas le temps en lui-même. C’est le ratio. Passer 20 % de son temps sur un canal qui ne convertit pas – ou très peu – c’est une décision de gestion qu’on n’a jamais vraiment prise. Elle s’est installée toute seule, progressivement, poste après poste.

Pour aller plus loin sur ce sujet du retour sur investissement des réseaux sociaux, un épisode précédent du podcast avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Mais apparemment, il faut répéter.

Vous bossez pour eux. Pas pour vous.

Le modèle économique des réseaux, Estelle l’explique sans détour. LinkedIn, Instagram, TikTok vendent de la publicité. Pour vendre de la pub, il faut une audience captive. Pour garder une audience captive, il faut du contenu. Et ce contenu, c’est vous qui le produisez. Gratuitement.

« Vous bossez gratos pour que le réseau social il puisse se rémunérer. Première chose, on est d’accord ou on n’est pas d’accord, à vous de vous faire votre avis. »

Dit comme ça, ça a l’air simple. Et c’est exactement le problème.

Ce n’est pas un jugement moral. Estelle insiste là-dessus – elle-même continue de poster sur LinkedIn. Mais l’angle d’analyse change tout : vous n’êtes pas un utilisateur de LinkedIn, vous êtes un fournisseur de contenu pour LinkedIn. La nuance est importante quand il s’agit de décider combien de temps vous y consacrez.

Il y a aussi le risque de la location. C’est la métaphore qu’elle utilise, et c’est la bonne. On ne monte pas un business sur une location. Ton compte peut être suspendu sans préavis, sans justification, sans recours réel. Ça arrive à des petits comptes. Ça arrive à des gros comptes. Le statut de célébrité ne protège pas.

Du coup, la question n’est pas ‘est-ce que je dois quitter les réseaux ?’ mais ‘est-ce que je construis quelque chose qui m’appartient en parallèle ?’

visibilité sans réseaux sociaux : créer son propre média d’abord

La première stratégie proposée dans l’épisode, c’est aussi la plus évidente – et donc souvent la plus sous-estimée. Créer son propre média. Blog, podcast, chaîne vidéo. Du contenu qui vous appartient, hébergé quelque part que vous contrôlez.

Estelle donne l’exemple le plus parlant qui soit : le sien.

« Avant d’avoir le podcast du marketing, personne ne me connaissait. Maintenant j’ai près de 50 000 personnes qui m’écoutent tous les mois sur le podcast du marketing. La preuve est faite. »

50 000 écoutes mensuelles. Sans algorithme externe qui décide si ton contenu mérite d’être vu ce matin ou pas. Voilà.

Le blog reste la version la plus accessible. Aucun investissement matériel, aucun micro, aucune caméra. Juste du texte, plus long et plus profond que ce qu’on produit pour les réseaux. Et c’est là que ça devient intéressant : une stratégie de contenu pensée sur le long terme rapporte différemment des posts LinkedIn. Pas forcément plus vite. Souvent beaucoup plus durablement.

La différence structurelle entre créer pour les réseaux et créer pour son propre média : sur les réseaux, le contenu snacking règne. Court, facile à attraper, vite oublié. Sur son média, on va dans le détail. On construit quelque chose. L’audience qui suit un blog ou un podcast n’est pas la même que celle qui scrolle machinalement un fil d’actualité.

Est-ce que ça prend du temps ? Oui. Mais Estelle pose la question qui fâche : ce temps, tu ne le passes pas déjà sur les réseaux ? Peut-être qu’il s’agit juste de le réorienter.

Se faire inviter plutôt que crier dans le vide

Deuxième stratégie, et celle-là, elle est maline. Plutôt que de construire son audience from scratch, aller se greffer sur l’audience de quelqu’un d’autre. Se faire inviter sur des podcasts, des chaînes YouTube, écrire des articles invités sur des blogs.

Le mécanisme est simple. Quand Estelle invite un expert sur le Podcast du Marketing, ses auditeurs – qui lui font confiance – vont accorder de facto une forme de crédit à cet invité. Il y a un transfert de confiance. C’est l’une des dynamiques les plus puissantes du marketing de contenu, et elle est totalement gratuite si tu sais frapper aux bonnes portes.

La plupart des gens n’osent pas demander. Ils pensent que leur légitimité n’est pas suffisante, que le podcast est trop gros, que le blog est trop établi. C’est faux dans la grande majorité des cas. Les créateurs de contenu ont besoin d’invités, de contributrices, de perspectives extérieures. La réponse est souvent oui.

Ce qui m’a scotché dans cette partie, c’est que c’est aussi une stratégie qui coûte zéro. Ni en temps de création, ni en budget. L’investissement, c’est d’identifier les bons médias et d’envoyer un email. C’est tout. La stratégie des Dream 100 de Caroline Mignaux pousse exactement cette logique à son extrême – et ça marche.

Mais attention. Se faire inviter sur n’importe quel podcast pour parler de n’importe quoi, c’est du temps gaspillé. Il faut cibler les audiences qui correspondent à votre client idéal. Pas celles qui sont juste grosses.

Les trois types de posts qui sauvent du temps – et ce qu’Estelle fait vraiment

Pour ceux qui ne veulent pas abandonner les réseaux mais qui cherchent à en faire moins pour en tirer autant, Estelle décrit sa méthode. Trois types de contenus, pas plus.

Premier type : le recyclage. Elle ne crée pas pour LinkedIn. Elle adapte ce qu’elle a déjà produit ailleurs. L’intro d’un épisode de podcast devient un post. Un extrait, une checklist, un ‘morceau choisi’ de 300 mots – ça suffit. Le contenu existe déjà. Il s’agit juste de le reformater. (Ce qui est, soit dit en passant, exactement ce que les agences facturent une fortune quand elles appellent ça ‘content repurposing’.)

Deuxième type : les posts d’instinct. Les pensées qui viennent en travaillant. Les réflexions à chaud, les coups de gueule, les observations. Estelle raconte avoir fait son post le plus vu – 1 500 000 vues – en trois minutes un dimanche matin au petit-déjeuner. Sans stratégie, sans copywriting, sans intention particulière de faire le buzz. Et si on arrêtait de sur-engineerer nos posts ?

Troisième type : les posts lead magnet. Ceux dont le seul objectif est d’emmener l’audience hors du réseau social – vers la newsletter, vers une ressource, vers quelque chose qu’on possède. Parce que l’objectif n’est pas de grossir sur LinkedIn. C’est de récupérer des contacts dont on est propriétaire.

Et sur ce point – le reach organique des réseaux qui s’effondre est une réalité documentée. Construire une base email en parallèle, ce n’est pas une stratégie de niche pour les paranos du marketing. C’est du bon sens.

Ce que les réseaux font vraiment – et ce qu’ils ne font pas

Un des points les plus clairs de l’épisode, c’est la distinction entre acquisition et conversion. Les réseaux sociaux sont des canaux d’acquisition. Ils créent de la visibilité, génèrent de la conversation, amènent des gens dans l’entonnoir. Ils ne vendent pas, ou très peu.

La confusion entre les deux coûte cher. Des gens passent des heures sur LinkedIn en attendant que ça ‘convertisse’ directement. Ça ne marche pas comme ça. LinkedIn amène des gens sur la newsletter. La newsletter chauffe la relation. La relation vend.

C’est un circuit. Et si on saute une étape – ou si on attend que LinkedIn fasse le boulot de tout le circuit – on passe son temps à publier des posts qui ont des likes mais pas de chiffre d’affaires en face.

D’ailleurs, la comparaison entre réseaux sociaux et emailing en termes de conversion est sans appel dans la plupart des secteurs. L’email gagne. Pas parce que LinkedIn est mauvais. Parce que ce n’est pas le bon outil pour le bon moment du parcours client.

La visibilité sans réseaux sociaux ne signifie pas renoncer à l’acquisition. Ça signifie diversifier les sources d’acquisition – et construire les étapes suivantes du circuit ailleurs, sur un terrain qu’on possède. Un blog bien référencé attire du trafic organique tous les jours, sans qu’on ait posté quoi que ce soit. Un podcast fidélise une audience qui revient chaque semaine. Une newsletter convertit parce que l’abonné a choisi d’être là.

La visibilité sans réseaux sociaux, au fond, c’est juste choisir de construire sur des fondations qu’on ne peut pas vous retirer. Et ça commence souvent par une décision qui paraît petite – arrêter de tout miser sur un seul canal qu’on ne contrôle pas. Mais la deuxième stratégie de l’épisode, celle sur le SEO et le référencement naturel, on n’a pas eu le temps de la creuser ici. Et c’est probablement là que les choses deviennent vraiment intéressantes pour les solopreneurs sans budget comm.

Questions fréquentes

Comment avoir de la visibilité sans réseaux sociaux quand on est indépendant ? +
Créer son propre média - blog, podcast, newsletter - reste la stratégie la plus solide. C'est plus lent à démarrer que de poster sur LinkedIn, mais le trafic généré vous appartient et ne dépend pas d'un algorithme. Se faire inviter sur des podcasts ou écrire des articles invités sur des blogs existants est aussi une option rapide et gratuite pour toucher une audience nouvelle.
La visibilité sans réseaux sociaux est-elle vraiment possible pour une petite entreprise ? +
Oui. Estelle Ballot en est l'exemple direct : 50 000 écoutes mensuelles sur son podcast, construites sans dépendre d'un réseau social. Le SEO, les partenariats, les podcasts invités et la newsletter sont des canaux qui fonctionnent indépendamment des réseaux - et souvent mieux en termes de conversion.
Combien de temps passe-t-on vraiment sur les réseaux sociaux par semaine ? +
Estelle Ballot estime passer environ 20 % de son temps de travail sur LinkedIn, alors qu'elle admet ne pas l'utiliser à plein régime. En listant toutes les micro-tâches - idéation, rédaction, relecture, réponses aux commentaires, DM, gestion des connexions - le total monte vite. Elle avait 720 demandes de connexion en attente sans s'en rendre compte.
Pourquoi les réseaux sociaux convertissent-ils si peu en ventes directes ? +
Parce que ce sont des canaux d'acquisition, pas de conversion. Ils créent de la visibilité et de la conversation, mais l'acte d'achat se passe rarement directement depuis un post LinkedIn ou Instagram. La séquence classique est : réseau social → newsletter → vente. Sauter une étape revient à chercher le résultat sans avoir construit le circuit.
Qu'est-ce qu'un post lead magnet et comment ça fonctionne pour la visibilité sans réseaux sociaux ? +
Un post lead magnet est un post dont l'objectif unique est de faire quitter le réseau social à l'utilisateur pour le rediriger vers quelque chose que vous possédez : une newsletter, un guide, une ressource. L'idée est de capitaliser sur la visibilité des réseaux pour construire une base de contacts qui vous appartient vraiment - indépendante des algorithmes et des changements de politique de modération.
Quel est le risque de construire toute sa présence sur les réseaux sociaux ? +
Le risque principal est la dépendance totale à une plateforme que vous ne contrôlez pas. Un compte peut être suspendu sans préavis ni justification, les règles changent régulièrement, et l'algorithme décide de la portée de vos contenus. Comme le dit Estelle Ballot : on ne monte pas un business sur une location.

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