entrepreneuriat féminin authentique

108. Je te dis tout : les coulisses, les tempêtes et la liberté derrière Née pour Impacter (Interview de Mathilde Arnaud)

Épisode diffusé le 23 décembre 2025 par Aurélie Gauthey

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L’entrepreneuriat féminin authentique, ce n’est pas un Instagram soigné et des chiffres ronds. C’est 167 000 euros encaissés en quatre jours – et l’effondrement total le mois suivant. Aurélie Gauthey, fondatrice du mouvement Née pour Impacter et mentor business depuis huit ans auprès de plus de 4000 entrepreneurs, l’a vécu dans sa chair. Elle le dit avec une franchise qui dérange un peu – et c’est exactement pour ça que ça vaut le coup de l’écouter.

Dans cet épisode du podcast interviewé par Mathilde Arnaud, coach spécialisée dans l’affirmation de soi, elle remonte le fil. De la rue à 17 ans avec sa mère, au restaurant du coeur, jusqu’aux plusieurs millions de chiffre d’affaires et une équipe d’une vingtaine de personnes. Mais ce qui m’a retenu dans cette conversation, c’est pas le trajet. C’est ce qu’elle dit de la façon dont on tient debout – ou pas – quand le business explose dans tous les sens.

Parce que le vrai sujet ici, c’est : est-ce qu’on peut construire un business qui pèse sans se construire une prison ?

De la rue à millionnaire – l’étiquette qu’elle déteste et qu’elle porte quand même

« C’est une étiquette putaclik » – elle le dit elle-même, sans détour. « De la rue à millionnaire. » Sauf que derrière, il y a un truc que les titres ne montrent pas : quinze ans de thérapie, de coaching, de travail avec des chamans, des psys, des accompagnants en tout genre. Quinze ans avant de se sentir capable d’accompagner les autres.

Ce qui a tout déclenché, c’est un moment précis. Au restaurant du coeur, une petite fille. Et une question qui lui traverse l’esprit : pourquoi on paye pour les violences de quelqu’un d’autre ? Pourquoi c’est elle qui se retrouve à la rue à cause de l’alcoolisme de son père ?

« Je me suis dit plus jamais. Je veux ressentir ce que j’ai ressenti ce jour-là en me disant mais pourquoi on paye ? Pourquoi on paye pour les autres ? »

Dit comme ça, c’est pas une stratégie de positionnement. C’est une blessure qui devient une boussole.

Sa mission – accompagner des femmes coachs, thérapeutes, formatrices à générer des revenus et à transmettre leur message – n’a pas été pensée. Elle s’est imposée. Et c’est sans doute pour ça qu’elle tient. L’entrepreneuriat féminin authentique, dans sa version la plus brute, ça ressemble à ça : une nécessité qui précède le business plan.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise – enfin, ce que j’aurais voulu lire quand je couvrais les success stories pour Journal du Net – c’est que la plupart de ces trajectoires ne partent pas d’une vision. Elles partent d’une rage.

167 000 euros en quatre jours – et personne n’avait anticipé la suite

Premier challenge. Résultat : entre 167 000 et 197 000 euros en quatre jours. Joie immédiate. Effondrement dans le mois qui suit.

Aurélie Gauthey le raconte sans chercher à embellir. Elle avait peur de déléguer. Et là, d’un coup, elle a six nouvelles clientes à gérer, des contrats, des factures, des mails. Elle a recruté dans l’urgence. Elle a tout raté en tant que manager. « J’ai dit voilà une patate chaude, allez prenez hein. Débrouillez-vous, j’ai pas le temps, je dois accompagner mes clientes. »

« J’ai fait tous les mauvais choix qu’il existent et j’ai été la mauvaise manager qu’il existe. »

Voilà. C’est exactement le problème que personne ne met dans les témoignages de réussite.

Ce palier des 300 000 euros – parce que les challenges se sont enchaînés, 150 000 puis 200 000 de nouveau – ça a été la délégation par obligation, pas par choix. « La vie elle m’a emmené là où j’avais pas le choix. » Et dans le domaine de l’palier de croissance entrepreneur, ce passage forcé est souvent ce qui fait la différence entre celles qui se noient et celles qui apprennent à nager autrement.

Le truc c’est que la croissance rapide ne pardonne pas l’immobilisme organisationnel. Son image – l’enfant qui va au CP ne porte pas les mêmes habits qu’au lycée – est simple mais elle colle. Le modèle qui fonctionne à 2K par mois ne fonctionne plus à 10K. Et pourtant la plupart des entrepreneures continuent de s’habiller en CP quand elles sont au lycée.

L’entrepreneuriat féminin authentique passe par accepter l’insécurité – pas la fuir

C’est la partie qui m’a le plus arrêté.

Aurélie Gauthey dit clairement qu’elle a passé toute sa vie à courir après la sécurité. Financière, émotionnelle, amoureuse. Logique – quand tu as connu la rue à 17 ans, que ton père t’a trahie, que tu as vécu l’abandon. Et puis, il y a trois ans, elle a compris un truc qui retourne l’équation.

« Cette sécurité que je voulais absolument, cet ancrage être tout le temps solide, ça n’existe pas. Et là où j’ai été la meilleure, c’est quand j’ai été en insécurité. »

C’est contre-intuitif. Et c’est probablement vrai.

Pas pour la raison romantique du « l’inconfort te fait grandir » – cette phrase de coach LinkedIn que j’exècre. Mais pour une raison plus mécanique : quand tu es à l’aise, tu t’endors. Quand tout s’écroule, tu inventes des solutions que tu n’aurais pas imaginées en temps normal. Elle est à sa quatrième tempête en huit ans au moment de cet épisode. Quatrième. Et elle dit « tu as deux jours pour pleurer, et après tu te relèves. »

Ce n’est pas de la pensée positive. C’est une discipline. Elle parle aussi de chaos – ce moment où tu stagnes trop longtemps à un palier confortable et où quelque chose vient tout faire exploser. Pour elle, c’est une forme de signal. Pour celles qui s’interrogent sur comment s’adapter quand le marché change, cette grille de lecture change pas mal de choses.

Mais bon – ça ne marche pas pour tout le monde comme ça. La limite de ce cadre, c’est qu’il demande un niveau de ressources intérieures que tout le monde n’a pas. Quinze ans de thérapie avant d’arriver là, elle le dit elle-même. Pas donné à tout le monde de transformer chaque tempête en carburant.

Déléguer – la vraie raison pour laquelle tu n’y arrives pas

« Il y a que moi qui peut le faire. » Cette phrase, elle l’a entendue des centaines de fois dans son Mastermind. Elle l’a vécue elle-même.

Mathilde Arnaud, qui l’interviewe, raconte ce moment dans un challenge où Aurélie lui a dit « c’est bloqué dans ta gorge, il y a ta petite fille qui pleure. » Une phrase qui a tout débloqué. Ce n’est pas un problème d’organisation ou de méthode de délégation – c’est un problème de identités limitantes qui freinent la croissance.

Aurélie Gauthey nomme deux choses sous cette résistance à déléguer :

  • La peur que ça ne soit pas fait « à son image » – la perfection comme excuse au contrôle

Et en dessous, plus profond : la peur du vide. Si ton agenda s’allège, qui tu es ? Si on a moins besoin de toi, tu existes encore comment ? Ces questions-là, elles ne sont pas dans les formations business. Elles sont dans les cabinets de thérapeutes.

Ce qui m’agace dans la plupart des contenus sur la délégation, c’est qu’ils traitent le problème comme technique. « Voilà les outils, voilà le process, voilà comment briefer quelqu’un. » Mais si la vraie résistance est identitaire, le process ne change rien. Tu reviens deux semaines plus tard à tout faire toi-même parce que « c’est plus rapide ».

Elle a trouvé sa solution avec Gwen, sa bras droit depuis cinq ans – la personne qui gère tout ce qu’Aurélie déteste (la TVA, les contrats, les bons de commande). « Quand elle me dit Aurélie, je gère, c’est un bout important pour mon entreprise. » Simple. Concret. Et ça a pris cinq ans pour arriver là. Sur la question de gérer son équipe au prochain palier, elle est d’une clarté rare.

Ce que la réussite fait aux relations – le truc dont personne ne parle

Sept ans de relation. Un homme qui lui a dit un soir « monte ta boîte » quand elle pleurait à cause de son job de consultante sur Paris. Ils ont monté leur projet ensemble. Et puis le business a explosé. Et lui s’est éteint.

Ce qui est frappant dans ce passage de l’épisode, c’est pas la séparation. C’est ce qu’Aurélie Gauthey dit avoir fait avant d’en arriver là. Elle cachait ses victoires. Elle ne savait même pas combien elle gagnait – ou faisait semblant de ne pas savoir. Elle ne parlait pas de ses nouvelles clientes. Tout ça pour ne pas « le toucher » dans ce qu’il vivait.

« À force, je m’éteignais. Et je sentais que ma réussite le gênait et l’étouffait lui, même en la cachant. »

C’est une forme d’abandon de soi tellement commune dans l’entrepreneuriat féminin authentique qu’on n’en parle presque jamais. La honte de réussir. Le réflexe de minimiser. Et une amie entrepreneur aperçue lors d’une promenade qui a posé la question directe : « Comment tu peux impacter des milliers de femmes sur scène et être en train de t’abandonner dans ta relation ? »

Elle est rentrée chez elle et a dit à cet homme que c’était fini. Une décision prise en une fraction de seconde – même si ça couvait depuis des mois, évidemment. Et ce qu’elle tire de cette expérience est peut-être la chose la plus difficile à entendre de tout l’épisode : « Les autres t’abandonnent parce que tu t’es abandonné en priorité. » Ce chemin vers vendre sans se trahir commence souvent bien avant le business, dans ces micro-décisions relationnelles.

Dur. Et probablement juste.

Ce que ça veut dire de « passer » ses clientes à d’autres coachs

Elle a monté une équipe de coachs. L’Académie des Entrepreneurs d’Impact, dans laquelle Mathilde Arnaud accompagne elle-même des clientes. Et Aurélie Gauthey dit que voir ses clientes évoluer avec d’autres, c’est encore émotionnel pour elle.

« C’est comme si je donnais mes filles, mes amis, mes sœurs à d’autres personnes. » Et puis : « J’ai accepté mon impuissance. J’ai accepté de dire qu’il y a des personnes qui sont aussi compétentes que moi qui le feront autrement. »

Ce mot – impuissance – dans la bouche d’une femme qui a construit un business à plusieurs millions, c’est inattendu. Et c’est ce qui rend l’entrepreneuriat féminin authentique tel qu’elle le pratique différent du coaching business classique. La performance n’est pas le but. La transmission l’est.

Elle fait un lien aussi avec sa réconciliation avec le féminin. Gamine, elle a subi du harcèlement scolaire venu majoritairement de filles. Elle a construit une carapace. Et sans le planifier, elle a bâti des mouvements de femmes. Un retournement que même elle trouve « drôle » – au sens où la vie a ses propres plans, indépendamment de ce qu’on imagine pour soi.

Ce cheminement vers une posture de leader qui dépasse le simple accompagnement rejoint ce que j’avais noté dans d’autres épisodes du podcast sur la posture de leader et la sécurité intérieure – l’idée que ce qu’on attire est souvent le reflet exact de ce qu’on a guéri en soi.

Alors l’entrepreneuriat féminin authentique, finalement, il ressemble à quoi dans la pratique ? À quatre tempêtes en huit ans. À une équipe de vingt personnes dont on a appris à accepter qu’elles font les choses autrement. À des relations sacrifiées parce qu’on n’a pas su dire « je réussis » à voix haute. Et à un matin où on se réveille à 3h du matin avec des schémas dans la tête – et où on finit par se dire « il est 3h, slow down. »

Ce n’est pas une méthode. C’est un rapport au chaos. Et clairement, ça ne s’apprend pas dans une formation de deux jours.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'entrepreneuriat féminin authentique selon Aurélie Gauthey ? +
Pour Aurélie Gauthey, l'entrepreneuriat féminin authentique ne se résume pas à des chiffres de chiffre d'affaires. C'est construire un business aligné avec ses blessures transformées en mission, sans cacher sa réussite ni s'effacer dans ses relations. Elle insiste sur le fait que la performance doit coexister avec une vie jouissive - sans se cramer.
Comment déléguer dans son business quand on a peur de perdre le contrôle ? +
Aurélie Gauthey explique que la résistance à déléguer cache souvent une peur du vide - la question de qui on est si on a moins besoin de nous. La clé n'est pas d'apprendre une méthode de délégation, mais d'identifier ce que ce vide révèle sur notre identité. Concrètement, elle conseille de commencer par déléguer ce qu'on déteste, pas ce qu'on maîtrise.
Quel est le premier palier financier difficile pour les entrepreneures selon Née pour Impacter ? +
D'après son expérience, le palier des 300 000 euros annuels est souvent le premier point de rupture. La croissance dépasse l'organisation en place, la délégation devient obligatoire et urgente, et l'identité de coach ou de prestataire entre en collision avec le rôle de chef d'entreprise. Ce passage est systématiquement douloureux, mais évitable si anticipé.
Comment l'entrepreneuriat féminin authentique impacte-t-il les relations personnelles ? +
C'est un angle que peu de contenus business abordent franchement. Aurélie Gauthey raconte avoir caché ses victoires à son partenaire de l'époque pour ne pas le blesser - jusqu'à s'éteindre elle-même. Sa conclusion : si on s'abandonne dans ses relations pour ne pas déranger, on invite les autres à nous abandonner en retour. La réussite professionnelle demande une cohérence qui déborde largement du business.
Pourquoi Aurélie Gauthey dit-elle qu'elle n'aime pas être chef d'entreprise ? +
Elle est claire là-dessus : son désir initial était d'accompagner des entrepreneurs, pas de gérer une structure avec dix à quinze personnes en interne et une vingtaine en externe. C'est le succès qui l'a transformée en chef d'entreprise, pas un choix délibéré. Ce qu'elle aime, c'est l'humain - les échanges informels avec l'équipe, le coaching, la connexion. La TVA et les contrats, beaucoup moins.
Comment traverser une tempête entrepreneuriale sans tout lâcher ? +
Aurélie Gauthey a vécu quatre tempêtes majeures en huit ans. Sa règle : deux jours pour pleurer, puis on se relève. Pas parce que c'est facile, mais parce que la mission prime. Elle distingue l'inconfort choisi de l'inconfort subi - on ne cherche pas la crise, mais quand elle arrive, elle révèle des capacités qu'on n'aurait jamais mobilisées autrement.

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