Choisir une formation en marketing digital quand on vient d’un secteur complètement différent, c’est un peu comme commander un plat au menu sans voir la carte. Tu espères que ce soit bon. Et parfois, tu te retrouves avec quelque chose d’à moitié réchauffé à 600 euros. Shahin Nazaraly, lui, a fait le pari inverse : quitter la finance, trouver un bootcamp crédible, et intégrer une grosse agence en trois mois. Pas de formation en ligne achetée à minuit, pas de guru YouTube. Un vrai programme structuré, en présentiel, avec des intervenants encore actifs dans le métier.
Dans l’épisode 82 du podcast Bannouze, il revient sur ce parcours avec Laurent – sans langue de bois. Et ce qui ressort de la conversation, c’est moins un tutoriel qu’un état des lieux assez franc sur ce qui marche vraiment pour progresser dans un secteur où les algorithmes changent plus vite que les fiches de poste.
Parce que le vrai problème, finalement, c’est pas de trouver une formation. C’est de ne pas se faire avoir par la mauvaise.
Finance un jour, paid media toujours – comment Shahin a basculé
Shahin Nazaraly ne venait pas du digital. La finance, les chiffres, un environnement avec ses propres codes – et puis un moment où ça ne suffisait plus. Ce qu’il décrit comme «un élément déclencheur» a été assez banal au fond : un webinaire de découverte proposé par l’école Origami (ou Oreegami selon les sources – les deux orthographes circulent). Il y participe, regarde le programme, et remarque quelque chose de décisif.
«Quand on rencontre un organisme qu’on a pas forcément entendu parler avant, pour le crédibiliser un peu, pour se rassurer en fait, on va regarder un peu les partenariats qu’ils ont. Et du coup quand tu vois qu’il y a des grosses agences qui sont partenaires avec eux, comme Publicis, comme Dentsu et cetera, tu dis bon, c’est quand même quelque chose de crédible.»
Ce réflexe de validation par les partenaires – c’est exactement ce que font les bons acheteurs, pas les naïfs.
Trois mois de bootcamp plus tard, il intègre Publicis. Pas en stage. Pas en observation. En poste, sur du paid media, avec des campagnes réelles à gérer. La formation avait duré le temps d’une saison. Et ça avait suffi pour amorcer quelque chose de concret.
Ce qui m’intéresse dans ce parcours, c’est que Shahin n’avait pas cherché une formation en marketing digital parce qu’il était passionné de digital depuis l’enfance. Il cherchait une sortie viable. La formation a été un outil, pas une vocation. Nuance importante.
Le bootcamp : trois mois, tronc commun, puis spécialisation
Structure du programme chez Origami : d’abord un tronc commun pour mettre tout le monde au même niveau – les acteurs du marché, les grands mécanismes, le vocabulaire de base. Ensuite, chacun choisit sa verticale.
Shahin a choisi le social media trading – ce qu’on appelle plus communément le paid social ou l’achat média sur les réseaux. Pas le SEO, pas le content, pas l’analytics. Un choix assumé dès le départ.
«On se choisit pas de se spécialiser tout de suite, il y a quand même un tronc commun. Déjà pour mettre à niveau tout le monde parce qu’on arrive tous avec un background différent. Du coup pour être sûr que tout le monde est au même niveau en fait.»
Dit comme ça, ça a l’air simple. Et en un sens, ça l’est.
Ce qui est moins simple, c’est de tenir trois mois dans un format intensif quand tu viens de passer des années dans un environnement professionnel stabilisé. La moyenne d’âge dans sa promo ? La personne la plus âgée avait 35 ans. Laurent, l’animateur, s’amuse à se qualifier de «vieillard grabataire» en l’apprenant (il a quelques années de plus). Mais le point est sérieux : la formation en marketing digital, même en format bootcamp, n’est plus réservée aux juniors de 22 ans qui sortent de licence.
Et les profs ne sont pas des académiques. Ce sont des freelances encore en activité. Du terrain, pas de la théorie empoussiérée.
Ce que personne ne dit sur la formation en marketing digital en ligne
Laurent l’énonce clairement, sans ménagement – et c’est la partie qui mérite qu’on s’y arrête. Il parle des formations en ligne, ces programmes à 300, 500, parfois 1 500 euros vendus sur des landing pages avec des témoignages en étoiles dorées.
«Les formations qu’on trouve sur le net pour avoir un peu regardé le sujet, 90%, c’est complètement naze. Et une personne qui met 600 euros dans une formation, elle pourrait prendre 200 euros de bouquins à la Fnac et faire des tests elle-même pour 200 euros, ça lui reviendrait moins cher et elle serait mieux formée en fait.»
Voilà. C’est exactement le problème.
Shahin nuance un peu, mais dans le fond il est d’accord. Il ajoute quelque chose de moins évident : le contexte dans lequel une formation a été conçue détermine ce qu’elle peut t’apprendre. Lui travaille dans une grosse structure comme Publicis. Les logiques de campagne, les process, les outils, les contraintes budgétaires – rien de tout ça ne ressemble à ce que vit un trader dans une agence indépendante de dix personnes.
Résultat : une formation conçue par quelqu’un qui a bossé dans un contexte très différent du tien ne te sera pas utile, même si la personne est compétente. C’est un angle mort que peu de gens mentionnent quand ils vendent des programmes en ligne. repérer les arnaques dans les formations web demande déjà un certain niveau de recul – et c’est rarement ce qu’on a quand on débute.
Bref, la preuve sociale ne suffit pas. Le background de la personne qui forme, son contexte professionnel réel, sa façon de travailler aujourd’hui – ça compte autant que ses certifications.
L’autoformation en marketing digital : comment Shahin s’y prend vraiment
Une fois en poste, la formation en marketing digital continue. Pas avec des programmes achetés. Avec une routine d’écoute et de lecture qui s’affine au fil des mois.
LinkedIn d’abord. Shahin insiste sur un point que beaucoup ratent : se connecter avec les bonnes personnes change tout. Pas les influenceurs généralistes avec 50 000 abonnés qui postent des carrousels sur «les 5 clés du marketing», mais les gens qui partagent des retours concrets sur leur verticale.
«Ce qui te permet en fait d’interagir, de lire ce que ces personnes créent comme contenu et d’en apprendre plus. Après tu peux aussi interagir avec eux, les voir en physique et cetera pour continuer la discussion.»
LinkedIn est devenu, dans le marketing digital, ce que les clubs professionnels étaient dans d’autres secteurs. Un endroit où la conversation de couloir se passe en public.
Ensuite les podcasts. J7 Media en tête pour la partie technique sur le paid – Antoine (qui avait d’ailleurs été invité dans un épisode précédent de Bannouze) y décortique les mécaniques d’achat média avec une précision rare. Et Bannouze lui-même pour la vision plus large, plus transversale.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais trouvé utile à mes débuts – c’est que l’autoformation n’est pas un bonus optionnel pour les curieux. C’est une condition de survie dans un secteur où les mises à jour d’algorithmes peuvent remettre en question six mois de pratique du jour au lendemain. Le rôle croissant de l’IA dans les métiers du marketing rend ça encore plus vrai aujourd’hui qu’en 2023 quand cet épisode a été enregistré.
Mais bon. Être curieux, c’est aussi une posture. Pas une compétence qui s’enseigne dans un bootcamp de trois mois.
Le vrai critère pour choisir une formation en marketing digital
Récapitulons – pas pour faire un joli schéma, mais parce que les critères sont moins évidents qu’ils n’y paraissent.
Premier filtre, le plus basique : qui forme ? Pas le nom de l’école, pas le logo du partenaire. La personne qui va être devant toi pendant trois semaines ou trois mois. Est-elle encore active dans le métier ? Dans quel type de structure ? Sur quelle verticale ? Une formation en marketing digital conçue par quelqu’un qui gère des budgets de 500 000 euros chez un annonceur grand compte ne te préparera pas à gérer les comptes d’une PME régionale.
- Les partenariats institutionnels (agences reconnues, groupes média) restent un bon signal de crédibilité minimale – pas une garantie de qualité pédagogique.
Deuxième filtre : le format. Présentiel ou distanciel, intensif ou étalé dans le temps, avec ou sans mise en pratique réelle. Shahin a choisi un bootcamp de trois mois avec des exercices pratiques intégrés. Ça coûte en temps et en énergie. Mais ça coûte moins cher – en argent et en déception – que six modules en ligne achetés séparément et jamais terminés.
Troisième filtre, celui qu’on oublie : la suite. Une formation en marketing digital qui ne t’ouvre aucune porte concrète à l’issue, que ce soit via un réseau d’entreprises partenaires, des débouchés en alternance ou en CDI, c’est un programme qui a été conçu pour vendre, pas pour placer. Et ça, ça se vérifie avant de payer, pas après. Le syndrome de l’imposteur frappe souvent les reconvertis qui ont payé pour une formation et réalisent trop tard qu’elle ne correspondait pas à leur niveau réel de sortie.
Et il y a une limite réelle dans tout ça – je la concède volontiers. Ce parcours, celui de Shahin, fonctionne parce qu’il était dans les bonnes conditions : disponibilité totale pendant trois mois, capacité financière pour assumer la formation et la transition, marché de l’emploi favorable. Tout le monde ne part pas de là. Pour quelqu’un qui doit se former en parallèle d’un emploi à temps plein, les dynamiques sont complètement différentes. Et l’autoformation seule – aussi bien organisée soit-elle – ne remplace pas trois mois d’immersion.
Progresser après la formation en marketing digital : l’équation sans bonne réponse
Voilà la vraie question que pose cet épisode, sans y répondre complètement. Une formation en marketing digital, aussi sérieuse soit-elle, est un point de départ. Pas une arrivée.
Ce que Shahin décrit dans sa pratique quotidienne ressemble moins à une routine d’apprentissage structurée qu’à une veille permanente, un peu organique, construite par itérations. LinkedIn, podcasts techniques, interactions avec d’autres professionnels du secteur. Pas de plan quinquennal de montée en compétences. Juste de la curiosité entretenue.
C’est rassurant et inquiétant à la fois. Rassurant parce que ça reste accessible. Inquiétant parce que ça signifie que sans cette curiosité, tu décroches – même après une formation sérieuse. Le growth hacking ou le paid media, c’est pareil : les fondamentaux durent, mais les tactiques, elles, changent trop vite pour se reposer sur ce qu’on a appris il y a dix-huit mois.
Et côté livres – point que Laurent soulève en fin d’épisode – Shahin reconnaît ne pas en avoir ouvert un seul. Il a compensé par d’autres formats. Ça marche pour lui. Pour quelqu’un d’autre, les fondamentaux théoriques du marketing digital passent peut-être mieux par la lecture. Il n’y a pas de bonne réponse universelle là-dessus, juste des préférences d’apprentissage à identifier le plus tôt possible.
Pour ceux qui envisagent une reconversion plus large, les questions autour de la tarification en indépendant se posent souvent rapidement après – parce que beaucoup de reconvertis au digital finissent par tester le freelance à un moment ou un autre. Et là, la formation ne te dit généralement rien.
Ce que je retiens de cet épisode, finalement, c’est moins un guide pratique qu’une validation de quelque chose qu’on sait mais qu’on hésite à dire clairement : dans le marketing digital, la formation initiale compte moins que ce que tu en fais dans les douze mois qui suivent. Shahin a eu de la chance, du courage, et probablement du bon sens dans ses choix. La combinaison des trois, c’est pas un programme qu’on vend en ligne pour 497 euros.











