booster une publication facebook

#11 – Booster la publication : pour ou contre ?

Épisode diffusé le 29 mai 2019 par J7 Académie

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Booster une publication Facebook avec le fameux bouton bleu, c’est probablement la première chose qu’on fait quand on gère une page pro et qu’on veut exister un peu sur le réseau. Et c’est presque toujours une mauvaise idée – ou du moins, une idée mal exécutée. Joseph De Lio, consultant spécialisé en Facebook Ads chez Neomedia, le dit sans détour dans un épisode de son podcast No Pay No Play : le bouton bleu, c’est un outil taillé pour les débutants qui ne savent pas encore ce qu’ils font. Le reste du temps, il te coûte plus qu’il ne te rapporte.

Le problème, c’est que Facebook est très fort pour te convaincre du contraire. Tu publies un post, il performe un peu mieux que d’habitude, et là, la plateforme t’envoie une notification du type : cette publication génère plus d’engagement que 95 % de vos publications – touchez 1 000 personnes avec seulement 5 €. Difficile de résister. C’est moins cher qu’un café, tu te dis que ça vaut le coup de tenter. Tu entres ta carte bleue, tu cliques sur valider. Et après quelques likes et un ou deux partages, tu te demandes si c’est vraiment ça, la puissance de la pub Facebook dont tout le monde parle.

Spoiler : non. Ce n’est pas ça. Et comprendre pourquoi, ça change beaucoup de choses dans la façon dont tu dépenses ton budget.

Facebook est devenu un média payant. Point.

Retour en arrière. Jusqu’en janvier 2018, les pages Facebook avaient encore une portée organique raisonnable. Pas extraordinaire, mais suffisante pour que le jeu en vaille la chandelle. Marc Zuckerberg a ensuite annoncé un changement d’algorithme majeur, officiellement pour que les utilisateurs voient plus de contenu de leurs amis et moins de contenu de marques. Résultat concret : si tu gères une page pro, tes publications ne touchent plus que 5 à 10 % de tes propres fans. Parfois 20-30 % si ta communauté est particulièrement engagée – mais c’est rare.

Joseph De Lio est direct là-dessus :

Si vous avez une page Facebook mais que vous ne boostez pas vos contenus, vous êtes quasiment invisible. Même un fan Facebook de votre page ne verra pas forcément vos publications.

Voilà. Facebook qui était un réseau social gratuit est devenu un média payant. No pay, no play – c’est même le nom du podcast. Ce n’est pas un jugement moral sur la plateforme, c’est juste la réalité du modèle économique. Et la question n’est plus vraiment est-ce que je dois payer, mais comment je paie intelligemment.

Et c’est là que le bouton bleu devient un problème. Pas parce qu’il ne fonctionne pas du tout – mais parce qu’il te donne l’illusion de maîtriser quelque chose que tu ne maîtrises pas vraiment.

Ce que le bouton bleu fait (et ce qu’il ne fait surtout pas)

Pendant longtemps, cliquer sur booster une publication Facebook équivalait à créer une campagne avec un seul objectif possible : l’interaction. Autrement dit, tu disais à Facebook : montre ce post à des gens susceptibles de liker, commenter ou partager. Rien d’autre. Depuis peu, Facebook a élargi les options – trafic, achat, vue de vidéo – mais ça reste très limité comparé à ce que propose le gestionnaire de publicité.

Les vrais problèmes commencent au niveau du ciblage. Tu peux cibler tes fans, leurs amis, quelques centres d’intérêt. Mais tu ne peux pas exclure d’audiences. Or, les exclusions sont parfois plus importantes que les inclusions. Si tu fais une campagne pour trouver de nouveaux clients, tu as tout intérêt à exclure tes clients actuels. Si tu promeus un article de blog, à quoi bon le montrer à des gens qui l’ont déjà lu ? Avec le bouton bleu, impossible.

Autre angle mort : les placements. Tu peux choisir une plateforme – Facebook, Instagram, Messenger – mais pas un placement précis. Tu veux diffuser uniquement en Stories Instagram ou dans les Vidéos suggérées ? Oublie. Et si tu veux planifier ta pub à l’avance – disons, la lancer dans trois jours quand tu seras en déplacement – c’est impossible aussi. La pub part immédiatement.

Joseph De Lio pointe aussi un détail que peu de gens remarquent :

Chaque fois que vous allez appuyer sur ce bouton, en fait, vous créez une nouvelle campagne dans votre gestionnaire de publicité, une nouvelle campagne qui va s’appeler publication, deux points, avec la première phrase de votre publication. Et donc, si vous faites ça toutes les semaines, imaginez, à la fin de l’année, vous aurez créé 50 campagnes qui ne seront que des publications sponsorisées.

C’est exactement le problème. Un compte publicitaire illisible, impossible à analyser, où tu ne sais plus ce qui fonctionne et pourquoi.

Promouvoir son contenu vs booster une publication Facebook : pas la même chose

C’est la distinction centrale de cet épisode, et elle mérite qu’on s’y arrête. Promouvoir son contenu sur Facebook, c’est une stratégie. Booster une publication Facebook avec le bouton bleu, c’est un outil – et un outil avec des contraintes sévères.

La logique de Joseph De Lio est simple : ta page Facebook fonctionne comme un laboratoire. Tu publies du contenu de façon organique, tu regardes ce qui performe le mieux en termes de couverture et d’interactions, et tu n’amplifies que les publications qui ont déjà été validées par ta communauté. Pas toutes. Pas au hasard.

Dans les statistiques de ta page, tu vas voir quelles publications ont eu la meilleure portée organique. Facebook a déjà fait le premier filtre pour toi : si l’algorithme a poussé organiquement un post, c’est qu’il a généré des réactions. C’est sur celui-là que tu mets un budget – pas sur le post que tu trouves beau mais qui n’intéresse personne. Si tu publies trois fois par semaine, tu prends la meilleure publication de la semaine. Si tu publies deux fois, peut-être une toutes les deux semaines. Il n’y a pas de règle fixe (et c’est souvent là que ça coince, parce que les gens cherchent une formule magique qui n’existe pas).

Et une fois que tu as identifié la publication à amplifier, la bonne méthode n’est pas le bouton bleu. C’est le gestionnaire de publicité – avec l’option utiliser une publication existante. Tu crées ta campagne normalement, tu choisis ton objectif, tu paramètres ton audience et tes placements, et quand tu arrives à la section publicité, tu sélectionnes le post de ta page que tu veux promouvoir. La publication garde tous ses likes et commentaires existants, qui s’afficheront sur la pub. Et toutes les nouvelles interactions se cumulent sur la publication d’origine.

C’est exactement ce que fait Joseph De Lio pour son propre compte chez Neomedia : deux campagnes dédiées aux publications sponsorisées – une avec l’objectif trafic, une avec l’objectif interaction. Toutes les publications boostées se logent dans l’une ou l’autre. Le compte reste propre, lisible, analysable. Pour en savoir plus sur la façon de structurer un compte Meta Ads qui reste cohérent quand tu scales, ça vaut vraiment le détour.

Audiences froides et chaudes : le conseil de Facebook à ne pas suivre

Hugo, un auditeur du podcast, avait reçu une recommandation d’un account manager Facebook : mélanger des audiences froides (lookalike, centres d’intérêt) et des audiences chaudes (visiteurs du site, fans, gens qui ont interagi avec la page) dans une même campagne de conversion. La réponse de Joseph De Lio sur ce point est assez savoureuse.

Si c’est un account manager chez Facebook qui t’a dit ça, je prendrais ça avec des pincettes parce que les account managers de Facebook, je suis désolé de le dire, ne sont pas tous très bons. Depuis 3 ans que je fais des Facebook Ads pour des clients, 4 ans que j’en fais pour moi, j’ai dû parler à une dizaine de gestionnaires de comptes chez Facebook. Il y en a qui étaient bien et il y en a qui étaient vraiment nuls.

Dit comme ça, ça fait un peu mal. Mais c’est utile à entendre.

Sa logique : une audience froide et une audience chaude ne reçoivent pas le même message. Quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de ta marque, tu ne lui parles pas comme à quelqu’un qui est venu trois fois sur ton site la semaine dernière. Mélanger les deux dans une campagne de conversion, c’est accepter que Facebook décide à ta place comment répartir le budget – et il va logiquement concentrer les dépenses sur les audiences chaudes qui convertissent mieux, au détriment de l’acquisition froide qui a pourtant besoin de plus d’exposition.

Pour les audiences chaudes – souvent 5 000 à 10 000 personnes maximum – Joseph De Lio utilise des campagnes de couverture plutôt que des campagnes de conversion. Pourquoi ? Parce qu’une audience aussi petite ne génère pas assez de conversions pour que Facebook puisse optimiser quoi que ce soit. Ces gens se sont déjà préqualifiés en visitant ton site. Tu veux les toucher tous, pas laisser l’algorithme filtrer les meilleurs parmi eux. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les erreurs classiques en Meta Ads concernent souvent la mauvaise attribution des objectifs de campagne selon la taille d’audience.

La question du Campaign Budget Optimization complique encore le tableau. À partir du moment où Facebook impose la répartition du budget au niveau de la campagne – et non plus ensemble par ensemble – mélanger des audiences de tailles très différentes dans une même campagne devient vraiment risqué. L’algorithme va sur-financer ce qui convertit déjà bien, et sous-financer ce qui a besoin de temps pour fonctionner.

Deux cas où booster une publication Facebook est acceptable

Ce serait malhonnête de dire que le bouton bleu ne sert jamais à rien. Joseph De Lio lui-même reconnaît deux situations où ça peut se justifier.

Premier cas : tu débutes. Tu n’as jamais mis les pieds dans le gestionnaire de publicité, l’interface te fait peur, et tu veux juste tester sans te noyer dans les options. Le bouton bleu est une entrée en matière acceptable – à condition de comprendre que tu navigues à vue.

Deuxième cas : tu veux faire un ciblage ultra-simple. Tes fans. Leurs amis avec un ou deux centres d’intérêt. Rien d’ambitieux, rien qui nécessite des exclusions ou des placements précis. Dans ce cas, le bouton bleu fait le travail.

En revanche, il faut clairement éviter le bouton si tu veux générer des conversions, des prospects, des installations d’application. Si tu veux mesurer un retour sur investissement précis. Et surtout si tu veux exclure des audiences – tes clients existants, tes abonnés newsletter, les gens qui ont déjà lu l’article que tu promeus. Les stratégies Meta qui font baisser le CAC reposent précisément sur ce type d’exclusions fines que le bouton bleu ne permet pas.

Il y a aussi un point que j’aurais voulu qu’on aborde davantage – enfin, ce que j’aurais voulu qu’on me dise quand j’ai commencé à suivre des annonceurs – c’est que le ciblage amis des fans de ta page est quasi inutile seul. C’est une option qui semble logique : tu montres ta pub à des gens qui connaissent déjà un fan de ta marque, social proof immédiat. Mais être l’ami de quelqu’un qui suit une page ne dit absolument rien sur tes centres d’intérêt. Tu risques de toucher des milliers de personnes qui n’ont rien à faire de ce que tu proposes. Ce ciblage doit toujours être combiné avec des centres d’intérêt pertinents – et avec le bouton bleu, cette combinaison n’est pas possible correctement.

L’actualité Facebook qui change (déjà) les règles du jeu

L’épisode date de 2019, et certains éléments d’actualité cités par Joseph De Lio ont depuis eu des suites – parfois dramatiques. La fonctionnalité Clear History, promise par Zuckerberg après Cambridge Analytica, menaçait déjà à l’époque de déconnecter l’historique de navigation des profils Facebook, rendant le retargeting via pixel beaucoup moins efficace. C’était une mauvaise nouvelle pour les annonceurs, et les années suivantes ont confirmé que la tendance à la restriction des données n’était que le début.

Chris Hughes, co-fondateur de Facebook, avait publié à la même période une tribune dans le New York Times appelant à démanteler la société de Zuckerberg. Il rejoignait ainsi une liste croissante d’insiders qui se retournaient contre leur propre création. Ce n’est pas anodin – quand les fondateurs commencent à parler de démantèlement, ça dit quelque chose sur ce que la plateforme est devenue.

Sur un registre plus pratique, l’algorithme avait été mis à jour pour prioriser les relations les plus fortes – les amis proches – au détriment des pages. La conclusion de Joseph De Lio reste d’actualité :

Cette nouveauté doit encore une fois inciter les pages à poster du contenu qualitatif qui sera apprécié par leur audience ou à débloquer des budgets pour le lancement de campagnes Facebook Ads.

En 2019, ça sonnait comme un avertissement. Aujourd’hui, c’est juste la description de la réalité. Et ça explique pourquoi les nouvelles règles du jeu Meta Ads sont de plus en plus orientées vers la créa et la stratégie plutôt que vers le ciblage fin d’autrefois.

Agora Pulse avait aussi publié une étude citée dans l’épisode : les publications de moins de 140 caractères performent mieux que les longues. C’est contre-intuitif quand on passe du temps à rédiger des posts détaillés. Mais l’algorithme ne récompense pas l’effort – il récompense l’engagement immédiat. À bon entendeur.

La publicité sur WhatsApp, annoncée pour 2020, devait se faire dans les statuts – l’équivalent des Stories. Un format qui, quelques années plus tard, structure désormais une partie des stratégies créa des agences Meta les plus actives. Ce que Joseph De Lio décrivait comme une curiosité en 2019 est devenu un levier à part entière.

Ce qui m’agace un peu dans cette retrospective, c’est que les fondamentaux n’ont pas bougé. Le bouton bleu est toujours là, Facebook continue de te pousser à cliquer dessus avec les mêmes messages anxiogènes sur l’engagement de tes publications. Et des milliers de TPE et PME continuent de dépenser des budgets dessus sans vraiment savoir pourquoi les résultats ne sont pas à la hauteur. Mais bon – si c’était évident, tout le monde le ferait correctement.

Questions fréquentes

Est-ce que booster une publication Facebook avec le bouton bleu est efficace ? +
Ca dépend de ton objectif. Si tu veux juste tester la pub Facebook sans te noyer dans le gestionnaire de publicité, le bouton bleu est une entrée en matière correcte. Mais si tu veux mesurer un retour sur investissement précis, générer des leads ou des conversions, ou exclure des audiences - tes clients existants, par exemple - le bouton bleu est trop limité. La bonne méthode reste de passer par le gestionnaire de publicité et d'utiliser l'option 'publication existante'.
Quelle est la différence entre promouvoir un contenu et booster une publication Facebook ? +
Promouvoir son contenu, c'est une stratégie : tu identifies tes meilleures publications via les statistiques de ta page, tu choisis un objectif de campagne précis, tu paramètres un ciblage fin avec des exclusions si nécessaire. Booster une publication Facebook via le bouton bleu, c'est une version simplifiée - pratique pour les débutants, mais sans accès aux exclusions d'audiences, aux placements précis ou à la planification différée.
Faut-il sponsoriser toutes ses publications sur Facebook ? +
Non. La logique de Joseph De Lio chez Neomedia : ta page sert de laboratoire. Tu publies en organique, tu regardes ce qui performe le mieux, et tu n'amplifies que les publications déjà validées par ta communauté. Si tu publies trois fois par semaine, tu boostes la meilleure publication de la semaine. Si tu publies moins souvent, peut-être une fois toutes les deux semaines. Il n'y a pas de règle fixe - mais clairement pas toutes.
Peut-on mélanger audiences froides et chaudes dans une même campagne Facebook Ads ? +
Non, et les account managers Facebook qui conseillent de le faire ne rendent pas service. Une audience froide (lookalike, centres d'intérêt) et une audience chaude (visiteurs du site, fans) ne reçoivent pas le même message et n'ont pas les mêmes besoins. Les mélanger dans une campagne de conversion pousse l'algorithme à sur-dépenser sur les audiences chaudes - qui sont aussi les plus petites - au détriment de l'acquisition froide. Il vaut mieux séparer les deux, et utiliser des campagnes de couverture pour les audiences chaudes de petite taille.
booster une publication facebook : quelles sont les principales limites ? +
On ne peut pas exclure d'audiences personnalisées. On ne peut pas choisir un placement publicitaire précis. On ne peut pas planifier la diffusion à l'avance. Chaque clic sur le bouton crée une nouvelle campagne dans le gestionnaire - ce qui rend le compte illisible sur la durée. Et les objectifs disponibles restent limités : pas de génération de prospects, pas de publicités dynamiques sur catalogue.
Quelle campagne utiliser pour retargeter une petite audience sur Facebook ? +
Pour des audiences chaudes de 5 000 à 10 000 personnes - visiteurs récents du site, par exemple - Joseph De Lio recommande les campagnes de couverture plutôt que les campagnes de conversion. Une audience aussi petite ne génère pas assez de conversions pour que Facebook puisse optimiser la campagne. L'objectif dans ce cas, c'est de toucher tout le monde dans cette audience, pas de laisser l'algorithme filtrer les 'meilleurs' parmi eux.

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