Développer son compte instagram en 2021, c’est une question qu’on me pose régulièrement – et honnêtement, j’avais un peu la flemme d’y répondre parce que les conseils qui circulent sur le sujet sont souvent soit trop théoriques, soit périmés depuis six mois. Et puis j’ai écouté cet épisode du Podcast du Marketing, animé par Estelle Ballot, avec une invitée qui a quelque chose que la plupart des ‘experts Instagram’ n’ont pas : elle a réellement construit son audience de zéro. Aline Bartholi – coach business, créatrice du podcast J’peux pas j’ai business et fondatrice de The Bboost – est passée de 0 à près de 40 000 abonnés sans magie noire. Juste en comprenant comment la plateforme fonctionne vraiment.
Ce qui m’a frappé dans cette conversation, c’est pas les astuces en elles-mêmes – la plupart sont logiques une fois qu’on les entend. C’est plutôt la façon dont Aline démonte l’idée qu’il faudrait être partout, tout le temps, sur tous les formats. Elle dit l’inverse. Et ça change tout.
Voilà ce que j’ai retenu.
Tous les formats, mais pas tous en même temps
Sur Instagram aujourd’hui, tu as le choix entre : posts simples (image ou texte), carrousels, vidéos courtes d’une minute, IGTV (jusqu’à une heure selon le nombre d’abonnés), lives enregistrables, Reels (la copie de TikTok assumée) et stories. Sept formats. Sept façons différentes d’exister sur la plateforme.
La théorie – et Aline est honnête là-dessus – dit que l’algorithme récompense les comptes qui utilisent toute la panoplie. Logique : une plateforme pousse toujours les utilisateurs qui exploitent ses fonctionnalités. C’est vrai sur Instagram, c’est vrai sur LinkedIn, c’est vrai partout.
Mais la pratique, c’est autre chose. Aline elle-même publie un Reel par mois – au maximum – et elle continue de grossir. Son compte, elle s’en occupe sérieusement. Mais elle a choisi ses formats.
« En pratique évidemment, on va pas se dire alors il faut que je publie un reel par semaine, trois postes par semaine, deux carrousels par semaine, trois vidéos par semaine, un live par semaine enfin là on s’en sort plus quoi. »
Exactement ça. Et c’est souvent là que les gens craquent au bout de trois semaines.
Le vrai conseil, c’est de choisir les formats dans lesquels on est à l’aise, et d’observer ceux que son audience préfère. Certaines communautés adorent les carrousels – beaucoup d’infos, on slide, on prend le temps. D’autres, plus jeunes, sont nativement TikTok et répondent mieux aux Reels. Les deux fonctionnent. Pas en même temps, pas de la même façon.
Et les Reels en ce moment ? L’algorithme instagram les pousse à fond – parce qu’Instagram veut concurrencer TikTok et que c’est le format le moins adopté. Donc pour l’instant, plus de visibilité à effort égal. Ça ne durera pas.
Ce que l’algorithme mesure vraiment (et c’est pas les likes)
On a tous grandi avec cette idée que les likes = la portée. Plus tu en as, plus l’algorithme te distribue. C’était vrai. Ça ne l’est plus vraiment.
Aujourd’hui, Instagram regarde deux signaux beaucoup plus forts : les enregistrements et les partages. Le petit drapeau en bas à droite d’un post – celui que la plupart des gens n’ont pas remarqué. Quand quelqu’un enregistre ton contenu pour y revenir plus tard, ça envoie un message très clair à l’algorithme.
« Le fait que les utilisateurs font ça sur nos posts envoie un message à l’algorithme d’Instagram en mode bah ce contenu est tellement précieux et tellement à forte valeur ajoutée que la personne elle l’a même enregistré pour y revenir plus tard et donc je vais le proposer à plus de monde. »
Dit comme ça, c’est évident. Et pourtant, combien de gens créent encore du contenu optimisé pour les likes ?
Ce qu’on appelle les contenus shareable et savable – partageable et sauvegardable – c’est ce que l’algorithme valorise maintenant. Et les formats les mieux adaptés à ça ? Les carrousels. Contre-intuitif quand tout le monde parle de Reels, mais logique : un carrousel avec dix slides d’infos utiles, ça s’enregistre. Une vidéo de danse, pas vraiment.
Le dwell time entre aussi dans l’équation – le temps passé sur un post. Passer d’un slide à l’autre prend du temps. L’algorithme le note. C’est pour ça que les carrousels informatifs, bien que moins spectaculaires que les Reels, restent des formats solides pour développer son compte instagram sur la durée.
Le faux perso : montrer sans tout montrer
Troisième levier, et c’est le plus humain des cinq. La frontière entre pro et perso s’est dissoute – les confinements successifs ont accéléré un mouvement qui était déjà là. Les gens veulent savoir ce qui se passe en coulisses. Pas les posts léchés sur l’expertise. Les backstages.
Aline appelle ça le « faux perso » – un terme qu’elle assume tout en reconnaissant qu’il est un peu péjoratif. L’idée : choisir délibérément quels aspects de sa vie personnelle on fait rentrer dans sa communication professionnelle. Ce n’est pas mentir. C’est éditer.
« Le faux perso, c’est plutôt de donner cette sensation aux gens qu’ils sont dans ta vie personnelle au degré qui te convient bien. Donc moi c’est quand même beaucoup mais tout le monde n’est pas obligé d’être à ce niveau-là mais en ayant quand même des limites extrêmement claires. »
Aline ne montre jamais sa vie amoureuse. Jamais en soirée. Jamais dans des situations qu’elle ne contrôle pas. Par contre, son café du matin, ses colis livrés, sa cuisine – oui. Ce n’est pas sa vie entière. C’est une version choisie, cohérente, qui donne l’impression d’un accès privilégié sans vraiment l’être.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt – enfin, ce que beaucoup de créateurs de contenu apprennent à leurs dépens – c’est qu’il faut décider de ces limites AVANT de commencer. Pas en réaction à un commentaire gênant ou à une situation qui a dérapé. En amont, à froid, avec soi-même.
Et c’est valable bien au-delà d’Instagram. Sur un podcast, sur un podcast comme outil marketing, sur une newsletter – partout où on construit une relation de confiance avec une audience, la question du curseur perso/pro se pose. Il n’y a pas de bonne réponse universelle. Il y a juste la réponse avec laquelle tu peux vivre trois ans sans changer d’avis.
Développer son compte instagram en lisant la société
Là, Aline sort du discours purement technique pour toucher quelque chose de plus large. La plateforme est un miroir de la société. Ignorer ce qui se passe dehors quand on crée du contenu dedans, c’est travailler dans le vide.
En 2021 – et on était encore en plein dedans à l’enregistrement de cet épisode – deux besoins sociétaux massifs dominent : l’envie d’évasion et le besoin de nostalgie. L’humour cartonne. Les mèmes explosent. TikTok, avec ses vidéos légères et absurdes, répond exactement à ça. Et la nostalgie des années 90, 80, ou même 2019 (« 2019 il y a 10 ans » comme dit Aline – pas faux vu ce qu’on a vécu) crée une résonance émotionnelle immédiate.
Innocent sur TikTok, c’est l’exemple parfait cité dans l’épisode. Une marque qui avait déjà une voix légère et humoristique, qui a simplement appliqué cette voix à un nouveau format – et qui l’a fait bien. Pas en sous-traitant à une agence qui ne comprend pas le ton. En restant eux-mêmes.
Le principe est simple : écouter ce dont les gens ont besoin en ce moment, pas en théorie mais en observant ce qui tourne, ce qui est partagé, ce qui déclenche des réactions. Et trouver comment ça s’articule avec ce qu’on fait. Ce n’est pas du newsjacking à tout prix – c’est de l’empathie éditoriale, si tant est que l’expression ait un sens.
Attention quand même : l’humour, c’est un dosage. Une marque qui force les blagues toutes les deux semaines sans les maîtriser finit par sonner faux – et c’est pire que de ne pas en faire du tout. La cohérence des valeurs de marque prime toujours sur la tendance du moment.
La technique des 20 minutes qui a tout changé (et que personne ne veut vraiment faire)
Cinquième levier. Et le plus inconfortable. Celui que les gens écoutent, trouvent brillant, et n’appliquent pas.
Poster ne suffit plus. Hashtags + contenu de qualité + attente passive = rien, ou presque. Pour développer son compte instagram aujourd’hui – surtout en partant de zéro – il faut aller chercher les abonnés activement. Pas en spammant. En s’engageant vraiment.
Aline a utilisé cette méthode jusqu’à 7 000 abonnés. Tous les jours, minuteur sur 20 minutes, elle allait liker et commenter des posts de comptes qui ne la suivaient pas encore. Des vrais commentaires – en réaction au contenu, pas des « viens t’abonner chez moi ». Et les gens, intrigués par cette inconnue qui interagissait avec eux, cliquaient sur son profil.
« J’allais liker, commenter leur posts, laisser des commentaires, pas des commentaires en mode viens t’abonner chez moi, pas du tout mais vraiment en réaction à ce qu’il postait. Et du coup qu’est-ce qui se passait quand les gens voyaient que The Bboost, ils savaient pas qui c’était, a liké trois posts, a laissé deux commentaires, bah ils me répondaient. »
C’est ce qu’elle appelle – avec une franchise que j’apprécie – « aller chercher les abonnés par la peau des fesses ». Pas glamour. Efficace.
Ce qui m’agace un peu dans la façon dont ce conseil est souvent présenté ailleurs, c’est qu’on l’édulcore. On dit « engagez-vous avec votre communauté » comme si ça voulait tout dire. Aline, elle, donne le chiffre : 20 minutes par jour. Une limite claire. Pas deux heures à scroller en se disant qu’on travaille.
La limite de cette approche – et Aline l’admet – c’est qu’elle ne scale pas indéfiniment. Arrivée à 7 000 abonnés, une autre stratégie a pris le relais : la visibilité croisée. Passer dans des podcasts comme celui d’Estelle Ballot. Être mentionnée par d’autres créateurs. Vendre grâce aux réseaux sociaux implique d’abord d’exister dessus – et ça, ça se construit en dehors de sa propre bulle.
Ce que tout ça dit vraiment sur développer son compte instagram
Il y a un fil rouge dans ces cinq conseils. Ce n’est pas vraiment l’algorithme – même si on en parle beaucoup. C’est la cohérence dans la durée.
Choisir ses formats parce qu’on les aime et qu’on va les tenir. Créer du contenu qui a assez de valeur pour être sauvegardé. Décider de son curseur perso/pro avant d’être forcé de le faire en réaction. Lire la société pour rester pertinent. Aller chercher activement les premières connexions au lieu d’attendre qu’elles arrivent seules.
Rien de tout ça n’est révolutionnaire. Mais mis ensemble, ça ressemble à une vraie stratégie – pas à une liste de hacks.
Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est aussi cette phrase d’Estelle en conclusion : « les réseaux sociaux, c’est un vrai boulot si on veut le faire bien ». Et non pas parce qu’il faut y passer douze heures par semaine, mais parce que ça demande de la réflexion, de la régularité et une vraie compréhension de ce qu’on veut construire. Pour aller plus loin sur la construction d’une audience cross-canal, les épisodes sur la mailing list et les réseaux sociaux ou sur faire le buzz sur LinkedIn donnent des clés complémentaires sur la façon dont ces plateformes fonctionnent en dehors d’Instagram.
Développer son compte instagram en 2021 – ou en 2024, franchement la logique de fond n’a pas radicalement changé – ça commence par accepter que c’est un travail à part entière. Pas un à-côté qu’on fait quand on a le temps.
La question qui reste ouverte, et que ni Aline ni Estelle n’abordent vraiment : jusqu’où cette logique de personal branding sur les réseaux peut-elle se substituer à une vraie stratégie de marque ? Ou est-ce qu’à un moment, il faut construire quelque chose qui tient sans que tu sois là pour le porter ?






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